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15 September 2021

Louisbourg 2021

À l'abordage!

Alors que c’était le retour au travail pour plusieurs en ce début de mois de septembre, pour Michel (Tranchées et Tricornes), Marie-Hélaine (Mlle. Canadienne) et moi moi-même, c’était le début d’une vacance bien méritée dans les Maritimes. Notre principale destination : Louisbourg. Quoique ce n’était pas ma première visite à la forteresse, ni même celle de Marie-Hélaine, ce fut un plaisir d’observer mon ami et collègue Michel en train de la découvrir pour la première fois.

Environ le quart de Louisbourg a été reconstruit.

Rappelons ici que Louisbourg est la plus grande reconstruction historique au pays (représentant environ le quart de son aspect d’origine). Son seul rival sur l’échelle continentale est Williamsburg en Virginie, qui inspira d’ailleurs sa reconstruction dans les années 1960.

Gros bleuet!!!

Compte tenu de la pandémie, il fallait s’inscrire auprès du gouvernement de la Nouvelle-Écosse pour obtenir un permis d’entrée sur présentation de nos preuves de vaccination. Sans m’arrêter trop longtemps sur la COVID, je note que l’attitude plus détendue du Nouveau-Brunswick vis-à-vis la pandémie faisait un contraste assez étrange entre le Québec et son autre province voisine. Disons simplement que j’étais heureux de continuer de porter un masque dans les haltes routières alors que la moyenne des gens faisait comme si de rien.

Grand Sault, N.B.

L’allée fut divisée en deux. On s’est arrêté en chemin au Grand Sault (Grand Falls, N.B.). Alors que nous étions en train d’admirer le sault en question sur la rivière Saint-Jean, je me plaisais à imaginer le nombre de messagers canadiens et acadiens qui y avait fait le va-et-vient entre Québec et l’Acadie pour éviter le blocus britannique sur le Saint-Laurent pendant la guerre de Sept Ans.


Le matin, de retour sur la route en direction de Louisbourg, on s’est retrouvé dans un des plus épais brouillards jamais vus de ma vie. Gare à ceux qui voudraient faire de la route matinale, donc! Une fois le soleil bien levé, le brouillard et son danger s’étaient dissipés.

Ce qui me frappe chaque fois que je visite les Maritimes, c’est leur ampleur. Étant originaire du Nord de l’Ontario, je suis peut-être habitué aux longues distances, certes, mais ça fait toujours drôle que de se rappeler que les « petites » provinces canadiennes ne sont pas si petites que ça! L’Île du Cap-Breton, à elle-seule par exemple, prend tout de même quelques heures à traverser avant de rejoindre l’autre extrémité.

Wolfe's Landing

Le lendemain, après un bon repos chez Peck’s Cottages, nous avons passé la journée à visiter Louisbourg. On nous avait recommandé de visiter en septembre puisqu’il s’y trouve moins de touristes. En effet, nous étions presque seuls à part quelques visiteurs et la poignée de reconstituteurs plus âgés (les jeunes étant pour la plupart de retour aux études).

Chez Louisburger, ce ne sont pas que les jeux de mots qui sont bons!

Le lendemain, nous avons eu le plaisir d’être accueillis par Ruby Fougère, une conseillère technique, qui nous a donné une visite privée des collections archéologiques du fort. Même sans être archéologues, tout bon historien sait qu’il est possible d’intégrer la culture matérielle dans ses recherches. (Par exemple, imaginez ma joie que de tomber sur un soulier de femme—très probablement d’une enfant—trouvé parfaitement préservée dans la tourbe entourant le fort. Quelle belle pièce pour illustrer ma recherche sur les auxiliaires féminins de l’armée française!)


Visite privée des collections.

Après cette agréable matinée à fureter les collections, nous avons passé l’après-midi en costume à prendre des photos. Avec l’amiable permission de Sandy Anthony, coordinatrice de l’interprétation du site, nous avons pu prendre des photos après le départ des visiteurs. Ainsi, mes deux compagnons de route ont pu mettre à profit le magnifique travail de confection de costumes de Marie-Hélaine. Alors que Michel interprétait un ingénieur, elle prenait plaisir à incarner sa meilleure Mme. Drucour (épouse du gouverneur qui, pour motiver les troupes, tirait du canon plusieurs fois contre la flotte britannique en 1758. Voir : « La Guerre au féminin », article d’Anne Marie Lane Jonah.)


Remerciements à Marie-Hélaine Fallu pour
toutes les photos de moi.



Anecdote: je me suis laissé pousser les cheveux
tout au long de la pandémie. Alors que c'était
l'occasion parfaite pour les mettre en évidence,
j'ai oublié de le faire pour cette séance photo!
Zut!

Après deux belles journées passées à la forteresse de Louisbourg, un arrêt s’imposait au fort Beauséjour sur le chemin du retour. Malheureusement pour nous, nous n’avions pas songé que celui-ci aurait un horaire saisonnier différent des autres sites de Parcs Canada. Quoique nous avions quand même la liberté de visiter le site en soi, nous avions raté de deux jours la chance de fureter le musée et la boutique. (Avertissement donc à ceux qui visitent les sites de Parcs Canada en dehors de la saison estivale : vérifiez toujours les heures d’ouverture à l’avance pour chacun!)

Les ruines du fort Beauséjour.

Michel qui fait son meilleur Stéphane Bern...
"Suivez-moi!"

D’ailleurs, un autre avertissement s’impose : même si un site est techniquement « ouvert », le manque de personnel à la transition de saison peut causer des problèmes. C’était le cas de l’île Beaubears (site historique de Boishébert) à Miramichi. En arrivant en fin de journée, nous avons eu la frustration de constater que le l’accueil était fermé le temps que les deux employés apportent les visiteurs sur l’île. L’attente d’une heure et demie pour la prochaine et dernière traverse nous a découragé de l’entreprendre à notre tour.

Île Beaubears à Miramichi.
Un des symboles de la résistance acadienne.

Heureusement pour nous, après une bonne nuit de repos à Bathurst au Nouveau-Brunswick, nous avons eu le plaisir de visiter le lieu historique de la Bataille-de-la-Ristigouche. Cette fois-ci, les rôles étaient inversés : c’était moi qui était le seul à n’avoir jamais mis les yeux sur l’épave du Machault. Compte tenu que cela faisait des années que je voulais voir ce site de Parcs Canada, ce fut un extrême plaisir. J’ai même pu retrouver l’artefact de tuque, découvert sur l’épave, qui a inspiré la fabrication de ma tuque d’hiver!

Une superbe maquette du Machault.

L'artefact qui a inspiré ma tuque d'hiver!

Une partie du Machault.

(J'ai encore de la bédaine à perdre...)

Un centre d'interprétation impressionnant.

Dernière gâterie, Marie-Hélaine et Michel m’ont fait découvrir la vallée de la Matapédia que je n’avais jamais vue encore. Je dois admettre que ça me faisait vraiment penser à la route 129 dans le Nord de l’Ontario, mais en plus beau et en plus gros! Ce fut également une belle découverte personnelle, puisque du côté de ma mère, j’y trouve mes origines familiales. Ceci explique peut-être mon amour plus prononcé que la moyenne pour les montagnes embrumées, entrecoupées de ruisseaux et de rapides?

La beauté de la vallée de la Matapédia est à couper le souffle.

Enfin, après une longue semaine de découverte et de plaisirs, ce fut le retour au bercail à Québec pour moi-même, et à Trois-Rivières pour mes compagnons de route. Ce petit billet est, je crains, un bien piètre résumé de toutes les belles expériences, paysages admirés, et rires vécus en cours de route. Néanmoins, j’espère que pour ceux et celles qui ne sont jamais allés visiter les Maritimes, vous en aurez eu la piqûre après lecture!

Déjà à la recherche de la prochaine aventure!

16 August 2019

New Canadian Heritage Minute: The Acadian Deportation

A new Heritage Minute has been produced commemorating the Acadian Deportation. This was a long time coming.

I recall when the Heritage Minutes first came out in the 1990s, some people thought they were a bit too saccharine and that they dismissed a lot of harsher moments in Canadian history. True, some where darker in tone (who can forget the Halifax Explosion or the fact we are now collectively terrified of the smell of burnt toast?), but some obvious topics were oddly missing-- including the Deportation. Luckily, the new collection of Heritage Minutes is now tackling some of these issues. You may remember in 2016 when they produced a moving clip on the Canadian residential schools. This month, it is the turn of the Acadian Deportation.

Here is a quick recap of some of the facts: The Acadians were the original French settlers of the Maritimes when in 1713, part of the territory came to be under British rule. During the Seven Years' War, the Acadians refused to pledge loyalty to the English Crown. Neutrality was their preferred stance, fearing they would be forced to take up arms against their own in the rest of New France. In retaliation against this refusal of submission, the British began removing the Acadians from their homeland in 1755, replacing them with their own settlers. The hunt for Acadians would continue for the next decade. Estimates vary, but it is generally agreed upon that 12 to 15000 individuals were displaced. Though many of the deported went to France, the British goal was to assimilate them into their own colonies. Following the Treaty of Paris in 1763, an article permitted expatriated Acadians to leave wherever they had been placed. Louisiana would end up being a major destination. There would be two big immigration waves of Acadians leaving towards this southern colony: the first would be between 1765 and 1769 where about 800 Acadiens left the British colonies. The second wave happened in 1785, undertaken by 1600 of the exiled in France, representing ¾ of those who had fled to that country to begin with. All in all, about 3000 Acadians arrived in Louisiana after the Seven Years’ War.

Though a one minute clip doesn't do justice to the pain, suffering and death endured by so many, it is nonetheless a welcome reminder of the fact. Here's to hoping the Heritage minutes will also consider finally making one on the Conquest of New France as well.

17 November 2018

La Nouvelle-Orléans : cette autre Nouvelle-France

2018 marque le 300e anniversaire de La Nouvelle-Orléans!
Photo: Cathrine Davis 2018

Cet article devait paraître dans les pages du Devoir. Un imprévu familial m’a obligé de le mettre de côté. Je remercie le journal de m’avoir permis de le récupérer et de le partager ici. J'aimerais du même souffle remercier le Centre de la francophonie des Amériques qui m'a permis cet automne de voyager en Louisiane afin d'y donner quelques communications et de retourner visiter La Nouvelle-Orléans pour son 300e anniversaire.

La Nouvelle-Orléans est célébrée entre autres pour
sa musique. Photo: Joseph Gagné 2012
L’an passé, Montréal fêtait son 375e anniversaire. Cette année, c’est au tour à La Nouvelle-Orléans de célébrer ses 300 ans! Si son âge vénérable vaut déjà la peine d’être souligné, c’est également sa culture qu’on célèbre en grand. La mention seule de son nom évoque d’innombrables images, même chez ceux qui n’y ont jamais mis les pieds : qui ne connaît pas entre autres son défilé du Mardi gras, son architecture coloniale espagnole, son tramway qui a inspiré Tennessee Williams, ses alligators, ses mets cajuns et ses beignets… Sans oublier que l’imagination des férus du macabre et de l’inédit va quant à elle penser au célèbre cimetière Saint-Louis, la prêtresse vaudou Marie Laveau, la sadique Delphine Lalaurie, ou encore aux vampires d’Anne Rice… Parlant de films, depuis l’ouragan Katrina le cinéma américain a repris de plus belle son amour pour La Nouvelle-Orléans. L’importance du « Big Easy » ne se limite pas à sa culture, toutefois, mais également son économie : en 2016, elle se classait quatrième port d’importance aux États-Unis. La Nouvelle-Orléans doit d’ailleurs son existence à cette vocation première de ville portuaire, débutée il y a de ça trois siècles lorsqu’elle est fondée par… des Montréalais!

La Louisiane, colonie française.
Photo: Joseph Gagné 2018

La guerre de la Ligue d'Augsbourg freine le
développement de la colonie 
L’aventure française en Louisiane se fait d’abord devancer par les Espagnols un siècle et demi plus tôt. En effet, le premier Européen à rejoindre formellement les méandres du fleuve Mississippi est Hernando de Soto en 1541. Les incursions françaises sur le fleuve, quant à elles, doivent attendre Louis Jolliet et le père Marquette qui découvrent la source du Mississippi par le nord en 1673. S’ensuit Cavelier de La Salle qui, entre 1679 et 1682, devient le premier Européen à explorer le Mississippi sur presque toute sa longueur. Malheureusement pour lui, son dernier voyage—mené par l’océan cette fois-ci dans le but de retrouver l’entrée du fleuve—se solde par un échec ainsi que son assassinat. Si plusieurs individus anonymes continuent de courir les bois de la Louisiane en quête de fourrures, l’intérêt de la couronne française pour le territoire est détourné par la guerre de la Ligue d’Augsbourg. La France abandonne donc toute tentative d’explorer ses prétentions louisianaises pendant presque dix ans, soit entre 1688 et 1697.

Pierre Le Moyne d’Iberville
1661–1706
Toile de Rudolph Bohunek, c1933. Louisiana State Museum

Jean-Baptiste Le Moyne, Sieur de Bienville
Fondateur de La Nouvelle-Orléans
1680–1767
Toile de Rudolph Bohunek, 1910. Louisiana State Museum

Le retour de la paix ne sera pas le seul facteur à influencer la Couronne française à s’intéresser à nouveau à la Louisiane : l’Angleterre la louche aussi. Il faut donc consolider les réclamations françaises et occuper le territoire. Le ministre Jérôme Phélypeaux de Pontchartrain confie la mission à nul autre que Pierre Le Moyne d’Iberville, célébré pour ses déprédations contre les Anglais sur les côtes de Terre-Neuve et le long de la Baie d’Hudson. Il est accompagné entre autres de son cadet (19 ans de différence!) Jean-Baptiste Le Moyne de Bienville. Sitôt arrivés dans la baie de La Mobile le 31 janvier 1699, Bienville se fait confier la mission de reconnaître les côtes et les rivières de la région environnante. La Nouvelle-Orléans, bien entendu, n’apparaît pas de manière spontanée : les Français vont d’abord tâter le terrain, fondant divers forts dont Biloxi et La Mobile d’où poursuivre leurs explorations du territoire. Fidèle à la tradition familiale, Bienville va même intercepter des Anglais près d’où il fondera La Nouvelle-Orléans 19 ans plus tard. Ses explorations et ses exploits lui valent d’ailleurs le poste de commandant à l’âge de 21 ans.

Bayous, chaleur et alligators menacent le projet de Law.
Photo: Joseph Gagné 2018
Les débuts de la Louisiane n’augurent en rien une réussite, toutefois : la période entre 1701 et 1713 est marquée par les guerres européennes qui menacent la stabilité de la colonie naissante. Sans oublier le fiasco de la Compagnie du Mississippi de John Law : celle-ci stimule une frénésie de spéculation foncière s’appuyant sur l’image—fausse—d’une Louisiane paradisiaque. Les réelles conditions difficiles d’exploitation et la perte de confiance des actions de la compagnie conduisent celle-ci vers une faillite comparable au « krach boursier » de 1929. Au-delà ses bayous et sa chaleur, sept ouragans frappent la Louisiane entre 1717 et 1750! Enfin, les gouverneurs successifs de la colonie devront négocier, traiter, guerroyer et se réconcilier avec les nombreuses nations autochtones environnantes—Chaouachas, Ouachas, Houmas, Natchez, Atakapa, Tunia, Yazoo, Chocataws, Chicksaws, etc.

Sauvages Tchaktas matachez en Guerriers qui portent des chevelures
Alexandre de Batz c1730.
Original: Peabody Museum, Harvard University


Une nouvelle capitale nommé en honneur de
Philippe d’Orléans, 1674–1723.
Toile de Jean-Baptiste Santerre, 1717
Si l’aventure louisianaise fait plus ou moins bon train malgré tout, la fondation de La Nouvelle-Orléans, quant à elle, remonte au mois de février 1718 après que Bienville remarque « une place très-propre pour y bastir une habitation, sur le bord du Mississipy, à trente lieues depuis l’embouchure du fleuve ». Une centaine d’hommes s’occupe à construire le nouvel établissement. Baptisé en honneur du régent, Philippe d’Orléans, le poste se trouve sur des terres plus fertiles et faciles à cultiver que celles le long du golfe. En 1722, La Nouvelle-Orléans devient officiellement la capitale de la colonie lorsque la Compagnie des Indes, successeur de la Compagnie du Mississippi, y place son quartier général.

Comment peupler cette nouvelle colonie? À l’aide d’une propagande massive encourageant quelque 6 000 civiles à migrer. Contrairement à ce qui a été publicisé, ce n’est pas le paradis : Marcel Giraud, le grand historien de la Louisiane, estime que 60% d’entre eux meurent pendant le trajet ou peu après leur arrivée. À cette population naissante s’ajoutent environ mille soldats, ainsi que des centaines d’indésirables, hommes et femmes, kidnappés des rues de la métropole. Ces derniers sont si nombreux à se faire enlever que Paris doit émettre une loi en 1720 pour stopper les activités des « bandouliers du Mississippi »!

Les nouveaux migrants vont exploiter divers produits, dont l’indigo, le tabac et la canne à sucre. Contrairement au Canada, la traite des fourrures ne représente à cette période que 10 à 15% des exportations. Le développement de la colonie dépend malheureusement de la main d’œuvre d’esclaves africains : de 1719 à 1743, pas moins de 5 700 esclaves sont importés dans la colonie.

Peupler La Nouvelle-Orléans: Créoles, esclaves, autochtones, prostituées...

La Conquête sonne le glas du Régime français tant pour le Canada que pour la Louisiane. Il faut se rappeler que la guerre de Sept Ans (autre nom donné à ce conflit) éclata dans les colonies deux ans avant l’Europe, soit en 1754. À la source de cette hostilité se trouve la vallée de l’Ohio—représentant aujourd’hui l’état de l’Ohio et une partie de la Pennsylvanie, la Virginie de l’Ouest et l’Indiana—où coulent plusieurs rivières qui raccourcissent le lien entre le Canada et la Louisiane, mais lorgné par les colons britanniques. Si le front de guerre fini par se concentrer sur la Vallée du Saint-Laurent, la Louisiane—ayant jusqu’ici évité une invasion britannique—souffre néanmoins de l’absence de ravitaillement à cause des déprédations sur la marine française et sera finalement amputée à la France par les négociations de paix.

Pourquoi? Rappelons que l’Espagne rejoint la guerre contre les Anglais tardivement en 1762. Toutefois, les forces britanniques se démontrent plus puissantes que prévu : l’Espagne perd La Havane en août après deux mois de siège, ainsi que la Floride, au profit des Britanniques. La perte de ces deux dernières a un effet dévastateur sur l’avenir de la Louisiane. Lors des négociations de paix, la France négocie à la fois pour elle-même et l’Espagne. L’Angleterre accepte de restituer La Havane en échange du territoire à l’est du fleuve Mississippi. Toutefois, la prise de la Floride est vu comme la consolidation de l’emprise britannique sur la côte est de l’Amérique. L’Angleterre refusera donc de la rendre à l’Espagne. La France, pour faire passer la pilule, offre secrètement à l’Espagne le territoire à l’ouest du Mississippi, incluant La Nouvelle-Orléans, en compensation. Le tout sera confirmé par le traité de Paris en février 1763. Mais l’aventure française en Louisiane ne se termine pas là… D’ailleurs, suivant le traité, deux vagues d’immigrants acadiens arrivent en Louisiane, la première entre 1765-1769 comprenant environ 800 Acadiens qui étaient exilés chez les colonies britanniques et la deuxième, en 1785, composée de 1 600 individus arrivant de la France, soit les trois quarts de la population acadienne qui s’y trouvait. En tout, c’est environ 3 000 Acadiens qui fondent des communautés en Louisiane et deviennent les ancêtres des Cajuns d’aujourd’hui. Sans oublier que la Louisiane redeviendra française pendant trois brèves années avant 1803—mais ça, c’est une histoire pour une prochaine fois!




La toponymie locale témoigne de son passé français.
Photo: Joseph Gagné 2018

Il ne s’agit ici que d’un bref retour sur l’histoire de La Nouvelle-Orléans et de la Louisiane sous le Régime français. Mais on peut bien se demander : que reste-t-il aujourd’hui de ce régime? Autant l’architecture britannique finit par dominer la ville de Québec, autant l’architecture espagnole le fait à La Nouvelle-Orléans. En effet, l’incendie de 1788 rase la ville presque entière. Aujourd’hui, seuls quelques exemples de constructions françaises survivent. Outre le monastère des Ursulines—le seul bâtiment datant du Régime français—se trouvent la maison Madame John’s Legacy et la Lafitte Blacksmith Shop, construits à la manière créole à la fin du xviiie siècle. Néanmoins, l’esprit français continue de percer même après 300 ans : la toponymie locale témoigne des gouverneurs français et des noms originaux de certaines rues. La culture française, le plus célèbre exemple étant le Mardi gras, est toujours célébrée. Si la langue française reprend un nouveau souffle de vie après 1804 avec l’arrivée d’immigrants d’Haïti (l’ancien Saint-Domingue), en 2000 le français était parlé par 4,6% de la population de la Louisiane.


Bienville immortalisé.
Photo: Joseph Gagné 2018

Si elle fait aujourd’hui partie des États-Unis, La Nouvelle-Orléans incarne en réalité plutôt la limite nordique des Caraïbes (en effet, sous le Régime français, elle entretenait des liens plus étroits avec La Havane qu’avec le Québec—rappelons que d’Iberville est inhumé à Cuba!). En déambulant le long de ses rues, le visiteur ressent son histoire liée à quatre régimes successifs (autochtone, français, espagnol, et américain). La ville est une enclave culturelle et historique unique qui, paradoxalement, appartient aux États-Unis tout en y étant à part. Aujourd’hui célébré pour son architecture, sa musique et sa gastronomie, rien à l’époque pourtant ne prédisait que ce petit poste du Mississippi allait devenir un boulon économique et culturelle d’Amérique.

Comme on dit à La Nouvelle-Orléans, « Laissez les bons temps rouler! »


13 November 2018

Finding Cajun

Bonjour cher lectorat, 
Je reviens tout juste de la magnifique Louisiane. Je vous partagerai bientôt un billet sur mes récentes aventures dans le pays du jambalaya et des alligators. Entre temps, je vous invite à découvrir le nouveau documentaire Finding Cajun de mon ami et collègue Nathan Rabalais. Le documentaire se penche sur la montée de l’identité « cajun » de la Louisiane et son impact culturel. Suivez les liens ci-dessous après le vidéo pour vous informer comment soutenir ce projet et où visionner le documentaire près de chez-vous.
À bientôt!


La bande annonce officielle du film documentaire, Finding Cajun, qui sortira en 2018. Un regard critique sur l'identité culturelle en Louisiane. Un film de Nathan et David Rabalais. 



The official trailer of the upcoming documentary film, Finding Cajun. A critical look at culture identity in South Louisiana. Film by Nathan and David Rabalais.

Help support this film here: https://www.gofundme.com/findingcajun 



20 November 2017

À l'abordage en Acadie

Détail d'une toile de Claude Joseph Vernet
Deux anecdotes croustillantes puisées d'un même document des archives françaises, portant sur des Britanniques qui kidnappent un pilote et des Acadiens qui en ont plein le casque de se faire déporter:
Le 8. fevrier [1756] un Bâtiment Anglois vint dans le bas de la Riviere S.t Jean, il fit des signaux françois et envoya sa chaloupe à terre pour demander un pilote disant qu’il revenoit de Loüisbourg chargé de vivres. Un acadien eut la legerté d’aller a son bord; mais il n’y fut pas plutôt que le capitaine fit hisser son pavillon et fit une decharge de son artillerie sur les Acadiens qui êtoient a terre, aprés quoy il se rendit dans le havre. Mais les acadiens s’embusquerent, et firent un feu si vif de leur mousqueterie qu’ils l’obligerent à s’en retourner à Port Royal.
Les Anglois ayant pris et fait embarquer de force a Port Royal 36. familles Acadiennes faisant nombre de 226. personnes pour les conduire à la Caroline, ces Canadiens se revolterent et S’êtant rendus maîtres du Bâtiment le menerent a la Riviere S.t Jean le 12. fevrier [1756]. Il sera rendu un compte particulier de cette avanture parce que le Capitaine du Bâtiment pretend qu’il est Portugais. 
[Mise à jour du 2024-03-04: Le navire serait le Pembrooke]

Source:

ANOM, Colonies, C11A 100, F° 376-383. Feuille au roi à propos de ce qui s'est passé en Amérique depuis le mois de février (lettres apportées par la frégate la Sauvage). Juillet 1756.

02 November 2011

Un extrait de pitié britannique

Le mauvais coup britannique réservé aux Acadiens en 1755 choque toujours de nos jours. C'est normal : quoi de plus inhumain outre la mort que de se faire chasser de sa terre natale? Toutefois, on tombe parfois sur des anecdotes qui rappellent, du moins dans le peu de contexte offert, que l'humanité survit malgré les atrocités.

Dans ce cas-ci, le 29 juin 1761, le commissaire Anthony Wheelock écrit au commandant en chef britannique Jeffrey Amherst au sujet d'une Acadienne. Déportée en Caroline et dont le mari est décédé, celle-ci demande clémence et cherche la permission de déménager au Canada avec ses deux enfants. Ceux-ci (ou celles-ci?) sont âgés respectivement de 1 an et demi et de 8 ans. La veuve espère retrouver de la parenté pour l'aider à survivre. Dans sa réponse (folio 192), Amherst accorde sa permission.

Malheureusement, aucun détail n’est donné sur l’identité de cette petite famille ni de ceux qu’elle cherchait au Canada. Toutefois, on se console à savoir qu’ils sont un peu moins anonymes maintenant que leur histoire voit le jour.

Source : Public Records Office, War Office 34, Vol. 98, F°113-113v. Anthony Wheelock à Amherst. À New York, le 29 juin 1761. (voir aussi folio 192)

Comme un semblant d'Évangéline...