Showing posts with label Fort Saint-Joseph. Show all posts
Showing posts with label Fort Saint-Joseph. Show all posts

03 March 2021

Threads Across the Atlantic: Cathrine Davis

Cathrine Davis is a good friend and colleague currently pursuing her doctoral degree at the College of William & Mary in Williamsburg, Virginia. On February 11, 2021, she gave a talk titled "Threads Across the Atlantic: Exploring Lead Seals from Fort St. Joseph." This talk will be of particular interest to anyone studying or researching Indigenous peoples and the fur trade, the Midwest under the French Regime, textiles, and how the colonial market influenced French producers of merchandise. Enjoy!

19 August 2015

Vivre le passé : la reconstitution historique comme outil de diffusion de l’histoire auprès du public



Pour ce billet, j’aimerais reprendre en grande partie ma présentation donnée au colloque d’ARTÉFACT à l’Université Laval le 12 février 2015. Je la publie ici suite à une discussion avec une collègue portant sur la légitimité de la reconstitution historique aux Fêtes de la Nouvelle-France.
Il faut se le dire d'abord : le grand public ne se garroche pas aux colloques historiques. Ce n’est pas étonnant : nous sommes, après tout, dans un milieu académique où l’on s’attend à ce que l’auditoire d’un colloque ait acquis certaines bases essentielles pour suivre le fil des communications. Le public général, lui, n’a pas une telle formation.
Néanmoins, il ne faut pas se leurrer en croyant que c’est de sa faute : bien au contraire, c’est en quelque sorte la nôtre!
C’est-à-dire, en tant qu’historiens, n’a-t-on pas passé des années à développer des bases scientifiques, à comprendre le jargon académique, et à s’intéresser à des questions complexes et difficiles qui demandent à l’avance certaines connaissances? Pas étonnant donc que le public ne soit pas au rendez-vous lorsqu’on organise des colloques et des conférences scientifiques professionnels! Par extension, on ne s’étonne non plus que les universitaires ont par conséquent une réputation de vivre dans une tour d’ivoire!
Et pourtant, il faut se répéter que l’universitaire à trois responsabilités à remplir : enseigner, faire de la Recherche, et représenter son domaine et son département auprès de la communauté.
Bon. Certainement, plusieurs historiens ont su se faire connaître auprès du public. Je ne suis pas en train de dire que le lien entre le monde universitaire et le public en général n’existe pas du tout! Cependant, si j’écris ces mots, c’est pour plaidoyer que nous devons savoir nous doter de tous les moyens possibles pour parler d’histoire auprès du public! Et encore plus important, il faut s’assurer que le message fasse impression! Le médium est le message, comme disait Marshall McLuhan. Chaque moyen de communication a ses forces et ses faiblesses. La radio, par exemple, peut faire bonne impression par sa nature intime, particulièrement dans l’auto ou dans ses écouteurs. La télévision, le média de masse par excellence, peut diffuser des documentaires extrêmement bien faits (exception ironique du History Channel).
Bref, le public a un accès facile à de l’information historique par ces médias. Toutefois, le problème avec la plupart de ces moyens de diffusions, c’est qu’ils sont principalement passifs. Le public est à la merci de ce qui est présenté. Contrairement à nous, professionnels dans un milieu universitaire, le public général a rarement l’occasion d’interagir et de poser des questions.
C’est pourquoi j’évoque un moyen de diffusion qui fait appel à l’interaction avec le public, et sans doute la meilleure façon de briser la glace entre l’historien et le milieu « vulgaire ». Il s’agit de la reconstitution historique, ou comme les anglophones l’appellent, le « reenacting ». L’activité s’agit en fait de recréer un moment du passé à l’aide de costumes et d’accessoires d’époque. Les figurants, ainsi déguisés et pratiquant des métiers et d’autres activités d’antan, offrent aux visiteurs la chance de s’immerger dans le passé et d’interagir avec des « personnages » historiques. Ces reconstitutions ont lieu principalement auprès de musées ou de sites historiques. On pense par exemple aux villages d’antan en Acadie, à Saint-Marie-au-pays-des-Hurons en Ontario, Williamsburg en Virginie, ou même à Québec, grâce à Parcs Canada.
Malheureusement, c’est une activité qui est souvent snobée par les historiens. C’est comme si la reconstitution se faisait comparer au LARPING (ou Live-Action-Role-Playing), où les participants se déguisent comme bon leur semblent pour construire des mondes fantastiques, mais imaginaires à la saveur du Seigneur des anneaux.
L’historien pense trop souvent que le reconstituteur manque de rigueur scientifique et s’adonne à un libre usage de son imagination. Pourtant, la vérité est tout autre : En reconstitution historique, les adeptes se font une vraie obsession d’être le plus fidèle possible au passé.
En fait, Vanessa Agnew rappelle :
Yet reenactment also speaks directly to the academy. Television and film producers, museum curators, history buffs, and university students are only too ready to remind academics that their authority is compromised: historians must justify their interpretations, and history writing and teaching must meet the needs of the marketplace. With its vivid spectacles and straightforward narratives, reenactment apparently fulfills the failed promise of academic history—knowledge entertainingly and authoritatively presented. […] this charge might be too readily dismissed by academics.[i]
C’est pourquoi je vous soumets que si l’image qu’on évoque d’un l’historien ressemble le plus souvent à un barbu à lunette derrière son podium, le vrai historien ne doit pas avoir peur de ressembler au besoin à un pirate, un soldat, ou tout autre personnage évoqué par la situation ou l’événement.

Le barbu à lunette en question...

Au Québec, la reconstitution historique existe, mais ne fait pas l’objet d’un engouement semblable comme celui chez nos voisins du sud. Effectivement, aux États-Unis, la reconstitution historique est pratiquement omniprésente sur tous les sites historiques. N’empêche qu’on ne peut pas dire que la qualité n’est pas au rendez-vous chez nous : il s’agit que de penser à la Société In Memoriam ou bien à la garnison de Québec. En plus, comme toute société de reconstitution, il s’agit de groupes de bénévoles à la passion historienne.

Photos : Joseph Gagné

Si le Québec souffre d’un problème de lacune de reconstituteurs, c’est probablement à cause du manque de familiarité auprès du public. Songeons, par exemple, à la Commission des champs de bataille nationaux et sa commémoration malhabile de la bataille des Plaines d’Abraham en 2009. Par un vrai manque de tact, les organisateurs n’ont pas expliqué au public ce qu’est le phénomène de la reconstitution historique. Il n’est pas étonnant donc que la population locale ait mal perçu l’intention derrière l’activité. L’événement, qui devait faire appel à un nombre sans précédent de reconstituteurs québécois et américains, a fini par être interprété (majoritairement par les souverainistes) comme une gifle contre l’honneur du Québec. Le tout, on se rappelle, s’est soldé par une annulation de la reconstitution et de la création, au lieu, du Moulin à parole.

Photo : Cathrine Davis

J’aimerais en venir donc à un exemple américain, celui du fort Saint-Joseph, pour illustrer comment une meilleure intégration de la reconstitution peut affecter la connaissance historique du public, la protection du patrimoine, et la mise en valeur de notre profession.
Commençons avec un peu d’histoire. Avant de devenir un lieu fortifié, le fort Saint-Joseph est d’abord fondé peu après 1680 comme une mission entretenue par les Jésuites. Situé sur la rivière Saint-Joseph, le poste est bien placé pour intercepter les mouvements des Amérindiens entre le lac Michigan et le portage de Kankakee qui mènent à la rivière des Illinois et par extension, au fleuve Mississippi.
Malgré sa vocation religieuse, le poste va rapidement attirer les marchands et les voyageurs. À son apogée, le fort abrite une quinzaine de maisons, tout en étant avoisiné d’un village Potawatomis et Miamis. En 1758, Bougainville écrit que le poste produit 400 ballots de fourrures par année. C’est une somme assez considérable lorsqu’on le compare à la production de 600 à 700 ballots du fort Michilimackinac, le principal entrepôt de fourrure du nord du Pays d’en Haut. Malgré la Conquête en 1760, le fort va continuer d’exister pour quelques décennies encore, non sans passer tour à tour entre mains britanniques, espagnoles, et américaines (ce qui donne à Niles, son emplacement actuel, le sobriquet de « City of Four Flags », ou ville à quatre drapeaux). Après 1781, le fort est plus ou moins abandonné.
Néanmoins, il ne sera jamais oublié par la population locale. D’ailleurs, la ville de Niles commémore la présence du fort avec de nombreuses plaques historiques. Mais, malgré la mémoire locale du fort, il faut attendre en 1998 pour la redécouverte du site par l’équipe archéologique de Michael Nassaney de la Western Michigan University.

Photos : Cathrine Davis

Une fois l’emplacement du fort découvert, la Western Michigan University et la ville de Niles ont dû faire face à un choix difficile : est-ce que l’endroit exact du fort doit demeurer secret pour le protéger de pilleurs et de chasseurs d’artefacts? Ou bien est-ce que le public a droit de savoir où se trouve ce lieu patrimonial? Peu importe la réponse, le souci premier est de protéger le site.
Après une longue et mûre réflexion, la décision est prise de non seulement révéler l’emplacement du fort, mais aussi d’en faire la promotion active auprès de la communauté. Effectivement, en agissant de la sorte, on s’assure la valorisation du site en invitant le public de s’en enorgueillir et de développer un profond respect pour la nécessité de laisser aux archéologues le soin de fouiller et d’interpréter le site en toute quiétude.
Mais pour développer cette relation avec la communauté, l’université doit d’abord développer des bases solides.
Le tout commence en 2002 avec l’instauration d’un chantier-école où non seulement les étudiants universitaires peuvent participer, mais les bénévoles de la communauté aussi.
Pour stimuler l’intérêt public pour le site, l’université, en partenariat avec la ville de Niles et de l’association Protect the fort, va animer annuellement une fin de semaine baptisée la « Fort Saint-Joseph Open House ».

Photo : Cathrine Davis

Pendant l’événement, les archéologues du site déroulent le tapis rouge pour permettre au public de venir observer leur travail. Les gens peuvent donc observer les méthodes de fouilles pratiquées par les étudiants, tout en leur posant des questions.
Des échantillons d’artéfacts trouvés pendant l’année courante, ainsi que les plus belles trouvailles du passé sont mises de l’avant au profit de la curiosité des visiteurs. D’ailleurs, non seulement peuvent-ils observer le travail des archéologues, mais le Fort Saint-Joseph Archaeological Project invite chaque année des historiens tant Américains que Canadiens pour venir donner des communications dans divers musées et bibliothèques de la région. (Ceci dit, je me vante d’avoir été invité en 2013 pour parler de miliciens canadiens.)
Toutefois, ce qui donne une dimension supplémentaire à l’expérience des visiteurs, c’est de pouvoir interagir non seulement avec les archéologues et les historiens du site, mais également avec les personnages qui ont vécu à l’époque.
Pendant l’événement, le site est divisé entre le chantier archéologique d’un côté, et un campement de reconstituteurs de l’autre. Le concept est que le visiteur peut non seulement apprendre au sujet de la méthode archéologique, mais également « voyager » dans le temps en quelque sorte et avoir une vive impression des mœurs d’époque.
Le visiteur peut se promener et rencontrer d’innombrables personnages, en particulier des voyageurs. Pourquoi ne pas s’arrêter pour écouter de la musique d’époque? Le visiteur est même invité à s’embarquer dans un canot de maître où il peut apprendre davantage sur la production de chapeaux à base de feutre de castor.

Photos : Joseph Gagné

Bref, l’impression que se fait le visiteur en arrivant sur le site dépasse l’habituel chantier archéologique avec ses pelles, ses fosses, et ses artefacts souvent méconnaissables à l’œil de monsieur et madame tout le monde.
L’intégration de la reconstitution historique au « open house » du fort Saint-Joseph attire annuellement de plus en plus de participants bénévoles et de plus en plus de visiteurs, ces derniers se chiffrant dans les milliers.
Cela dit, il ne faut pas négliger d’ajouter que la reconstitution historique a un apport économique important pour la région : en effet, les gains sont énormes par rapport à un investissement presque négligeable. Rappelons-le : les reconstituteurs au fort Saint-Joseph sont tous des bénévoles provenant d’un peu partout dans le Midwest. Ils se rassemblent à cet endroit que pour l’amour de l’histoire.
Pour illustrer le gain, puisque je n’ai pas les chiffres exacts pour le fort Saint-Joseph, évoquons le cas du fort Niagara dans l’état de New York. Selon un courriel du directeur du site, Bob Emerson, il est estimé qu’en moyenne chaque visiteur va dépenser 80$ par jour. Avec les 120 000 visiteurs, cela représente 9.6 millions de dollars dépensés dans la région. À lui seul, leur événement commémorant la guerre de Sept Ans rapporte 600 000 dollars. Ainsi, même si le fort Saint-Joseph n’est pas aussi connu que le fort Niagara, l’événement du « open house » rapporte quand même à la ville de Niles des centaines de milliers de dollars en revenus touristiques. C’est pour cette même raison que la ville espère moderniser son musée dédié au fort, et un jour peut-être reconstruire le fort selon les données archéologiques afin de créer un site permanent qui attirera les touristes à longueur d'année.

Photos : Joseph Gagné

Avec le franc succès vécu par les reconstituteurs au fort Saint-Joseph, j’ai pris l’initiative en 2012 de contacter la direction des fêtes de la Nouvelle-France pour savoir s’ils seraient intéressés d’inviter quelques bénévoles du Midwest américain pour venir représenter le fort Saint-Joseph à Québec. En effet, chaque année, les Fêtes de la Nouvelle-France invitent une région de l’Amérique à se représenter à l’événement, le plus souvent l’Acadie ou la Louisiane. Cette fois-ci, c’était l’occasion parfaite de faire connaître aux gens l’histoire de la Nouvelle-France dans la région des Grands Lacs.
Animé par une poignée de reconstituteurs arrivés du Michigan, de l’Indiana et du Missouri, notre petit camp du fort Saint-Joseph fut un succès : placés devant la maison Chevalier à Place Royale, nous étions bien placés pour accueillir les festivaliers et les touristes. En même temps, j’aimerais noter que notre présence était importante dans le contexte des Fêtes de la Nouvelle-France.
On ne peut pas le cacher, ces dernières sont une fête populaire, l’histoire de la Nouvelle-France est à la merci des distorsions causées par la mémoire collective. Alors que certains participants démontrent un profond respect pour la quête d’authenticité dans leurs costumes, c’est loin d’être la norme : pirates et princesses envahissent annuellement les rues de Québec.
Notre petit campement à l’entrée de Place Royale nous permettait donc d’avoir le bénéfice de donner auprès du public une première impression plus authentique de la Nouvelle-France. Il faut également souligner que nous étions deux historiens et une archéologue parmi les bénévoles. C’est un point important à soulever, car ceci permettait de répondre aux questions pour lesquelles les reconstitutions n’avaient pas de réponses. Cela dit, je stresse que les reconstituteurs sont des gens très doués en histoire, passionnés, et avides d’informations. Mais ces connaissances portent le plus souvent sur la culture matérielle. N’empêche que ces gens sont également les meilleurs élèves qu’on puisse souhaiter! Et on peut dire la même chose du public : à l’aide de nos costumes, de cartes, et d’accessoires d’époque, on offrait au public une expérience interactive qui faisait souvent appel aux cinq sens.
En guise de conclusion sommaire, la reconstitution historique peut servir d’outil très utile pour briser la glace entre le monde académique et le public en général. On ne peut qu’en profiter, et ce, sur les deux fronts.
D’une par, notre implication auprès de reconstituteurs ne peut que nourrir leur quête d’authenticité et de sources utiles. C’est par un effort d’intégration auprès de la culture de la reconstitution que nous pourrons les aider à atteindre leurs lettres de noblesse longuement dues, particulièrement au Québec, et assurer leur légitimité historienne.
De notre côté, les retombés ne seront que positifs pour la profession, particulièrement dans un temps où les mesures d’austérité nous affectent gravement. Il faut se rappeler qu’avec l’appui du public, on peut éviter certains désastres comme des coupures dans nos départements universitaires. Par exemple, il ne s’agit de penser à la revue des Débrouillards, justement un outil de vulgarisation scientifique auprès d’un jeune public, sauvé par l’opinion publique. Nous devons savoir reconnaître et nous doter de tous les outils de diffusion possibles, qu’il s’agisse de la radio, de la télé, ou même de la reconstitution historique, pour non seulement propager nos connaissances au public, mais développer chez lui une appréciation et même une valorisation de notre profession.
Notons que le succès de la présence du fort Saint-Joseph aux Fêtes de la Nouvelle-France pendant deux années de suite démontre que la reconstitution historique sert non seulement à transcender les époques, mais également les cultures. En effet, des bénévoles qui sont venus, deux d’entre eux seulement parlaient le français. Si la langue était une barrière, c’est l’amour de l’histoire qui rassemblait.
Bref, la reconstitution historique est un mouvement à apprécier, et à bien promouvoir (en particulier pour éviter un autre fiasco comme celui des plaines d’Abraham). Et avec ces efforts, nous finirons par donner une plus grande conscience historique permanente à la mémoire populaire.

Les intéressés peuvent lire mon autre article sur le sujet ici.


[i] Vanessa Agnew, « Introduction: what is reenactment? », Criticism, Vol. 46, No. 3 (2005), pp. 329-330.

13 August 2014

Another Year, Another Success for Fort St. Joseph in Québec!

*cette semaine, mon billet est en anglais pour accommoder les lecteurs du Midwest américain.

Photo: Le Journal de Québec (article here)
Last week (August 6-10), visitors to Québec arriving at Place Royale by bus or by ferry were greeted by a small group of people seemingly ripped out of the past. Not just any people or any time: these were inhabitants of Fort St. Joseph, circa 1760.

All ages were represented
Photo: Jos Gagné
Indeed, for a second consecutive year, reenactors from Michigan and Indiana were invited to the Fêtes de la Nouvelle-France (or New France Festival) to represent the Upper Country, or Great Lakes Region. As a reminder that the French colony was not only comprised of the St. Lawrence valley but also stretched west to the Prairies and then as far south as New Orleans, this group was a lively and varied one at that. A village represented in a nutshell, our little group was made up of a French Marine, a Jesuit missionary, a Canadian voyageur and his captured English bride, and of course, a variety of Habitant folk. Even all ages were represented: from the delightful young girl to the wise elderly man, a wide age spectrum was to be found under our tent.

Of course, our weeklong experience was an adventure in cross-cultural exchanges: not only were we mingling past and present, but languages as well. After all, most of these American reenactors do not speak French. Nonetheless, they knew how to share their passion for a common history. I was there the whole week helping with these exchanges, acting as a go-between, an interpreter. What a coincidence, really, considering the character I was embodying was a voyageur who would have done the same between French merchants and their Native clients.

Well, at least my costume gets better
every year... (Photo: Jos Gagné)
The occasion was particularly important this year since French Ontario had also sent a delegation to highlight the 400th anniversary of French presence in the province. One might say the Great Lakes were put on a pedestal this year!
An exchange between Michigan and Québec City is not unheard of: there is already an exchange program between Laval University and Western Michigan University’s archaeology departments (underused, alas). But these two years have probably had the biggest impact on breaking the barrier between both regions. We created public awareness of the American fascination for French colonial life (more than English Canada has ever cared to show). Not only did we promote Fort St. Joseph, but we also gave out flyers and information regarding Fort Michilimackinac and the Illinois Country as well. Who knows how many people will visit the American Midwest thanks to our suggestions?

Inversely, we kept tabs on where visitors were coming from. In a nutshell: everywhere. All Canadian provinces except Newfoundland had visited our setup; many American states came to say hi to their compatriots, and travelers from as far as Australia enjoyed talking to us as well. I also feel confident in saying we had many more visitors than last year.

Dunno if Joe is pouting because of the rain or because
the festival is almost over (Photo: Jos Gagné)
If fort St. Joseph is being represented in Québec, it’s because three years ago, I had contacted M. Stéphan Parent, head director of the Festival. I had proposed doing a shindig with the Upper Country with either Ontario or Michigan (I’m originally from the Great Lakes; I felt I had to wave the flag, so to speak!). Well, sure enough, the idea sparked interest. This is where my involvement ends: the real credit comes back to M. Parent and his team who not only came up with the idea of bringing reenactors to Québec, but also kindly asked me last year to give a talk on the region. We were already impressed with last year’s experience, so you can imagine how delighted we were to be invited a second year in a row! Here’s to hoping a third invitation is in the works!

Rob having a bit too much fun...
(Photo: Stacy Chriswell)
All in all, it was a week well spent. I like to think the presence of our group was especially important in regards to historical accuracy. Americans are rabid sticklers when it comes to reenacting (I don’t know if they invented this hobby, but they sure as heck perfected it). Authenticity is always strived for. And in a festival that is understandably subject to popular interpretation of history (as we say in French, la mémoire n’égale pas l’histoire), costumes can sometimes seem closer to fantasy renaissance fairs than anything remotely resembling French colonial life. Then again, I’ll admit sheepishly that a friend of mine had poked holes in my belief that I was accurately dressed. Most of my props were somewhat closer to the 19th century than the 18th. Proof once again that I might be a historian, but I’m no cultural material specialist... But, as the point I was getting to, our Michigan gang was a refreshing glimpse of accuracy and public awareness of it. This said, despite a few observations of the group regarding what I’ve just described, I did have them realize that every year the festival gets historically better as more and more people share in the challenge of trying to be true to the past.

Beaver love. (Photo: Jos Gagné)
As a historian, I can’t help adding my observation that though I don’t usually practice it outside of the Fêtes de la Nouvelle-France, reenacting is by far one of the best teaching tools available. Joe, our French Marine, regularly uses his uniform to teach kids back in Indiana and Michigan about the French colonial past. I find that walking around in period garb inviting people to touch my beaver pelt is an instant icebreaker to discussions about the fur trade and its history. Kids in particular are especially curious with their innumerable questions. Their bright-eyed queries have stumped me more than once: these are great occasions for the historian to track down answers to simple but obvious questions he might never have otherwise thought of in the first place.

The sharing experience was reciprocal. These reenactors all participate regularly at the Fort St. Joseph open house. During this event, they recreate colonial life as visitors come to Niles, Michigan, to visit the ongoing archaeological digs. Coming to Québec, as one of my friends put it, gave them a new perspective on how important this history is to modern Québec and French Canada. We are not talking about a distant, inconsequential past. This is a past that has created our present, the culture of a/many people, and the pride of a nation. If the field of history must pride itself in rigorous scientific study, it must not forget its impact on the public memory and psyche. These two years of exchanges were opportunities to share what New France means to each other across the border, and how we will commemorate this common history together.

That said, our encampment has been the occasion to develop new friendships as well. Whether last year with Philippe, a historian with plenty of public history experience from colonial Williamsburg, or this year with Marie-Hélaine, a local reenactor (who was big help, by the way, in translating!) or our dear Monique who would come around, obsessed with our sashes (thank you by the way for the blue one you made for me!), we had plenty of occasions to exchange knowledge, contacts, and laughter.

Once again, here’s to hoping the Fêtes de la Nouvelle-France will invite us once more next year!
One last goodbye... Photo: Stacy Chriswell

02 August 2014

Fêtes de la Nouvelle-France 2014


Juste un petit rappel à mon lectorat à Québec que vous pourrez venir me voir aux Fêtes de la Nouvelle-France devant la Maison Chevalier. Je vais participer aux côtés de la délégation du fort Saint-Joseph (Niles, Michigan). Et n’oubliez pas non plus que l’Ontario français sera à l’honneur cette année! Au plaisir de vous y voir! (Et Charlevoix, j’espère que tu viendras faire un tour par Québec pour l’occasion : je veux vraiment savoir qui se cache derrière ton blogue fantastique!).
Pour plus d’informations, visitez : http://www.nouvellefrance.qc.ca/
et au sujet du 400e de l’Ontario français : http://ontario400.ca/fnf/

26 June 2014

Témoignage de la guerre de Pontiac

Fort Détroit. Source ici.
Je suis tombé sur ce document aujourd'hui. Écrit en 1765, il nous donne un bref coup d'oeil sur la situation de Détroit vers la dernière année de la guerre de Pontiac. L'auteur est Jacques Baby dit Dupéront, écrivant à son frère Antoine Baby.
A M.r Ant.ne Baby [Négociant] a Montréal
au Détroit le 22e avril 1765
J’espère Cher frerre que Celle cy te trouveras en Routte surtout si tu a reçü celle dont maisonville étoit porteur, la necessitée d’arriver des premiers est trop presente pour ne t’avoir pas engager à partir en prime. en tout cas si tu étois encore a Montreal et que tu ne fut pas sur ton départ fais en sorte de me despecher deux canots ou bateaux y compris ce que je t’ai laissé en main Comme françois n’est pas au fait de ces envoyes, je te pris de te joindre a luy afin d’arranger toutte chose, vous pourrié engager le monde conditionellement jusqu'a Niagara au cas que l’on puisse obtenir passage dans les barques si non pour continuer jusqu’icy qui trouveroit des Bateaux a emprunter de M.r le Colonel Christy ou a Loüer a Bas prix je crois que ce seroit bien enfin je m’en rapporte entierrement a ce que vous ferois.
Chapman et [Chapoton] sont arrivés il y a huit jours avec leurs marchandises je crois que les [peltries] ne seront pas bien Commune Cette année, les Sauvages se plaignent Beaucoup de leur Chasse en outre les Misamis et nations du 8abache font touttes leur traittes avec les Gens des Illinois, et touttes les peltries de ces Cotés vont a la mer. La paix n’a point encore été signé par ces nations, quoique toutte leur hostilitée se soit borné a la prise d’un homme a la Rivierre Rouge, Comme Clermont étoit taxé de faire agir les [Mis/Illis] M.r le Commandant a Détaché le Cap.tne jeadot, car il est brèveté de M.r [Guastrie], mais les mis et quelque outa8as sans avoir égard a La Commission ont désarmé toute la trouppe de jeadot en Commançant par luy, en leur otant jusqu'à leur Couverte, et les ont Chargé de sottise et [d’inverstir] de ce qu’ils étoit employé des anglois; ainsy Clermont est resté dit on Commandant au Msamis. Deux partis de Saulteurs étoit sur le point de partir pour venger la prise de l’Anglois fait a la Rivierre Rouge, mais le commandant voyant leur bonne volonté leur a conseillés d’aller auparavant tenter la voye de la douceur afin de les engager a Ramener les prisonniers et a venir se soumettre nous attendons leur retour pour apprendre la suitte et la reparation de l’insulte faite a jeadot, il y a apparaence d’ailleurs d’une grande tranquilitée, l’on attend de jour en jour les pouté8atami de S.t Joseph qui doivent venir travailler à la paix et par la reparer leur ancienne injures et la mort des deux soldats qu’ils ont tués cette automne. Je souhaite la fin de tout ses troubles.
Hâte toi si tu es en Routte, si tu es encore a Montréal et dans les sentiments de remonter ne tarde nullement car la diligence est toute a fait essentielle. Adieu jusqu’au revoir et crois moy avec sincéritée

ton affectionné frere
D. Baby 
SourceBAnQ-Q, P336, Fonds Famille Baby - 1765-1888, contenant 1960-01-208\1, pièce 12. Jacques Baby dit Dupéront à Antoine Baby. À Détroit, le 22 avril 1765.

13 May 2014

Une ancienne "autoroute" française

Photo : Cathrine Davis, 2014
Je viens de passer les trois dernières semaines dans le sud du Michigan. J'en ai profité pour faire une petite sortie en auto afin de visiter l'embouchure de la rivière Saint-Joseph, située dans la ville du même nom. Dès les débuts de la colonisation française, cette rivière devient importante pour le déplacement des Français sur le continent. Faisant le relais entre le lac Michigan et la rivière des Illinois (par l'entremise du portage du Kankakee), cette voie était la plus utilisée pour se rendre en Louisiane. C’est sur la rive de cette même rivière qu’on retrouve le site archéologique du fort Saint-Joseph, situé plus au sud dans la ville de Niles.
La rivière Saint-Joseph, telle qu'on la voit dans la carte de Bellin de 1755
  
Photo : Joseph Gagné, 2014
Aujourd’hui, d’énormes cargos en métal ont remplacé les (relativement) petits canots d’écorce. Néanmoins, on peut toujours imaginer les voyageurs d’antan se permettant une pause sur les dunes de sable avant de continuer leurs parcours.

Photo : Joseph Gagné, 2014

18 March 2013

Rassemblement de la milice au fort Saint-Joseph

Voici un court documentaire (27 minutes) au sujet de la reconstitution historique annuelle au fort Saint-Joseph au Michigan. Peut-être y reconnaîtrez-vous quelqu'un? ;)



Informations supplémentaires :

20 February 2013

De la viande fraîche pour le fort Saint-Joseph!

Photos: Joseph Gagné 2012

J’adore visiter l’« Open House » du Fort St. Joseph Archaeological Project lorsque j’en suis capable. Ce fort, redécouvert en 1998 dans la municipalité de Niles, au Michigan, fait aujourd’hui l’objet de fouilles archéologiques menées par les étudiants de la Western Michigan University. À chaque année au mois d'août, ils invitent le public pour observer leurs travaux. Cela fait depuis 2010 que j’entretiens des relations avec eux pour me tenir au courant de leurs découvertes annuelles. En août 2012, j’ai eu l’honneur de me faire inviter à donner une présentation au sujet des miliciens du fort Saint-Joseph à la Indiana Center for History de South Bend, à quelques minutes de route de Niles. Alors que j’entreprenais mes propres fouilles archivistiques pour préparer mon communiqué, je suis tombé sur un document particulier. Avant de vous le révéler, je dois vous dire que je savais déjà que l’équipe du fort Saint-Joseph retrouvait régulièrement des montants exorbitants d’os de chevreuil, sans savoir pourquoi qu’il y en avait autant! Alors, imaginez ma surprise et ma joie en découvrant un premier document nous offrant un peu de contexte sur le lien entre ces ossements et l’histoire du fort. Encore plus excitant, c’était de voir la réaction des archéologues en leur apprenant la nouvelle! (Note : Il se peut que les chiffres ci-dessous soient mal alignés selon votre écran)
Mémoire de ce que moy Menard a fourni au Roy, [par/pour] La Subsistance des gueriers.

Scavoir

                                                                                      #   s    d[*]

Du 1.r [Aoust]…   1. chevreuil entier…                               6

Du 2.e [oust]…      2 pieces de viande a 3/.10s                    7

Du 3.e [oust]…      1 chevreüil                                             6

Du 4.e [oust]…      1 piece de viande                                   3.    10.

Du [5]e [oust]…     la moitié d’un chevreuil                         3.                      

                                                                             25.#  10.s  [0].d

fait a S.t Joseph ce cinq.e Aoust. Mil Sept cent trente neuf.

Nous capitaine commandant Le partie que Monsieur Le General envoit par Misilimakina, a Monsieur de Bienville Et nous Lieutenant commandant a S.t Joseph, certifions que françois Mesnard a fait Les fournitures Cy dessus pour la Subsistance des guerriers, pendant qu’ils ont été a S.t Joseph, pour Le payement des qu’elles il Luy est dû La Somme de Vingt cinq Livres Dix Sols, fait a S.t Joseph. Le Sept.e Aoust Mil Sept cent trente neuf. Signé, Celerons, coulon de villier a eu Signé Beauharnois. Pour Copie Varin.
* # = livres, d = deniers, s = sols 
Source : Archives des Colonies, Series C11A, Vol. 78, Folio 283.

Pour plus d'informations sur les fouilles archéologiques au fort Saint-Joseph, visitez : http://www.wmich.edu/fortstjoseph/ et http://www.supportthefort.net/.