Showing posts with label Conférences. Show all posts
Showing posts with label Conférences. Show all posts

21 October 2019

Congrès annuel de l’IHAF, édition 2019


Ce n’est pas un secret, la vie de doctorant n’est pas toujours facile. Le fameux syndrome de l’imposteur vient souvent enrayer nos pensées et ouvre la porte à l’anxiété. C’est dans cet esprit morose que je m’apprêtais à aller au congrès annuel de l’Institut d’histoire de l’Amérique française (IHAF) qui avait lieu à Ottawa. Et pourtant, après coup, je suis vraiment heureux d’y être allé!

D’abord, le programme était très riche, le thème étant « Frontières ». Le dix-huitièmiste que je suis ne savait plus où se garrocher. J’ai eu des choix difficiles à faire avec autant de séances passionnantes ayant lieu en même temps. Mais à la fin, j’ai certainement profité des nombreuses communications assistées sur trois jours intenses.


Le congrès était précédé d'une visite du Musée canadien de l’histoire, récemment rénové. J’avais déjà visité les lieux auparavant, donc j’avais hâte de voir les changements. D’une part, je m’ennuie de l’ancienne reconstitution de Place Royale, mais de l’autre j’aime la nouvelle galerie dédiée à la Nouvelle-France. Néanmoins, je trouve que le xviiie siècle est sous-représenté. De plus, autant je loue les efforts d’incorporer les Autochtones tout au long de la trame chronologique des expositions, les francophones n’ont pas cette même chance. Comme Franco-Ontarien, je suis très déçu, par exemple, que l’histoire francophone pendant la période britannique se résume aux Rébellions de 1837-1838. Le focus pour cette section est surtout sur l’Ontario loyaliste. Où sont les Franco-Ontariens? C’est à croire qu’après le Régime français, l’histoire canadienne-française ne se résume qu’aux Patriotes et aux deux référendums québécois. Mais bon.



Cela dit, j’ai eu une très, très agréable surprise. D’abord, un peu de contexte : il y a plusieurs mois, je furetais la collection en ligne de la Royal Collection Trust lorsque je suis tombé sur le manteau du général James Wolfe. J’étais impressionné : je n’avais aucune idée que cet objet existait. En même temps, je m’exaspérais en pensant que je n’aurai sans doute jamais la chance de voir ce manteau en personne. Eh bien! Retour au Musée canadien de l’histoire : alors que j’admirais la section dédiée à la guerre de Sept Ans, je me suis retourné pour tomber face à face avec le manteau en question. En effet, l’objet est présentement prêté à Ottawa! Imaginez mon plaisir de pouvoir admirer de près ce remarquable artefact de la guerre que j’étudie. J’étais franchement très ému. Les objets de la Conquête qui nous sont parvenus jusqu’à aujourd’hui sont excessivement rares. Après un après-midi passé au musée, c’était le temps de retourner sur le campus de l’Université d’Ottawa pour le début officiel du congrès.

J’ai également eu le plaisir de constater que la twittosphère de l’IHAF était beaucoup plus garnie cette année. En suivant #IHAF2019, les chercheurs pouvaient partager leurs observations, leurs questions ou simplement des photos de leurs meilleurs moments pendant le congrès. Relativement parlant, la participation a presque triplé depuis l’an passé, passant de 4 twitteurs à mon souvenir à près d’une douzaine cette année!

D’ailleurs, les avancées en informatique commencent également à percer chez l’IHAF. Cette année, les ateliers et les communications portant sur les nouvelles technologies se sont multipliés au bonheur (ou la confusion) de plusieurs chercheurs. Je ne vais pas résumer toutes les communications que j’ai suivies, mais j’aimerais noter que la présence d’autant de projets numériques démontre que l’étude de l’histoire de l’Amérique française rattrape enfin le nouveau paradigme des humanités numériques (ou Digital Humanities). Nous sommes rendus loin de la table ronde de 2014 « L’Amérique française au numérique : enjeux et défis » où l’audience s’était démontrée frileuse par rapport aux avancées informatiques en histoire. Depuis, la nouvelle génération d’historiens se démontre amplement capable de suivre l’exemple d’historiens à la réputation « techno » comme Léon Robichaud (Université de Sherbrooke) et Donald Fyson (Université Laval). La séance « Frontière, obstacle ou passerelle : l’intégration du numérique en histoire de la Nouvelle-France » fut particulièrement impressionnante. Catherine Broué et Maxime Gohier de l’UQAR nous ont présenté la plateforme Transkribus, un outil qui permet au chercheur d’automatiser la transcription de documents manuscrits. La puissance de l’outil est à couper le souffle : un chercheur, après avoir fourni une poignée de modèles transcrits manuellement, peut soumettre ses documents manuscrits qui seront analysés par Transkribus et dactylographiés avec une précision de 90% et plus. Incroyable!

François Dominic Laramée de l’Université de Montréal a pris le relais en démontrant comment l’utilisation du Hathi Trust Extracted Features permet une analyse de masses d’informations publiées. En nous mettant en garde sur les méthodes à utiliser et les pièges analytiques à éviter, Laramée a expliqué comment un chercheur peut puiser des tendances thématiques dans des milliers de livres sans avoir à les lire manuellement. Son exemple cherchait à déterminer à quel degré le Canada figurait dans l’esprit des Français métropolitains pendant l’Ancien régime. En analysant le nombre de fois que les publications d’époque mentionnaient d’un sujet en lien avec la Nouvelle-France, il a pu démontrer que la colonie se faisait parler d’elle surtout lors des guerres.


D’autres historiens ont également présenté leurs outils informatiques préférés, mais je tiens à souligner que certains ont démontré que le numérique permet également de créer un lien avec le grand public et à franchir la frontière académique. Par exemple, même si Sam Venière ne pouvait pas être des nôtres (en passant, Sam et Bianca, si votre petit est enfin arrivé, félicitations!), sa présence était tout de même ressentie grâce à la présentation de sa reconstitution du fort de Champlain dans le jeu Minecraft. Au-delà la projection du modèle sur les écrans, les participants pouvaient porter un casque de réalité virtuelle et visiter le fort en personne. Sébastien Ivers des Tours Voir Québec était également de la partie, présentant lui aussi des casques de réalité virtuelle où on pouvait faire l’expérience d’Immersion Québec, la nouvelle attraction virtuelle dans le Vieux-Québec (que je recommande fortement, d’ailleurs!). Cette attraction s’agit d’une reconstruction en haute résolution des moments clés de l’histoire de Québec. Les participants avaient également la chance d’admirer des modèles en 3D du monastère des Ursulines de Trois-Rivières (Richard Lapointe, iScan, Expertise laser 3D) et du village acadien de la Pointe-Sainte-Anne (Stéphanie Pettigrew, Université du Nouveau Brunswick). Bref, tous ces présentations, ateliers et démonstrations étaient une invitation aux chercheurs à dorénavant penser l’histoire autrement grâce aux nouvelles technologies informatiques.

Revenons un instant à ce sale syndrome de l’imposteur qui me hantait avant le congrès. Et bien, il a été chassé rapidement en fin de semaine alors que j’ai eu mon petit moment de gloire personnel! Comme jeune chercheur, j’ai eu l’extrême plaisir de me faire citer dans deux communications! Guillaume Teasdale (« Le statut du français dans la communauté transfrontalière du Détroit du lac Érié au xixe siècle ») et Stéphanie Saint-Pierre (table ronde: « En hommage à Gaétan Gervais : regards sur l’historiographie franco-ontarienne, sa genèse, ses défis ») ont tous les deux cités mon article « Du lys naquit le trille : Survol historiographique et perspectives de recherche sur l’Ontario sous le Régime français » parue dans la Revue du Nouvel-Ontario. Mon égo s’en est retrouvé revigoré!


De plus, j’ai eu le très grand plaisir de partager la scène avec Alexandre Dubé (Washington University in Saint-Louis) et Paul Mapp (William & Mary) pour la séance « Épistémologie de la frontière coloniale », présidée par Catherine Desbarats (Université McGill). Ma présentation, qui portait sur la cartographie de la vallée de l’Ohio à des fins diplomatiques entre 1749 et 1754, fut très bien reçue.


Lors du banquet, j’ai eu l’extrême plaisir de découvrir que ma soumission pour le concours de Photovoix fut l’affiche gagnante. L’effort m’a mérité un prix de 250$. Vous pouvez voir ma contribution ci-dessous.


Enfin, à l’extérieur du colloque, j’ai pu me reposer à l’auberge internationale d’Ottawa, située dans l’ancienne prison de la ville (1862-1972). Bien entendu, comment ai-je pu résister de choisir « l’expérience authentique », soit une cellule à moi tout seul de 9 pieds de profondeur sur 3 pieds de large. Malgré sa réputation d’être hantée, j’ai tout de même très bien dormi à l'auberge. Franchement, j’ai tellement aimé mon expérience que je songe dorénavant y rester chaque fois que j’ai affaire à Ottawa. 





Bref, j’ai eu une fin de semaine magnifique en compagnie de collègues fantastiques provenant d’une poignée de pays différents. Le tout s’est terminé avec mon retour à Québec avec mon directeur Alain Laberge alors que nous admirions en chemin les feuilles d’automnes de l’Outaouais. Au plaisir de vous revoir l’an prochain à l’édition 2020 de l’IHAF à Sherbrooke!


20 August 2019

Guerre de Sept Ans: Nouvelles perspectives de recherche



Photo: Rendez-vous d'histoire de Québec 2019

Dans le cadre des Rendez-vous d’histoire de Québec, j’ai eu le plaisir de partager la scène avec mon directeur de thèse, Alain Laberge, ainsi que mes collègues et amis Michel Thévenin, Dave Noël, Louis Lalancette et Louise Lainesse, présidente de la séance. L’événement intitulé « Quand mémoire et histoire s’entrechoquent: la guerre de la Conquête et la recherche scientifique au Québec » eut lieu à la chapelle des Jésuites/du Musée de l’Amérique francophone à Québec.

Comme le titre le suggère, la table ronde portait sur la pertinence et la pérennité de la recherche sur la Conquête et son effet sur la mémoire populaire. J’aimerais reprendre ici mes réflexions partagées sur scène.

D’abord, un petit retour sur l’historiographie s’impose—c’est-à-dire, comment les historiens au fil des années ont-ils étudié et traité cette guerre? Au Canada français, La guerre de la Conquête de Guy Fégault est publié en 1955 et donne son nom au conflit. Il s’agit encore aujourd’hui de la seule synthèse d’importance écrite par un Québécois. Dans le monde anglophone, le livre Montcalm and Wolfe de Francis Parkman était depuis 1884 la seule synthèse sur cette guerre et son déroulement sur l’ensemble de l’Amérique du Nord. Il a fallu attendre la publication en 2000 du livre Crucible of War de Fred Anderson avant d’avoir une nouvelle synthèse incontournable. Il faut retenir toutefois que depuis Frégault, il semblait (au Canada français tout le moins) qu’il n’y avait plus rien à tirer de l’étude de la guerre de Sept Ans en Amérique. Et pourtant en 2009, le 250e anniversaire de cette guerre a bel et bien démontré le contraire : des historiens tant du Québec, du Canada anglais, de la France, de l’Angleterre et des États-Unis ont organisé de nombreux colloques qui ont produit de nouvelles anthologies d’études importantes. Chacune de ces publications a démontré qu’il y avait de nombreux angles morts dans la recherche sur la Conquête. De plus, ce ne sont pas que les nouveaux sujets qui méritent l’attention des chercheurs, mais il y a également lieu de revisiter chaque événement de cette guerre pour les réévaluer comme le démontre très bien le livre Braddock’s Defeat de David Preston, par exemple. Pendant longtemps, la stagnation de l’étude de la Conquête a pu être liée en grande partie au stigmate lié à « l’histoire bataille », c’est-à-dire le stéréotype d’une histoire purement événementielle qui ne s’intéresse qu’au nombre de participants d’une guerre, les victoires et le nombre de tués. Pourtant, cette nouvelle recrudescence d’intérêt démontre que l’étude de la Conquête dépasse ce cadre restreint et cynique : ce conflit devient un nouveau prisme par lequel voir entre autres une nouvelle histoire sociale du 18e siècle en temps de crise, une histoire économique mondiale, un retour sur la place de la Nouvelle-France dans la conscience internationale, une réévaluation de l’agency des Autochtones comme acteurs à part entière, etc.

Comme l’avait soulevé Alain Laberge, ces nouvelles études avaient été menées par des historiens non-spécialistes de cette guerre. Depuis, ces mêmes historiens se sont mis à diriger une nouvelle génération de jeunes chercheurs (moi inclus!) qui se servent de ce conflit comme tremplin intellectuel et qui en deviennent les nouveaux spécialistes. Comme quoi, il y a encore tellement à déterrer, réévaluer et revisiter par rapport à la guerre de Sept Ans qu'il y a aujourd'hui lieu d'avoir des professionnels dédiés à part entière à ce conflit seul.

De mon côté pour la table ronde, je portais mon regard sur les « oubliés » de cette historiographie. Je rappelais, par exemple, que les études sur l’impact de cette guerre sur la vie des civils peuvent se compter sur les doigts d’une main… je songe entre autres à Louise Lainesse qui a étudié les « presque veuves » de la Conquête, à Gaston Deschênes qui a étudié les ravages britanniques contre la Côte-du-Sud en 1759, à Sophie Imbeault et Jacques Mathieu qui ont porté un regard sur les civils à Québec en 1759 avec leur Guerre des Canadiens, et enfin, à Dave Noël et sa maîtrise sur les civils. Pourtant, il y a beaucoup plus d’histoires à découvrir au sujet des civils pendant cette guerre. Entre autres, je m’intéresse à la présence des femmes dans les camps de l’armée. Ou bien des réfugiés qui vont se rendre jusqu’en Louisiane pour fuir le front de guerre… Justement, parlant de la Louisiane, l’historiographie a grandement négligé cette dernière. Sur le coup, le seul ouvrage qui me vient à l’esprit à ce sujet est l’ouvrage de Marc Villiers du Terrage, Les dernières années de la Louisiane française, publié en 1904… Même si la colonie n’a pas vécu de front de guerre important comme au nord, elle a tout de même été active pendant ce temps. Par exemple, il serait temps d’écrire une étude sur les efforts de ravitaillement par la Louisiane en secours au Canada.

Sans oublier que l’histoire des Autochtones est un terreau fertile : comme Fred Anderson l’a très bien démontré, le dénouement de cette guerre a été grandement influencé par la participation des alliés autochtones. Pourtant, les études sont inégales. Autant on peut compter sur des études au sujet des Cinq-Nations iroquoises et de leur participation, autant il manque d’études sur la participation des Autochtones de l’Ouest…

Enfin, il ne faut pas oublier que notre table ronde s’est également penchée sur la question de la périodisation et l’ampleur du conflit. Par exemple, qu’on parle de la Conquête, de la guerre de Sept Ans, de la French & Indian War, etc., chaque nom a son bagage géographique et chronologique avec ses forces et ses faiblesses. D’abord et avant tout, comme l’a soulevé Louis Lalancette, faut-il limiter l’étude de la guerre de Sept Ans entre 1754 et 1763 seulement? Déjà, j’ajouterais, le terme « de 7 ans » ne représente pas bien le conflit en Amérique où la guerre éclate sous couvert avant même l’Europe… Mais, pour reprendre les propos de Lalancette qui sont également appuyés par de nombreux historiens, il ne faut pas oublier que la guerre de Succession d’Autriche peut être perçue comme la première moitié de cette guerre—après tout, la pause entre les deux est considérée plus comme une suspension entre des belligérants essoufflés plutôt qu’une paix réelle… Tout comme les dix-huitiémistes se servent du terme « le long 18e siècle » pour mieux décrire les grandes tendances des Lumières qui débordent sur le siècle précédent et suivant, doit-on trouver un terme plus large qui insérerait la guerre de Sept Ans parmi d’autres conflits semblables? Louise Dechêne parlait d’une guerre de 16 ans… moi-même, je préfère m’éloigner des titres à chiffres, trop contraignants, pour utiliser un terme moins chronologique et plus descriptif. Pourquoi pas la longue guerre d’hégémonie américaine? Sans chercher à régler le nom et la chronologie ici même, j’espère que ce nom, lancé impulsivement, illustre le type de terme parapluie nécessaire pour évoquer la reprise de guerres impériales et coloniales des années 1740 (après une longue période de paix honnête) qui se termine avec la reconfiguration totale des frontières nord-américaines suivant la Révolution américaine. Et bien sûr, il sera à se demander si cette proposition sera assez inclusive : j’entends déjà les spécialistes de l’histoire de l’Amérique latine m’accuser de myopie et d’oublier les guerres entre le Mexique et les États-Unis…

Bref, il ne s’agit ici que d’une très (et trop) brève réflexion sur l’avenir des études sur la guerre de Sept Ans. Je me contenterai de dire : nous avons bien du pain sur la planche!

NB Pour une discussion plus approfondie des noms donnés à ce conflit, je vous invite à lire mon collègue Michel Thévenin qui vient de publier un billet à ce sujet: https://micheltheveninhistorien.blogspot.com/2019/08/la-guerre-de-sept-ans-une-guerre-aux.html 

Photo: Rendez-vous d'histoire de Québec 2019


05 August 2019

Quand le jeu vidéo enseigne l'histoire : Parcours d'un historien sur la plateforme Twitch.tv


J'ai récemment eu le très grand plaisir d'assister à la conférence de mon ami et collègue François Lafond au sujet de l'utilisation du Web 2.0 pour vulgariser et enseigner l'histoire à un public international. Vous pouvez écouter sa conférence ci-dessous et je vous invite également à prendre connaissance de sa chaîne à cette adresse: https://www.twitch.tv/hell_frank. Vous pouvez d'ailleurs le suivre sur Twitter à https://twitter.com/TheHellFrank. J'aimerais noter, pour ces collègues qui suivent mon blogue, que François nous démontre le type d'innovation que nous devons poursuivre dans notre domaine si nous voulons rester pertinents et présents dans notre monde numérique.

Watch CONFÉRENCE | Quand le jeu vidéo enseigne l'histoire | #NoSFX #FêtesDeLaNouvelleFrance #Qc #LesChatsBarbus from Hell_Frank on www.twitch.tv

14 November 2017

Conférences, édition automne 2017

Ce n'est pas le nord, en tout cas!
La saison des conférences automnales m’a gardé très occupé cette année. J’ai passé une bonne partie du mois d’octobre au Michigan chez de bons amis, entre deux colloques. En tout, j’ai donné trois communications en moins d’un mois.

La rivière Mobile

Marqueur indiquant approximativement où on croyait
se trouvait le premier site de La Mobile

L'archéologue Greg Waselkov nous présentant le chantier archéologique.
Les sillons indiquent l'emplacement des murs des maisons.

Ici se trouvait un des bastions du premier fort de La Mobile

La première fut à La Mobile en Alabama, pour le congrès annuel du Centre pour l’étude du Pays des Illinois. Invité à y participer par l’archéologue Greg Waselkov, j’ai eu l’immense plaisir de découvrir l’ancienne capitale de la Louisiane. La journée du vendredi 6 octobre fut consacrée à la visite de différents sites importants du Régime français dans la région. Pour débuter, nous avons eu le plaisir de visiter le chantier archéologique de la vieille Mobile sur la rivière du même nom. Le site, aussi intéressant et riche en artéfacts soit-il, pose de nombreux défis aux archéologues : son cimetière, par exemple, se trouve sous un marécage qui s’est formé suivant la construction de deux routes sans drainage. C’est d’ailleurs dans ce cimetière où se reposerait Henri de Tonty. N’empêche que le site demeure d’une richesse exceptionnelle pour le patrimoine archéologique du sud des États-Unis.

Le musée d'archéologie de la University of South Alabama.

Malgré sa petite taille, ce musée contient une excellente exposition sur
la présence amérindienne et française à La Mobile.

Greg Waselkov explique les artefacts aux chercheurs présents.

Après, nous avons visité la magnifique University of South Alabama Archaeology Museum. Malgré sa petite taille, il s’agit néanmoins d’un des plus beaux musées dédiés à un site de la Nouvelle-France.

La maison La Pointe-Krebs, la plus vieille maison française encore debout
dans le sud des États-Unis.

Finalement, nous avons eu le privilège d’aller dans l’état voisin, au Mississippi, pour visiter la maison La Pointe-Krebs, sans doute la plus vieille construction française existant toujours dans le bassin du golfe du Mexique. Bien qu’il y ait un doute à savoir si la maison date réellement des années 1750 ou si son bois de construction a été simplement recyclé d’une maison antérieure, son statut patrimonial en demeure intact tout de même.

Cathrine Davis parle au sujet des sceaux de plombs.

Quand on fuit un ouragan, il faut s'approvisionner!
Alors que tous et toutes se plaisaient à visiter ces endroits, on ne pouvait s’empêcher d’être nerveux : on annonçait l’arrivée de l’ouragan Nate pendant la fin de semaine. Dans une tentative de sauver les meubles (le cas de le dire!), nous avons présenté pendant la réception du vendredi soir les conférences qui devaient avoir lieu samedi après-midi. J’y présentais ma recherche sur l’espionnage en Louisiane pendant la guerre de Sept Ans. Le lendemain, nous avons compressé les autres communications en matinée, nous donnant ainsi amplement de temps pour quitter la région. Si l’ouragan, en fin de compte, ne fit que quelques pannes d’électricité (un peu plus de 50 000 habitants) et quelques inondations anticipées, il valait mieux être prévoyant et ne pas tirer le diable par la queue.

Au cas où on oublierait qu'ici, c'est le sud...

Entrée de Mammoth Cave

Des fantômes? Non! Une photo à longue exposition.
(Il fait sombre dans une caverne!)

La cavité à qui on doit le nom de la caverne entière.

Ce qui restait de l'ouragan Nate nous avait rattrapé au Kentucky.

Sur le chemin du retour, j’ai eu l’immense plaisir d’accomplir un rêve d’enfance en visitant le célèbre Mammoth Cave au Kentucky. Le plus long réseau souterrain au monde, cette caverne a toujours frappé mon imaginaire depuis que j’ai écouté avec mon père un documentaire sur les grottes. C’est d’ailleurs l’histoire de cette équipe de spéléologues qui, en 1972, firent la découverte du lien entre la caverne Flint et Mammoth qui m’a toujours hanté en particulier : quelle aventure! Quel courage! Si ma petite visite d’une heure et demie ne se comparaissait pas à leur accomplissement, elle n’était pas moins fascinante. J’ai certainement l’intention de retourner visiter ce parc national à l’avenir.

Cathrine Davis présente sa recherche sur l'artillerie au fort Ticonderoga.
Du 13 au 15 octobre, je me déplaçais pour participer à la 13e édition de la Midwest Historical Archaeology Conference qui avait lieu à la Purdue University à Lafayette, Indiana. C’est avec grand plaisir que j’acceptais l’invitation de l’archéologue Michael Nassaney à venir discuter de mon expérience en tant qu’historien avec des reconstituteurs historiques (Historical reenactors).

J’ai d’ailleurs adoré le format de la conférence. Normalement, dans le déroulement habituel d’un colloque, chaque présentateur donne une communication de 20 minutes avec une période de questions de 20 à 30 minutes à la fin de la séance. Au lieu, nous avions chacun ici 10 minutes pour parler. Après, chaque présentateur s’assoyait à une table et discutait avec les gens qui s’y trouvaient. Après 10 minutes, il y avait une rotation des gens. J’ai trouvé que ce format était plus constructif que celui auquel j’étais habitué. Je craignais d’abord que je me répèterais à chaque table, par peur de sans doute recevoir les mêmes questions. Mais non! Sur les 5 ou 6 rotations, je ne me suis jamais répété. Ce format, selon moi, mène à des discussions plus constructives et enrichissantes que le format traditionnel des colloques.


Le site archéologique du fort Ouiatenon.
Tout près du vrai site du fort Ouiatenon se trouve le "Blockhouse",
une reconstitution anachronique de 1930.
La rivière Wabash, une des routes fluviales les plus importantes sous le
Régime français.
Le clou de la conférence fut la visite du site archéologique du fort Ouiatenon. Bien que le site s’agisse pour l’instant que d’un champ sans vestiges visibles à la surface, la Tippecanoe County Historical Association espère créer un centre d’interprétation. Justement, avant de visiter le site, nous avions eu le plaisir de participer à une séance de remue-méninges en vue de sa construction.

Enfin, du 19 au 21 octobre avait lieu le congrès annuel de l’Institut d’histoire de l’Amérique française à Montréal où je présentais au sujet de l’utilisation du déguisement pour infiltrer et espionner l’ennemi pendant la guerre de Sept Ans. Je suis heureux d’annoncer que ma communication a été bien reçue, et que mon directeur m’encourage d’en faire un chapitre dans ma thèse. On verra!

D’ailleurs, parlant de ma thèse, après trois semaines chargées à courir les conférences, il est maintenant le temps que je m’y remette! À bientôt!

30 October 2015

Suivi: Cage de la Corriveau en exposition!

Vous voulez voir la cage de la Corriveau en personne? Vous voulez assister aux conférences en lien avec le sujet? Suivez ce lien pour avoir plus d'information : Musée de la civilisation.

Photo: Joseph Gagné, 2013