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06 June 2021

Réflexion sur les écoles résidentielles

Vous me pardonnerez ce billet qui s'éloigne de la période ciblée par ce blogue, mais j'ai besoin de m'exprimer.

Depuis l'annonce de la découverte de la tombe de 215 enfants autochtones à Kamloops en Colombie-Britannique, j'ai le cœur à l'envers. Depuis quelques jours, mon esprit erre d’une pensée à l’autre, d'une réflexion à l'autre. J'essaie de comprendre mon indignation qui ne semble pas être de même nature que celle de mes réseaux sociaux.

Après une longue introspection, j'en viens à conclure que ce n'est pas la découverte en elle-même qui me mine. Certainement, une découverte aussi macabre glace le sang: comment ne pas être chagriné, voire outré? Néanmoins, ce qui me travaille en dedans, c'est que je suis étonné de constater l'étonnement des médias et des réseaux sociaux par cette affaire.

Encore une fois, je me sens trahi par ma naïveté: je croyais sincèrement que la moyenne des gens était enfin au courant, depuis la fin des années 90, des horreurs commises par les écoles résidentielles. Je croyais que c'était enfin connu de tous qu'il y avait des tombes perdues, voire même cachées sur les terrains de ces écoles désaffectées.

Est-ce une mauvaise impression du fait que j’ai été élevé à proximité de plusieurs réserves autochtones dans le Nord de l’Ontario? Que j’ai eu le bénéfice d’avoir eu de bons profs au secondaire qui nous ont parlé des réalités autochtones (sans doute à l’extérieur du programme d’enseignement officiel)? Que j’avais des camarades autochtones? J'ai encore souvenir de l'émoi dans mon village natal lorsque le lieu d'enterrement de 42 victimes de l'école résidentielle St. Johns de Chapleau (voir la photo ci-jointe) fut retrouvé en 2013. Le deuil avait frappé non seulement la communauté autochtone locale, mais les gens du village étaient tout aussi indignés. 

Mais j'ai eu tort de croire que ce minimum de connaissance au sujet des écoles résidentielles était répandu: je découvre de mon côté que nous sommes encore nombreux à être ignorants de ce passé violent. Même dans le cas de mon village natal, je suis resté sidéré du fait que certains, étonnés par la nouvelle de Kamloops, avaient déjà oublié l'existence de notre propre école résidentielle. Il a fallu leur rappeler son existence alors que nous avions pourtant eu notre propre "moment Kamloops" à peine 8 ans auparavant... Voilà donc ce qui m'agace en ce moment : va-t-on également bientôt oublier Kamloops?

Il y a un dicton cynique qui dit qu'une mort, c'est une tragédie, mais un millier de morts, c'est une statistique. Dans ce cas, selon la Commission de vérité et réconciliation, ce sont près de 6000 enfants qui sont décédés dans ces écoles résidentielles. Comment va-t-on s'assurer de commémorer leurs morts et de bien informer le grand public pour que ces victimes ne soient plus de simples "statistiques"? En ce moment, les promesses gouvernementales s'empilent ad nauseam. Mais il me semble que c'est la même parade à chaque fois. Il nous faut une garantie que la bonne foi et les actions seront au rendez-vous des paroles. Il faudra plus que de simples gestes symboliques. 

En somme, j'ai peur d'une nouvelle amnésie collective. Alors que l'affaire de Kamloops nous rappelle qu'on avait le droit d'être choqué, outré, même enragé par cette histoire d'horreur, nous n'avions pas le droit d'être surpris. Depuis que cette histoire fait les manchettes, l'émission radio Party Lines de la CBC semble être la seule instance médiatique à avoir soulevé la même réflexion que la mienne : pourquoi étions-nous surpris?

Et que ferons-nous pour s’empêcher d’être surpris à nouveau à l’avenir?

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MAJ 2021-06-22: je vous partage ce témoignage de Micheline Boisvert de Chapleau.

17 February 2020

Un peu de propagande / A Bit of Propaganda


Un petit billet rapide pour partager ce livret de propagande que je viens de trouver: / A quick post to share this propaganda booklet I stumbled on:
The Cruel Massacre of the Protestants, in North America; Shewing how the French and Indians join together to scalp the English, and the manner of their Scalping, &c. &c. Londres, Printed and sold in Aldermary Church-Yard, c1760. 8 p.

03 February 2020

Trois guerriers autochtones de la guerre de Sept Ans

Musée de la Commission des champs de bataille nationaux Photo: Joseph Gagné, 2015
[Ce qui suit est une compilation d’extraits de ma thèse en préparation, combinés et adaptés pour ce billet de blogue]
Malgré une historiographie riche et variée portant sur la guerre de Sept Ans, il y a une grande lacune en matière d’études sur la participation des Autochtones. Ceci s’explique en partie par un manque d’intérêt jusqu’à récemment, mais aussi en grande partie par l’absence quasi totale de sources écrites de la main d’Autochtones. Tout historien qui veut se pencher sur leur histoire doit donc passer au peigne fin les journaux et la correspondance de l’armée française et britannique. Même là, il est frustrant de constater les généralisations et le manque de détails qui nous forcent à interpréter et inférer le rôle et le vécu des guerriers dits « sauvages ».

"A Micmac of Nova Scotia"
John Byron, 1764.
En effet, les attitudes des Français envers les Autochtones mettent déjà à risque l’intégrité des relations. Comme le rappelle Gilles Havard, l’alliance franco-amérindienne, une « puissance militaire redoutable » forgée depuis le siècle dernier, constitue « pourtant une coalition instable et fragile[1]. » Un problème récurrent est le manque de respect démontré de la part de plusieurs membres de l’état-major. La plupart des officiers sont très critiques envers les guerriers autochtones[2]. Comme Stéphane Genêt le note, toutefois : « Les préjugés [contre les Autochtones] semblent toutefois moins tenaces pour les troupes de la Marine, davantage habituées à leur présence[3]. » Certaines nations, cependant, s’attirent un peu plus de respect de l’état-major, étant à ses yeux plus « fiables », dont les Abénaquis, les Micmacs et les Potéouatamis, entre autres. N’empêche, les critiques surpassent les louanges. Effectivement, Bougainville consacre page après page à critiquer les alliés autochtones à tort ou à raison, souvent en se contredisant, qu’il s’agisse de se plaindre constamment de leurs actions ou inactions, de leur violence, de leur supposée indiscipline, de la longueur et de la complexité de leurs conseils[4]. Pour résumer sa pensée, on s’en tient à son euphémisme: « ils sont un mal nécessaire[5]. »

D’ailleurs, bien que les individus sont rarement nommés dans les journaux d’officiers, certains parviennent toutefois à se démarquer suffisamment par leur service exceptionnel pour mériter une mention. La rareté des noms d’Autochtones individuels mérite de s’y arrêter un instant afin de contraster avec l’opinion plus commune au sujet des autres guerriers.

"An Indian dress'd for war with a scalp"
George Townsend 
On peut nommer d’abord Kisensik, dont l’utilité comme guide et chef de guerre mérite l’éloge de Bougainville à plusieurs reprises. Allié de longue date aux Français, il est un chef népissingue dont le père est déjà allé en France à la cour du roi. Bougainville explique ainsi l’ardeur de Kisensik : « Son père avait été présenté à Louis XIV qui lui donna de sa main un hausse-col avec une inscription dessus qui marque qu’il est le don du Roi. Kisensik n’a pas voulu accepter encore ce hausse-col[6], il veut le mériter par de nouveaux exploits[7]. » En effet, le guerrier est très actif. Sa première trace dans les écrits de l’officier date du 9 août 1756, où il est à la tête d’une avant-garde. Les 9 et 27 juillet 1757, il est présent aux conseils de guerre des Premières Nations en préparation au siège du fort William Henry. En 1758, il est occupé à capturer des prisonniers autour du fort Carillon[8]. D’ailleurs, pour prévenir les désertions au fort Carillon, le chef Kisensik menace les déserteurs potentiels : « Que nul ne déserte, ou je l’irai avec mes sauvages chercher jusqu’au fond de l’Angleterre[9]. »Toujours généraliste, Bougainville résume à son sujet : « Au reste, qu’on ne s’y méprenne pas, ce Sauvage pensant et agissant ainsi est presque l’unique de son espèce : rara avis in terris [un oiseau rare sur terre][10]. » Venant de Bougainville, cette évaluation de Kisensik est d’autant plus impressionnante.

Un des guerriers les plus renommés se nomme Kanectagon. Décrit comme étant un « fameux chasseur[11] », il est un guide iroquois. C’est d’ailleurs lui qui, le 3 août 1757, intercepte le message entre le général Webb au fort Edward et le lieutenant-colonel Monro, au fort William Henry. L’événement est si remarquable que le Mercure de France prend la peine de le noter[12], et l’anecdote devient célèbre grâce au roman Le dernier des Mohicans de James Fenimore Cooper. Deux hommes accompagnaient le messager. Lors de l’embuscade menée par Kanectagon et ses hommes, un des deux Britanniques s’échappa, l’autre fut tué et le messager fut capturé[13]. Le message fut découvert dans la doublure de sa veste.

Enfin, mentionnons un guerrier impliqué dans un grave accident qui a eu des conséquences importantes pour l’armée. Il s’agit d’Aoussik (Aouschik, Hotchig, Ochik ou Hochig), un chef népissingue qui méprend l’ingénieur Descombles pour un Anglais, le tuant accidentellement. Bougainville raconte l’histoire :
Le Sr Descombes, envoyé à 3 h. du matin pour déterminer cet investissement et le front d’attaque [sur Chouaguen], fut tué en revenant de sa découverte par un de nos Sauvages qui l’avait escorté et qui, dans l’obscurité, le prit pour un Anglais, malheur que la circonstance d’un siège à faire en Amérique, avec un seul ingénieur qui nous restât, rendait de la plus grande conséquence pour nous.[14]
Montcalm dut rassurer le guerrier et ses frères d’armes :
les sauvages en furent véritablement touchés, et le marquis de Montcalm fut obligé de les assembler sur-le-champ pour leur parler et les rassurer, sur la persuasion où l’on était que c’était un malheur involontaire qui ne retarderait point le succès du siège.[15]
Malgré toutes les réassurances, Aoussik demeure inconsolable. Il passera le restant de la guerre à démontrer un zèle particulier pour « venger » la mort de l’officier. Pouchot rapporte que pour « obtenir son pardon », il tua « Plus de 33 Anglais […] dans le courant d’une année[16] ». En effet, le chef développe une telle réputation de férocité que d’autres alliés autochtones insistent qu’il les accompagne dans leurs expéditions[17]. La confusion qui a mené au malheureux accident provient sans doute du fait que l’uniforme des ingénieurs comporte du rouge. Il est également à noter que l’incident est doublement accidentel, puisqu’une ordonnance de 1744 stipule que « Les Ingénieurs seront tenus, toutes les fois qu’ils feront des logemens & des débouchés pour les sappes, & qu’ils traceront les tranchées sous le feu de l’ennemi, de s’armer de leur pot en tête & de leur cuirasse […][18] ». Décidément, Descombles choisit de ne pas porter sa cuirasse en reconnaissance, ce qui aurait pu lui sauver la vie[19].

Bref, en écrivant l’histoire de la Nouvelle-France, il faut se rappeler que cette histoire est également partagée par les Autochtones. Il ne faut pas se contenter que de généraliser leur expérience, mais bien de prendre la peine lorsque possible de dépoussiérer les noms d’individus et de reconstituer leur vécu afin de dresser un portrait plus réaliste et complet de leur agentivité.



[1] Gilles Havard, Empire et métissages : Indiens et Français dans le Pays d’en Haut, 1660-1715. Québec et Paris, Septentrion et Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 2017 (2003), p. 320.
[2] Ils sont rares à écrire avec un certain esprit de relativisme culturel comme Pouchot, un des rares à se donner la peine d’expliquer l’art martial des alliées autochtones au lieu de simplement le décrire. Voir à ce sujet : Pierre Pouchot, Mémoires sur la dernière guerre de l’Amérique septentrionale, Québec, Septentrion, 2003, p. 296-304.
[3] Stéphane Genêt, « Le renseignement militaire sur les théâtres coloniaux : les enseignements de la guerre de la Conquête », dans Bertrand Fonck et Laurent Veyssière (dir.), La fin de la Nouvelle-France, Paris, Armand Colin et Ministère de la Défense, 2013, p. 213.
[4] Sur les mauvaises impressions de Bougainville au sujet des alliés autochtones, voir entre autres : Louis-Antoine de Bougainville, Écrits sur le Canada, Québec, Septentrion, 2003, p. 21, p. 45, p. 134, p. 142. Après William Henry, Bougainville sera encore plus scandalisé : « Quel fléau! L’humanité gémit d’être obligé de se servir de pareils monstres mais sans eux la partie serait pour nous trop inégale. » Ibid., p. 247.
[5] Ibid., p. 150 et p. 231.
[6] « Les distinctions que le gouverneur général accorde aux Sauvages qui se distinguent à la guerre ou qui ont de la considération [sic] dans leur cabane, sont le hausse-col, qu’ils se font grand honneur de porter, et la grande distinction ce sont des médailles où il y a l’effigie du Roi. » Ibid., p. 79.
[7] Ibid., p. 257.
[8] Ibid., p. 120, p. 195, p. 212, p. 224, p. 257, p. 260 et p. 261.
[9] Louis-Joseph de Montcalm (Édité par Robert Léger), Le journal du Marquis de Montcalm, Montréal, Éditions Michel Brûlé, 2007, p. 406.
[10] Bougainville, Écrits sur le Canada, p. 224.
[11] Ibid., p. 220.
[12] Le Mercure de France, novembre 1757, p. 192.
[13] Bougainville, Écrits sur le Canada, p. 226.
[14] Ibid., p. 126.
[15] Montcalm, Le journal du Marquis de Montcalm, p. 91.
[16] Pouchot, Mémoires..., p. 53.
[17] Montcalm, Le journal du Marquis de Montcalm, p. 166.
[18] Ordonnance du Roy Sur le service & le rang des Ingénieurs. Du 7. Février 1744, Paris, Imprimeur royale, 1744, p. 5. Je remercie Michel Thévenin pour cette référence.
[19] Pour des sources complémentaires sur la mort de Descombles, voir aussi: Lévis, Le journal du Chevalier de Lévis, p. 48; Bougainville, Écrits sur le Canada, p. 179; Paulmy à Montcalm. À Versailles, le 11 mars 1757, dans Casgrain (dir.), Lettres de la cour de Versailles…, p. 57-58 et Montcalm, Le journal du Marquis de Montcalm, p. 179.

Sources

  • Bougainville, Louis-Antoine de. Écrits sur le Canada. Québec, Septentrion, 2003. 425 p.
  • Casgrain, H. R. (dir.). Lettres de la cour de Versailles au baron de Dieskau, au marquis de Montcalm et au chevalier de Lévis. Québec, L.-J. Demers & Frères, 1890. 250 p. Coll. « Manuscrits du maréchal de Lévis ».
  • Genêt, Stéphane. « Le renseignement militaire sur les théâtres coloniaux : les enseignements de la guerre de la Conquête », dans Bertrand Fonck et Laurent Veyssière (dir.), La fin de la Nouvelle-France. Paris, Armand Colin et Ministère de la Défense, 2013. pp. 205-225. Coll. « Recherches ».
  • Havard, Gilles. Empire et métissages : Indiens et Français dans le Pays d’en Haut, 1660-1715. Québec et Paris, Septentrion et Presses de l’Université de Paris-Sorbonne, 2017 (2003). 603 p.
  • Le Mercure de France, novembre 1757
  • Lévis, François-Gaston de (Édité par Robert Léger). Le journal du Chevalier de Lévis. Montréal, Éditions Michel Brûlé, 2008. 253 p.
  • Montcalm, Louis-Joseph de (Édité par Robert Léger). Le journal du Marquis de Montcalm. Montréal, Éditions Michel Brûlé, 2007. 512 p.
  • Ordonnance du Roy Sur le service & le rang des Ingénieurs. Du 7. Février 1744, Paris, Imprimeur royale, 1744.
  • Pouchot, Pierre. Mémoires sur la dernière guerre de l’Amérique septentrionale. Québec, Septentrion, 2003. 322 p.


Voir aussi:

  •  Kenneth E. Kidd, « Kisensik », dans Dictionnaire biographique du Canada, Volume III de 1741 à 1770, Québec, Presses de l’Université Laval, 1974, p. 353-354. (Lien).
  • Michel Thévenin, « Erreur (fatale) sur la personne: la mort de l'ingénieur De Combles » dans Tranchées & Tricornes, 17 novembre 2018 (Lien).
  • Michel Thévenin,« L'ingénieur et la cuirasse » dans Tranchées & Tricornes, 25 avril 2019 (Lien).

23 September 2019

En quête d’authenticité: costumes d’époque et Autochtones


Les représentations authentiques d'Autochtones
dans l'iconographie d'époque sont rares mais
souvent spectaculaires. Source: National Archives
Ma très chère amie Marie-Hélaine Fallu vient de publier une réflexion au sujet des costumes autochtones dans le film Le Dernier des Mohicans de Michael Mann (1992). Ce billet m’inspire à mon tour de partager ici une courte pensée au sujet du double dilemme pour les spécialistes de la Nouvelle-France. D’une part, les cinéastes nous consultent rarement au sujet des habits autochtones avant de tourner un film d’époque. De l’autre, lorsqu’ils le font, on peine à leur fournir du bon matériel visuel.

L'homme sauvage
"classique"
La réalité est que les bonnes représentations d’époques d’Autochtones en Nouvelle-France sont rares. Lorsqu’on les retrouve dans les sources imprimées, il s’agit le plus souvent de représentations fantastiques suivant les clichés et les modes artistiques du 17e et 18e siècle. Après tout, le tableau de la mort de Wolfe par Benjamin West était célèbre justement parce que (malgré ses quelques inexactitudes) il s’agissait du premier artiste britannique à chercher à représenter une scène historique de manière réaliste, plutôt que par le prisme de l’antiquité classique (comme la mort de Montcalm, représenté à la même époque avec des motifs grecs et romains). Les Autochtones, donc, étaient pendant longtemps représentés le plus souvent sous la figure de l’homme « sauvage » de la tradition classique. Il faut vraiment creuser pour trouver des images authentiques. Et même lorsqu’on en trouve, elles soulèvent souvent plus de questions que de réponses: s’agit-il dans ce cas d’un costume typique? Cérémonial? Pour la guerre? Le quotidien? À quelle nation appartient le figuré?

Une reconstitution
archéologique.
Source: Brown, 1971.
Bien entendu, il existe aussi de bons témoignages publiés d’observateurs européens qui décrivent en détail la manière de s’habiller des Autochtones (songeons à Pouchot). Des études historiques existent également, tout comme d’excellents rapports archéologiques qui nous en apprennent plus. Mais ce que je veux soulever ici est la rareté des ressources publiées, c'est-à-dire de bons imagiers, qu’un historien peut référer à un cinéaste sans avoir recours à une recherche approfondie.

La première fois que j’ai offert à un cinéaste de l’aider avec sa recherche au sujet des habits autochtones en Nouvelle-France, j’ai consulté de nombreux collègues et nous sommes vite tombés d’accord qu’il n’y a que deux bonnes synthèses à notre connaissance (cliquez sur les images pour commander):


Néanmoins, ces deux livres ne font que gratter la surface de la période du Régime français qui s'étire sur plus de deux siècles. (Et en passant, si vous en connaissez d'autres, laissez-moi savoir). Bref, il n’y en aura pas de facile pour tout historien qui se fait aborder pour son aide en matière de costumes autochtones d’époque. Il doit s’attendre à creuser dans les sources et l’iconographie pour aider son client.

Tristement, même si un cinéaste veut être aussi fidèle à l’histoire et le plus authentique possible avec les costumes, il arrive qu'il n'a pas le budget à investir pour embaucher des historiens et doit souvent se contenter de louer des costumes préfabriqués. Dans ces cas-ci, ces restrictions imposées sont pardonnables. Mais dans le cas des grosses productions hollywoodiennes (comme celle en train de tourner à Québec en ce moment que je ne nommerai pas…), ne pas tenir compte des avis d’historiens est impardonnable. Dans le cas du Dernier des Mohicans, Michael Mann a tout de même cherché à rendre son film le plus authentique possible avec les informations à sa disposition au début des années 1990. Même si le film a sa part de petits détails mal interprétés, rien n’empêche que presque 30 ans après sa création, il se tient tout de même bien comme exemple de film dont le soucis d'authenticité est à imiter et à surpasser aujourd’hui.

20 May 2019

A French & Indian War Treasure Discovered

Dean Carlson, the Curator of the Museum of Connecticut History in Hartford, was quoted as having a "cerebral meltdown" when viewing what was uncovered behind a wall in a local old home... and to be honest, so am I! The Hartford Courant published yesterday an article regarding the discovery of an amazing sketch that seems to depict a battle during the Seven Years' War in America, or possibly (though less likely if you ask me) from the American Revolution. You can read the full article here. It isn't known if the art was produced by someone who witnessed the battle or simply by a person illustrating one he heard about.
Though I won't repeat the reporting here, I wish to share details that struck my eye observing this wonderful piece of hidden history. 

The original photo from the Hartford Courant

The use of bows and arrows during the Seven Years Wars was often dismissed
by Historians who believed firearms had long replaced them. Though archival
proof exists proving they were indeed used, this is some of the only
iconography I've ever seen.

A cannon being fired. 

The enemy, both French and Indigenous, represented in black and differentiated
by the French wearing hats.

A victim of arrows.

Working with only two colours, the artist could draw the British
in more detail, with hats, pants and shoes. 


No doubt the British and French commanders, leading with their swords.

I can only hope one day I'll have the chance to take a closer look at this unexpected and wonderful visual representation from the French and Indian War.

21 February 2019

Capture et évasion d'un prisonnier canadien


Une des principales sources d'informations servant au renseignement militaire pendant la guerre de Sept Ans s'agit des prisonniers qui s'échappent du camp de l'adversaire. Voici une déposition d'un Canadien racontant son histoire alors qu'il s'était fait capturé et rapporté en Caroline du Sud. 

Source: ANOM, Colonies, C11A 125, F°538-540v. Déposition et rapport fait par un Canadien (François Mercier). À La Nouvelle-Orléans, le 1er décembre 1755.

Deposition Et raport fait par un Canadien de nation party de La Caroline Le 20. Aoust dernier Et arrivé a La Nouvelle Orléans le premier X.bre 1755

Ledit Canadien depose Et raporte qu’etant aux Illinois Et Voulant passer En Canada, il s’embarqua le 6 Avril 1754 sur la voiture du nommé Boisserau armée de neufs Engagés, Et Commandée par M. Rousselet lieutenant dans les troupes de la Garnison des Illinois, lequel alloit au fort S.t Ange. Que le 7. dudit mois, second jour de leur marche, Etant arrivés au grand Detour, ils apperçûrent sur le Bord du misissipy, un Canot renversé qu’ils accostèrent pour le deffaire. Qu’arrivés a l’endroit ou il Etoit ledit Canadien fut mis a terre, avec un des Engagés pour monter sur L’[eau/ceov/****] Et faire bonne Garde, tandis qu’on Briseroit ledit Canot. Lui ayant apperçû sur ledit [Ecor/*cor/****] quelque piste d’ennemis, il En fit aussy tôt le Raport a M. Rousselet, Qu’alors cet officier bien loin de profiter de l’avis qu’il luy donnoit de pousser au Large, le Badina sur sa frayeur, Et s’avanca avec quattre des Engagés pour reconnoitre les dites Pistes; Et que le dit Canadien Voulant luy prouver qu’il ne manquoit pas de Courage, le Suivit avec deux autres Que M. Rousselet plein de Bravoure Et qui marchoit a leur tête pour reconnoistre par luy même les dites Pistes n’eut pas fait trois cent, qu’il tomba dans une embuscade, [d’où] les Ennemis firent feu sur luy, Et sur Eux. Que cet Officier, ayant reçû un Coup de fusil a la cuisse tomba sur la place, ainsi que deux des dits Engagés, qui furent aussy blessés; que le dit Canadien Et deux autres des dits Engagés furent Envelopés Et pris, par les Sauvages, qui après les avoir Garrottés furent voir si le Chef françois (qui Etoit M. Rousselet) Etoit mort comme ils le Croyoient; Que l’ayant trouvé vivant, ils l’avoient tué à coup de Cassetête, après luy avoir Enlevé la Chevelure; Que quand aux deux autres Blessés, ils leur avoient fait grace.

Ledit Canadien raporte de plus, que les deux autres Engagés qui les avoient suivis dans Cette decouverte avoit Eu le temps de fuir, Et de regagner la voiture du S. Boissereau qui Avoit sans doutte poussé au Large.

Ce party de Sauvages n’etoit composé que de Cherakis qui après ce coup Conduisirent dans leur nation le dit Canadien avec ses deux autres Camarades, ou ils ont resté Et travaillé En qualité Et Comme des Esclaves, pendant Environ trois mois; au bout duquel temps les Cherakis les vendirent aux Anglois qui les Amenerent a la Caroline; ou le Gouverneur nommé M. Jacques Glaine [James Glen] les a fait Garder dans la ville Comme prisonniers. Ledit Canadien ayant trouvé le moyen de sortir de la ville en 1755. En partit le mois D’Aoust de laditte Année pour se rendre a travers les Bois, au Poste françois des Alibamons ou il parvint Sans accidents au Commencement d’otobre [sic].

Ledit Canadien Raporte, qu’avant son depart de la Caroline, on y Avoit apris que le General Bradok Etoit arrivé le 15. mars 1755. de Londres a la Virginie avec 4000. hommes de troupes de transport; Et que le 10. avril suivant il y Etoit Encore arrivé un renfort de 3000. [hommes]. ce qui faisoit 7000. hommes de troupes reglées. il ajoutte que le même General ne fut pas plûtôt arrivé a la Virginie, qu’il rassembla Encore 7000. hommes, soit En nouvelles recrües du païs, Soit En sauvages; Et qu’alors se trouvant a la tête de 14000. hommes, il se mit En marche le 15. may pour se rendre à Ouescrik, qui est le fort le plus avancé que les Anglois ayent du Cotte de la Belle Riviere ou l’oyo; Que ledit General rendu a Ouescrik il y Etoit arrivé deux françois, qui sous le pretexte de desertion En avoient Eté bien reçûs, Et bien traités; mais que le lendemain ces mêmes françois, aprés avoir pris connoissance de toutes les forces Angloises, avoient disparû : sur quoy le General Bradok, soubçonnant que ce ne fussent deux Espions, Envoya des ordres a tous les différents petits partis qu’il avoit Envoyé En avant et a la decouverte des françois, pour les faire arretter. Ces deux Espions pretendûs furent En Effet arrettés le Lendemain de leur depart de Ouescrik; mais L’un des deux trouva le moyen de s’echaper. mais quand a l’autre, on luy fit le procés tout de suitte; Et suivant les nouvelles, il a dû etre Executté le même jour, ou le jour D’aprés.

Ledit Canadien raporte Encore que Traverçant En fuyant, le haut de la Georgie il avoit apris dans le Village Sabanaston par un françois qui y est Etably, que le General Bradok qui avoit partagé son armée En deux corps, En partant D’ouescrik, et qui avoit marché a la tête du premier, composé de 2500. hommes de troupes reglées, Et de 500. sauvages avoit Eté attaqué dans sa Routte par les Canadiens, et sauvages, qui l’avoient Entierement Battu, Et déffait; que Toute son avant-garde avoit Eté taillée En pièces; que luy même avoit pery, ou avoit Eté pris dans l’action, Et que les françois S’étoient Emparés, et avoient pillé tout leur Bagage, et toute leur Artillerie. Il raporte de plus; que Cette nouvelle avoit mis La Consternation dans toute la Virginie.

Ledit Canadien raporte Encore qu’il a apris En passant a Sabanaston qu’il Etoit arrivé un nouveau Gouverneur a la Georgie Et qu’a son Arrivée, il avoit Envoyé des Emissaires dans toutes les nations sauvages même jusques aux Talapouches, Kaouita, Abekas, Et Alibamons, pour les Engager a prendre les armes Contre les françois; Et que pour reüssir plus Efficassement a les mettre dans le party des Anglois, il leur avoient Envoyé Et promis des presents Considerables; Enfin ledit Canadien raporte que Ce Gouverneur Ainsi que les Anglois mettent tout en usage pour seduire les hommes Rouges et les faire declarer contre les françois.

Il ajoutte Enfin, que ce nouveau Gouverneur Etoit en Marché a la tête de 200. hommes pour aller tenir une assemblée Chez les Cherakis nation Belliqueuse, Et en Etat de fournir plus de 4000. Guerriers, pour les Engager a prendre Les armes Contre les françois, Et obtenir D’Eux l’agrement, et le secours necessaires pour Battir un fort sur la Riviere des dits Cherakis; par laquelle ils ont Communication avec le Misissipy. Que ce Gouverneur leur a fait a Cette occasion de grands presents; par lesquels il n’a neanmoins obtenû Encore que la permission d’en Battir un petit a porté de la ditte Riviere Et pour 30. hommes. Ledit Canadien raporte Encore qu’il arrive tous les jours de grandes discutions parmi les habitans de La Virginie, Et de la Caroline que l’on fait marcher en guerre par force, Ainsi qu’a l’occasion des differentes Religions, qu’il y Exerçent.

Ledit Canadien declare Et professe que la presente declaration renferme toute vérité.

A La Nouvelle Orléans le 1.er X.bre‑1755

Ainsy signé. françois merçier

22 August 2018

Les seuls espions qu'on ait ici


Gagné, Joseph. « Les seuls espions qu’on ait ici : Perceptions de pouvoir, alliés autochtones et renseignement militaire pendant la guerre de Sept Ans (1754-1763) », À la rencontre de l’Autre sous l’Ancien Régime : Pouvoir, traditions et constructions identitaires  (xvie-xviiie siècle), Centre interuniversitaire de recherche sur la première modernité et Chaire de recherche sur la parole autochtone, Wendake, 21-22 juin 2018.

Notez que malheureusement, il manque mes diapositives dans ce vidéo.

(Cliquez ce lien pour voir tous les autres vidéos de la conférence: https://www.youtube.com/channel/UCJuGFe9zBJToLSkX-AmSABA

17 May 2016

Tirer chevelure

Guerriers Iroquois par L.F. Labrousse dans
Labroque 1796  Encyclopédie des voyages

Je me suis enfin remis à lire les mémoires de Charles Bonin. Je vous reproduis ici sa description du "scalpage" ("tirer chevelure") pendant la guerre de Sept Ans : 
L’usage général lorsqu’un parti a fait un ou plusieurs prisonniers s’il ne peut les amener, il les tue à coups de casse-tête (petite hache dont il a été parlé plus haut) qui se frappe sur la tête. Le sauvage qui en a porté deux ou trois coups, prend aussitôt son couteau dont il fait une incision autour des cheveux, depuis le haut du front jusqu’à la marque du cou; mettant ensuite un pied sur l’épaule de la victime dont il a tourné le ventre contre terre, il lui tire à deux mains la chevelure de derrière en avant, ainsi qu’il a déjà été dit plus haut en parlant de la danse de la découverte. Cette opération qui est très prompte n’est pas plus tôt achevée que le sauvage l’attache à sa ceinture et continue sa route, cependant on n’emploie ce moyen que quand le prisonnier ne peut pas suivre celui qui l’a pris, ou que le sauvage est poursuivi et que dans ce dernier cas il veut rapporter des marques de sa bravoure, et alors, après avoir promptement levé la chevelure, il fait le cri de mort […] et se sauve à toutes jambes. Le cri de mort est un avertissement de bravoure que les sauvages ne manquent pas de pratiquer, après avoir levé la chevelure, les anglais nomment cela scarpeler. 
Lorsque la chevelure est levée et que celui qui a fait cette action ne craint pas qu’on le poursuive, il s’arrête, gratte la peau pour la nettoyer du sang et des fibres qui y sont attachés ; il la fait ensuite sècher un peu au soleil, après avoir fait un petit cerceau de bois vert autour duquel il étend la peau comme un tambour de basque et la peint en rouge les cheveux en dehors sont peignés. La chevelure arrangée, on l’attache au bout d’un long bâton qui est porté comme en triomphe sur une épaule, jusqu’au village, ou le lieu qu’il veut la déposer, mais à l’approche de chaque lieu qu’il passe il fait avant d’y arriver autant de cris qu’il a de chevelures pour annoncer son arrivée et sa marque de bravoure. On attache quelquefois jusqu’à quinze chevelures sur le même bâton et lorsqu’il y en a beaucoup, on garnit plusieurs bâtons. 
Les Français et les Anglais avaient pour maxime de payer ces chevelures, jusqu’à concurrence de trente francs valeur en marchandises, il s’agissait alors d’encourager les sauvages à en faire le plus qu’ils pourraient sur l’ennemi et pour avoir la certitude du nombre des vaincus; ce moyen de précaution a fait naître, soit naturellement ou par insinuation, la ruse chez les sauvages, qui pour augmenter la rétribution qu’ils tiraient des chevelures s’avisèrent d’en faire de peau de cheval qu’ils préparaient de la même manière que la chevelure de l’homme. Cette supercherie reconnue donna lieu d’y regarder de plus près, avant de parvenir au paiement, de sorte que les Français et les Anglais ont fini par ne plus payer que très peu de chose par forme de présents. Il est honteux pour l’humanité d’employer des moyens aussi barbares, il est pourtant vrai de dire que cette invention appartient seule aux sauvages qui en faisaient usage entre eux avant de connaître les nations policée. C’est donc de la barbarie que provient cet horrible usage pratiqué chez les sauvages seuls, car il ne paraît pas avoir existé chez aucune autre nation, même celles qui comme eux n’ont reçu aucun principe de civilisation.
Scalp, 1750-1850. British Museum. Source ici.


Lectures suggérées :
  • J.C.B. (Édité par l’abbé H.R. Casgrain). Voyage au Canada dans le nord de l'Amérique septentrionale fait depuis l'an 1751 à 1761 par J.C.B. Québec, Imprimerie Léger Rousseau, 1887. 255 p.
  • Lozier, Jean-François. « Lever des chevelures en Nouvelle-France : la politique française du paiement des scalps ». Revue d’histoire de l’Amérique française, Vol. 56, nᵒ 4 (2003). pp. 513–542.

28 January 2016

The Revenant Review Follow-Up


Ever since I wrote my (very short) review of The Revenant, people have been asking my honest opinion on how the French-Canadian trappers were represented. The question seems to have gained notoriety ever since actor and activist Roy Dupuis basically accused the movie of being racist towards French-Canadians. He denounces the way they are apparently portrayed as inherently evil. However, I guess the question should rather be: who do I take more issue with: the filmmakers or Dupuis?

My honest answer? A long, drawn out and puzzled “Meh?”, shrugging with my hands in the air.

That is, I’m on the fence, meeting Dupuis and the filmmakers half-way on the issue. Let’s face the facts: the movie does not portray French-Canadians under a good light. They are basically shown as raping, pillaging pirates of the West (though with apparently better hygiene than the American trappers, I’ve noticed...). Clearly, most French-Canadians did not act like this. But was the intention to paint a broad portrait of all French-Canadians? We must first dispel what Dupuis claimed to support his statement: he says that only the French-Canadian characters are seen killing people (Pourquoi donc le cinéaste n’a-t-il pas montré les meurtres commis par les Américains?). Apparently we watched two different movies, for the movie depicts numerous scenes of murder, attempted murder and fights between Americans and Natives (*SPOILER* namely the antagonist killing the protagonist’s métis son). There is open racism against natives. Heck, the very opening of the movie focuses on the destruction of an entire Native village by Americans. In fact, everybody in this story is violent and wary of the “other”: French, Americans, and yes, even Natives (though all for different reasons). In this context, the singling out of French-Canadians in the movie just seems odd- implying they should have been angels instead of the fiends they are portrayed as. This insinuation smacks of the same racism generalizing tends to do, one way or another.

Yes, I can agree with Dupuis that French-Canadians were much better at sustaining peaceful, meaningful relationships with Native populations when compared to the British and Spanish. But one can’t forget trade primarily sustained these relationships. The Métis of the plains are the most famous example of the mingling of Native women and French frontiersmen. But as Europeans became less and less dependent of Natives (and of the French links to them), just as many of these cultural relationships broke down as families largely reintegrated white communities. Lets us also remember that the world of 1823 is different than that of 1723: the search for furs led men further out West, and violence followed suit. In fact, when the Hudson Bay Company merged with its competitors in 1821, one of the main reasons was because of the frontier violence between their employees, which just had to stop according to British officials. And yes, many of the belligerents were French-Canadian.

And what about Dupuis' claim that most Frenchmen married Native women and created today’s French-Canadians? Serge Bouchard already answered last year by reminding us only 1% of Quebec’s genetics contains Native genes... A fact that Dupuis curiously glosses over in his own documentary as researcher Hélène Vézina tells him that even if 75% or so of French-Canadian genealogies contain at least one Native ancestor, this only represents a mere 1% genetic presence in French-Canada. Dupuis, then, is just as prone to sweeping generalisations.

As for his claim that there were only a few “brutes” amongst French-Canadians, Dupuis is flirting dangerously close with the “No true Scotsman” fallacy. I would like to point out that in the heyday of French-Native relations under the French Regime, harmony was not exactly perfect. A quick keyword search through Bibliothèque et Archives nationales du Québec reveals that though there are many judicial cases against Natives for rape, murder and stealing, cases against Frenchman doing wrong to Natives are conspicuously absent. Instead of bolstering Dupuis’s claims, this fact demonstrates that colonial justice was not as preoccupied with rendering justice to Natives as it was with Frenchmen. Let us not forget also that loyalties constantly shifted between various Amerindian Nations and the French: one decade they would be fighting alongside each other, the other, against. And one should never forget that the French waged an all out war against the Fox in the 1730’s, and that with their Choctaw allies, they basically eradicated the Natchez in the same decade. In a final example of everyday violence against Natives, it would be neglectful to forget that the French traded in Indian slaves; in 1752, in Kaskaskia alone, Native slaves represented 11% of the population. And I doubt they were all kindly treated... So much for Dupuis’ criticism of the portrayal of slavery in the movie.

Don’t get me wrong, however: I admire Dupuis’ effort to remind us of French-Canada’s debt to First Nations. However, his concerns are an echo of modern French-Canadian society’s unfortunate and naive complacency. How often do we hear phrases like “We loved Natives”, “We didn’t steal their lands”, “We...”, “We...”, “we...”. But as was brought up in a recent colloquium, while on the one hand French-Canadian society pats itself on the back for having treated Native peoples better than most colonists, we are forgetting we still had a hand in many of their problems. If, for example, certain French-Canadians point out that it was an Anglophone government that instated Native residential schools in Canada, they conveniently forget that many of the catholic employees of these institutions were French-Canadian...

Following these arguments, I take less issue with the handful of French-Canadian renegades shown in the movie than with Dupuis’ over-idealized view of French-Indian relations. As Allan Greer reminds us regarding the movie, “Drunkenness, sex slavery, rape; can’t think of any direct evidence for the latter, but who knows what evil deeds went unrecorded in a setting where there are no institutions of justice as we know them?”

So what do I think of The Revenant’s portrayal of French-Canadians? Vicious, indeed, yet not totally uncalled for, but not totally necessary either. Having thrown in a few neutral if not outright good French-Canadian characters could have nuanced the movie and brought it closer to reality. For my taste, a much better portrayal of an average French-Canadian mountain-man would be Pasquinel, one of the protagonists from 1978’s miniseries, Centennial. Yet, in a movie where no one is shown on their most positive side, it’s hard to accuse the director of favouritism as Dupuis claims. Instead, we are reminded once again that the past is often an uncomfortable place, whether we want to admit it or not...