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22 March 2020

Le «Traître de Québec»


Ce qui suit est l'introduction originale d'un chapitre portant sur les espions en Nouvelle-France pendant la guerre de Sept Ans, tirée de ma thèse que j'édite présentement. Puisqu'il s'agit du premier chapitre rédigé, je n'avais pas encore tout à fait maîtrisé le format idéal qui allait guider la rédaction des chapitres suivant. Je suis donc obligé de distiller une bonne partie de ce que j'avais écrit à l'origine pour atteindre une longueur plus raisonnable. Néanmoins, je trouve que cet extrait sous sa forme originale peut tout de même être intéressant pour mes lecteurs, compte tenu de l'impact et de la vie dure du mythe du « traître » de Québec. Bonne lecture!


Introduction : « Le » traître de Québec

Le manteau de campagne du général Wolfe
Royal Collection Trust
RCIN 31955
Capitale coloniale et porte d’entrée du continent lorgnée par les Anglais depuis sa fondation, la ville de Québec devient la cible ultime de l’ennemi pendant la campagne de 1759. S’étant crue protégée par le fleuve et sa navigation difficile aux non-initiés, la population locale est ahurie de voir arriver en juin dans sa rade une flotte composée de 49 navires de guerre, transportant 13 000 marins, 4 500 matelots et 10 000 soldats britanniques. Dans les mois qui suivent, la ville est bombardée de milliers de projectiles et la région subit des expéditions punitives ennemies. Des trois batailles qui ont lieu—dont deux victoires françaises—, seul l’échec français deviendra célèbre. En effet, la fameuse bataille des plaines d’Abraham demeure aujourd’hui gravée dans la mémoire populaire du Canada français. Et pourquoi pas? Les événements qui se sont déroulés en ce matin fatidique du 13 septembre sont devenus depuis légendaires : deux généraux, Montcalm et Wolfe, comme si liés par le destin, perdent leur vie pendant la plus importante bataille de la guerre en Amérique où s’entrechoquent deux empires coloniaux pour le contrôle d’un continent. L’image est à la hauteur des plus grands romans historiques : inutile d’inventer quoi que ce soit, les faits dépassent la fiction.

Une série de défaillances en matière de renseignement joue un rôle important dans le dénouement de la campagne de Québec. Trop nombreux à énumérer d’un coup, il faut certainement mentionner quelques exemples probants, étudiés ad nauseam par les historiens : Montcalm qui mord à l’hameçon tendu par Wolfe, se laissant convaincre qu’un nouveau débarquement se prépare à Beauport plutôt qu’à l’ouest de la ville. Le matin même des opérations nocturnes de Wolfe, deux déserteurs français se font intercepter par les Britanniques et informent que l’armée française attend l’arrivée d’un convoi d’approvisionnement. À l’avantage de Wolfe, Bougainville néglige justement de transmettre aux autres officiers la nouvelle que le convoi avait été annulé. La coïncidence offre donc à l’ennemi l’occasion de profiter de la noirceur pour se faufiler vers la berge sous le nez des sentinelles croyant qu’il s’agit du convoi attendu. À chaque sommation de s’identifier dans la noirceur, un Écossais, Simon Fraser, leur répond en Français. Enfin, aucun système de signalement n’avait été élaboré en cas d’attaque dans les environs de l’anse au Foulon. L’état-major se fait donc avertir tardivement, le premier messager prenant curieusement « une heure pour franchir […] trois kilomètres[1] ». Sans oublier qu’il faudra plus de trois heures depuis le débarquement britannique avant que l’état-major ne se décide à réagir, et ce, toujours sans être parfaitement informé des faits. Mais à la base de tous ces manquements, une question hante la mémoire populaire : qui est responsable d’avoir révélé l’emplacement de l’anse au Foulon et ses faiblesses à Wolfe?

La figure d’un « traître », ou plutôt « du » traître des plaines d’Abraham a fait du chemin depuis le matin des événements. À l’occasion du 250e anniversaire de la bataille, « le traître » avait été dépoussiéré, évoqué dans les médias, se trouvant même une place dans la littérature pour jeunesse[2]. Il n’y a rien d’étonnant : le personnage, peu importe son identité véritable, joue un rôle important dans la mémoire et la littérature populaires, servant à simplifier la trame narrative de la Conquête. Il est plus facile pour le public de blâmer la perte de la colonie sur les manigances d’un seul individu, soit un antagoniste solitaire sur qui jeter ses foudres, plutôt que de comprendre la complexité de la machine de guerre dans une période difficile de son histoire. À tort ou à raison, de nombreuses personnes se sont fait imposer le rôle de bouc émissaire au fil des siècles dans l’histoire nationale du Canada français.

Bigot

Parmi les cibles de la mémoire populaire, l’intendant François Bigot fait figure de proue dans la littérature. Après tout, ses acolytes et lui seront les principaux acteurs visés dans « l’Affaire du Canada », accusés de corruption pour avoir entre autres saigné l’armée pour des profits, payés par l’État en plus. Dans son analyse des premiers romans historiques canadiens, Maurice Lemire observe :
Les romans que nous avons groupés sous le titre trahison de Bigot ont ceci de commun: ils exaltent tous l’héroïsme des Canadiens pendant la guerre de la conquête, moins toutefois par le rappel des actions d’éclat que par la description des conditions difficiles qui ont entouré la résistance. Tous les romanciers incriminent copieusement Bigot et ses satellites et blâment la conduite de la France. Parmi eux, Marmette, Rousseau et Jean Féron accusent formellement Bigot de trahison. Adèle Bibeau et Mme Leprohon n’en excluent pas non plus la possibilité. William Kirby, pour sa part, reporte toute la responsabilité de la défaite sur la France. […] tous les romanciers qui traitent de Bigot s’emploient à exonérer les Canadiens de tout blâme dans la défaite de 1760.[3]
Après tout, « Dans des circonstances normales les Anglais n’auraient pu vaincre les Canadiens[4] »! Mais pour paraphraser Guy Frégault, la bande à Bigot était certainement composée de voleurs, mais ce n'étaient pas des traîtres. 

Cugnet

Mais au-delà les manigances économiques de la « Bande à Bigot », la mémoire populaire évoque et s’accroche particulièrement à Jean-Baptiste Cugnet. Ce dernier doit sa notoriété, qui perdure même aujourd’hui, à l’archiviste Pierre-Georges Roy et son billet sur le « traître Cugnet ». En cherchant qui accuser d’avoir révélé l’existence du passage de l’anse au Foulon, l’archiviste rejette d’abord la confession de Robert Stobo, un des plus notoires prisonniers de Québec, comme quoi il aurait été celui qui l’avait indiqué à Wolfe. Roy prétend que l’Écossais ne pouvait pas connaître le lieu du fait qu’il était prisonnier et préfère s’appuyer plutôt sur les mémoires de James Thompson, un vétéran de l’armée britannique. Mis sur papier quelques décennies après les faits, le témoignage de Thompson prétend que l’emplacement de l’anse à Foulon aurait été révélé au général anglais par un certain Cugnet[5]. Même si Thompson avait raison—il faut se rappeler que son souvenir des faits comporte de nombreuses erreurs factuelles—l’identité exacte de ce Cugnet est toutefois nébuleuse. Par quelques acrobaties de logique, Roy conclut qu’il doit s’agir de Jean-Baptiste Cugnet, frère de François-Joseph Cugnet[6], futur avocat sous le Régime anglais. Il y a un léger hic qui vient détruire l’hypothèse de l’archiviste, cependant : son accusé est décédé à Saint-Domingue dix ans avant les faits[7]! Cette révélation est le fruit des recherches de Marine Leland qui conclut : « En fait, la tradition que nous avons étudiée ici offre un parfait exemple du processus classique qui marque le développement d’une légende[8]. » Et que faire du témoignage de Stobo remis en question par Roy? En réalité, l’Écossais avait une certaine liberté de se promener et même de marchander à Québec entre octobre 1754 et l’été 1755. Après quoi, il est incarcéré sous l’ordre de Vaudreuil à la lecture de ses rapports d’espionnage dans les gazettes anglaises[9]. Il est donc plus que probable que sa confession soit véridique.

Vergor

D’autres encore, dont l’écrivain Louis Fréchette, ont vu la figure d’un traître chez l’officier en charge du promontoire vis-à-vis l’anse au Foulon, Louis Du Pont Duchambon de Vergor. Supposément pour « un peu d’or [il a] Entre-baillé nos portes[10] », laissant aux Britanniques libre passage sur les plaines d’Abraham. Il est vrai que le personnage n’attirait pas beaucoup d’admiration de ses pairs… Même madame Bégon, après l’avoir rencontré, écrit : « C’est bien le plus épais gars que j’aie de ma vie vu[11] ». N’aidant pas sa cause, la mauvaise réputation de l'officier s’était renforcée après qu’il ait capitulé, trop rapidement selon plusieurs, au fort Beauséjour en Acadie en 1755. N’empêche, rien dans les faits ne démontre que Vergor ait agi autrement qu’avec honneur et devoir à la défense des alentours de l’anse au Foulon. Une contemporaine écrit : « Ils [sic] se défendit en brave, avec son peu de monde, et y fut blessé[12] ». Si faute il y a, c’est bien à Bougainville qu’elle revient pour avoir négligé d’informer l’officier qu’aucun convoi n’était attendu cette nuit-là. Malgré cela, Vergor avait tout de même reconnu que les bateaux britanniques, se faisant passer pour le convoi de ravitaillements, ne se dirigeaient pas du bon côté et ordonna donc qu’on leur tire dessus. De plus, l’anse au Foulon, contrairement à la mémoire populaire, ne faisait pas l’objet d’une patrouille dégarnie : Vergor était à la tête de 150 hommes répartis autour du passage et le chemin reliant la berge au promontoire comportait bel et bien une barricade. Malgré ces précautions, Vergor avait tout de même eu le malheur de se faire surprendre par-derrière par une faction britannique qui avait contourné la barricade en gravissant la falaise directement. Loin d’être le lâche de la légende, Vergor subit en effet deux blessures, une à la jambe et l’autre à la main, suite aux coups de fusil ennemis. Alors qu’il fut capturé avec la moitié de ses hommes, l’autre moitié des soldats, ainsi que ceux postés à la batterie Samos, se sont défendus jusqu’à ce que l’ennemi, quatre fois plus nombreux, les contraignent de se rendre ou à se replier[13].

Caricature of George Bubb Dodington
and Sir Thomas Robinson
.
Paul Sandby, vers 1761.
Yale Center for British Art.

L’arbre qui cache la forêt

En vérité, il n’y a nul besoin de se rabattre sur un supposé traître agissant comme un espion pour Wolfe : Stobo et les autres prisonniers britanniques évadés s’étaient montrés amplement renseignés sur les faiblesses de la ville. Depuis Pierre-Georges Roy, la thèse « du » traître de Québec a été réexaminée par les historiens successifs et, ultimement, rejetée. C. P. Stacey, dans sa biographie de Wolfe, écrit : « À maintes reprises, on a prétendu que l’existence de ce sentier avait été indiquée par un traître mais aucune preuve n’a jamais été avancée[14]. » Dans son œuvre magistrale sur la campagne de Québec, l’historien ajoute : « It is not really surprising that some writers should have suggested that this train of events was the result of treachery; but there is no evidence that it was due to any cause except gross negligence[15]. » Sur ce dernier point, la récente réévaluation de Peter MacLeod est encore plus généreuse vis-à-vis le mérite de l’armée française : « The assault on the Anse au Foulon was a British success rather than a French failure. Taken by surprise, the French recovered quickly and defended their posts until overwhelmed by sheer numbers. The British, for their part, seized a crucial position quickly and efficiently, and opened the road that would take them to the plains of Abraham[16]. »

La déconstruction précédente du mythique « traître » des plaines d’Abraham ne sert pas à indiquer qu’il n’y a aucune collaboration avec les Britanniques : bien au contraire. Le message à retenir est que la figure littéraire et populaire « du » traître de Québec est l’arbre qui cache la forêt. Qu’importe si ces personnages soient coupables de trahison ou non, les fuites d’informations sont endémiques. Nul besoin donc d’un bouc émissaire unique : les espions et les collaborateurs sont nombreux pendant la campagne de Québec[17].

Et avec raison : Québec, la capitale coloniale dont la population atteint plus de 8 000 citoyens au début de la guerre, devient l’épicentre du conflit en Amérique. Pendant la campagne seule de Québec, la ville et ses environs accueillent 13 000 militaires et miliciens, 1 200 guerriers autochtones et 2 000 soldats de la garnison de Québec[18]. En dehors de l’effort de guerre s’ajoutent les réfugiés, dont le groupe le plus important, les Acadiens, représente environ 2 000 individus arrivés dans la vallée du Saint-Laurent, Québec étant la principale destination[19]. Avec une population ainsi triplée par les combattants, les prisonniers et les réfugiés, tous soumis à la disette et la misère, il est tout naturel que le lieu foisonne de gens prêts à collaborer avec l’ennemi en échange de quelques douceurs durant cette période extrêmement pénible de l’histoire de la ville. Il faut donc mitiger le qualificatif de « traître », qui a un bagage émotionnel et péjoratif, et ne l’appliquer qu’après avoir bien établi que ces collaborations sont motivées par des sentiments autres que la survie[20]. Bien entendu, les contemporains ne s’embarassent pas avec de tels soucis d’équité. Comme l’écrit le gouverneur : « Si j’avois des subsistances et des moyens de tenir des partis autour de Québec, je traiterois avec la dernière rigueur les sujets du Roi qui communiqueroient avec l’ennemi. Dans la position où nous sommes, ce seroit sacrifier tous les habitants du voisinage de la ville, si je me servois de cette voie[21]. »

D’autre part, ces activités ne sont pas uniques à Québec. Si l’historiographie s’est attardée principalement sur la campagne de Québec, les espions, les traîtres et les autres collaborateurs font partie intégrale du renseignement militaire partout dans la colonie. Encore une fois, inutile d’inventer un bouc émissaire solitaire où il n’y en a pas—les informateurs sont nombreux. S’il est impossible d’établir le chiffre exact de collaborateurs, il existe heureusement des traces importantes pour se faire une idée de leurs activités. À l’instar de Stéphane Genêt, il faut reconnaître ici qu’il y a un danger de n’en faire « qu’une suite d’aventures individuelles[22] ». Ce qui suit ne cherche donc pas qu’à reconstituer des biographies d’individus. Il s’agit d’abord et avant tout d’évoquer l’existence et l’effet des activités des espions, traîtres et collaborateurs sur le déroulement de la guerre.





[1] Dave Noël, Montcalm, général américain, Montréal, Boréal, 2018, p. 211.
[2] Entre autres : Denis Gaumond, « Pleurons 1759 et célébrons 1760! », Cyberpresse, mardi 10 février 2009; Louis-Guy Lemieux, « 1759 : Trahi par un des leurs », Le Soleil, samedi 5 septembre 2009, p. 14; Georges Rivard, « Au-delà de la bataille des Plaines d’Abraham », La Voix de l’Est, jeudi 12 février 2009, p. 12 et Corinne De Vailly, Phœnix : Le Traître des plaines d’Abraham, Montréal, Trécarré Jeunesse, 2009, 184 p.
[3] Maurice Lemire, « La trahison de Bigot dans le roman historique canadien », Revue d’histoire de l’Amérique française, Vol. 22, No. 1 (juin 1968), p. 87.
[4] Lemire, « La trahison de Bigot », p. 88.
[5] « Le traître Cugnet », dans Pierre-Georges Roy, Les petites choses de notre histoire. Vol. 3, Lévis, 1922. pp 247-253.
[6] Pierre Tousignant et Madeleine Dionne-Tousignant, « François-Joseph Cugnet », dans Dictionnaire biographique du Canada, Volume IV de 1771 à 1800, Québec, Presses de l’Université Laval, 1980, p. 197-202. [En ligne: http://www.biographi.ca/fr/bio/cugnet_francois_joseph_4F.html]
[7] Marine Leland, « Jean-Baptiste Cugnet, traître? », Revue de l’Université d’Ottawa, Vol. 31 (1961), p. 453.
[8] Marine Leland, « Histoire d'une tradition : “Jean-Baptiste Cugnet, traître à son roi et à son pays” », Revue de l’Université d’Ottawa, Vol. 31 (1961), p. 493.
[9] Robert C. Alberts, The Most Extraordinary Adventures of Major Robert Stobo, Cambridge, The Riverside Press, 1965, p. 130-141.
[10] Louis Fréchette, cite dans Pierre-Georges Roy, « Les traîtres de 1759 », Cahier des Dix , No. 1 (1936), p. 42.
[11] Élisabeth Bégon, Lettres au cher fils. Montréal, Boréal, 1994, p. 177.
[12] Sœur Marie-Joseph Legardeur de Repentigny, dans Le siège de Québec en 1759 par trois témoins, Québec, Ministère des Affaires culturelles, 1972, p. 17.
[13] La meilleure explication des événements liés à l’anse au Foulon se trouve dans D. Peter MacLeod, Northern Armageddon: The Battle of the Plains of Abraham, Vancouver & Toronto, Douglas & McIntyre, 2008, p. 135-153.
[14] C. P. Stacey, « James Wolfe », dans Dictionnaire biographique du Canada, Volume III de 1741 à 1770, Québec, Presses de l’Université Laval, 1974, p. 721-730. [En ligne: http://www.biographi.ca/fr/bio/wolfe_james_3F.html]
[15] C. P. Stacey, Quebec, 1759: The Siege and the Battle, Montréal, Robin Brass Studio, 2002 (1959), p. 135.
[16] MacLeod, Northern Armageddon, p. 153.
[17] Bien qu’on puisse s’attendre à ce que le mythe du traître des plaines d’Abraham continuera d’avoir la vie dure. Comme l’écrit Gérard Bouchard : « On s’attend à ce qu’un mythe exerce une grande emprise lorsqu’il est étroitement articulé à un puissant archétype et qu’il met en œuvre un large éventail de répertoires discursifs. Certains archétypes sont plus aptes que d’autres à mobiliser les consciences. On pense tout particulièrement aux images du traître et du bouc émissaire ou aux théories du complot dans un contexte d’insécurité et d’impuissance. » Gérard Bouchard, Raison et déraison du mythe. Au cœur des imaginaires collectifs, Montréal, Boréal, 2014, p. 137-138.
[18] Chiffres tirés de Stacey, Quebec, 1759, p. 48.
[19] Jacques Mathieu et Sophie Imbeault, La guerre des Canadiens : 1756 1763, Québec, Septentrion, 2013, p. 237 et p. 240.
[20] Ceci est encore plus vrai concernant un conflit civil comme la Révolution américaine où « trahison » et « patriotisme » s’interchangent à l’époque selon que la perspective soit américaine ou britannique. Kenneth A. Daigler, Spies, Patriots, and Traitors: American Intelligence in the Revolutionary War, Washington, Georgetown University Press, 2014, p. 47-48.
[21] Vaudreuil à Lévis. À Montréal, le 13 octobre 1759, dans H. R. Casgrain (dir.), Lettres du marquis de Vaudreuil au Chevalier de Lévis, Québec, L.-J. Demers & Frères, 1895, p. 124.
[22] Stéphane Genêt, Les espions des Lumières. Actions secrètes et espionnage militaire au temps de Louis XV, Paris, Nouveau Monde Éditions et Ministère de la Défense, 2013, p. 21.

18 February 2019

L'espion Quinton Kennedy



Ceux qui ne sont pas historiens ne réalisent pas toujours le travaille qui se cache derrière les écrits des professionnels. Parfois, un seul paragraphe est le fruit de plusieurs jours de recherche. Récemment, alors que je tentais de démêler les événements liés à la capture de l'espion Quinton Kennedy en 1759, j'ai compilé toutes les sources à ma disposition en ordre chronologique afin d'en distiller l'essentiel. Plutôt que de supprimer mon travail de compilation ou de le mettre de côté et oublié, je vous le partage afin de vous laisser vous amuser à votre tour à suivre cette histoire selon les témoins contemporains.
(En passant, ces textes ne sont pas nécessairement au propre puisqu'il s'agit souvent d'extraits copiés directement d'un fichier passé à l'OCR.). 


3 août 1759

Camp of Pointe à la Chevelure
Copy of translation of instructions from H. E. Jeffery Amherst, major general and commander-in-chief, to Captain Quinton Kennedy, of the 17th regiment. He is to go to the villages of the Eastern Indians. Will tell the chiefs that he is marching upon Canada to bring it under the dominion of his king. That he offers them his friendship on condition of their absolute neutrality ; that he does not ask them for any assistance, having an army strong enough to subdue the French, and themselves too, in case of necessity. If their answer is favorable, he is to go to Quebec to inform Major General Wolfe of the fact,' after which he is to return to him, Amherst. (With M. de Vaudreuil's letter of 5 Oct., 1759.) Folio 328, 2 pages.
Richard, E. Supplement to Dr. Brymner’s Report on Canadian Archives by Mr. Edouard Richard 1899. Ottawa, S. E. Dawsom, 1901. p. 179 [ En ligne : http://dx.doi.org/10.14288/1.0308147 ] Consulté le 12 février 2019.


8 août 1759

Kennedy of late Forber’s offered to go through the Country a much nearer way to the River St. Lawrence […]
Extracts from Amhert’s letter to Pitt dated Camp of Crown point October 22d. 1759, dans Doughty et Parmelee (dir.), The siege of Quebec… Sixth Volume, p. 43.

As it is of consequence that I should hear from Gen Wolfe as well as he should likewise hear from me I concluded to send Capt Kennedy with Lt Hamilton, Capt Jacobs, and four Indians to go through the settlements of the Eastern Indians with a proposal from me & take their answer to Mr Wolfe whom I have directed to treat them accordingly.
Amherst, The Journal of Jeffery Amherst…, p. 153.

Joint à la Lettre de M. de Vaudreuil du 5 8bre 1759.
Aussitôt les présentes reçuës et ainsi que vous en avés déjà reçu mes ordres, vous partirés pour vous rendre aux villages des Sauvages de l’Est; et lorsque vous y serés arrivés vous demanderés à parler aux chefs à qui vous dirés de ma part que je suis en marche avec mon armée pour me rendre en Canada, dans le dessein de reduire ce pays sous l’obéissance de S.M. mais que pour marquer les bonnes dispoisitions où je suis pour ces Sauvages et avant que j’entre dans leurs habitations, je vous envoye vers eux pour leur offrir mon amitié, aux conditions qu’ils demeureront neutres et qu’ils ne se joindront point avec aucuns des ennemis de S.M. ni ne se meleront dans aucun acte d’hostilité contre son armée ou contre aucun de ses sujets, dans lequel cas, comme je ne suis pas venu avec les intentions de les déposséder ne de les incommoder je protégerai et défendrai leurs personnes et leurs biens et je leur en assurerai la paisible possession, que je ne demande ni leur secours ni leur assistance dont je n’ai nul besoin, l’armée qui est sosu mes ordres étant plus que suffisante et forte pour réduire non seuelement les français, mais les Sauvages mêmes s’ils n’acceptoient pas mon amitié que je leur offre actuellement; vous insisterés donc pour qu’ils vous donnent une réponce immédiate, et je ne doute pas qu’il ne consultent leur interêt et qu’ils n’acceptent avec joye et avec sincerité les propositions d’amitié que vous leur ferés de ma part; lorsque vous aurés reçu leur réponce vous irés rejoindre le Major Général Wolfe à Québec et vous lui dirés que je lui ordonne de regarder ces Sauvages de l’Est comme nos amis et nos aliés et qu’il aye soin que les engagnement que j’aurai pris avec eux soient ponctuellement exécutés après quoi vous reviendrés auprès de moi sans délai me rendre compte de la négociation que je vous confie.
Donné au Camp à la pointe à la Chevelure [Crown Point] le 8 aoust 1759
Signé Jeff. Amhesrt.
BAC, Archives des Colonies, MG 1, Série F3, Collection Moreau de Saint-Méry, Vol. 15, partie 2, F°486-488. C-10528. Copie de la traduction de l’Instruction de M. Kennedy cap.ne anglais. De Par […] Jeffery Amherst […], 8 août 1759, jointe à la lettre de M. de Vaudreuil du 5 octobre 1759. [ En ligne : http://heritage.canadiana.ca/view/oocihm.lac_mikan_100163 ] Consulté le 13 février 2019.

11 août 1759

At one o’clock ten men of the Scouting Party of Rangers I had sent under the command of Ensign Wilson to go half to the Right of the Lake & half to the Left to St. Johns, returned with a note from Capt Kennedy that Wilson thought his Party too large so sent these back & to inform me that he saw a Brigantine, a Schooner, and a topsail sloop of the Enemys and about 12 boats that they put in from the Vessels, as he supposed, on discovering his Party, that he got to the eastern side below Corliers Rock from whence he saw the Vessels at Anchor & thinks they have not seen his Party as sent no boats to the Island where he was when he supposed himself discovered.
Amherst, The Journal of Jeffery Amherst…, p. 154.

19 août 1759

Ensign Wilson returned with his Party of Rangers from St. Johns. Said two of his men who had been Prisoners at St. Johns had been within two miles of it, could not get nearer to it as they heard a great yelling of Indians & were amongst them. There is very little to be depended on all they say as they generally make out a story to come back with, & they came back ignorant of everything this time except that Capt Kennedy parted with them up Mischiscoy Bay, & as they came back they saw three of the Enemys Vessels lying at the same Place as before. Two of Gages light Infantry deserted last night.
Amherst, The Journal of Jeffery Amherst…, pp. 158-159.

25 août 1759

« Quatre sauvages Loups, servant de guides à trois officiers anglais de l’armée du général Amherst, qui avaient assé par la baie de Missiscoui, ont étésurpris par des Abénaquis et conduits u village de Satin-François. Le P. Riverain, jésuite, a envoyé chercher du monde aux Trois-Rivières, qui a conduit le tout à bord de M. Canon, qui les a mis aux fers, procédé for tsimple puisque les officiers étaient déguisés et porteurs de lettres. Elles sont toutes d’officiers particuliers qui se félicitent du succès de leurs armes. Les fidèles Abénaquis ont résisté aux offres d’argent et de colliers. Ces officiers étaient chargés de traiter avec les sauvages, et leur instruction enjoignait à M. Wolfe de ratifier ce qui aurait été arrêté, ainsi que les arrangements qui lui seraient proposés verbalement. Les letres interceptées sont datées du 8 de ce mois. Il faut en conclure que ce chemin est fort difficile. M. Le marquis de Montcalm n’en a pas moins averti M. de Bourlamaque, afin qu’il prît et renouvelât des précautions. Les Abénaquis seront récompensés. Aucune des lettres ne parle des rapides, ce qui fait bien augurer pour cette partie. » 
Montcalm, Le journal du Marquis de Montcalm, p. 487.

25 août 1759

3 sauvages loups et 2 officiers anglois venant aporter des lettres du général Amerst au général Hwolf ont été pris par des sauvages abénakis, qui les ont amenés à bord de l’Atalente commandée par M. Vauquelin qui est audessus de Richelieu. Ces lettres ont été envoyées à M. de Vaudreuil; on dit que ce général écry à celui d’icy qu’il ne voit pas d’aparence qu’il puisse forcer l’Isle aux Noix et que par conséquent il ne devoit point compter sur la jonction des deux armées.
AnonymeJournal du siège de Québec…, pp. 121-122.

26 août 1759

« Les ennemis construisent une barque de dix-huit canons et deux bateaux plats de quatre pièces de 24 sur le lac Champlain. Leurs préparatifs faits, ils agiront. C’est le rapport de trois déserteurs qui arrivaient à M. de Bourlamaque et qui lui apprenaient en même temps que le capitaine Kennedy était parti sous une escorte de Loups pour apporter des nouvelles du général Amherst à M. Wolfe. C’est le même qui a été pris par les Abénaquis du village de Saint-François. »
Montcalm, Le journal du Marquis de Montcalm, p. 488.

Nos Abénaquis ont donné une grande preuve de leur fidélité ils ont arrêté sept Loups qui guidoient et escortoient deux officiers anglois détachés par le général Amherst. Ils sont tous actuellement aux fers à bord de la frégate du sieur Canon. Suivant les instructions de ces officiers, ils devoient haranguer et porter les Abénaquis à la neutralité du reste ils devoient pénétrer jusqu’au général Wolfe et revenir sur leurs pas pour rejoindre le général Amherst. Il paroît que cette instruction n.étoit qu.un honnête prétexte car, à la vue de nos Abénaquis qu.ils ont rencontrés dans les bois, ils ont fui. Il n.est point d.instance qu.ils n.aient faite et de somme d.argent qu.ils ne leur aient offerte, pour les engager à les mettre en lieu de joindre le général Wolfe mais ils ont été incorruptibles. Vous jugez bien, Monsieur, que je leur donnerai beaucoup au delà de la somme qu.ils ont refusée. Parmi les papiers qui ont été trouvés sur ces officiers, il n.y a pas une seule lettre du général Amherst. Il y en a plusieurs écrites par des officiers, dont une rapporte fort exactement l.affaire de Niagara, l.évacuation de Carillon et de Saint-Fréderic. L.officier qui l.écrit paroît très éclairé; il dit qu.il n.est pas bien décidé si le général Amherst avancera pour nous attaquer au fort Saint-Jean, ce qui donne tout lieu de présumer qu.il ignore le poste que nous occupons àl.Ile-aux-Noix. Il ajoute que ces mouvements dépendent des succès que le général Wolfe aura. Il faut espérer qu.ils ne l.induiront qu.à faire sa retraite. Cependant mon frère m.écrit que trois déserteurs, arrivés à M. de Bourlamaque, lui ont rapporté que les Anglois construisoient à Saint-Frédéric une barque de quatorze à quinze canons et deux bâtiments plats qui porteront chacun quatre canons de 24, et d.après cela on conclut qu.il ne tardera pas d.être attaqué. Vous aurez été à même de questionner ces déserteurs. Aucune des lettres dont ces deux officiers étoient porteurs ne parle en aucune façon des Rapides. Il seroit bien à souhaiter que les Anglois n.eussent point de vues de ce côté-là en tout cas, je n.ai aucune inquiétude, me reposant entièrement sur les arrangements que vous aurez pris.
Vaudreuil à Lévis. Au quatrier général, le 26 août 1759, dans Casgrain (dir.), Lettres du marquis de Vaudreuil…, pp. 89-90.

Vous devez savoir à présent que les Abénaquis de Saint-François nous ont mené sept Loups et deux officiers anglois qui vouloient percer à l’armée de Wolfe. Vous pensez bien que les instructions secrètes de M. Amherst n’ont été données que verbalement à ces officiers aussi, ne leur a-t-on pris qu’une instruction de M. Amherst pour engager les Abénaquis d’être tranquilles qu’il seroit leur protecteur dans ce pays-ci, et autres verbiages. On n’a donc trouvé que deux boîtes de fer-blanc, où il y avoit des lettres de plusieurs officiers de l’armée de M. Amherst à des colonels et autres officiers de celle de M. Wolfe. Il paroît par ces lettres que l’armée de M. Amherst pense que nous sommes retirés à Saint-Jean, où vrai- semblablement, disent-ils, nous les attendrons; qu’on ignore encore si cette armée poursuivra que cela dépendra du succès de M. Wolfe. D’autres lettres disent qu’on croit M. Wolfe paisible possesseur de Québec, et que les officiers des deux armées boiront de bon vin françois ensemble à Montréal sous peu de temps. Mais il paroît par les lettres qu’on ignoroit le 8 de ce mois à l’armée d’Amherst notre position à l’Ile-aux- Noix il n’en est fait’nulle mention, non plus que des Rapides, comme si cette route n’existoit pas. Ils parlent néanmoins beaucoup de Niagara, dont ils font le détail comme d’une grande victoire, ayant totalement défait quinze cents hommes qui venoient pour secourir la place.
Bigot à Lévis. Le 26 août 1759, dans Casgrain (dir.), Lettres de l'intendant Bigot…, pp. 49-50.

Sans date, août 1759

« Votre Excellence en jugera en apprenant ma surprise d’avoir trouvé deux émissaires en la personne du capitaine Kennedy et du lieutenant Hamiltôn. Votre Excellence ne peut disconvenir que, suivant les lois de la guerre, les circonstances de la mission de ces deux officiers les mettoient dans le cas de n’être pas considérés comme tels par nous. Mais que Votre Excellence se rassure sur la générosité inséparable de nos nations. Ils seront gardés avec l’exactitude qu’exige de s’être chargés de pareille commission mais ils seront renvoyés lors de l’échange avec tous les autres prisonniers. »
Amherst à Vaudreuil. Août 1759, dans Casgrain (dir.), Lettres et pièces militaires …, pp. 255-256.

31 août 1759

A French regular deserted, this morning, across the rivulet of Montmorencie; he confirms the intelligence we received before, respecting the great success of he army, under the Commander in chief, and of the corps under the late Brigadier Prideaux; he adds that two Officers, and four Mohawk Indians, who were coming express from General Amherst to this army, were taken by the enemy near Les Trois Rivières. [Note: Tow of these Mohawks were roasted to death by the French at Trois Rivieres, in presence of the other two, who were scalped alive, carried to Montreal, and hanged in chains; the Officers, I have been informed, were put in irons, and otherwise very rigorously treated.
Knox, An Historical Journal… Vol. 2, pp. 36-37.

Les Abénaquis de Saint-François ont arrêté le 24 de ce mois deux officiers anglois et sept Loups, qui leur ont présenté des paroles de la part du général Amherst pour rester sur leurs nattes. Mais le principal objet de la mission de ces officiers étoit de porter des lettres de M. Amherst au général Wolfe. On n’a pas pu avoir ces lettres les officiers ainsi que les sauvages, à ce que l’on dit, se voyant arrêtés, ont mangé leurs lettres.
M. de Rigaud à Lévis. À Montréal, le 31 août 1759, dans Casgrain (dir.), Lettres des divers particuliers…, p. 46.

10 septembre 1759

I rowed round the bay on the west of the Fort and to the ends of the Roads that are terminated by the bay. At my return I found a Flag of Truce was come from Mons Burlemaque by a Capt of La Reine whom Capt Osborne who was out with the Guard boat had stoped 9 miles off & sent me the Letters. One from Mons Montcalm of no date, acquainting me that Capt Kennedy and Hamilton were Prisoners & talking of the Exchange of Prisoners, an Excuse to send to see what we are about and to send several Letters to their officers who are Prisoners; a Letter from Bougainville to Capt Abercromby dated the 30th August at Quebec so that the Town was not taken then.
Amherst, The Journal of Jeffery Amherst…, p. 167.

10 septembre 1759

« A l’égard du capitaine Kennedy et du lieutenant Hamilton, je m’attends bien que Votre Excellence me les renverra, puisqu’elle ne peut les regarder que comme prisonniers de guerre. »
Amherst à Montcalm. Du camp de Crown-Point, le 10 septembre 1759, dans Casgrain (dir.), Lettres et pièces militaires …, p. 258.

10 septembre 1759

The Captain of the Guard boats sent me some letters, he had stopped Captain d’Isserat of the Regt. de la Reine nine miles off who was very unwilling to part with his despatches without delivering them to himself at Crown Point, contained a letter from Mons. de Montcalm not dated, acquainting me Capt. Kenney ? Lt. Hamilton were prisonners, I answered the letters & sent an Aid de Camp to sift out in what manner Capt. Kenney was taken whether in going to M. General Wolfe or in returning.
Extracts from Amhert’s letter to Pitt dated Camp of Crown point October 22d. 1759, dans Doughty et Parmelee (dir.), The siege of Quebec… Sixth Volume, p. 44

11 Septembre 1759

Captain Kennedy was unluckily taken by some of St. Francis Indians ho were out a hunting, as he was going to M. General Wolfe.
Extracts from Amhert’s letter to Pitt dated Camp of Crown point October 22d. 1759, dans Doughty et Parmelee (dir.), The siege of Quebec… Sixth Volume, p. 44

11 septembre 1759

Twas morning before Capt Abercromby got back. Capt Disserat of the Regt de la Reine who came with the Flag of Truce said Kennedy was taken by some of the St Francois Indians who were hunting.
Amherst, The Journal of Jeffery Amherst…, p. 167.

12 septembre 1759

« As Capt Kennedy’s Journey was now over I ordered a detachment of 220 chosen men under the command of Major Rogers to go & destroy the St Francois Indian Settlements and the French settlements on the South side of the River St Lawrence, not letting any one but Major Rogers know what about or where he was going. »
AmherstThe Journal of Jeffery Amherst…, p. 168.

29 septembre 1759

Journal de Lévis, 29 septembre 1759 [Kennedy] :
On apprit qu’on avait arrêté à la Présentation un officier anglais avec son détachement; qu’il était parti le 26 de la rivière aux Sables et qu’il comptait aller à Chouagen; il était porteur de lettres du général Amherst au général Gage, qui lui mandait qu’il allait faire un mouvement, qu’il eut à en faire autant; qu’il avait un brigantin de prêt sur le lac Champlain.
LévisLe journal du Chevalier de Lévis, p. 166.

6 octobre 1759

« On m’a dit que le capitaine Kennedy et le lieutenant Hamilton, officiers de l’armée du général Amherst, sont maintenant prisonniers à Batiscan, et qu’ils avoient souffert à cause de la manière dont ils avoient été pris. Lorsque ces officiers ont été pris, ils cherchoient, suivant ce qu’on m’a informé, à venir à notre camp et à éviter les vôtres. Ainsi, Monsieur, je ne conçois pas comment on a pu les regarder comme espions. En considération de ces deux prisonniers qui ont beaucoup souffert, je vous offrirai, Monsieur, de les échanger contre deux officiers du même grade autrement, je désire que Votre Excellence me renvoie sur le champ MM. de Figuiery et de Braux, auxquels j’ai donné permission d’aller à Montréal, pour y vaquer à leurs affaires. »
Monckton à Lévis. À Québec, le 6 octobre 1759, dans Casgrain (dir.), Lettres et pièces militaires …, p. 263

13 octobre 1759

« Le capitaine Kennedy et le lieutenant Hamilton avoient été pris par les Abénaquis, desquels je les ai rachetés. Ils avoient encouru les risques d’être traités différemment que les prisonniers, étant venus en parti bleu [Dictionnaire de 1762 : Un parti de gens qui s’attroupent sans ordre pour piller de côté & d’autre. On pend les partis bleus quand on les attrape.], sans mission ni caractère d’autorité légitime. Ils pourroient être sujets aux plus grandes rigueurs. Ils furent d’abord mis aux fers mais ayant, peu après, été informé de leur naissance et de leur grade, je les ai fait élargir et les ai traités depuis en officiers. Je les renverrai à M. Amherst, qui les a réclamés. Je donne ordre à MM. de Figuiery et de Braux de se rendre incessamment à Québec. »
Vaudreuil à Monckton. À Montréal, le 13 octobre 1759, dans Casgrain (dir.), Lettres et pièces militaires …, pp. 266-267.

20 octobre 1759

« Le renvoi de ces envoyés me paroît comme un prélude nécessaire. L’affaire va au coeur, et ce que j’ai appris, c’est qu’un des deux, M. Kennedy, est parent de M. Murray et fort proche. J’ai eu l’honneur de vous marquer l’espèce de nécessité à les envoyer ici, à moins d’un inconvénient très grand et que je ne pense pas. »
Bernier à Lévis. À l’Hôpital Général de Québec, le 20 octobre 1759, dans Casgrain (dir.), Lettres des divers particuliers…, pp. 19-20

15 novembre 1759

In the night past Major Grant arrived. Had left all the English Prisoners on this side the Otter River to come on in the morning. I ordered the officer of the Guard boats to let them pass & send them by the Eastern Shore, and I sent Capt Abercromby, my Aid de Camp, & the Company of light Infantry of the Royal to stop the Escort 4 or 5 miles off & send the Prisoners in. The Escort was 2 Lieuts & 40 Canadians our Prisoners, M Grant, Capts Kennedy McKenzie & Pringle, Lt Hamilton, Meredith & Roche, Ensign Downing, Jenkins & Mackay, Major Lewis of the Virginians & Ensign Hollar of the Pennsylvanians, Capt Tute, Lts Hone, Dickson & Fletcher of the Rangers, Mr Beach, a Master of a Merchantman, and two midshipmen, Mr Cummings of the Alcide & Mr Windsor of the Squirrel.
Amherst, The Journal of Jeffery Amherst…, p. 191.

29 août 1760

At night Capt Jacobs who was taken with Capt Kennedy came to me. He arrived with Indians from the French & brought me a Letter from a Priest to offer Peace on the Indian side. I meant to get away, but I must first see the Vessels safe or nothing will be done & I shall have nothing to send for provisions.
Amherst, The Journal of Jeffery Amherst…, p. 241.

5 février 1762

Two Caghnawaga Chiefs are come from their Castle with a Message from them & the Algonkins & Abenaquis requesting to have a meeting at Albany with me & the Stockbridge or New England Indians, in order to make up an affair concerning a Murther [Murder] committed by them on a River Indian who accompanied Capt. Kenney about 2 years ago to ye village of St. Francis, and which (when I was in Canada) I insisted on their making Satisfaction for.
William Johnson à Amherst. Au fort Johnson, le 6 février 1762, dans Johnson, The Papers of…, Volume 3, p. 623.

Sources

  • Archives nationales, Outre-Mer, Colonies (Aix-en-Provence) :
    • Série F: Collection Moreau de Saint Méry (dont des copies consultées sur http://heritage.canadiana.ca/)
  •  Amherst, Jeffery (Édité par J. Clarence Webster). The Journal of Jeffery Amherst Recording the Military Career of General Amherst in America from 1758 to 1763. Toronto, Ryerson Press, 1931. 341 p. Coll. « The Canadian Historical Studies ».
  • Anonyme (Édité par Bernard Andrès, Patricia Willemin-Andrès et Aegidius Fauteux). Journal du siège de Québec du 10 mai au 18 septembre 1759. Québec, Presses de l’Université Laval, 2009. 246 p. Coll. « L’archive littéraire au Québec ».
  • Casgrain, H. R. (dir.). Lettres de l'intendant Bigot au chevalier de Lévis. Québec, L.-J. Demers & Frères, 1895. 110 p. Coll. « Manuscrits du maréchal de Lévis ».
  • Casgrain, H. R. (dir.). Lettres des divers particuliers au Chevalier de Lévis. Québec, L.-J. Demers & Frères, 1895. 248 p. Coll. « Manuscrits du maréchal de Lévis ».
  • Casgrain, H. R. (dir.). Lettres du marquis de Vaudreuil au Chevalier de Lévis. Québec, L.-J. Demers & Frères, 1895. 215 p. Coll. « Manuscrits du maréchal de Lévis ».
  • Casgrain, H. R. (dir.). Lettres et pièces militaires, instructions, ordres, mémoires, plans de campagne et de défense, 1759-1760. Québec, L.-J. Demers & Frères, 1891. 367 p. Coll. « Manuscrits du maréchal de Lévis ».
  • Doughty, A. et G. W. Parmelee (dir.). The siege of Quebec and the Battle of the Plains of Abraham. Sixth Volume. Québec, Dussault & Proulx, 1901. 346 p. [ En ligne : https://archive.org/details/siegequebecandb09parmgoog ] Consulté le 12 février 2019.
  • Johnson, William (Édité par l’abbé James Sullivan). The Papers of Sir William Johnson. Volume 3. Albany, University of New York, 1921. 458 p. [ En ligne : https://archive.org/stream/paperssirwillia00unkngoog ] Consulté le 12 février 2019.
  • Knox, John. An Historical Journal of the Campaigns in North-America, for the Years 1757, 1758, 1759, and 1760 [Etc.]. Vol. 2. Londres, W. Johnston, 1769. 465 p. [ En ligne : https://archive.org/details/historicaljourna02knox/page/n9 ] Consulté le 8 janvier 2019.
  • Lévis, François-Gaston de (Édité par Robert Léger). Le journal du Chevalier de Lévis. Montréal, Éditions Michel Brûlé, 2008. 253 p.
  • Montcalm, Louis-Joseph de (Édité par Robert Léger). Le journal du Marquis de Montcalm. Montréal, Éditions Michel Brûlé, 2007. 512 p.
  • Richard, E. Supplement to Dr. Brymner’s Report on Canadian Archives by Mr. Edouard Richard 1899. Ottawa, S. E. Dawsom, 1901. p. 179 [ En ligne : http://dx.doi.org/10.14288/1.0308147 ] Consulté le 12 février 2019. 


22 August 2018

Les seuls espions qu'on ait ici


Gagné, Joseph. « Les seuls espions qu’on ait ici : Perceptions de pouvoir, alliés autochtones et renseignement militaire pendant la guerre de Sept Ans (1754-1763) », À la rencontre de l’Autre sous l’Ancien Régime : Pouvoir, traditions et constructions identitaires  (xvie-xviiie siècle), Centre interuniversitaire de recherche sur la première modernité et Chaire de recherche sur la parole autochtone, Wendake, 21-22 juin 2018.

Notez que malheureusement, il manque mes diapositives dans ce vidéo.

(Cliquez ce lien pour voir tous les autres vidéos de la conférence: https://www.youtube.com/channel/UCJuGFe9zBJToLSkX-AmSABA

28 September 2016

Un espion pendu

Voici une anecdote tirée de J.C.B. au sujet d'un espion qui est capturé juste avant la reddition de Montréal en 1760. Je dois double vérifier auprès d'autres sources dans l'optique de ma thèse de doctorat (surtout que J.C.B. n'était pas un témoin direct). Fascinant malgré tout!

Je cite ici une anecdote arrivée avant la prise de Montréal. Il y avait cinq jours que le général Murray était avec sa flotte monté de Québec et en présence où à la vue de Montréal; il attendait avec impatience l’armée du général Amherst lorsqu’il prit le parti de lui envoyer un espion qui était un Canadien, homme d’assez mauvaise figure et qui plus est contrefait, ce qui est contre l’ordinaire des habitants du pays généralement bien faits. Cet homme se présenta seul dans un petit canot au camp des Français établi à une demi· lieue de la ville; il s’arrêta à une tente, demanda à manger, fit plusieurs questions et entre autres s’informa de combien d’hommes l’armée française pouvait être composée; son air libre et ses questions donnèrent du soupçon aux soldats auxquels il s’adressa et comme ils ne le satisfirent pas, il passa à une autre tente où il ne fut pas plus satisfait, enfin il alla à une troisième où il fit les mêmes questions. Un soldat qui l’avait suivi par soupçon lui ayant entendu faire les mêmes demandes en avertit aussitôt son sergent qui interrogea cet homme qu’il ne trouva pas régulier dans ses réponses; alors il le fit garder à vue sans qu’il s’en douta et fut de suite en avertir le général Bourlamarque qui fit venir cet homme devant lui l’interrogea et le soupçonnant être un espion, il le fit fouiller et déshabiller; comme on ne trouva rien dans ses habits, on lui ôta sa chaussure et l’on trouva dans le pied de ses bas deux petites lettres ployées du chaussons et sans cachets; le général en prit lecture, c’était des invitations au général .Amherst pour qu’il se pressa d’avancer pour faire par terre le blocus de la ville, qu’on attendait après lui pour commencer le siège à tel jour et heure indiqués. Sur la vue de ces lettres le général Bourlamarque acquit la conviction de l’espionnage et donna l’ordre de pendre cet homme, ce qui fut exécuté sur le champ.

CASGRAIN, H.R. (éditeur). Voyage au Canada dans le nord de l'Amérique septentrionale fait depuis l'an 1751 à 1761 par J.C.B., Québec, Imprimerie Léger Rousseau, 1887. pp. 192-193.