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17 February 2020

Un peu de propagande / A Bit of Propaganda


Un petit billet rapide pour partager ce livret de propagande que je viens de trouver: / A quick post to share this propaganda booklet I stumbled on:
The Cruel Massacre of the Protestants, in North America; Shewing how the French and Indians join together to scalp the English, and the manner of their Scalping, &c. &c. Londres, Printed and sold in Aldermary Church-Yard, c1760. 8 p.

08 January 2020

Journal de John Witherspoon, 1759

Joseph dans la prison.
Par Anne Claude Philippe Caylus,
d'après Rembrandt van Rijn 1702 - c. 1753.
Source: Rijks Museum

Witherspoon, John. « Journal of John Witherspoon », dans Collections of the Nova Scotia Historical Society For the Years 1879-80. Volume II. Halifax, The Morning Herald Office, 1881. p. 31‑62.

J'ai toujours un grand plaisir à lire des témoignages contemporains que je ne connaissais pas. En travaillant sur ma thèse aujoud'hui, je suis tombé sur une petite note que je m'étais laissée de vérifier ce journal. Je viens de passer une partie du matin à le lire avec grand intérêt. Il s'agit du journal de John Witherspoon, un prisonnier civil amené à Québec après avoir été capturé en 1757. Ce texte révèle de nouvelles facettes de la misère vécue par les Habitants de Québec et élucide le sort de plusieurs prisonniers. Un homme très religieux, Witherspoon évoque souvent sa foi afin de tolérer sa souffrance. Malgré ses lamentations sur la condition des prisonniers, il pose tout de même un regard sympathique sur la population de Québec qu'il prend en pitié. Bien que les nouvelles qu'il rapporte ne sont pas toujours exactes (par exemple la rumeur que le gouverneur Vaudreuil aurait été capturé après la bataille des plaines d'Abraham), il rapporte certaines observations inédites, chroniquant par exemple un tremblement de terre en mars, ou le fait que la misère ressentie par les soldats français pousse certains à manger du chat.

Bref, une courte lecture d'une trentaine de pages qui en vaut la peine.

18 February 2019

L'espion Quinton Kennedy



Ceux qui ne sont pas historiens ne réalisent pas toujours le travaille qui se cache derrière les écrits des professionnels. Parfois, un seul paragraphe est le fruit de plusieurs jours de recherche. Récemment, alors que je tentais de démêler les événements liés à la capture de l'espion Quinton Kennedy en 1759, j'ai compilé toutes les sources à ma disposition en ordre chronologique afin d'en distiller l'essentiel. Plutôt que de supprimer mon travail de compilation ou de le mettre de côté et oublié, je vous le partage afin de vous laisser vous amuser à votre tour à suivre cette histoire selon les témoins contemporains.
(En passant, ces textes ne sont pas nécessairement au propre puisqu'il s'agit souvent d'extraits copiés directement d'un fichier passé à l'OCR.). 


3 août 1759

Camp of Pointe à la Chevelure
Copy of translation of instructions from H. E. Jeffery Amherst, major general and commander-in-chief, to Captain Quinton Kennedy, of the 17th regiment. He is to go to the villages of the Eastern Indians. Will tell the chiefs that he is marching upon Canada to bring it under the dominion of his king. That he offers them his friendship on condition of their absolute neutrality ; that he does not ask them for any assistance, having an army strong enough to subdue the French, and themselves too, in case of necessity. If their answer is favorable, he is to go to Quebec to inform Major General Wolfe of the fact,' after which he is to return to him, Amherst. (With M. de Vaudreuil's letter of 5 Oct., 1759.) Folio 328, 2 pages.
Richard, E. Supplement to Dr. Brymner’s Report on Canadian Archives by Mr. Edouard Richard 1899. Ottawa, S. E. Dawsom, 1901. p. 179 [ En ligne : http://dx.doi.org/10.14288/1.0308147 ] Consulté le 12 février 2019.


8 août 1759

Kennedy of late Forber’s offered to go through the Country a much nearer way to the River St. Lawrence […]
Extracts from Amhert’s letter to Pitt dated Camp of Crown point October 22d. 1759, dans Doughty et Parmelee (dir.), The siege of Quebec… Sixth Volume, p. 43.

As it is of consequence that I should hear from Gen Wolfe as well as he should likewise hear from me I concluded to send Capt Kennedy with Lt Hamilton, Capt Jacobs, and four Indians to go through the settlements of the Eastern Indians with a proposal from me & take their answer to Mr Wolfe whom I have directed to treat them accordingly.
Amherst, The Journal of Jeffery Amherst…, p. 153.

Joint à la Lettre de M. de Vaudreuil du 5 8bre 1759.
Aussitôt les présentes reçuës et ainsi que vous en avés déjà reçu mes ordres, vous partirés pour vous rendre aux villages des Sauvages de l’Est; et lorsque vous y serés arrivés vous demanderés à parler aux chefs à qui vous dirés de ma part que je suis en marche avec mon armée pour me rendre en Canada, dans le dessein de reduire ce pays sous l’obéissance de S.M. mais que pour marquer les bonnes dispoisitions où je suis pour ces Sauvages et avant que j’entre dans leurs habitations, je vous envoye vers eux pour leur offrir mon amitié, aux conditions qu’ils demeureront neutres et qu’ils ne se joindront point avec aucuns des ennemis de S.M. ni ne se meleront dans aucun acte d’hostilité contre son armée ou contre aucun de ses sujets, dans lequel cas, comme je ne suis pas venu avec les intentions de les déposséder ne de les incommoder je protégerai et défendrai leurs personnes et leurs biens et je leur en assurerai la paisible possession, que je ne demande ni leur secours ni leur assistance dont je n’ai nul besoin, l’armée qui est sosu mes ordres étant plus que suffisante et forte pour réduire non seuelement les français, mais les Sauvages mêmes s’ils n’acceptoient pas mon amitié que je leur offre actuellement; vous insisterés donc pour qu’ils vous donnent une réponce immédiate, et je ne doute pas qu’il ne consultent leur interêt et qu’ils n’acceptent avec joye et avec sincerité les propositions d’amitié que vous leur ferés de ma part; lorsque vous aurés reçu leur réponce vous irés rejoindre le Major Général Wolfe à Québec et vous lui dirés que je lui ordonne de regarder ces Sauvages de l’Est comme nos amis et nos aliés et qu’il aye soin que les engagnement que j’aurai pris avec eux soient ponctuellement exécutés après quoi vous reviendrés auprès de moi sans délai me rendre compte de la négociation que je vous confie.
Donné au Camp à la pointe à la Chevelure [Crown Point] le 8 aoust 1759
Signé Jeff. Amhesrt.
BAC, Archives des Colonies, MG 1, Série F3, Collection Moreau de Saint-Méry, Vol. 15, partie 2, F°486-488. C-10528. Copie de la traduction de l’Instruction de M. Kennedy cap.ne anglais. De Par […] Jeffery Amherst […], 8 août 1759, jointe à la lettre de M. de Vaudreuil du 5 octobre 1759. [ En ligne : http://heritage.canadiana.ca/view/oocihm.lac_mikan_100163 ] Consulté le 13 février 2019.

11 août 1759

At one o’clock ten men of the Scouting Party of Rangers I had sent under the command of Ensign Wilson to go half to the Right of the Lake & half to the Left to St. Johns, returned with a note from Capt Kennedy that Wilson thought his Party too large so sent these back & to inform me that he saw a Brigantine, a Schooner, and a topsail sloop of the Enemys and about 12 boats that they put in from the Vessels, as he supposed, on discovering his Party, that he got to the eastern side below Corliers Rock from whence he saw the Vessels at Anchor & thinks they have not seen his Party as sent no boats to the Island where he was when he supposed himself discovered.
Amherst, The Journal of Jeffery Amherst…, p. 154.

19 août 1759

Ensign Wilson returned with his Party of Rangers from St. Johns. Said two of his men who had been Prisoners at St. Johns had been within two miles of it, could not get nearer to it as they heard a great yelling of Indians & were amongst them. There is very little to be depended on all they say as they generally make out a story to come back with, & they came back ignorant of everything this time except that Capt Kennedy parted with them up Mischiscoy Bay, & as they came back they saw three of the Enemys Vessels lying at the same Place as before. Two of Gages light Infantry deserted last night.
Amherst, The Journal of Jeffery Amherst…, pp. 158-159.

25 août 1759

« Quatre sauvages Loups, servant de guides à trois officiers anglais de l’armée du général Amherst, qui avaient assé par la baie de Missiscoui, ont étésurpris par des Abénaquis et conduits u village de Satin-François. Le P. Riverain, jésuite, a envoyé chercher du monde aux Trois-Rivières, qui a conduit le tout à bord de M. Canon, qui les a mis aux fers, procédé for tsimple puisque les officiers étaient déguisés et porteurs de lettres. Elles sont toutes d’officiers particuliers qui se félicitent du succès de leurs armes. Les fidèles Abénaquis ont résisté aux offres d’argent et de colliers. Ces officiers étaient chargés de traiter avec les sauvages, et leur instruction enjoignait à M. Wolfe de ratifier ce qui aurait été arrêté, ainsi que les arrangements qui lui seraient proposés verbalement. Les letres interceptées sont datées du 8 de ce mois. Il faut en conclure que ce chemin est fort difficile. M. Le marquis de Montcalm n’en a pas moins averti M. de Bourlamaque, afin qu’il prît et renouvelât des précautions. Les Abénaquis seront récompensés. Aucune des lettres ne parle des rapides, ce qui fait bien augurer pour cette partie. » 
Montcalm, Le journal du Marquis de Montcalm, p. 487.

25 août 1759

3 sauvages loups et 2 officiers anglois venant aporter des lettres du général Amerst au général Hwolf ont été pris par des sauvages abénakis, qui les ont amenés à bord de l’Atalente commandée par M. Vauquelin qui est audessus de Richelieu. Ces lettres ont été envoyées à M. de Vaudreuil; on dit que ce général écry à celui d’icy qu’il ne voit pas d’aparence qu’il puisse forcer l’Isle aux Noix et que par conséquent il ne devoit point compter sur la jonction des deux armées.
AnonymeJournal du siège de Québec…, pp. 121-122.

26 août 1759

« Les ennemis construisent une barque de dix-huit canons et deux bateaux plats de quatre pièces de 24 sur le lac Champlain. Leurs préparatifs faits, ils agiront. C’est le rapport de trois déserteurs qui arrivaient à M. de Bourlamaque et qui lui apprenaient en même temps que le capitaine Kennedy était parti sous une escorte de Loups pour apporter des nouvelles du général Amherst à M. Wolfe. C’est le même qui a été pris par les Abénaquis du village de Saint-François. »
Montcalm, Le journal du Marquis de Montcalm, p. 488.

Nos Abénaquis ont donné une grande preuve de leur fidélité ils ont arrêté sept Loups qui guidoient et escortoient deux officiers anglois détachés par le général Amherst. Ils sont tous actuellement aux fers à bord de la frégate du sieur Canon. Suivant les instructions de ces officiers, ils devoient haranguer et porter les Abénaquis à la neutralité du reste ils devoient pénétrer jusqu’au général Wolfe et revenir sur leurs pas pour rejoindre le général Amherst. Il paroît que cette instruction n.étoit qu.un honnête prétexte car, à la vue de nos Abénaquis qu.ils ont rencontrés dans les bois, ils ont fui. Il n.est point d.instance qu.ils n.aient faite et de somme d.argent qu.ils ne leur aient offerte, pour les engager à les mettre en lieu de joindre le général Wolfe mais ils ont été incorruptibles. Vous jugez bien, Monsieur, que je leur donnerai beaucoup au delà de la somme qu.ils ont refusée. Parmi les papiers qui ont été trouvés sur ces officiers, il n.y a pas une seule lettre du général Amherst. Il y en a plusieurs écrites par des officiers, dont une rapporte fort exactement l.affaire de Niagara, l.évacuation de Carillon et de Saint-Fréderic. L.officier qui l.écrit paroît très éclairé; il dit qu.il n.est pas bien décidé si le général Amherst avancera pour nous attaquer au fort Saint-Jean, ce qui donne tout lieu de présumer qu.il ignore le poste que nous occupons àl.Ile-aux-Noix. Il ajoute que ces mouvements dépendent des succès que le général Wolfe aura. Il faut espérer qu.ils ne l.induiront qu.à faire sa retraite. Cependant mon frère m.écrit que trois déserteurs, arrivés à M. de Bourlamaque, lui ont rapporté que les Anglois construisoient à Saint-Frédéric une barque de quatorze à quinze canons et deux bâtiments plats qui porteront chacun quatre canons de 24, et d.après cela on conclut qu.il ne tardera pas d.être attaqué. Vous aurez été à même de questionner ces déserteurs. Aucune des lettres dont ces deux officiers étoient porteurs ne parle en aucune façon des Rapides. Il seroit bien à souhaiter que les Anglois n.eussent point de vues de ce côté-là en tout cas, je n.ai aucune inquiétude, me reposant entièrement sur les arrangements que vous aurez pris.
Vaudreuil à Lévis. Au quatrier général, le 26 août 1759, dans Casgrain (dir.), Lettres du marquis de Vaudreuil…, pp. 89-90.

Vous devez savoir à présent que les Abénaquis de Saint-François nous ont mené sept Loups et deux officiers anglois qui vouloient percer à l’armée de Wolfe. Vous pensez bien que les instructions secrètes de M. Amherst n’ont été données que verbalement à ces officiers aussi, ne leur a-t-on pris qu’une instruction de M. Amherst pour engager les Abénaquis d’être tranquilles qu’il seroit leur protecteur dans ce pays-ci, et autres verbiages. On n’a donc trouvé que deux boîtes de fer-blanc, où il y avoit des lettres de plusieurs officiers de l’armée de M. Amherst à des colonels et autres officiers de celle de M. Wolfe. Il paroît par ces lettres que l’armée de M. Amherst pense que nous sommes retirés à Saint-Jean, où vrai- semblablement, disent-ils, nous les attendrons; qu’on ignore encore si cette armée poursuivra que cela dépendra du succès de M. Wolfe. D’autres lettres disent qu’on croit M. Wolfe paisible possesseur de Québec, et que les officiers des deux armées boiront de bon vin françois ensemble à Montréal sous peu de temps. Mais il paroît par les lettres qu’on ignoroit le 8 de ce mois à l’armée d’Amherst notre position à l’Ile-aux- Noix il n’en est fait’nulle mention, non plus que des Rapides, comme si cette route n’existoit pas. Ils parlent néanmoins beaucoup de Niagara, dont ils font le détail comme d’une grande victoire, ayant totalement défait quinze cents hommes qui venoient pour secourir la place.
Bigot à Lévis. Le 26 août 1759, dans Casgrain (dir.), Lettres de l'intendant Bigot…, pp. 49-50.

Sans date, août 1759

« Votre Excellence en jugera en apprenant ma surprise d’avoir trouvé deux émissaires en la personne du capitaine Kennedy et du lieutenant Hamiltôn. Votre Excellence ne peut disconvenir que, suivant les lois de la guerre, les circonstances de la mission de ces deux officiers les mettoient dans le cas de n’être pas considérés comme tels par nous. Mais que Votre Excellence se rassure sur la générosité inséparable de nos nations. Ils seront gardés avec l’exactitude qu’exige de s’être chargés de pareille commission mais ils seront renvoyés lors de l’échange avec tous les autres prisonniers. »
Amherst à Vaudreuil. Août 1759, dans Casgrain (dir.), Lettres et pièces militaires …, pp. 255-256.

31 août 1759

A French regular deserted, this morning, across the rivulet of Montmorencie; he confirms the intelligence we received before, respecting the great success of he army, under the Commander in chief, and of the corps under the late Brigadier Prideaux; he adds that two Officers, and four Mohawk Indians, who were coming express from General Amherst to this army, were taken by the enemy near Les Trois Rivières. [Note: Tow of these Mohawks were roasted to death by the French at Trois Rivieres, in presence of the other two, who were scalped alive, carried to Montreal, and hanged in chains; the Officers, I have been informed, were put in irons, and otherwise very rigorously treated.
Knox, An Historical Journal… Vol. 2, pp. 36-37.

Les Abénaquis de Saint-François ont arrêté le 24 de ce mois deux officiers anglois et sept Loups, qui leur ont présenté des paroles de la part du général Amherst pour rester sur leurs nattes. Mais le principal objet de la mission de ces officiers étoit de porter des lettres de M. Amherst au général Wolfe. On n’a pas pu avoir ces lettres les officiers ainsi que les sauvages, à ce que l’on dit, se voyant arrêtés, ont mangé leurs lettres.
M. de Rigaud à Lévis. À Montréal, le 31 août 1759, dans Casgrain (dir.), Lettres des divers particuliers…, p. 46.

10 septembre 1759

I rowed round the bay on the west of the Fort and to the ends of the Roads that are terminated by the bay. At my return I found a Flag of Truce was come from Mons Burlemaque by a Capt of La Reine whom Capt Osborne who was out with the Guard boat had stoped 9 miles off & sent me the Letters. One from Mons Montcalm of no date, acquainting me that Capt Kennedy and Hamilton were Prisoners & talking of the Exchange of Prisoners, an Excuse to send to see what we are about and to send several Letters to their officers who are Prisoners; a Letter from Bougainville to Capt Abercromby dated the 30th August at Quebec so that the Town was not taken then.
Amherst, The Journal of Jeffery Amherst…, p. 167.

10 septembre 1759

« A l’égard du capitaine Kennedy et du lieutenant Hamilton, je m’attends bien que Votre Excellence me les renverra, puisqu’elle ne peut les regarder que comme prisonniers de guerre. »
Amherst à Montcalm. Du camp de Crown-Point, le 10 septembre 1759, dans Casgrain (dir.), Lettres et pièces militaires …, p. 258.

10 septembre 1759

The Captain of the Guard boats sent me some letters, he had stopped Captain d’Isserat of the Regt. de la Reine nine miles off who was very unwilling to part with his despatches without delivering them to himself at Crown Point, contained a letter from Mons. de Montcalm not dated, acquainting me Capt. Kenney ? Lt. Hamilton were prisonners, I answered the letters & sent an Aid de Camp to sift out in what manner Capt. Kenney was taken whether in going to M. General Wolfe or in returning.
Extracts from Amhert’s letter to Pitt dated Camp of Crown point October 22d. 1759, dans Doughty et Parmelee (dir.), The siege of Quebec… Sixth Volume, p. 44

11 Septembre 1759

Captain Kennedy was unluckily taken by some of St. Francis Indians ho were out a hunting, as he was going to M. General Wolfe.
Extracts from Amhert’s letter to Pitt dated Camp of Crown point October 22d. 1759, dans Doughty et Parmelee (dir.), The siege of Quebec… Sixth Volume, p. 44

11 septembre 1759

Twas morning before Capt Abercromby got back. Capt Disserat of the Regt de la Reine who came with the Flag of Truce said Kennedy was taken by some of the St Francois Indians who were hunting.
Amherst, The Journal of Jeffery Amherst…, p. 167.

12 septembre 1759

« As Capt Kennedy’s Journey was now over I ordered a detachment of 220 chosen men under the command of Major Rogers to go & destroy the St Francois Indian Settlements and the French settlements on the South side of the River St Lawrence, not letting any one but Major Rogers know what about or where he was going. »
AmherstThe Journal of Jeffery Amherst…, p. 168.

29 septembre 1759

Journal de Lévis, 29 septembre 1759 [Kennedy] :
On apprit qu’on avait arrêté à la Présentation un officier anglais avec son détachement; qu’il était parti le 26 de la rivière aux Sables et qu’il comptait aller à Chouagen; il était porteur de lettres du général Amherst au général Gage, qui lui mandait qu’il allait faire un mouvement, qu’il eut à en faire autant; qu’il avait un brigantin de prêt sur le lac Champlain.
LévisLe journal du Chevalier de Lévis, p. 166.

6 octobre 1759

« On m’a dit que le capitaine Kennedy et le lieutenant Hamilton, officiers de l’armée du général Amherst, sont maintenant prisonniers à Batiscan, et qu’ils avoient souffert à cause de la manière dont ils avoient été pris. Lorsque ces officiers ont été pris, ils cherchoient, suivant ce qu’on m’a informé, à venir à notre camp et à éviter les vôtres. Ainsi, Monsieur, je ne conçois pas comment on a pu les regarder comme espions. En considération de ces deux prisonniers qui ont beaucoup souffert, je vous offrirai, Monsieur, de les échanger contre deux officiers du même grade autrement, je désire que Votre Excellence me renvoie sur le champ MM. de Figuiery et de Braux, auxquels j’ai donné permission d’aller à Montréal, pour y vaquer à leurs affaires. »
Monckton à Lévis. À Québec, le 6 octobre 1759, dans Casgrain (dir.), Lettres et pièces militaires …, p. 263

13 octobre 1759

« Le capitaine Kennedy et le lieutenant Hamilton avoient été pris par les Abénaquis, desquels je les ai rachetés. Ils avoient encouru les risques d’être traités différemment que les prisonniers, étant venus en parti bleu [Dictionnaire de 1762 : Un parti de gens qui s’attroupent sans ordre pour piller de côté & d’autre. On pend les partis bleus quand on les attrape.], sans mission ni caractère d’autorité légitime. Ils pourroient être sujets aux plus grandes rigueurs. Ils furent d’abord mis aux fers mais ayant, peu après, été informé de leur naissance et de leur grade, je les ai fait élargir et les ai traités depuis en officiers. Je les renverrai à M. Amherst, qui les a réclamés. Je donne ordre à MM. de Figuiery et de Braux de se rendre incessamment à Québec. »
Vaudreuil à Monckton. À Montréal, le 13 octobre 1759, dans Casgrain (dir.), Lettres et pièces militaires …, pp. 266-267.

20 octobre 1759

« Le renvoi de ces envoyés me paroît comme un prélude nécessaire. L’affaire va au coeur, et ce que j’ai appris, c’est qu’un des deux, M. Kennedy, est parent de M. Murray et fort proche. J’ai eu l’honneur de vous marquer l’espèce de nécessité à les envoyer ici, à moins d’un inconvénient très grand et que je ne pense pas. »
Bernier à Lévis. À l’Hôpital Général de Québec, le 20 octobre 1759, dans Casgrain (dir.), Lettres des divers particuliers…, pp. 19-20

15 novembre 1759

In the night past Major Grant arrived. Had left all the English Prisoners on this side the Otter River to come on in the morning. I ordered the officer of the Guard boats to let them pass & send them by the Eastern Shore, and I sent Capt Abercromby, my Aid de Camp, & the Company of light Infantry of the Royal to stop the Escort 4 or 5 miles off & send the Prisoners in. The Escort was 2 Lieuts & 40 Canadians our Prisoners, M Grant, Capts Kennedy McKenzie & Pringle, Lt Hamilton, Meredith & Roche, Ensign Downing, Jenkins & Mackay, Major Lewis of the Virginians & Ensign Hollar of the Pennsylvanians, Capt Tute, Lts Hone, Dickson & Fletcher of the Rangers, Mr Beach, a Master of a Merchantman, and two midshipmen, Mr Cummings of the Alcide & Mr Windsor of the Squirrel.
Amherst, The Journal of Jeffery Amherst…, p. 191.

29 août 1760

At night Capt Jacobs who was taken with Capt Kennedy came to me. He arrived with Indians from the French & brought me a Letter from a Priest to offer Peace on the Indian side. I meant to get away, but I must first see the Vessels safe or nothing will be done & I shall have nothing to send for provisions.
Amherst, The Journal of Jeffery Amherst…, p. 241.

5 février 1762

Two Caghnawaga Chiefs are come from their Castle with a Message from them & the Algonkins & Abenaquis requesting to have a meeting at Albany with me & the Stockbridge or New England Indians, in order to make up an affair concerning a Murther [Murder] committed by them on a River Indian who accompanied Capt. Kenney about 2 years ago to ye village of St. Francis, and which (when I was in Canada) I insisted on their making Satisfaction for.
William Johnson à Amherst. Au fort Johnson, le 6 février 1762, dans Johnson, The Papers of…, Volume 3, p. 623.

Sources

  • Archives nationales, Outre-Mer, Colonies (Aix-en-Provence) :
    • Série F: Collection Moreau de Saint Méry (dont des copies consultées sur http://heritage.canadiana.ca/)
  •  Amherst, Jeffery (Édité par J. Clarence Webster). The Journal of Jeffery Amherst Recording the Military Career of General Amherst in America from 1758 to 1763. Toronto, Ryerson Press, 1931. 341 p. Coll. « The Canadian Historical Studies ».
  • Anonyme (Édité par Bernard Andrès, Patricia Willemin-Andrès et Aegidius Fauteux). Journal du siège de Québec du 10 mai au 18 septembre 1759. Québec, Presses de l’Université Laval, 2009. 246 p. Coll. « L’archive littéraire au Québec ».
  • Casgrain, H. R. (dir.). Lettres de l'intendant Bigot au chevalier de Lévis. Québec, L.-J. Demers & Frères, 1895. 110 p. Coll. « Manuscrits du maréchal de Lévis ».
  • Casgrain, H. R. (dir.). Lettres des divers particuliers au Chevalier de Lévis. Québec, L.-J. Demers & Frères, 1895. 248 p. Coll. « Manuscrits du maréchal de Lévis ».
  • Casgrain, H. R. (dir.). Lettres du marquis de Vaudreuil au Chevalier de Lévis. Québec, L.-J. Demers & Frères, 1895. 215 p. Coll. « Manuscrits du maréchal de Lévis ».
  • Casgrain, H. R. (dir.). Lettres et pièces militaires, instructions, ordres, mémoires, plans de campagne et de défense, 1759-1760. Québec, L.-J. Demers & Frères, 1891. 367 p. Coll. « Manuscrits du maréchal de Lévis ».
  • Doughty, A. et G. W. Parmelee (dir.). The siege of Quebec and the Battle of the Plains of Abraham. Sixth Volume. Québec, Dussault & Proulx, 1901. 346 p. [ En ligne : https://archive.org/details/siegequebecandb09parmgoog ] Consulté le 12 février 2019.
  • Johnson, William (Édité par l’abbé James Sullivan). The Papers of Sir William Johnson. Volume 3. Albany, University of New York, 1921. 458 p. [ En ligne : https://archive.org/stream/paperssirwillia00unkngoog ] Consulté le 12 février 2019.
  • Knox, John. An Historical Journal of the Campaigns in North-America, for the Years 1757, 1758, 1759, and 1760 [Etc.]. Vol. 2. Londres, W. Johnston, 1769. 465 p. [ En ligne : https://archive.org/details/historicaljourna02knox/page/n9 ] Consulté le 8 janvier 2019.
  • Lévis, François-Gaston de (Édité par Robert Léger). Le journal du Chevalier de Lévis. Montréal, Éditions Michel Brûlé, 2008. 253 p.
  • Montcalm, Louis-Joseph de (Édité par Robert Léger). Le journal du Marquis de Montcalm. Montréal, Éditions Michel Brûlé, 2007. 512 p.
  • Richard, E. Supplement to Dr. Brymner’s Report on Canadian Archives by Mr. Edouard Richard 1899. Ottawa, S. E. Dawsom, 1901. p. 179 [ En ligne : http://dx.doi.org/10.14288/1.0308147 ] Consulté le 12 février 2019. 


13 August 2017

Ressources utiles pour déchiffrer la paléographie

Le dimanche 13 août dernier, j'animais un atelier de paléographie dans le cadre des Rendez-vous d’histoire de la Nouvelle-France. Voici quelques documents utiles évoqués pendant l'activité.

*****

Pour trouver des documents et des sources datant du Régime français, il existe des outils de recherche utiles:
  • Archives de la Nouvelle-France: http://www.bac-lac.gc.ca/fra/decouvrez/exploration-colonisation/archives-nouvelle-france/Pages/archives-nouvelle-france.aspx
  • Dechêne, Louise. Inventaire analytique des documents relatifs à l’histoire du Canada conservés en France au Service historique de l’Armée. Québec, Ministère des Affaires Culturelles, Vol. 1 et 2, 407 p.
  • Lessard, Rénald. Guide des copies d’archives d’origine française. Québec, Gouvernement du Québec, 1990. 488 p.
  • Menier, Marie Antoinette, Etienne Taillemite, et Gilberte De Forges. Correspondance à l’arrivée en provenance de la Louisiane. Tome I (articles C13 38 à 54, C13 B 1, C13 C 1 à 5). Paris, Archives Nationales, Inventaire des Archives coloniales, 1976. 479 p.
Bibliothèque et Archives nationales du Québec offrent également plusieurs outils:
  • Répertoire des notaires et registres paroissiaux
    • Greffes de notaires : disponibles jusqu’en 1932
    • 653 greffes originaux au centre de Québec, la majorité microfilmés
  • Pistard (pistard.banq.qc.ca)
    • Accessible à distance
  • Parchemin
    • Accessible seulement dans les salles de recherche de BAnQ
    • Inventaire complet des minutes notariales canadiens entre 1626 à 1789. (Bémol: que les documents originaux qui ont survécus à aujourd’hui)
  • Programme de recherche en démographie historique, Université de Montréal (www.genealogie.umontreal.ca)
  • Ancestry.com
  • Nouvelle-France électronique (https://nouvellefranceelectronique.wordpress.com/)
  • Etc.

N’hésitez surtout pas à demander de l’aide des archivistes!

Avant de plonger dans les sources, lisez d’autres transcriptions afin de vous familiariser avec les formules habituelles
  • Par exemple : Marcel TrudelLa Nouvelle-France par les textes. Les cadres de vie. Montréal, Bibliothèque québécoise, 2011 [2003]. 399 p.
Et disponibles sur sur Gallica:

  • Ferrière, Joseph-Claude. La science parfaite des notaires, ou Le parfait notaire : contenant les ordonnances, arrests & réglemens rendus touchant la fonction des notaires, tant royaux qu'apostoliques. Tome 1 / . Avec les stiles, formules & instructions pour dresser toutes sortes d'actes... Nouvelle edition. Revûë, corrigée & augmentée sur celle de feu Me Claude-Joseph de Ferriere... Par le sieur F. B. De Visme. Tome premier. Paris, Saugrain, père, libraire, 1752. 2 volumes.
  • Ranconnet, Aimar. Thresor de la langue francoyse tant ancienne que moderne […] revu et augmenté... par Jean Nicot [et al]. Paris, D. Doucet, 1606

Pendant vos lectures, vous pouvez consulter ces livres de référence pour vous aider à déchiffrer la graphie difficile:
  • Académie française. Le dictionnaire de l'Académie françoise, dédié au Roy. Deux tomes. Paris, Veuve J. B. Coignard et J. B. Coignard, 1694.
  • Académie française. Dictionnaire de l'Académie françoise. Deux tomes. Paris, Veuve B. Brunet, 1762.
  • Audisio, Gabriel et Isabelle Rambaud. Lire le français d’hier. Manuel de paléographie moderne XVe – XVIIIe siècle. Paris, Armand Collin, 2011 (1997, 1991). 278 p.
  • Fournet-Fayard, Alain. Pratique de paléographie moderne. Saint-Étienne, Cedex, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2002. 150 p.
  • Lafortune, Marcel. Initiation à la paléographie franco-canadienne. Les écritures des notaires aux xviie—xviiie siècles. 3 tomes. Montréal, Société de recherche historique Archiv-Histo Inc., 1982. Coll. « Méthode ». 
  • Lapointe, Vicky. Déchiffrer un document historique sans douleur (ou presque)- Ressources en paléographie. En ligne:  http://tolkien2008.wordpress.com/ (faites une recherche pour paléographie)
  • National Archives – Palaeography: Reading old handwriting 1500-1800: A practical online tutorial. http://www.nationalarchives.gov.uk/palaeography/
  • Scripto (www.scripto.org)
Rappelez-vous: la paléographie requiert de la patience et de la pratique. Prenez votre temps et amusez-vous!




01 December 2016

Grands personnages, petits moments...

Diorama « Le Chevalier de Lévis brûle ses drapeaux, 8 septembre 1760 »
Musée du Royal 22e Régiment, Citadelle de Québec.
Source: Wikipedia

Un de mes plus grands plaisirs lorsque je fais de la recherche dans les sources premières est de tomber sur des petits brins d’humanités.

Je m’explique.

Je travaille souvent avec la correspondance de personnages éminents de l’histoire canadienne-française. La société a élevé ces gens sur un piédestal de respect, de grandeur et franchement, de mythe. Prenons le chevalier de Lévis, par exemple. Le second de Montcalm, on le connaît comme celui qui a mené les Français à la victoire lors de la bataille de Sainte-Foy en 1760. La même année, il a refusé aux Britanniques la satisfaction de leur donner les honneurs de la guerre, optant plutôt de brûler les étendards français et cassant son épée. Ce sont là les ingrédients d’un culte de personnage historique : stoïque, borné, noble, Lévis est l’image même du héros de guerre.

Mais l’historien se méfie de partager ce même regard obnubilé de la mémoire populaire. Certes, Lévis et ses semblables ont porté des gestes dignes d’admiration, mais il ne faut pas oublier que ces héros de notre histoire nationale étaient des gens en chair et en os, non des demi-dieux dignes d’un panthéon romain.


Pourtant, rentrer dans l’intimité du vécu journalier de Lévis et ses frères d’armes peuvent parfois créer un paradoxe intéressant. D’une part, l’historien/ne déboulonne le mythe et le culte du personnage, mais de l’autre, il ou elle peut tout autant doubler d’admiration en découvrant des petits moments qui rendent ces mêmes personnages plus humains, plus rejoignables.

Je vous partage deux moments du genre au sujet de Lévis.

Le premier, une de mes anecdotes les plus amusantes à son sujet, lui arrive lorsqu’il mène une mission de reconnaissance sur une montagne du lac Champlain pour vérifier d’où est-ce que les Britanniques espionnaient le fort Carillon. Quelques jours plus tard, il dicte ce mot à l’intendant Bigot :
« Je ne vous écris pas de ma main, parce que, hier, j'ai été sur la montagne de l'autre côté de la rivière, vis-à-vis de notre camp, à l'endroit où sont venus les découvreurs ennemis; j'ai fait une chute je me suis foulé le poignet et j'ai été fort heureux de ne m'être pas cassé le col. » (Lévis à Bigot. Le 4 août 1756, dans H. R. Casgrain (dir.), Lettres du chevalier de Lévis concernant la guerre du Canada (1756-1760), Montréal, C. O. Beauchemin & Fils, 1889, p. 66.)
Quel délice mesquin que d’imaginer le pauvre Lévis, héros de nos livres d’histoire, piquer une méchante débarque, comme on dirait en bon canayen, l’ego meurtri plus qu’autre chose…

Nous avons aussi une petite fenêtre sur la façon qu’il percevait ses sous-officiers, du moins en ce qui concerne sa proche amitié avec un officier des troupes de la Marine, grâce à ces deux extraits :
« J'ai encore une autre grâce à vous demander qui est de vouloir bien accorder votre protection à M. de Fontbrune, capitaine réformé au régiment de la Marine. Il m'a suivi dans ce pays par amitié et par attachement; il m'est très utile; je lui ai bien des obligations. M. de Montcalm et moi demandons avec beaucoup d'instances à M. le marquis de Paulmy qu'il soit fait cette année chevalier de Saint-Louis; il mérite cette grâce par ses services. Je vous supplie d'avoir la bonté de lui en parler je serois bien satisfait si votre recommandation la lui procuroit. » (Lévis à Mme. de Mirepoix. À Montréal, le 24 septembre 1757, dans Casgrain (dir.), Lettres du chevalier de Lévis…, pp. 169-170.)
Malheureusement, cette grâce ne sera jamais accordée, comme l’explique Lévis :
« J'avois eu l'honneur de vous demander une augmentation d'appointements pour le sieur de Fontbrune, dans mes dernières lettres. Il est mort de maladie le mois dernier c'est une perte pour le service du Roi. Il étoit passé avec moi en Canada; je le regrette infiniment; il m'étoit attaché et je l'avois engagé de venir en Amérique. » (Lévis à Paulmy. Le 8 octobre 1757, dans Casgrain (dir.), Lettres du chevalier de Lévis…, p. 173.)
Comme quoi, même si ces braves héros de notre passé ont vécu entouré par la mort sur le champ de guerre, ils n’étaient pas moins soumis au deuil de la perte de proches.

Donc en rires ou en larmes, il est souvent possible de trouver matière à se rapprocher humainement de ces héros de la mémoire populaire, sans nécessairement faire abstraction de la rigueur historique.



05 October 2016

Source découverte en retard!

Les historiens ne sont pas omniscients, malheureusement. Il nous arrive de publier un ouvrage et de tomber sur une superbe source que nous avions raté. Voici une telle source que j'aurais vraiment voulu citer dans mon livre, Inconquis. Pour mes lecteurs qui ont lu le livre ou qui sont simplement curieux, je vous offre ici une superbe description du parcours de Louis Liénard de Beaujeu vers le village Sauks où il a passé l'hiver 1760-1761. L'extrait se trouve dans le livre de Jonathan Carver, Travels through the interior parts of North America, in the years 1766, 1767, and 1768, publié à Londres par C. Dilly et etc. en 1781, pp. 41-48:

28 September 2016

Un espion pendu

Voici une anecdote tirée de J.C.B. au sujet d'un espion qui est capturé juste avant la reddition de Montréal en 1760. Je dois double vérifier auprès d'autres sources dans l'optique de ma thèse de doctorat (surtout que J.C.B. n'était pas un témoin direct). Fascinant malgré tout!

Je cite ici une anecdote arrivée avant la prise de Montréal. Il y avait cinq jours que le général Murray était avec sa flotte monté de Québec et en présence où à la vue de Montréal; il attendait avec impatience l’armée du général Amherst lorsqu’il prit le parti de lui envoyer un espion qui était un Canadien, homme d’assez mauvaise figure et qui plus est contrefait, ce qui est contre l’ordinaire des habitants du pays généralement bien faits. Cet homme se présenta seul dans un petit canot au camp des Français établi à une demi· lieue de la ville; il s’arrêta à une tente, demanda à manger, fit plusieurs questions et entre autres s’informa de combien d’hommes l’armée française pouvait être composée; son air libre et ses questions donnèrent du soupçon aux soldats auxquels il s’adressa et comme ils ne le satisfirent pas, il passa à une autre tente où il ne fut pas plus satisfait, enfin il alla à une troisième où il fit les mêmes questions. Un soldat qui l’avait suivi par soupçon lui ayant entendu faire les mêmes demandes en avertit aussitôt son sergent qui interrogea cet homme qu’il ne trouva pas régulier dans ses réponses; alors il le fit garder à vue sans qu’il s’en douta et fut de suite en avertir le général Bourlamarque qui fit venir cet homme devant lui l’interrogea et le soupçonnant être un espion, il le fit fouiller et déshabiller; comme on ne trouva rien dans ses habits, on lui ôta sa chaussure et l’on trouva dans le pied de ses bas deux petites lettres ployées du chaussons et sans cachets; le général en prit lecture, c’était des invitations au général .Amherst pour qu’il se pressa d’avancer pour faire par terre le blocus de la ville, qu’on attendait après lui pour commencer le siège à tel jour et heure indiqués. Sur la vue de ces lettres le général Bourlamarque acquit la conviction de l’espionnage et donna l’ordre de pendre cet homme, ce qui fut exécuté sur le champ.

CASGRAIN, H.R. (éditeur). Voyage au Canada dans le nord de l'Amérique septentrionale fait depuis l'an 1751 à 1761 par J.C.B., Québec, Imprimerie Léger Rousseau, 1887. pp. 192-193.

20 September 2016

Le mariage n'est pas pour tout le monde...

Anecdote de 1759 tirée de CASGRAIN, H.R. (éditeur). Voyage au Canada dans le nord de l'Amérique septentrionale fait depuis l'an 1751 à 1761 par J.C.B., Québec, Imprimerie Léger Rousseau, 1887. pp. 171-172 :
Au milieu des plaisirs de l’hiver dont j’étais occupé et qui sont ainsi que je l’ai déjà dit les bals et les courses en carioles ou traîneaux sur la neige et la glace, il me fut proposé un mariage avec une demoiselle d’une famille honnête assez bien alliée mais peu fortunée; je fus même sollicité par ses proches parents, je refusai ne me sentant point d’inclination et d’ailleurs en me persuadant que cette proposition n’avait lieu qu’à cause de la petite fortune que je possédais, cependant à force d’être tourmenté je finis par donner mon consentement, je fis par conséquence la folie de louer provisoirement une maison toute entière; je fis plus, j’y mis pour dix mille francs de mobilier et y logeai ensuite la mère et la fille, car cette mère était veuve, je n’avais rien dit à mes amis de mon projet; mais ils ne tardèrent pas d’en être instruits et d’employer plusieurs moyens pour me faire rompre ma promesse, il me fut fait des remontrances de la part de mes supérieurs; alors je me déterminai, après deux mois de résistance, à rompre ma promesse qui à la vérité n’était que verbale; mais il s’agissait de retirer mon mobilier qui se trouvait sous la garde de la mère et de la fille par ma maladresse qui ne m’était pas facile, parce que j’étais instruit qu’on était convenu dans la famille de s’y opposer en regardant mon mobilier comme une indemnité de mon dédit. Cependant, il me fallut user de ruse et je parvins à l’enlever en vertu d’un ordre supérieur et à l’aide de mes amis, et désirant montrer de la générosité dans mon procédé je laissai quelques meubles dans la maison, je fus ensuite payer le loyer et donner congé; je me trouvai avoir dépensé dans cet hiver y compris mon mobilier la somme de quinze mille francs. 

17 May 2016

Tirer chevelure

Guerriers Iroquois par L.F. Labrousse dans
Labroque 1796  Encyclopédie des voyages

Je me suis enfin remis à lire les mémoires de Charles Bonin. Je vous reproduis ici sa description du "scalpage" ("tirer chevelure") pendant la guerre de Sept Ans : 
L’usage général lorsqu’un parti a fait un ou plusieurs prisonniers s’il ne peut les amener, il les tue à coups de casse-tête (petite hache dont il a été parlé plus haut) qui se frappe sur la tête. Le sauvage qui en a porté deux ou trois coups, prend aussitôt son couteau dont il fait une incision autour des cheveux, depuis le haut du front jusqu’à la marque du cou; mettant ensuite un pied sur l’épaule de la victime dont il a tourné le ventre contre terre, il lui tire à deux mains la chevelure de derrière en avant, ainsi qu’il a déjà été dit plus haut en parlant de la danse de la découverte. Cette opération qui est très prompte n’est pas plus tôt achevée que le sauvage l’attache à sa ceinture et continue sa route, cependant on n’emploie ce moyen que quand le prisonnier ne peut pas suivre celui qui l’a pris, ou que le sauvage est poursuivi et que dans ce dernier cas il veut rapporter des marques de sa bravoure, et alors, après avoir promptement levé la chevelure, il fait le cri de mort […] et se sauve à toutes jambes. Le cri de mort est un avertissement de bravoure que les sauvages ne manquent pas de pratiquer, après avoir levé la chevelure, les anglais nomment cela scarpeler. 
Lorsque la chevelure est levée et que celui qui a fait cette action ne craint pas qu’on le poursuive, il s’arrête, gratte la peau pour la nettoyer du sang et des fibres qui y sont attachés ; il la fait ensuite sècher un peu au soleil, après avoir fait un petit cerceau de bois vert autour duquel il étend la peau comme un tambour de basque et la peint en rouge les cheveux en dehors sont peignés. La chevelure arrangée, on l’attache au bout d’un long bâton qui est porté comme en triomphe sur une épaule, jusqu’au village, ou le lieu qu’il veut la déposer, mais à l’approche de chaque lieu qu’il passe il fait avant d’y arriver autant de cris qu’il a de chevelures pour annoncer son arrivée et sa marque de bravoure. On attache quelquefois jusqu’à quinze chevelures sur le même bâton et lorsqu’il y en a beaucoup, on garnit plusieurs bâtons. 
Les Français et les Anglais avaient pour maxime de payer ces chevelures, jusqu’à concurrence de trente francs valeur en marchandises, il s’agissait alors d’encourager les sauvages à en faire le plus qu’ils pourraient sur l’ennemi et pour avoir la certitude du nombre des vaincus; ce moyen de précaution a fait naître, soit naturellement ou par insinuation, la ruse chez les sauvages, qui pour augmenter la rétribution qu’ils tiraient des chevelures s’avisèrent d’en faire de peau de cheval qu’ils préparaient de la même manière que la chevelure de l’homme. Cette supercherie reconnue donna lieu d’y regarder de plus près, avant de parvenir au paiement, de sorte que les Français et les Anglais ont fini par ne plus payer que très peu de chose par forme de présents. Il est honteux pour l’humanité d’employer des moyens aussi barbares, il est pourtant vrai de dire que cette invention appartient seule aux sauvages qui en faisaient usage entre eux avant de connaître les nations policée. C’est donc de la barbarie que provient cet horrible usage pratiqué chez les sauvages seuls, car il ne paraît pas avoir existé chez aucune autre nation, même celles qui comme eux n’ont reçu aucun principe de civilisation.
Scalp, 1750-1850. British Museum. Source ici.


Lectures suggérées :
  • J.C.B. (Édité par l’abbé H.R. Casgrain). Voyage au Canada dans le nord de l'Amérique septentrionale fait depuis l'an 1751 à 1761 par J.C.B. Québec, Imprimerie Léger Rousseau, 1887. 255 p.
  • Lozier, Jean-François. « Lever des chevelures en Nouvelle-France : la politique française du paiement des scalps ». Revue d’histoire de l’Amérique française, Vol. 56, nᵒ 4 (2003). pp. 513–542.

27 May 2015

L'Ontario français et ses premiers textes

Allez voir nos amis à l'Université de Waterloo et tenez-vous au courant de leur récent projet de recherche sur les premiers textes de l'Ontario français!

08 November 2014

Pas pour les coeurs sensibles...

Voici un court texte de 1760 témoignant la captivité d'un membre des Roger's Rangers qui passe tour à tour entre les mains des Amérindiens et des Français. Néanmoins, je rappelle que certains détails risquent d'être exagérés, vu que les auteurs de ce genre de publications cherchaient le plus souvent à émouvoir, surprendre et même scandaliser. Alors, un peu de scepticisme quand il y a mention d'un prisonnier dont les tripes sont attachées à un arbre alors qu'on le force à courir autour du tronc...
Brown, Thomas. « A Plain Narrativ of the Uncommon Sufferings and Remarkable Deliverance of Thomas Brown, of Charlestown, in New England [...] », dans The Magazine of History, Vol. 1, No. 1-4, New York, William Abbatt, 1908 (1760). pp. 207-221.

10 March 2013

L'homme qui a vu l'ours!

Un autre extrait des mémoires de notre cher Bonin, alors qu'il vient de quitter Michilimackinac et se retrouve sur la rivière des Outaouais : 
Au moment de notre arrivée [le 12 septembre 1753] nous aperçûmes un ours traversant la rivière à la nage et venant de notre côté, à la distance d’une bonne portée de fusil, je courus moi quatrième dans l’intention de lui disputer non seulement le passage, mais de le tuer. A peine eut-il posé ses pieds à terre que nous lui tirâmes trois coups de fusil, il secoua la tête en avançant toujours, je me jetai au devant et assez prêt pour lui enfoncer dans le flanc droit mon couteau de chasse que je fus forcé d’abandonner aussitôt par le mouvement que fit cet animal qui se jeta de suite sur moi et me mit sous ses deux pieds de devant; mes compagnons me voyant dans cette position, n’osant plus tirer sur l’ours se contentèrent de crier pour l’épouvanter. Je fus retourné deux fois de droite et de gauche par l’animal, je contrefis le mort à tout hasard, me resouvenant d’avoir entendu dire que c’était la seule manière d’éviter la colère de l’ours; pendant ce temps-là mes compagnons qui n’avaient pu par leurs cris lui faire peur, prirent le parti de tirer plusieurs coups de fusil en l’air, alors l’animal me quitta, après m’avoir tenu sous lui pendant un demi quart d’heure qui me parut bien long, il s’en fut gravement sur le bord du bois où il se retourna en se posant sur son derrière et nous regarda audacieusement, malgré plusieurs coups de fusils qui lui furent tirés. On vint à moi, aussitôt qu’il m’eut quitté, .je me levai et fit comme les autres qui étaient venus sur la nouvelle que j’étais terrassé et nous fûmes tous à la poursuite de l’ours, qui se sauva dans le bois avec plusieurs coups de fusils et mon couteau de chasse au côté, nous le poursuivîmes, à la trace de son sang, l’espace d’une demie lieue où il s’arrêta et reçut encore quelques coups de fusils qui le firent tomber sur le côté, nous nous avançâmes aussitôt sur lui, en achevant de le tuer et je lui repris mon couteau de chasse qui n’était entré que dans sa panse, il fut ensuite éventré et coupé par morceaux dont chacun s’empara pour les emporter au campement afin d’être mangé en société.
Source : CASGRAIN, H.R. (éditeur). Voyage au Canada dans le nord de l'Amérique septentrionale fait depuis l'an 1751 à 1761 par J.C.B., Québec, Imprimerie Léger Rousseau, 1887. pp. 91-92

Note: Pour les intéressés, le livre entier est disponible gratuitement sur Archive.org suivant ce lien.

19 February 2013

Accident de feux d'artifice

Je viens de commencer la lecture des seuls mémoirs connus d'un soldat des troupes de la Marine du Canada. L'auteur est sans doute Joseph-Charles Bonin, dit Jolicoeur (voir à son sujet pages 4 et 5 de ce lien). Il capte immédiatement l'attention du lecteur alors qu'il décrit son parcours au Canada tout en insérant de croustillantes anecdotes sur les moeurs des gens qui l'entourent. J'ai loin d'avoir terminé de lire son livre, toutefois je me permets de citer une histoire qui m'a particulièrement accroché:
[Année 1752]
Peu après cette époque, on ordonna une fête à l’occasion de la naissance du Duc de Bourgogne fils du Dauphin […]. Des préparatifs furent faits pour tirer un feu d’artifice, ce furent les canonniers qui en eurent la direction, sous les ordres de leur commandant ; je fus par conséquent du nombre des travailleurs, ce qui m’obligea de quitter le négociant chez lequel je travaillais et où j’étais comme un enfant adoptif ; nous fûmes occupés trois mois à la préparation de cet artifice. Le 13 juillet était le jour fixé pour tirer le feu, douze canonniers furent chargés de l’exécution, j’en fis partie. Le jour arrivé, on nous revêtit d’habits et de casques de peau par précaution, ce qui ne fut pas inutile, car au moment où nous n’attendions que le signal pour mettre le feu, une mêche allumée et portée sans précaution, mit en passant le feu à une fusée qui par son explosion la communiqua à une boîte où il avait cent fusées, lesquelles partant mirent le feu à plusieurs autres et bientôt tout l’artifice du théâtre fut enflammé et brûla une partie de la charpente. Ce fut l’ouvrage d’un quart d’heure; cinq canonniers furent entièrement brûlés et quatre grièvement blessés. Comme mon poste se trouvait à des accessoires un peu éloignés du théâtre, je fus moins exposé et cependant pas assez éloigné pour ne pas me sentir de l’explosion, car les fusées portèrent dans tous les sens et m’enveloppèrent de telle sorte qu’il me fallut rester immobile à ma place, je n’en fus pas moins blessé, mais légèrement à l’épaule et mon vêtement en partie brûlé. La violence du feu étant apaisée, je pus alors quitter ma place pour m’approcher du théâtre à moitié brûlé ; je ne fus pas peu surpris de trouver autant de morts et de me voir troisième de sauvé. Beaucoup de spectateurs furent pareillement surpris, de ce que nous n’étions pas tous péris ; chacun nous en témoigna sa joie. L’intendant nous fit donner à chacun une gratification de cinquante francs. 
Cet artifice n’ayant pas eu le succès désiré, il fut décidé d’en commencer un autre pour être exécuté sur la rivière Saint-Charles, vis-à-vis l’intendance, le premier septembre suivant. Il fut beaucoup plus tôt prêt que le premier, parce que tous les matériaux étaient préparés ainsi que de l’artifice qui restait du premier feu. Je fus encore employé à ce travail ; le jour arrivé pour tirer ce feu, j’y éprouvai encore un petit accident qui ne fut pas moins périlleux, mais qui était l’opposé du premier. Mon poste était d’aller en bateau mettre le feu à de l’artifice fait en dauphin et posé à une des distances latérales du théâtre, le moment arrivé je me pressai trop vite à sauter dans le bateau qui devait me conduire et je tombai dans l’eau. Heureusement que le batelier me retira promptement et j’en fus quitte pour être mouillé et sans me décourager je remplis ma mission ; ensuite je me fis conduire à terre, où je fus obligé de changer d’habillement. Mon aventure ayant été rapportée à l’intendant, il me gratifia de deux louis, en sus des vingt quatre francs qu’il accorda à chacun des canonniers employés au nombre de vingt, à cette réjouissance.
Source : CASGRAIN, H.R. (éditeur). Voyage au Canada dans le nord de l'Amérique septentrionale fait depuis l'an 1751 à 1761 par J.C.B., Québec, Imprimerie Léger Rousseau, 1887. pp. 41-23

Note: Pour les intéressés, le livre entier est disponible gratuitement sur Archive.org suivant ce lien.