Showing posts with label Université franco-ontarienne. Show all posts
Showing posts with label Université franco-ontarienne. Show all posts

01 December 2018

Un gros bonjour à ma gang de l’Ontario français!


Ceux qui me connaissent savent que je suis un chercheur, candidat au doctorat à l’Université Laval à Québec. Alors que le temps presse et que je dois terminer ma thèse, j’ai pourtant passé trois jours la fin de semaine dernière à me sentir comme une bête en cage. La situation en Ontario vis-à-vis les Francophones me grugeait en dedans. Et avec raison : je suis un Franco-Ontarien « exilé » au Québec pour poursuivre mes études à cause que le monde universitaire en Ontario français ne m’offrait pas les ressources pour poursuivre mon sujet d’étude dans ma langue maternelle dans ma province natale.

J’ai donc passé trois jours à griffonner, composer et réécrire mes frustrations. Finalement, au bout de ces trois jours épuisants, j’ai partagé mon texte à un collègue et franco-ontarien co-exilé, lui au Québec pour son éducation. Moi, je ne voyait là qu’un exercice pour décharger ma frustration en privé. À ma grande surprise, mon ami m’a fortement conseillé de partager le texte en ligne. Ainsi est né mon billet intitulé « A Snarky Explanation of What’s Going on With Doug Ford vs Franco-Ontarians », publié dimanche dernier.

Je tiens donc à remercier ma communauté franco-ontarienne : d’ici quelques heures, ça fera une semaine depuis la publication de mon texte. Et ce soir, il ne reste plus que 50 partages dans les réseaux sociaux avant d’atteindre 20 000 (oui oui, 20 000!) visiteurs passés par mon blogue pour lire ce billet!

Je vous en remercie parce que je me sentais isolé à Québec, me sentant incapable de faire ma part (mon budget ne m’a pas permis de participer aux manifestations en Ontario). Heureusement, demain, le dimanche 2 décembre, nous aurons toutefois une manifestation à Québec et j’y serai certainement. Mais encore une fois, la popularité de mon billet fait que je suis heureux d’avoir contribué directement à notre bataille pour nos droits. Merci à vous tous et toutes qui m’avez permis de faire ma part!

Nous vaincrons. 400 ans de présence francophone en Ontario, et nous y sommes pour rester.


24 February 2016

Lettre ouverte à la première ministre Kathleen Wynne

Le 22 février 2016, vous avez offert aux Francophones de l’Ontario des excuses au nom du gouvernement provincial pour le Règlement 17, paroles qui auraient dû être prononcées depuis longtemps par vos prédécesseurs. Je vous en félicite : mieux vaut tard que jamais, comme on dit. Mais des excuses, ça passe toujours mieux avec des fleurs, ou, dans ce cas-ci, une nouvelle université francophone. Doter les Franco-Ontariens de leur propre institution ferait office de réparation pour le tort causé par cette période de notre histoire.

Mon cheminement personnel en est toujours affecté : j’appartiens à la première génération de mon village à aller au secondaire en français. J’ai ensuite poursuivi mes études à l’Université Laurentienne en histoire, souhaitant me spécialiser dans l’histoire de l’Ontario sous le régime français (c’est-à-dire avant 1763). Toutefois, j’ai été obligé de m’exiler au Québec, loin des miens, pour poursuivre ma formation aux cycles supérieurs. Le doctorat en histoire n’est pas offert à l’Université Laurentienne, et il n’existe aucun spécialiste du Régime français à Ottawa. Aller au Québec m’a donc permis de me doter des outils de recherche et de côtoyer les spécialistes absents en Ontario. Enfin, à l’Université Laval, j’ai eu le plaisir de découvrir un milieu universitaire francophone, inexistant chez moi : dans les universités « bilingues », la vie francophone prend fin dès qu’on sort des classes. 

Mon cas n’est pas unique : plusieurs Franco-Ontariens se sont tournés vers l’extérieur pour pouvoir poursuivre leurs études en français. Les universités dites « bilingues » de l’Ontario ont donc échoué leur mandat. Entre elles, plusieurs programmes languissent à cause des postes laissés vacants après la retraite de plusieurs profs. De nombreux programmes ne sont offerts que partiellement en français et d’autres ne mènent pas au-delà du baccalauréat. Aujourd’hui, je ne pourrais plus avoir la même qualité de formation que j’ai reçue à la Laurentienne : son département d’histoire n’est plus que l’ombre de lui-même.

La situation s’empire. La communauté francophone de l’université a toujours eu les bâtons dans les roues, qu’il s’agisse d’organiser les horaires de classe, offrir une variété de cours et de programmes, obtenir un service dans sa langue, avoir accès au campus pour des évènements de grande envergure (comme la Nuit sur l’étang), et j’en passe. Dois-je également rappeler que les francophones sont minoritaires ou même absents des conseils des gouverneurs? Du corps professoral, seuls 5% des profs qui enseignent en français sont Franco-Ontariens. Bref, il nous faut notre université bien à nous.

Le 10 février 2015 avait lieu une conférence de presse à Queen’s Park pour demander votre engagement dans la création d’une nouvelle université francophone. Un an plus tard, le 18 février 2016, une manifestation étudiante a été tenue pour renouveler cette demande. J’appuie cette initiative.

Rappelons-nous que le Canada est un pays bilingue, ce qui signifie que nous avons le droit de vivre notre langue. Il est inacceptable que l’Ontario français n’ait pas sa propre université, alors que le Nouveau-Brunswick, avec une population francophone inférieure à la nôtre, a droit à une université de langue française. Sans oublier que les anglophones du Québec, une population de taille comparable aux Franco-Ontariens, ont droit à plusieurs institutions. Non seulement cela, mais alors que les Franco-Ontariens ont droit à 2% du financement aux universités, les Anglo-Québécois ont droit à 29%! Nous avons donc un retard institutionnel important sur les anglophones du Québec et les francophones de l’Acadie. Il est temps d’y remédier.

Le sommet de février 2015 a démontré que la société franco-ontarienne est au rendez-vous avec son avenir. Si nous voulons assurer la pérennité, l’épanouissement, et le rapatriement de la population franco-ontarienne, il faut se doter des outils sociaux nécessaires. Cela inclut notre propre université, soit une institution dirigée par des francophones pour des francophones. Une telle institution indépendante pourrait nous dégager de l’ombre de l’anglais sur le français dans les institutions bilingues, devenant un phare culturel et un bastion contre l’assimilation. Il s’agirait d’une arène des idées où on peut enfin avoir une main mise sur notre avenir collectif et individuel sans devoir toujours en demander la permission à la majorité en contrôle du volant de la machine universitaire. 

Je souligne d’ailleurs que la semaine dernière dans le Devoir, on y lisait : « Jeudi à Queen’s Park, la première ministre a encore mis en doute, en français, la nécessité d’une université physique. « Est-ce que c’est nécessaire d’avoir un édifice ? Je ne sais pas », a-t-elle dit [...]. » 

La réponse est oui

Pourquoi doit-on avoir notre propre campus? Nous avons besoin d’un carrefour, un lieu de rencontre et d’épanouissement. Cette nouvelle institution bien à nous s’agira d’un point d’ancrage pour l’unité franco-ontarienne, une base solide et tangible où mener à bien nos projets sociaux et culturels. Au-delà du pragmatisme, le symbolisme d’une institution physique ne doit pas être sous-estimé. Depuis l’abrogation du Règlement 17, il s’agira de notre plus grand accomplissement en tant que communauté et un baume important pour les relations franco-anglophones de la province.

Au plaisir de bientôt soumettre ma candidature comme prof d’histoire dans cette nouvelle université franco-ontarienne.

-Joseph Gagné
Originaire de Chapleau et doctorant en histoire, Université Laval