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25 July 2017

Les Pirates sont débarqués!

Un petit "shout-out" à deux de mes lecteurs qui figurent dans le récent article de la CBC au sujet des pirates présents à la régate des grands voiliers de Québec. Bravo Samuel et Byanka! 



09 August 2016

Fêtes de la Nouvelle-France 2016

Un Voyageur en compagnie d'une Habitante.
Comme est mon habitude à chaque année, ce fut un très grand plaisir de participer aux Fêtes de la Nouvelle-France à Québec. Cette année, toutefois, je n'ai pas été très actif tant dans la participation aux activités que l'animation de conférences -j'avais la joie d'être accompagné par mon père en visite pour sa première édition de l'événement. Vous me pardonnerez donc de ne pas avoir donné une présentation ni d'avoir organisé une activité.

N'empêche que j'ai été présent presque tout le long des festivités. Cette année, j'arborais avec fierté ma nouvelle tuque modelée à partir d'un artefact trouvé lors des fouilles archéologiques de l'épave du Machault. Tricotée par mon amie Louise, j'étais étonné de découvrir que la laine pure absorbait quand même assez bien ma sueur et donc me gardait plus frais que mon foulard de soie habituel...

Ma copine, Cathrine, a passé l'année à confectionner son costume d'Habitante. Avec quelques pièces empruntées de son amie Marie-Hélène (voir son blogue!), le tout était réussi! 

J'aimerais profiter de ce billet pour mentionner que j'ai adoré l'emplacement temporaire des Fêtes de la Nouvelle-France pour cette année. Le site de la redoute Dauphine s'apprête très bien à l'événement: contrairement à Place Royale, l'endroit offre beaucoup plus d'espace ce qui évite la sensation d'être un festival des sardines entassées. Divisé en plusieurs niveaux, l'endroit est visuellement plus intéressant avec une belle vue d'ensemble. Les reconstituteurs historiques présents ont été unanimes: le parc offre la possibilité d'installer des campements divers, presque impossible en basse-ville. Sans oublier que l'importance historique du site lui donne un cachet irremplaçable! Bref, avec plus d'espace, plus d'ombrage et plus de variété de petits recoins, ce site est l'idéal pour les Fêtes de la Nouvelle-France à l'avenir. Il est à se demander toutefois où se tiendront-elles l'an prochain alors qu'on annonce de la construction à Place Royale et le parc de l'Artillerie où se trouve la redoute Dauphine... les plaines d'Abraham, peut-être? 

Enfin, au-delà du plaisir que j'ai eu à rencontrer plein d'amis, anciens autant que nouveaux, j'aimerais souligner ce charmant couple, lecteurs assidus de mon blogue, qui a insisté de venir me dire bonjour! 

À eux, ainsi qu'à tous ceux et celles que j'ai eu le plaisir de rencontrer cette année, un gros bonjour aussi!

À l'an prochain!

19 August 2015

Vivre le passé : la reconstitution historique comme outil de diffusion de l’histoire auprès du public



Pour ce billet, j’aimerais reprendre en grande partie ma présentation donnée au colloque d’ARTÉFACT à l’Université Laval le 12 février 2015. Je la publie ici suite à une discussion avec une collègue portant sur la légitimité de la reconstitution historique aux Fêtes de la Nouvelle-France.
Il faut se le dire d'abord : le grand public ne se garroche pas aux colloques historiques. Ce n’est pas étonnant : nous sommes, après tout, dans un milieu académique où l’on s’attend à ce que l’auditoire d’un colloque ait acquis certaines bases essentielles pour suivre le fil des communications. Le public général, lui, n’a pas une telle formation.
Néanmoins, il ne faut pas se leurrer en croyant que c’est de sa faute : bien au contraire, c’est en quelque sorte la nôtre!
C’est-à-dire, en tant qu’historiens, n’a-t-on pas passé des années à développer des bases scientifiques, à comprendre le jargon académique, et à s’intéresser à des questions complexes et difficiles qui demandent à l’avance certaines connaissances? Pas étonnant donc que le public ne soit pas au rendez-vous lorsqu’on organise des colloques et des conférences scientifiques professionnels! Par extension, on ne s’étonne non plus que les universitaires ont par conséquent une réputation de vivre dans une tour d’ivoire!
Et pourtant, il faut se répéter que l’universitaire à trois responsabilités à remplir : enseigner, faire de la Recherche, et représenter son domaine et son département auprès de la communauté.
Bon. Certainement, plusieurs historiens ont su se faire connaître auprès du public. Je ne suis pas en train de dire que le lien entre le monde universitaire et le public en général n’existe pas du tout! Cependant, si j’écris ces mots, c’est pour plaidoyer que nous devons savoir nous doter de tous les moyens possibles pour parler d’histoire auprès du public! Et encore plus important, il faut s’assurer que le message fasse impression! Le médium est le message, comme disait Marshall McLuhan. Chaque moyen de communication a ses forces et ses faiblesses. La radio, par exemple, peut faire bonne impression par sa nature intime, particulièrement dans l’auto ou dans ses écouteurs. La télévision, le média de masse par excellence, peut diffuser des documentaires extrêmement bien faits (exception ironique du History Channel).
Bref, le public a un accès facile à de l’information historique par ces médias. Toutefois, le problème avec la plupart de ces moyens de diffusions, c’est qu’ils sont principalement passifs. Le public est à la merci de ce qui est présenté. Contrairement à nous, professionnels dans un milieu universitaire, le public général a rarement l’occasion d’interagir et de poser des questions.
C’est pourquoi j’évoque un moyen de diffusion qui fait appel à l’interaction avec le public, et sans doute la meilleure façon de briser la glace entre l’historien et le milieu « vulgaire ». Il s’agit de la reconstitution historique, ou comme les anglophones l’appellent, le « reenacting ». L’activité s’agit en fait de recréer un moment du passé à l’aide de costumes et d’accessoires d’époque. Les figurants, ainsi déguisés et pratiquant des métiers et d’autres activités d’antan, offrent aux visiteurs la chance de s’immerger dans le passé et d’interagir avec des « personnages » historiques. Ces reconstitutions ont lieu principalement auprès de musées ou de sites historiques. On pense par exemple aux villages d’antan en Acadie, à Saint-Marie-au-pays-des-Hurons en Ontario, Williamsburg en Virginie, ou même à Québec, grâce à Parcs Canada.
Malheureusement, c’est une activité qui est souvent snobée par les historiens. C’est comme si la reconstitution se faisait comparer au LARPING (ou Live-Action-Role-Playing), où les participants se déguisent comme bon leur semblent pour construire des mondes fantastiques, mais imaginaires à la saveur du Seigneur des anneaux.
L’historien pense trop souvent que le reconstituteur manque de rigueur scientifique et s’adonne à un libre usage de son imagination. Pourtant, la vérité est tout autre : En reconstitution historique, les adeptes se font une vraie obsession d’être le plus fidèle possible au passé.
En fait, Vanessa Agnew rappelle :
Yet reenactment also speaks directly to the academy. Television and film producers, museum curators, history buffs, and university students are only too ready to remind academics that their authority is compromised: historians must justify their interpretations, and history writing and teaching must meet the needs of the marketplace. With its vivid spectacles and straightforward narratives, reenactment apparently fulfills the failed promise of academic history—knowledge entertainingly and authoritatively presented. […] this charge might be too readily dismissed by academics.[i]
C’est pourquoi je vous soumets que si l’image qu’on évoque d’un l’historien ressemble le plus souvent à un barbu à lunette derrière son podium, le vrai historien ne doit pas avoir peur de ressembler au besoin à un pirate, un soldat, ou tout autre personnage évoqué par la situation ou l’événement.

Le barbu à lunette en question...

Au Québec, la reconstitution historique existe, mais ne fait pas l’objet d’un engouement semblable comme celui chez nos voisins du sud. Effectivement, aux États-Unis, la reconstitution historique est pratiquement omniprésente sur tous les sites historiques. N’empêche qu’on ne peut pas dire que la qualité n’est pas au rendez-vous chez nous : il s’agit que de penser à la Société In Memoriam ou bien à la garnison de Québec. En plus, comme toute société de reconstitution, il s’agit de groupes de bénévoles à la passion historienne.

Photos : Joseph Gagné

Si le Québec souffre d’un problème de lacune de reconstituteurs, c’est probablement à cause du manque de familiarité auprès du public. Songeons, par exemple, à la Commission des champs de bataille nationaux et sa commémoration malhabile de la bataille des Plaines d’Abraham en 2009. Par un vrai manque de tact, les organisateurs n’ont pas expliqué au public ce qu’est le phénomène de la reconstitution historique. Il n’est pas étonnant donc que la population locale ait mal perçu l’intention derrière l’activité. L’événement, qui devait faire appel à un nombre sans précédent de reconstituteurs québécois et américains, a fini par être interprété (majoritairement par les souverainistes) comme une gifle contre l’honneur du Québec. Le tout, on se rappelle, s’est soldé par une annulation de la reconstitution et de la création, au lieu, du Moulin à parole.

Photo : Cathrine Davis

J’aimerais en venir donc à un exemple américain, celui du fort Saint-Joseph, pour illustrer comment une meilleure intégration de la reconstitution peut affecter la connaissance historique du public, la protection du patrimoine, et la mise en valeur de notre profession.
Commençons avec un peu d’histoire. Avant de devenir un lieu fortifié, le fort Saint-Joseph est d’abord fondé peu après 1680 comme une mission entretenue par les Jésuites. Situé sur la rivière Saint-Joseph, le poste est bien placé pour intercepter les mouvements des Amérindiens entre le lac Michigan et le portage de Kankakee qui mènent à la rivière des Illinois et par extension, au fleuve Mississippi.
Malgré sa vocation religieuse, le poste va rapidement attirer les marchands et les voyageurs. À son apogée, le fort abrite une quinzaine de maisons, tout en étant avoisiné d’un village Potawatomis et Miamis. En 1758, Bougainville écrit que le poste produit 400 ballots de fourrures par année. C’est une somme assez considérable lorsqu’on le compare à la production de 600 à 700 ballots du fort Michilimackinac, le principal entrepôt de fourrure du nord du Pays d’en Haut. Malgré la Conquête en 1760, le fort va continuer d’exister pour quelques décennies encore, non sans passer tour à tour entre mains britanniques, espagnoles, et américaines (ce qui donne à Niles, son emplacement actuel, le sobriquet de « City of Four Flags », ou ville à quatre drapeaux). Après 1781, le fort est plus ou moins abandonné.
Néanmoins, il ne sera jamais oublié par la population locale. D’ailleurs, la ville de Niles commémore la présence du fort avec de nombreuses plaques historiques. Mais, malgré la mémoire locale du fort, il faut attendre en 1998 pour la redécouverte du site par l’équipe archéologique de Michael Nassaney de la Western Michigan University.

Photos : Cathrine Davis

Une fois l’emplacement du fort découvert, la Western Michigan University et la ville de Niles ont dû faire face à un choix difficile : est-ce que l’endroit exact du fort doit demeurer secret pour le protéger de pilleurs et de chasseurs d’artefacts? Ou bien est-ce que le public a droit de savoir où se trouve ce lieu patrimonial? Peu importe la réponse, le souci premier est de protéger le site.
Après une longue et mûre réflexion, la décision est prise de non seulement révéler l’emplacement du fort, mais aussi d’en faire la promotion active auprès de la communauté. Effectivement, en agissant de la sorte, on s’assure la valorisation du site en invitant le public de s’en enorgueillir et de développer un profond respect pour la nécessité de laisser aux archéologues le soin de fouiller et d’interpréter le site en toute quiétude.
Mais pour développer cette relation avec la communauté, l’université doit d’abord développer des bases solides.
Le tout commence en 2002 avec l’instauration d’un chantier-école où non seulement les étudiants universitaires peuvent participer, mais les bénévoles de la communauté aussi.
Pour stimuler l’intérêt public pour le site, l’université, en partenariat avec la ville de Niles et de l’association Protect the fort, va animer annuellement une fin de semaine baptisée la « Fort Saint-Joseph Open House ».

Photo : Cathrine Davis

Pendant l’événement, les archéologues du site déroulent le tapis rouge pour permettre au public de venir observer leur travail. Les gens peuvent donc observer les méthodes de fouilles pratiquées par les étudiants, tout en leur posant des questions.
Des échantillons d’artéfacts trouvés pendant l’année courante, ainsi que les plus belles trouvailles du passé sont mises de l’avant au profit de la curiosité des visiteurs. D’ailleurs, non seulement peuvent-ils observer le travail des archéologues, mais le Fort Saint-Joseph Archaeological Project invite chaque année des historiens tant Américains que Canadiens pour venir donner des communications dans divers musées et bibliothèques de la région. (Ceci dit, je me vante d’avoir été invité en 2013 pour parler de miliciens canadiens.)
Toutefois, ce qui donne une dimension supplémentaire à l’expérience des visiteurs, c’est de pouvoir interagir non seulement avec les archéologues et les historiens du site, mais également avec les personnages qui ont vécu à l’époque.
Pendant l’événement, le site est divisé entre le chantier archéologique d’un côté, et un campement de reconstituteurs de l’autre. Le concept est que le visiteur peut non seulement apprendre au sujet de la méthode archéologique, mais également « voyager » dans le temps en quelque sorte et avoir une vive impression des mœurs d’époque.
Le visiteur peut se promener et rencontrer d’innombrables personnages, en particulier des voyageurs. Pourquoi ne pas s’arrêter pour écouter de la musique d’époque? Le visiteur est même invité à s’embarquer dans un canot de maître où il peut apprendre davantage sur la production de chapeaux à base de feutre de castor.

Photos : Joseph Gagné

Bref, l’impression que se fait le visiteur en arrivant sur le site dépasse l’habituel chantier archéologique avec ses pelles, ses fosses, et ses artefacts souvent méconnaissables à l’œil de monsieur et madame tout le monde.
L’intégration de la reconstitution historique au « open house » du fort Saint-Joseph attire annuellement de plus en plus de participants bénévoles et de plus en plus de visiteurs, ces derniers se chiffrant dans les milliers.
Cela dit, il ne faut pas négliger d’ajouter que la reconstitution historique a un apport économique important pour la région : en effet, les gains sont énormes par rapport à un investissement presque négligeable. Rappelons-le : les reconstituteurs au fort Saint-Joseph sont tous des bénévoles provenant d’un peu partout dans le Midwest. Ils se rassemblent à cet endroit que pour l’amour de l’histoire.
Pour illustrer le gain, puisque je n’ai pas les chiffres exacts pour le fort Saint-Joseph, évoquons le cas du fort Niagara dans l’état de New York. Selon un courriel du directeur du site, Bob Emerson, il est estimé qu’en moyenne chaque visiteur va dépenser 80$ par jour. Avec les 120 000 visiteurs, cela représente 9.6 millions de dollars dépensés dans la région. À lui seul, leur événement commémorant la guerre de Sept Ans rapporte 600 000 dollars. Ainsi, même si le fort Saint-Joseph n’est pas aussi connu que le fort Niagara, l’événement du « open house » rapporte quand même à la ville de Niles des centaines de milliers de dollars en revenus touristiques. C’est pour cette même raison que la ville espère moderniser son musée dédié au fort, et un jour peut-être reconstruire le fort selon les données archéologiques afin de créer un site permanent qui attirera les touristes à longueur d'année.

Photos : Joseph Gagné

Avec le franc succès vécu par les reconstituteurs au fort Saint-Joseph, j’ai pris l’initiative en 2012 de contacter la direction des fêtes de la Nouvelle-France pour savoir s’ils seraient intéressés d’inviter quelques bénévoles du Midwest américain pour venir représenter le fort Saint-Joseph à Québec. En effet, chaque année, les Fêtes de la Nouvelle-France invitent une région de l’Amérique à se représenter à l’événement, le plus souvent l’Acadie ou la Louisiane. Cette fois-ci, c’était l’occasion parfaite de faire connaître aux gens l’histoire de la Nouvelle-France dans la région des Grands Lacs.
Animé par une poignée de reconstituteurs arrivés du Michigan, de l’Indiana et du Missouri, notre petit camp du fort Saint-Joseph fut un succès : placés devant la maison Chevalier à Place Royale, nous étions bien placés pour accueillir les festivaliers et les touristes. En même temps, j’aimerais noter que notre présence était importante dans le contexte des Fêtes de la Nouvelle-France.
On ne peut pas le cacher, ces dernières sont une fête populaire, l’histoire de la Nouvelle-France est à la merci des distorsions causées par la mémoire collective. Alors que certains participants démontrent un profond respect pour la quête d’authenticité dans leurs costumes, c’est loin d’être la norme : pirates et princesses envahissent annuellement les rues de Québec.
Notre petit campement à l’entrée de Place Royale nous permettait donc d’avoir le bénéfice de donner auprès du public une première impression plus authentique de la Nouvelle-France. Il faut également souligner que nous étions deux historiens et une archéologue parmi les bénévoles. C’est un point important à soulever, car ceci permettait de répondre aux questions pour lesquelles les reconstitutions n’avaient pas de réponses. Cela dit, je stresse que les reconstituteurs sont des gens très doués en histoire, passionnés, et avides d’informations. Mais ces connaissances portent le plus souvent sur la culture matérielle. N’empêche que ces gens sont également les meilleurs élèves qu’on puisse souhaiter! Et on peut dire la même chose du public : à l’aide de nos costumes, de cartes, et d’accessoires d’époque, on offrait au public une expérience interactive qui faisait souvent appel aux cinq sens.
En guise de conclusion sommaire, la reconstitution historique peut servir d’outil très utile pour briser la glace entre le monde académique et le public en général. On ne peut qu’en profiter, et ce, sur les deux fronts.
D’une par, notre implication auprès de reconstituteurs ne peut que nourrir leur quête d’authenticité et de sources utiles. C’est par un effort d’intégration auprès de la culture de la reconstitution que nous pourrons les aider à atteindre leurs lettres de noblesse longuement dues, particulièrement au Québec, et assurer leur légitimité historienne.
De notre côté, les retombés ne seront que positifs pour la profession, particulièrement dans un temps où les mesures d’austérité nous affectent gravement. Il faut se rappeler qu’avec l’appui du public, on peut éviter certains désastres comme des coupures dans nos départements universitaires. Par exemple, il ne s’agit de penser à la revue des Débrouillards, justement un outil de vulgarisation scientifique auprès d’un jeune public, sauvé par l’opinion publique. Nous devons savoir reconnaître et nous doter de tous les outils de diffusion possibles, qu’il s’agisse de la radio, de la télé, ou même de la reconstitution historique, pour non seulement propager nos connaissances au public, mais développer chez lui une appréciation et même une valorisation de notre profession.
Notons que le succès de la présence du fort Saint-Joseph aux Fêtes de la Nouvelle-France pendant deux années de suite démontre que la reconstitution historique sert non seulement à transcender les époques, mais également les cultures. En effet, des bénévoles qui sont venus, deux d’entre eux seulement parlaient le français. Si la langue était une barrière, c’est l’amour de l’histoire qui rassemblait.
Bref, la reconstitution historique est un mouvement à apprécier, et à bien promouvoir (en particulier pour éviter un autre fiasco comme celui des plaines d’Abraham). Et avec ces efforts, nous finirons par donner une plus grande conscience historique permanente à la mémoire populaire.

Les intéressés peuvent lire mon autre article sur le sujet ici.


[i] Vanessa Agnew, « Introduction: what is reenactment? », Criticism, Vol. 46, No. 3 (2005), pp. 329-330.

05 August 2015

Concours #TrouveTonChamplain

Je n'ai pas pu résister de "trouver mon Champlain" pour la campagne de commémoration de son passage en Ontario il y a 400 ans... Voir http://champlain2015.ca/ pour plus d'informations!

04 August 2015

Habillez-vous pour les Fêtes de la Nouvelle-France 2015!

Vous serez dans le coin de Québec cette semaine? Pourquoi ne pas venir participer aux Fêtes de la Nouvelle-France!
Si vous cherchez quelques inspirations de costumes d'époque, visitez Nouvelle-France électronique (www.novafrancia.org) et cliquez sur la rubrique "Reconstitution".  Au plaisir de vous y voir!
Pour plus d'informations sur l'événement, visitez: http://www.nouvellefrance.qc.ca/

Photo : Cathrine Davis, 2012


11 June 2015

Vlogue 400e Ontario

Ceux qui me connaissent savent que je suis originaire du nord de l'Ontario. Ils savent également à quel point je suis fier de mes origines franco-ontariennes. Comment alors ne pas partager ce vlogue créé par et mettant en vedette plusieurs de mes amis de Sudbury, mon ancien patelin? 

10 November 2014

400 ans de présence française en Ontario!


Pour ceux qui ne le savent pas, 2015 marquera l'année choisie pour souligner les 400 ans de présence francophone en Ontario. Pour l'occasion, je vous ai préparé une liste alphabétique des meilleurs liens sur le sujet, tous tirés de Nouvelle-France électronique. N'oubliez-pas de cliquer sur le logo ci-dessus pour les activités liées aux commémorations! 

MENTIONS SPÉCIALES :

2015 Meeting of the Center for French Colonial Studies, Windsor, Ontario
-Site : https://www.facebook.com/Windsor2015

Quatre siècles de présence française en Ontario - Colloque, juin 2015
-Site : http://ifolaurentienne.ca/2014/05/16/colloque400/



Archives publiques de l'Ontario
- Site : http://www.archives.gov.on.ca/
Base de données des engagements des Voyageurs
- Site : http://shsb.mb.ca/engagements_voyageurs

Centre de recherche en civilisation canadienne-française (Université d'Ottawa)
- Site : http://www.crccf.uottawa.ca/

Champlain : Commémorations 2015
- Site : http://champlain2015.ca/accueil/

The Champlain Society
- Site : http://www.champlainsociety.ca/

Le Chaînon (Réseau du patrimoine franco-ontarien)
- Site : http://www.rpfo.ca/fr/Le-Chainon_26

La Collection numérisée de la Société Champlain
- Site : http://link.library.utoronto.ca/champlain/search.cfm?lang=fre

Encyclopédie du patrimoine culturel de l'Amérique française
- Site : http://www.ameriquefrancaise.org/

The French Period (The Ontario Archaeological Society)
- Site : http://www.ontarioarchaeology.on.ca/summary/french.php

The Jesuit Relations and Allied Documents 1610 to 1791
- Site : http://puffin.creighton.edu/jesuit/relations/

Le Musée canadien du canot
- Site : http://www.canoemuseum.ca/

Musée royal de l'Ontario
- Site : http://www.rom.on.ca/index_fr.php

Les oeuvres de Samuel de Champlain
- Site : http://oeuvres.champlain.free.fr/index.htm

L'Ontario français durant les 17e et 18e siècles

- Site : http://www.archives.gov.on.ca/french/on-line-exhibits/franco-ontarian/index.aspx

L'Ontario français et ses premiers textes
- Site : https://uwaterloo.ca/premiers-textes/

Ontario's Historical Plaques
- Site : http://ontarioplaques.com/
    Mots-clés dans l'index : Champlain (et aussi Samuel de...), De Troyes Expedition 1686, Étienne Brûlé, Father Pierre Potier, Fort De Levis, Fort Frontenac, Fort Kaministiquia, Fort Lac La Pluie, Gateway to Huronia, The Grand Portage, Jesuit Mission to Manitoulin, Jesuit Mission to the Hurons, The Kaministikwia Route, La Salle (et aussi René-Robert Cavelier de...), La Vase Portages, Louis Hennepin, The Michipicoten Canoe Route, Mission to the Nipissings, Nipigon Canoe Route, Pointe au Baril, Ren.-Amable Boucher, Saint-Louis, Sainte-Marie Among the Hurons, Sainte-Marie Among the Hurons, The Seigneury of L'Orignal, The Siege of Detroit 1763, Sieur de La Verendrye, The Voyage of the "Griffon", The Wilkins Expedition 1763, Wintering Site (Dollier et Galinée), The Wyandot.
Parcs Ontario
- Site : http://www.ontarioparks.com/
    Mots-clés : La Verendrye, Michipicoten Post, Petroglyphs, Rivière des Français, Samuel de Champlain, Voyageur.
Points de vue sur Samuel de Champlain (Fiducie du patrimoine ontarien)
- Site : http://www.heritagetrust.on.ca/Ressources-et-apprentissage/Expositions/Points-de-vue-sur-Samuel-de-Champlain.aspx?lang=fr-CA

La présence française en Ontario : 1610, passeport pour 2010
- Site : http://www.crccf.uottawa.ca/passeport/index.html

Les Relations des jésuites : aux sources de l'histoire de la Nouvelle-France
- Site : http://epe.lac-bac.gc.ca/100/206/301/lac-bac/jesuit_relations-ef/relations-des-jesuites/index-f.html

Réseau du patrimoine franco-ontarien
- Site : http://www.rpfo.ca/
Sainte-Marie-au-pays-des-Hurons (Midland, Ontario)
- Site : http://www.saintemarieamongthehurons.on.ca/

La Société historique du Nouvel-Ontario
- Site : http://societehistorique.ca/

13 August 2014

Another Year, Another Success for Fort St. Joseph in Québec!

*cette semaine, mon billet est en anglais pour accommoder les lecteurs du Midwest américain.

Photo: Le Journal de Québec (article here)
Last week (August 6-10), visitors to Québec arriving at Place Royale by bus or by ferry were greeted by a small group of people seemingly ripped out of the past. Not just any people or any time: these were inhabitants of Fort St. Joseph, circa 1760.

All ages were represented
Photo: Jos Gagné
Indeed, for a second consecutive year, reenactors from Michigan and Indiana were invited to the Fêtes de la Nouvelle-France (or New France Festival) to represent the Upper Country, or Great Lakes Region. As a reminder that the French colony was not only comprised of the St. Lawrence valley but also stretched west to the Prairies and then as far south as New Orleans, this group was a lively and varied one at that. A village represented in a nutshell, our little group was made up of a French Marine, a Jesuit missionary, a Canadian voyageur and his captured English bride, and of course, a variety of Habitant folk. Even all ages were represented: from the delightful young girl to the wise elderly man, a wide age spectrum was to be found under our tent.

Of course, our weeklong experience was an adventure in cross-cultural exchanges: not only were we mingling past and present, but languages as well. After all, most of these American reenactors do not speak French. Nonetheless, they knew how to share their passion for a common history. I was there the whole week helping with these exchanges, acting as a go-between, an interpreter. What a coincidence, really, considering the character I was embodying was a voyageur who would have done the same between French merchants and their Native clients.

Well, at least my costume gets better
every year... (Photo: Jos Gagné)
The occasion was particularly important this year since French Ontario had also sent a delegation to highlight the 400th anniversary of French presence in the province. One might say the Great Lakes were put on a pedestal this year!
An exchange between Michigan and Québec City is not unheard of: there is already an exchange program between Laval University and Western Michigan University’s archaeology departments (underused, alas). But these two years have probably had the biggest impact on breaking the barrier between both regions. We created public awareness of the American fascination for French colonial life (more than English Canada has ever cared to show). Not only did we promote Fort St. Joseph, but we also gave out flyers and information regarding Fort Michilimackinac and the Illinois Country as well. Who knows how many people will visit the American Midwest thanks to our suggestions?

Inversely, we kept tabs on where visitors were coming from. In a nutshell: everywhere. All Canadian provinces except Newfoundland had visited our setup; many American states came to say hi to their compatriots, and travelers from as far as Australia enjoyed talking to us as well. I also feel confident in saying we had many more visitors than last year.

Dunno if Joe is pouting because of the rain or because
the festival is almost over (Photo: Jos Gagné)
If fort St. Joseph is being represented in Québec, it’s because three years ago, I had contacted M. Stéphan Parent, head director of the Festival. I had proposed doing a shindig with the Upper Country with either Ontario or Michigan (I’m originally from the Great Lakes; I felt I had to wave the flag, so to speak!). Well, sure enough, the idea sparked interest. This is where my involvement ends: the real credit comes back to M. Parent and his team who not only came up with the idea of bringing reenactors to Québec, but also kindly asked me last year to give a talk on the region. We were already impressed with last year’s experience, so you can imagine how delighted we were to be invited a second year in a row! Here’s to hoping a third invitation is in the works!

Rob having a bit too much fun...
(Photo: Stacy Chriswell)
All in all, it was a week well spent. I like to think the presence of our group was especially important in regards to historical accuracy. Americans are rabid sticklers when it comes to reenacting (I don’t know if they invented this hobby, but they sure as heck perfected it). Authenticity is always strived for. And in a festival that is understandably subject to popular interpretation of history (as we say in French, la mémoire n’égale pas l’histoire), costumes can sometimes seem closer to fantasy renaissance fairs than anything remotely resembling French colonial life. Then again, I’ll admit sheepishly that a friend of mine had poked holes in my belief that I was accurately dressed. Most of my props were somewhat closer to the 19th century than the 18th. Proof once again that I might be a historian, but I’m no cultural material specialist... But, as the point I was getting to, our Michigan gang was a refreshing glimpse of accuracy and public awareness of it. This said, despite a few observations of the group regarding what I’ve just described, I did have them realize that every year the festival gets historically better as more and more people share in the challenge of trying to be true to the past.

Beaver love. (Photo: Jos Gagné)
As a historian, I can’t help adding my observation that though I don’t usually practice it outside of the Fêtes de la Nouvelle-France, reenacting is by far one of the best teaching tools available. Joe, our French Marine, regularly uses his uniform to teach kids back in Indiana and Michigan about the French colonial past. I find that walking around in period garb inviting people to touch my beaver pelt is an instant icebreaker to discussions about the fur trade and its history. Kids in particular are especially curious with their innumerable questions. Their bright-eyed queries have stumped me more than once: these are great occasions for the historian to track down answers to simple but obvious questions he might never have otherwise thought of in the first place.

The sharing experience was reciprocal. These reenactors all participate regularly at the Fort St. Joseph open house. During this event, they recreate colonial life as visitors come to Niles, Michigan, to visit the ongoing archaeological digs. Coming to Québec, as one of my friends put it, gave them a new perspective on how important this history is to modern Québec and French Canada. We are not talking about a distant, inconsequential past. This is a past that has created our present, the culture of a/many people, and the pride of a nation. If the field of history must pride itself in rigorous scientific study, it must not forget its impact on the public memory and psyche. These two years of exchanges were opportunities to share what New France means to each other across the border, and how we will commemorate this common history together.

That said, our encampment has been the occasion to develop new friendships as well. Whether last year with Philippe, a historian with plenty of public history experience from colonial Williamsburg, or this year with Marie-Hélaine, a local reenactor (who was big help, by the way, in translating!) or our dear Monique who would come around, obsessed with our sashes (thank you by the way for the blue one you made for me!), we had plenty of occasions to exchange knowledge, contacts, and laughter.

Once again, here’s to hoping the Fêtes de la Nouvelle-France will invite us once more next year!
One last goodbye... Photo: Stacy Chriswell

19 November 2013

Au seuil des 4000 visiteurs! Merci!

Wow! Je ne croyais jamais attirer un tel nombre de lecteurs à mon blogue! Je sais que récemment mon débit a ralenti à cause de mes études qui doivent prendre le dessus sur ma liste de priorités, mais quand même! Alors, pour vous remercier, je vous partage cette animation que j’ai créée de l’arsenal de Rochefort. Il s’agit d’un de mes premiers essais d’animation de GIFs. J’espère en créer d'autres pour agrémenter mon blogue. Au plaisir de vous partager de nouvelles découvertes dans les archives!

31 October 2013

Joyeuse Halloween!



Joyeuse Halloween à tous ceux et celles qui lisent mon blogue! J'aimerais m'excuser: je voulais vraiment vous écrire un blogue sur les histoires de fantômes de la Nouvelle-France, mais je suis vraiment dans le jus: j'ai deux travaux à remettre pour mes séminaires doctoraux, un atelier de paléographie à préparer, des articles à écrire pour ci et pour ça, bref... J'espère me faire pardonner en vous donnant quand-même l'image que j'ai "photoshoppé" pour l'occasion à partir du dessin original de Dirk Gringhuis, parut originalement dans son livre Were-Wolves and Will-O-The-Wisps: French Tales of Mackinac Retold (Mackinac Island, Michigan, Mackinac State Historic Parks, 1974. 105 p.). 
Entretemps, je vous partage le lien à l'émission de radio à Catherine Ferland du samedi dernier où j'ai eu l'occasion à nouveau de parler de lycanthropie dans un cadre colonial : http://cferland.wordpress.com/tu-parles-dune-histoire/emission-du-26-octobre-2013-halloween/
Ne mangez pas trop de friandises!

15 April 2013

La Monnaie royale canadienne s'est-elle rachetée?


Mon dernier blogue portait sur une commémoration ratée de la guerre de Sept Ans par la Monnaie royale canadienne (lire l’article ici). Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que la MRC vient de produire une autre pièce commémorative.
Mon verdict? Superbe!
La pièce, tirée en 500 exemplaires, est composée d’argent pur à 99,99% d’un poids colossal d’un kilogramme. On la décrit ainsi :
Conçu par l’artiste canadien Luc Normandin, le motif au revers représente une carte ancienne inspirée de celles que produisait Didier Robert de Vaugondy au milieu des années 1700. Elle montre la région où la guerre de Sept Ans s’est déroulée en Amérique du Nord. Au centre de la pièce, une bannière commémorative est entourée des armoiries royales de la France (à gauche) et de celles de l’Angleterre (à droite).
Décidément, l’artiste a compris que pour commémorer un événement aussi important ainsi que controversé, la simplicité doit régner. J’applaudis donc l’idée de mettre de l’avant que les armoiries des pays impliqués pendant la Conquête et une carte du territoire.
Reste-t-il que je suis désolé de ne pas avoir les 2250$ demandés pour l’ajouter à ma collection!

Pour les intéressés, elle est disponible ici.

07 April 2013

Nouvelle pièce de la guerre de Sept Ans : Une commémoration manquée?

L’année 2013 marque le 250e anniversaire de la fin de la guerre de Sept Ans. Ce conflit est sans aucun doute l’événement le plus marquant de notre histoire : après tout, sa conclusion ampute à la France ses plus larges possessions en Amérique du Nord. La Nouvelle-France n’est plus. Les frontières du continent sont radicalement redessinées et réparties le long des nouvelles possessions britanniques et espagnoles. Mais le conflit persiste : les nouvelles tensions soulevées par la nouvelle répartition des pouvoirs coloniaux mèneront entre autres à la transformation de la société canadienne. C’est la genèse d’une nouvelle culture palpablement distincte de la France et de l’Angleterre. Aujourd’hui, alors que le gouvernement Harper dépense (gaspille?) des millions de dollars sur la commémoration de la guerre de 1812, il est désolant de voir que la guerre Sept Ans passe presque entièrement sous silence.
Pourtant, nos voisins du sud se donnent à cœur joie de commémorer cette guerre (connue chez eux comme la « French & Indian War »). Partout aux États-Unis, les lieux historiques liés à ce conflit ont hébergé des reconstitutions historiques (« Reenacting » chez les Anglophones) et des conférences publiques pour rappeler l’importance de cette « guerre qui créa l’Amérique ». C’est d’ailleurs le titre donné à l’excellent documentaire de la chaîne PBS, The War That Made America. Pendant plusieurs semaines, l’auditoire de la télévision publique américaine a eu la chance de se renouer avec la mémoire de cette guerre trop souvent éclipsée par celle de leur révolution.
Aucun engouement de la sorte au Canada. Bien sûr, les historiens ont fait leur part de publier de nouvelles recherches et d’animer des conférences, mais le public n’était pas au rendez-vous. Au Québec, la plaie laissée par le souvenir de la Conquête saigne toujours, et au Canada anglais, l’ignorance crasse de l’histoire canadienne-française relègue le tout aux oubliettes.
Tâchons aussi d’oublier la commémoration malhabile de la Commission des champs de bataille nationaux. Par un vrai manque de tact, les organisateurs ont raté l’occasion parfaite de faire mieux connaître et comprendre l’importance de ce conflit auprès du public à l’aide d’une reconstitution massive du siège de Québec sur les plaines d’Abraham. Leur première erreur a été de n’avoir pas expliqué au public ce qu’est le phénomène de reconstitution historique. Le passe-temps de « reenacting » est plus populaire chez les Américains qu’ici : il n’est pas étonnant donc que la population locale ait mal perçu l’intention derrière l’activité. Celle-ci, qui devait faire appel à un nombre sans précédent de « reenactors » québécois et américains, a fini par être interprétée (majoritairement par les souverainistes) comme une gifle contre l’honneur du Québec. Au lieu de comprendre que les reconstituteurs historiques animent de telles activités par amour de l’histoire, certains ont même proféré des menaces de violence, comparant à tord le contexte de la reconstitution proposée à celui de recréer la Shoah pour les juifs. L’atmosphère était d’ailleurs plus tendue du fait que les organisateurs donnaient à l’activité un air de célébration au lieu de commémoration (les critiques s’étaient surtout accrochés aux publicités illustrant un Montcalm et un Wolfe souriants, se donnant la main). Le tout, on se rappel, s’est soldé par une annulation de la reconstitution et de la création au lieu du Moulin à parole.
Bref, le souvenir de la guerre de Sept Ans n’a pas fait le même objet de pompe que la guerre de 1812, pourtant quasi insignifiante dans notre histoire. Ceci nous mène au vif de notre sujet d’aujourd’hui : comme nous l’avions espéré, la Monnaie royale canadienne vient enfin de produire une pièce commémorant la guerre de Sept Ans. Le résultat, toutefois, laisse à désirer. Voici la description du design :
Œuvre de l’artiste canadien Tony Bianco, le motif représente l’ensemble des peuples qui ont pris part à la guerre de Sept Ans et qui y ont été exposés. Les soldats britanniques et français, les peuples des Premières Nations et les colons y sont représentés, de même qu’un enfant qui symbolise l’espoir en l’avenir. Les personnes sont tournées vers l’est, au-delà de l’océan Atlantique, en direction de l’ancien monde. La carte à l’arrière-plan montre la région où le conflit a eu lieu en Amérique du Nord, et les bannières et les décorations au haut et au bas de la pièce reprennent les styles typographiques en vigueur dans les cartes et les documents officiels des XVIIe et XVIIIe siècles.
Initialement, avant de porter mon jugement final sur la pièce, j’avais consulté quelques collègues et amis pour connaître leur avis. L’unanimité de leurs opinions reflétait le mien. Je résume en paraphrasant une amie : le design nous laisse froids.
Bien que nous ne doutions pas de l’effort de l’artiste d’avoir voulu être le plus inclusif et neutre possible, cette représentation demeure toutefois qu’une « vision d’artiste ». L’angoisse et le tumulte de la Conquête y sont effacés pour faire place à une scène bénigne, dépourvue de la complexité réelle de la situation.
Notons d’abord les détails qui nous sautent aux yeux : reconnaissant immédiatement le soldat britannique, le soldat français et l’Amérindien, on se demande qui sont les deux autres personnages. L’explication officielle ne fait que nous confondre d’autant plus : on les décrit comme un colon et « un enfant qui symbolise l’espoir en l’avenir ». De quel colon s’agit-il? Selon ses habits, il nous paraît être britannique… où se trouve donc le colon de la Nouvelle-France, nouvellement annexé à la couronne britannique? Et que dire de l’enfant, symbole « d’espoir »? Difficile de parler d’espoir alors que les Habitants de la colonie canadienne doivent choisir entre rester en Amérique sous l’égide d’une langue et d’une religion étrangère, ou de quitter pour une France tout aussi étrangère par sa culture métropole… Sans oublier les Acadiens qui continuent d’être déportés à mesure que les Britanniques les trouvent. On ne peut non plus prétendre que la pièce commémore la paix, car l’Amérindien qui y figure peut tout autant symboliser la guerre de Pontiac qui va rager pendant trois autres années. Et quelqu’un peut-il bien m’expliquer pourquoi le soldat français semble porter un demi-sourire?
« La carte à l’arrière-plan montre la région où le conflit a eu lieu en Amérique du Nord » : pourtant, on n’y voit que l’Acadie, et à peine l’entrée du Saint-Laurent. Nulle part ne voit-on la vallée de l’Ohio ni le corridor du lac Champlain et de la rivière Richelieu où a eu lieu la majeure partie de la campagne militaire. Nous pouvons même critiquer des détails normalement anodins, car on précise « les bannières et les décorations au haut et au bas de la pièce reprennent les styles typographiques en vigueur dans les cartes et les documents officiels ». En réalité, les décorations ont plus un semblant de celles du XIXe siècle et ne ressemblent aucunement aux cartouches et ornements des cartes de la guerre de Sept Ans.
À l’inverse, il faut toutefois se demander : qu’aurait-t-on pu faire de mieux? Encore une fois, je précise que la tâche de l’artiste en question n’était pas facile. Comment évoquer une guerre dont la question de commémoration est si délicate? Il ne faut pas chercher à vexer qui que ce soit, ni glorifier personne en particulier. En cherchant à rendre tout le monde heureux, on peut finir par ne pas satisfaire qui que ce soit. Peut-être que la clef de l’énigme est la simplicité? Je reproduis ici le logo conçu par l’État de la Pennsylvanie dans le cadre de ses propres commémorations : sobre, mais excitant, simple, mais évocateur, il est neutre, mais permet à chacun d’y tirer sa propre interprétation personnelle. Peut-être la Monnaie royale canadienne aurait pu s’en inspirer?
Ma conclusion finale : Bien que je sois un collectionneur de pièces de monnaie, je vais m’abstenir d’acheter celle-ci, étant franchement déçu. Cette commémoration est, comme disent les Anglais, « too little, too late ». 

Sources et suggestions de lecture :
  • Dollar en argent épreuve numismatique édition limitée - 250e anniversaire de la fin de la guerre de Sept Ans. Monnaie royale canadienne. Lien.
  • The Fine Art of Tony Bianco. http://tonybiancoart.com/
  • French & Indian War Commemoration: 250 Years. (État de la Pennsylvanie). http://www.warforempire.org/
  • « La reconstitution est annulée »Radio-Canada. Le mardi 17 février 2009. Lien.


19 February 2013

Accident de feux d'artifice

Je viens de commencer la lecture des seuls mémoirs connus d'un soldat des troupes de la Marine du Canada. L'auteur est sans doute Joseph-Charles Bonin, dit Jolicoeur (voir à son sujet pages 4 et 5 de ce lien). Il capte immédiatement l'attention du lecteur alors qu'il décrit son parcours au Canada tout en insérant de croustillantes anecdotes sur les moeurs des gens qui l'entourent. J'ai loin d'avoir terminé de lire son livre, toutefois je me permets de citer une histoire qui m'a particulièrement accroché:
[Année 1752]
Peu après cette époque, on ordonna une fête à l’occasion de la naissance du Duc de Bourgogne fils du Dauphin […]. Des préparatifs furent faits pour tirer un feu d’artifice, ce furent les canonniers qui en eurent la direction, sous les ordres de leur commandant ; je fus par conséquent du nombre des travailleurs, ce qui m’obligea de quitter le négociant chez lequel je travaillais et où j’étais comme un enfant adoptif ; nous fûmes occupés trois mois à la préparation de cet artifice. Le 13 juillet était le jour fixé pour tirer le feu, douze canonniers furent chargés de l’exécution, j’en fis partie. Le jour arrivé, on nous revêtit d’habits et de casques de peau par précaution, ce qui ne fut pas inutile, car au moment où nous n’attendions que le signal pour mettre le feu, une mêche allumée et portée sans précaution, mit en passant le feu à une fusée qui par son explosion la communiqua à une boîte où il avait cent fusées, lesquelles partant mirent le feu à plusieurs autres et bientôt tout l’artifice du théâtre fut enflammé et brûla une partie de la charpente. Ce fut l’ouvrage d’un quart d’heure; cinq canonniers furent entièrement brûlés et quatre grièvement blessés. Comme mon poste se trouvait à des accessoires un peu éloignés du théâtre, je fus moins exposé et cependant pas assez éloigné pour ne pas me sentir de l’explosion, car les fusées portèrent dans tous les sens et m’enveloppèrent de telle sorte qu’il me fallut rester immobile à ma place, je n’en fus pas moins blessé, mais légèrement à l’épaule et mon vêtement en partie brûlé. La violence du feu étant apaisée, je pus alors quitter ma place pour m’approcher du théâtre à moitié brûlé ; je ne fus pas peu surpris de trouver autant de morts et de me voir troisième de sauvé. Beaucoup de spectateurs furent pareillement surpris, de ce que nous n’étions pas tous péris ; chacun nous en témoigna sa joie. L’intendant nous fit donner à chacun une gratification de cinquante francs. 
Cet artifice n’ayant pas eu le succès désiré, il fut décidé d’en commencer un autre pour être exécuté sur la rivière Saint-Charles, vis-à-vis l’intendance, le premier septembre suivant. Il fut beaucoup plus tôt prêt que le premier, parce que tous les matériaux étaient préparés ainsi que de l’artifice qui restait du premier feu. Je fus encore employé à ce travail ; le jour arrivé pour tirer ce feu, j’y éprouvai encore un petit accident qui ne fut pas moins périlleux, mais qui était l’opposé du premier. Mon poste était d’aller en bateau mettre le feu à de l’artifice fait en dauphin et posé à une des distances latérales du théâtre, le moment arrivé je me pressai trop vite à sauter dans le bateau qui devait me conduire et je tombai dans l’eau. Heureusement que le batelier me retira promptement et j’en fus quitte pour être mouillé et sans me décourager je remplis ma mission ; ensuite je me fis conduire à terre, où je fus obligé de changer d’habillement. Mon aventure ayant été rapportée à l’intendant, il me gratifia de deux louis, en sus des vingt quatre francs qu’il accorda à chacun des canonniers employés au nombre de vingt, à cette réjouissance.
Source : CASGRAIN, H.R. (éditeur). Voyage au Canada dans le nord de l'Amérique septentrionale fait depuis l'an 1751 à 1761 par J.C.B., Québec, Imprimerie Léger Rousseau, 1887. pp. 41-23

Note: Pour les intéressés, le livre entier est disponible gratuitement sur Archive.org suivant ce lien.