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23 September 2019

En quête d’authenticité: costumes d’époque et Autochtones


Les représentations authentiques d'Autochtones
dans l'iconographie d'époque sont rares mais
souvent spectaculaires. Source: National Archives
Ma très chère amie Marie-Hélaine Fallu vient de publier une réflexion au sujet des costumes autochtones dans le film Le Dernier des Mohicans de Michael Mann (1992). Ce billet m’inspire à mon tour de partager ici une courte pensée au sujet du double dilemme pour les spécialistes de la Nouvelle-France. D’une part, les cinéastes nous consultent rarement au sujet des habits autochtones avant de tourner un film d’époque. De l’autre, lorsqu’ils le font, on peine à leur fournir du bon matériel visuel.

L'homme sauvage
"classique"
La réalité est que les bonnes représentations d’époques d’Autochtones en Nouvelle-France sont rares. Lorsqu’on les retrouve dans les sources imprimées, il s’agit le plus souvent de représentations fantastiques suivant les clichés et les modes artistiques du 17e et 18e siècle. Après tout, le tableau de la mort de Wolfe par Benjamin West était célèbre justement parce que (malgré ses quelques inexactitudes) il s’agissait du premier artiste britannique à chercher à représenter une scène historique de manière réaliste, plutôt que par le prisme de l’antiquité classique (comme la mort de Montcalm, représenté à la même époque avec des motifs grecs et romains). Les Autochtones, donc, étaient pendant longtemps représentés le plus souvent sous la figure de l’homme « sauvage » de la tradition classique. Il faut vraiment creuser pour trouver des images authentiques. Et même lorsqu’on en trouve, elles soulèvent souvent plus de questions que de réponses: s’agit-il dans ce cas d’un costume typique? Cérémonial? Pour la guerre? Le quotidien? À quelle nation appartient le figuré?

Une reconstitution
archéologique.
Source: Brown, 1971.
Bien entendu, il existe aussi de bons témoignages publiés d’observateurs européens qui décrivent en détail la manière de s’habiller des Autochtones (songeons à Pouchot). Des études historiques existent également, tout comme d’excellents rapports archéologiques qui nous en apprennent plus. Mais ce que je veux soulever ici est la rareté des ressources publiées, c'est-à-dire de bons imagiers, qu’un historien peut référer à un cinéaste sans avoir recours à une recherche approfondie.

La première fois que j’ai offert à un cinéaste de l’aider avec sa recherche au sujet des habits autochtones en Nouvelle-France, j’ai consulté de nombreux collègues et nous sommes vite tombés d’accord qu’il n’y a que deux bonnes synthèses à notre connaissance (cliquez sur les images pour commander):


Néanmoins, ces deux livres ne font que gratter la surface de la période du Régime français qui s'étire sur plus de deux siècles. (Et en passant, si vous en connaissez d'autres, laissez-moi savoir). Bref, il n’y en aura pas de facile pour tout historien qui se fait aborder pour son aide en matière de costumes autochtones d’époque. Il doit s’attendre à creuser dans les sources et l’iconographie pour aider son client.

Tristement, même si un cinéaste veut être aussi fidèle à l’histoire et le plus authentique possible avec les costumes, il arrive qu'il n'a pas le budget à investir pour embaucher des historiens et doit souvent se contenter de louer des costumes préfabriqués. Dans ces cas-ci, ces restrictions imposées sont pardonnables. Mais dans le cas des grosses productions hollywoodiennes (comme celle en train de tourner à Québec en ce moment que je ne nommerai pas…), ne pas tenir compte des avis d’historiens est impardonnable. Dans le cas du Dernier des Mohicans, Michael Mann a tout de même cherché à rendre son film le plus authentique possible avec les informations à sa disposition au début des années 1990. Même si le film a sa part de petits détails mal interprétés, rien n’empêche que presque 30 ans après sa création, il se tient tout de même bien comme exemple de film dont le soucis d'authenticité est à imiter et à surpasser aujourd’hui.

15 July 2019

Écrire avec une plume

C'est vraiment une semaine de coïncidences: dans ma thèse, je suis présentement en train d'écrire au sujet des habitudes d'écriture dans l'armée française en Amérique pendant la guerre de Sept Ans. De plus, il y a quelques jours, mon amie Marie-Hélaine publiait un billet sur l'écriture chez Mlle. Canadienne. Et enfin, Townsends vient de publier un vidéo sur la méthode pour préparer une plume comme au 18e siècle. Je vous partage le vidéo ci-dessous. Bon visionnement!

22 February 2018

Fort William à Thunder Bay, Ontario

Voici un petit clip sur la reconstitution historique francophone en Ontario. La période dépasse un peu le Régime français, mais je trouve qu'il est important de rappeler l'importance du fait français dans la traite des fourrures, trop souvent oublié par les Canadiens Anglais. Surtout que le fort William se trouve dans les environs où se trouvait le poste français de Kaministiquia en Nouvelle-France!

27 March 2017

"The Story of Us" Is Not Quite Our Story…


Yesterday was the premier of CBC's The Story of Us, a 10 episode series on Canada's history. Created for the 150th anniversary of the Confederation, such a series reflecting on the country's past would seem a proper idea. After a first such national experiment with Canada: A People's History, enough time and distance has passed to give a televised national narrative another go, this time integrating latest historical research and addressing the shortcomings of the last series. 

But telling the country's history in only ten, 45-minute episodes is a tall order. And sadly, after watching the first episode, I must say the result isn't even worth a CliffsNotes version of Canadian history. What we are left with is a jarring, segmented mess. 

The episode in question begins immediately with Champlain's arrival to Québec, the past century of European exploration woefully glossed over in a mere sentence. Never mind that Native pre-Columbian history is equally swiftly dealt with by simply mentioning a 12000 year presence on the land. No Bering land-bridge, no nod to recent research on earlier migrations. Nothing. 

Suffice to say that the rest of the episode focuses (a loose term here) on Champlain founding Québec, the arrival of the Filles du Roy, the founding of the Hudson's Bay Company, and the Battle of the Plains of Abraham. All in all, 155 years in 45 minutes… 

I could amuse myself pointing out various mistakes made in the reenactment of various events, but these are to be expected in any documentary- research time and budget constraints plague all such productions after all.

However, my main pet peeve with The Story of Us is: where are the Historians? 

In what is already a disputable primer for the public, I am shocked to see that the producers thought fit to massively outnumber the 3 or 4 academic commentators with innumerable actors, entrepreneurs, dancers(!) and other Canadian celebrities. Being myself a specialist on the Seven Years' War, you can guess my dismay at watching mixed martial artist Georges St-Pierre comment (badly) on the Battle of the Plains of Abraham… Could they not have asked Peter MacLeod or Allan Greer or any other number of Historians specialized in the period? St-Pierre's presence also ends up filling the position for "token francophone" in an episode focussing on… New France. That said, where are the francophone Historians? 

The Story of Us, in the words of John Doyle, "is just pop history for Kids". And even then, I feel sorry for the kids. As Doyle remarks further on the lack of Academics: 
The idea behind this technique is, one guesses, to lessen the number of scholars and pundits doing the talking and let famous Canadians of some achievement in the arts-and-entertainment world say what the absent academics would say. Fair enough. (There are some academics along for the ride.) But it gets silly and repetitive and could possibly inspire a drinking game involving the guessing of which actor will be trotted out to state the next rather obvious point.
In trying to make Canadian history more appealing to Canadians, the execution of this technique merely ended up chewing time that would have been more usefully spent with actual Historians bringing new insight. 

In the end, The Story of Us was scared to address History in thought provoking ways and relied too heavily on political correctness and not enough on new research. The absence of Historians also serves to remind us that we currently live in a world where celebrity is apparently more important than academics.

Sources:


20 August 2016

Mlle Canadienne

Hé ho, cher lectorat! 

J'aimerais attirer votre attention à un tout nouveau blogue, celui de mon amie Marie-Hélaine: Mlle Canadienne. Si l'histoire du vêtement ou la reconstitution historique vous intéresse, c'est un blogue à ne pas manquer!

Mlle Canadienne
Photo: Joseph Gagné 2016.

22 November 2015

Sceller une lettre en Nouvelle-France

Pour les curieux qui veulent savoir comme sceller une lettre à la façon de nos ancêtres:

15 September 2015

Reconstitution historique

Un petit vidéo qui parle de nos amis reconstituteurs à Québec.


19 August 2015

Vivre le passé : la reconstitution historique comme outil de diffusion de l’histoire auprès du public



Pour ce billet, j’aimerais reprendre en grande partie ma présentation donnée au colloque d’ARTÉFACT à l’Université Laval le 12 février 2015. Je la publie ici suite à une discussion avec une collègue portant sur la légitimité de la reconstitution historique aux Fêtes de la Nouvelle-France.
Il faut se le dire d'abord : le grand public ne se garroche pas aux colloques historiques. Ce n’est pas étonnant : nous sommes, après tout, dans un milieu académique où l’on s’attend à ce que l’auditoire d’un colloque ait acquis certaines bases essentielles pour suivre le fil des communications. Le public général, lui, n’a pas une telle formation.
Néanmoins, il ne faut pas se leurrer en croyant que c’est de sa faute : bien au contraire, c’est en quelque sorte la nôtre!
C’est-à-dire, en tant qu’historiens, n’a-t-on pas passé des années à développer des bases scientifiques, à comprendre le jargon académique, et à s’intéresser à des questions complexes et difficiles qui demandent à l’avance certaines connaissances? Pas étonnant donc que le public ne soit pas au rendez-vous lorsqu’on organise des colloques et des conférences scientifiques professionnels! Par extension, on ne s’étonne non plus que les universitaires ont par conséquent une réputation de vivre dans une tour d’ivoire!
Et pourtant, il faut se répéter que l’universitaire à trois responsabilités à remplir : enseigner, faire de la Recherche, et représenter son domaine et son département auprès de la communauté.
Bon. Certainement, plusieurs historiens ont su se faire connaître auprès du public. Je ne suis pas en train de dire que le lien entre le monde universitaire et le public en général n’existe pas du tout! Cependant, si j’écris ces mots, c’est pour plaidoyer que nous devons savoir nous doter de tous les moyens possibles pour parler d’histoire auprès du public! Et encore plus important, il faut s’assurer que le message fasse impression! Le médium est le message, comme disait Marshall McLuhan. Chaque moyen de communication a ses forces et ses faiblesses. La radio, par exemple, peut faire bonne impression par sa nature intime, particulièrement dans l’auto ou dans ses écouteurs. La télévision, le média de masse par excellence, peut diffuser des documentaires extrêmement bien faits (exception ironique du History Channel).
Bref, le public a un accès facile à de l’information historique par ces médias. Toutefois, le problème avec la plupart de ces moyens de diffusions, c’est qu’ils sont principalement passifs. Le public est à la merci de ce qui est présenté. Contrairement à nous, professionnels dans un milieu universitaire, le public général a rarement l’occasion d’interagir et de poser des questions.
C’est pourquoi j’évoque un moyen de diffusion qui fait appel à l’interaction avec le public, et sans doute la meilleure façon de briser la glace entre l’historien et le milieu « vulgaire ». Il s’agit de la reconstitution historique, ou comme les anglophones l’appellent, le « reenacting ». L’activité s’agit en fait de recréer un moment du passé à l’aide de costumes et d’accessoires d’époque. Les figurants, ainsi déguisés et pratiquant des métiers et d’autres activités d’antan, offrent aux visiteurs la chance de s’immerger dans le passé et d’interagir avec des « personnages » historiques. Ces reconstitutions ont lieu principalement auprès de musées ou de sites historiques. On pense par exemple aux villages d’antan en Acadie, à Saint-Marie-au-pays-des-Hurons en Ontario, Williamsburg en Virginie, ou même à Québec, grâce à Parcs Canada.
Malheureusement, c’est une activité qui est souvent snobée par les historiens. C’est comme si la reconstitution se faisait comparer au LARPING (ou Live-Action-Role-Playing), où les participants se déguisent comme bon leur semblent pour construire des mondes fantastiques, mais imaginaires à la saveur du Seigneur des anneaux.
L’historien pense trop souvent que le reconstituteur manque de rigueur scientifique et s’adonne à un libre usage de son imagination. Pourtant, la vérité est tout autre : En reconstitution historique, les adeptes se font une vraie obsession d’être le plus fidèle possible au passé.
En fait, Vanessa Agnew rappelle :
Yet reenactment also speaks directly to the academy. Television and film producers, museum curators, history buffs, and university students are only too ready to remind academics that their authority is compromised: historians must justify their interpretations, and history writing and teaching must meet the needs of the marketplace. With its vivid spectacles and straightforward narratives, reenactment apparently fulfills the failed promise of academic history—knowledge entertainingly and authoritatively presented. […] this charge might be too readily dismissed by academics.[i]
C’est pourquoi je vous soumets que si l’image qu’on évoque d’un l’historien ressemble le plus souvent à un barbu à lunette derrière son podium, le vrai historien ne doit pas avoir peur de ressembler au besoin à un pirate, un soldat, ou tout autre personnage évoqué par la situation ou l’événement.

Le barbu à lunette en question...

Au Québec, la reconstitution historique existe, mais ne fait pas l’objet d’un engouement semblable comme celui chez nos voisins du sud. Effectivement, aux États-Unis, la reconstitution historique est pratiquement omniprésente sur tous les sites historiques. N’empêche qu’on ne peut pas dire que la qualité n’est pas au rendez-vous chez nous : il s’agit que de penser à la Société In Memoriam ou bien à la garnison de Québec. En plus, comme toute société de reconstitution, il s’agit de groupes de bénévoles à la passion historienne.

Photos : Joseph Gagné

Si le Québec souffre d’un problème de lacune de reconstituteurs, c’est probablement à cause du manque de familiarité auprès du public. Songeons, par exemple, à la Commission des champs de bataille nationaux et sa commémoration malhabile de la bataille des Plaines d’Abraham en 2009. Par un vrai manque de tact, les organisateurs n’ont pas expliqué au public ce qu’est le phénomène de la reconstitution historique. Il n’est pas étonnant donc que la population locale ait mal perçu l’intention derrière l’activité. L’événement, qui devait faire appel à un nombre sans précédent de reconstituteurs québécois et américains, a fini par être interprété (majoritairement par les souverainistes) comme une gifle contre l’honneur du Québec. Le tout, on se rappelle, s’est soldé par une annulation de la reconstitution et de la création, au lieu, du Moulin à parole.

Photo : Cathrine Davis

J’aimerais en venir donc à un exemple américain, celui du fort Saint-Joseph, pour illustrer comment une meilleure intégration de la reconstitution peut affecter la connaissance historique du public, la protection du patrimoine, et la mise en valeur de notre profession.
Commençons avec un peu d’histoire. Avant de devenir un lieu fortifié, le fort Saint-Joseph est d’abord fondé peu après 1680 comme une mission entretenue par les Jésuites. Situé sur la rivière Saint-Joseph, le poste est bien placé pour intercepter les mouvements des Amérindiens entre le lac Michigan et le portage de Kankakee qui mènent à la rivière des Illinois et par extension, au fleuve Mississippi.
Malgré sa vocation religieuse, le poste va rapidement attirer les marchands et les voyageurs. À son apogée, le fort abrite une quinzaine de maisons, tout en étant avoisiné d’un village Potawatomis et Miamis. En 1758, Bougainville écrit que le poste produit 400 ballots de fourrures par année. C’est une somme assez considérable lorsqu’on le compare à la production de 600 à 700 ballots du fort Michilimackinac, le principal entrepôt de fourrure du nord du Pays d’en Haut. Malgré la Conquête en 1760, le fort va continuer d’exister pour quelques décennies encore, non sans passer tour à tour entre mains britanniques, espagnoles, et américaines (ce qui donne à Niles, son emplacement actuel, le sobriquet de « City of Four Flags », ou ville à quatre drapeaux). Après 1781, le fort est plus ou moins abandonné.
Néanmoins, il ne sera jamais oublié par la population locale. D’ailleurs, la ville de Niles commémore la présence du fort avec de nombreuses plaques historiques. Mais, malgré la mémoire locale du fort, il faut attendre en 1998 pour la redécouverte du site par l’équipe archéologique de Michael Nassaney de la Western Michigan University.

Photos : Cathrine Davis

Une fois l’emplacement du fort découvert, la Western Michigan University et la ville de Niles ont dû faire face à un choix difficile : est-ce que l’endroit exact du fort doit demeurer secret pour le protéger de pilleurs et de chasseurs d’artefacts? Ou bien est-ce que le public a droit de savoir où se trouve ce lieu patrimonial? Peu importe la réponse, le souci premier est de protéger le site.
Après une longue et mûre réflexion, la décision est prise de non seulement révéler l’emplacement du fort, mais aussi d’en faire la promotion active auprès de la communauté. Effectivement, en agissant de la sorte, on s’assure la valorisation du site en invitant le public de s’en enorgueillir et de développer un profond respect pour la nécessité de laisser aux archéologues le soin de fouiller et d’interpréter le site en toute quiétude.
Mais pour développer cette relation avec la communauté, l’université doit d’abord développer des bases solides.
Le tout commence en 2002 avec l’instauration d’un chantier-école où non seulement les étudiants universitaires peuvent participer, mais les bénévoles de la communauté aussi.
Pour stimuler l’intérêt public pour le site, l’université, en partenariat avec la ville de Niles et de l’association Protect the fort, va animer annuellement une fin de semaine baptisée la « Fort Saint-Joseph Open House ».

Photo : Cathrine Davis

Pendant l’événement, les archéologues du site déroulent le tapis rouge pour permettre au public de venir observer leur travail. Les gens peuvent donc observer les méthodes de fouilles pratiquées par les étudiants, tout en leur posant des questions.
Des échantillons d’artéfacts trouvés pendant l’année courante, ainsi que les plus belles trouvailles du passé sont mises de l’avant au profit de la curiosité des visiteurs. D’ailleurs, non seulement peuvent-ils observer le travail des archéologues, mais le Fort Saint-Joseph Archaeological Project invite chaque année des historiens tant Américains que Canadiens pour venir donner des communications dans divers musées et bibliothèques de la région. (Ceci dit, je me vante d’avoir été invité en 2013 pour parler de miliciens canadiens.)
Toutefois, ce qui donne une dimension supplémentaire à l’expérience des visiteurs, c’est de pouvoir interagir non seulement avec les archéologues et les historiens du site, mais également avec les personnages qui ont vécu à l’époque.
Pendant l’événement, le site est divisé entre le chantier archéologique d’un côté, et un campement de reconstituteurs de l’autre. Le concept est que le visiteur peut non seulement apprendre au sujet de la méthode archéologique, mais également « voyager » dans le temps en quelque sorte et avoir une vive impression des mœurs d’époque.
Le visiteur peut se promener et rencontrer d’innombrables personnages, en particulier des voyageurs. Pourquoi ne pas s’arrêter pour écouter de la musique d’époque? Le visiteur est même invité à s’embarquer dans un canot de maître où il peut apprendre davantage sur la production de chapeaux à base de feutre de castor.

Photos : Joseph Gagné

Bref, l’impression que se fait le visiteur en arrivant sur le site dépasse l’habituel chantier archéologique avec ses pelles, ses fosses, et ses artefacts souvent méconnaissables à l’œil de monsieur et madame tout le monde.
L’intégration de la reconstitution historique au « open house » du fort Saint-Joseph attire annuellement de plus en plus de participants bénévoles et de plus en plus de visiteurs, ces derniers se chiffrant dans les milliers.
Cela dit, il ne faut pas négliger d’ajouter que la reconstitution historique a un apport économique important pour la région : en effet, les gains sont énormes par rapport à un investissement presque négligeable. Rappelons-le : les reconstituteurs au fort Saint-Joseph sont tous des bénévoles provenant d’un peu partout dans le Midwest. Ils se rassemblent à cet endroit que pour l’amour de l’histoire.
Pour illustrer le gain, puisque je n’ai pas les chiffres exacts pour le fort Saint-Joseph, évoquons le cas du fort Niagara dans l’état de New York. Selon un courriel du directeur du site, Bob Emerson, il est estimé qu’en moyenne chaque visiteur va dépenser 80$ par jour. Avec les 120 000 visiteurs, cela représente 9.6 millions de dollars dépensés dans la région. À lui seul, leur événement commémorant la guerre de Sept Ans rapporte 600 000 dollars. Ainsi, même si le fort Saint-Joseph n’est pas aussi connu que le fort Niagara, l’événement du « open house » rapporte quand même à la ville de Niles des centaines de milliers de dollars en revenus touristiques. C’est pour cette même raison que la ville espère moderniser son musée dédié au fort, et un jour peut-être reconstruire le fort selon les données archéologiques afin de créer un site permanent qui attirera les touristes à longueur d'année.

Photos : Joseph Gagné

Avec le franc succès vécu par les reconstituteurs au fort Saint-Joseph, j’ai pris l’initiative en 2012 de contacter la direction des fêtes de la Nouvelle-France pour savoir s’ils seraient intéressés d’inviter quelques bénévoles du Midwest américain pour venir représenter le fort Saint-Joseph à Québec. En effet, chaque année, les Fêtes de la Nouvelle-France invitent une région de l’Amérique à se représenter à l’événement, le plus souvent l’Acadie ou la Louisiane. Cette fois-ci, c’était l’occasion parfaite de faire connaître aux gens l’histoire de la Nouvelle-France dans la région des Grands Lacs.
Animé par une poignée de reconstituteurs arrivés du Michigan, de l’Indiana et du Missouri, notre petit camp du fort Saint-Joseph fut un succès : placés devant la maison Chevalier à Place Royale, nous étions bien placés pour accueillir les festivaliers et les touristes. En même temps, j’aimerais noter que notre présence était importante dans le contexte des Fêtes de la Nouvelle-France.
On ne peut pas le cacher, ces dernières sont une fête populaire, l’histoire de la Nouvelle-France est à la merci des distorsions causées par la mémoire collective. Alors que certains participants démontrent un profond respect pour la quête d’authenticité dans leurs costumes, c’est loin d’être la norme : pirates et princesses envahissent annuellement les rues de Québec.
Notre petit campement à l’entrée de Place Royale nous permettait donc d’avoir le bénéfice de donner auprès du public une première impression plus authentique de la Nouvelle-France. Il faut également souligner que nous étions deux historiens et une archéologue parmi les bénévoles. C’est un point important à soulever, car ceci permettait de répondre aux questions pour lesquelles les reconstitutions n’avaient pas de réponses. Cela dit, je stresse que les reconstituteurs sont des gens très doués en histoire, passionnés, et avides d’informations. Mais ces connaissances portent le plus souvent sur la culture matérielle. N’empêche que ces gens sont également les meilleurs élèves qu’on puisse souhaiter! Et on peut dire la même chose du public : à l’aide de nos costumes, de cartes, et d’accessoires d’époque, on offrait au public une expérience interactive qui faisait souvent appel aux cinq sens.
En guise de conclusion sommaire, la reconstitution historique peut servir d’outil très utile pour briser la glace entre le monde académique et le public en général. On ne peut qu’en profiter, et ce, sur les deux fronts.
D’une par, notre implication auprès de reconstituteurs ne peut que nourrir leur quête d’authenticité et de sources utiles. C’est par un effort d’intégration auprès de la culture de la reconstitution que nous pourrons les aider à atteindre leurs lettres de noblesse longuement dues, particulièrement au Québec, et assurer leur légitimité historienne.
De notre côté, les retombés ne seront que positifs pour la profession, particulièrement dans un temps où les mesures d’austérité nous affectent gravement. Il faut se rappeler qu’avec l’appui du public, on peut éviter certains désastres comme des coupures dans nos départements universitaires. Par exemple, il ne s’agit de penser à la revue des Débrouillards, justement un outil de vulgarisation scientifique auprès d’un jeune public, sauvé par l’opinion publique. Nous devons savoir reconnaître et nous doter de tous les outils de diffusion possibles, qu’il s’agisse de la radio, de la télé, ou même de la reconstitution historique, pour non seulement propager nos connaissances au public, mais développer chez lui une appréciation et même une valorisation de notre profession.
Notons que le succès de la présence du fort Saint-Joseph aux Fêtes de la Nouvelle-France pendant deux années de suite démontre que la reconstitution historique sert non seulement à transcender les époques, mais également les cultures. En effet, des bénévoles qui sont venus, deux d’entre eux seulement parlaient le français. Si la langue était une barrière, c’est l’amour de l’histoire qui rassemblait.
Bref, la reconstitution historique est un mouvement à apprécier, et à bien promouvoir (en particulier pour éviter un autre fiasco comme celui des plaines d’Abraham). Et avec ces efforts, nous finirons par donner une plus grande conscience historique permanente à la mémoire populaire.

Les intéressés peuvent lire mon autre article sur le sujet ici.


[i] Vanessa Agnew, « Introduction: what is reenactment? », Criticism, Vol. 46, No. 3 (2005), pp. 329-330.

25 May 2015

Upcoming Fort Crèvecœur French & Indian War Event

For anyone looking for a great event on the weekend of August 1-2, 2015, you should check out the first anual French and Indian War event at Fort Crèvecœur in Illinois. From the website: 
Gates are open to the public Saturday and Sunday 9a - 5p. A small gate fee applies. All proceeds from the gate go towards the upkeep of Fort Crevecoeur Park. If you wish to be a participant in this event and are new to our gathering family please feel free to contact us for details, or print off this registration form, fill it out and mail it in, we would love to have you join us. Pre-registration forms due by July 1, 2015. Walk-in's are also welcome. If enough interest is not generated by participants for this event, it will be cancelled with notice and all fees will be refunded.
Don't let this one putter out, folks! Be there or be square!

For more information, visit: http://www.ftcrevecoeur.org/events.html

A foot soldier by Paul Sandby (1731-1809)

03 November 2014

La Compagnie s'en vient!

Un documentaire prometteur qui a piqué ma curiosité! Selon leur site Facebook :
La Compagnie goes behind the scenes of La Compagnie de la Vérendrye, an internationally renown re-enacting group to discover why 21st century men and women are driven to bring the past to life.

On se rappelle de la bande annonce officielle: 


J'ai hâte de visionner le produit fini!

13 August 2014

Another Year, Another Success for Fort St. Joseph in Québec!

*cette semaine, mon billet est en anglais pour accommoder les lecteurs du Midwest américain.

Photo: Le Journal de Québec (article here)
Last week (August 6-10), visitors to Québec arriving at Place Royale by bus or by ferry were greeted by a small group of people seemingly ripped out of the past. Not just any people or any time: these were inhabitants of Fort St. Joseph, circa 1760.

All ages were represented
Photo: Jos Gagné
Indeed, for a second consecutive year, reenactors from Michigan and Indiana were invited to the Fêtes de la Nouvelle-France (or New France Festival) to represent the Upper Country, or Great Lakes Region. As a reminder that the French colony was not only comprised of the St. Lawrence valley but also stretched west to the Prairies and then as far south as New Orleans, this group was a lively and varied one at that. A village represented in a nutshell, our little group was made up of a French Marine, a Jesuit missionary, a Canadian voyageur and his captured English bride, and of course, a variety of Habitant folk. Even all ages were represented: from the delightful young girl to the wise elderly man, a wide age spectrum was to be found under our tent.

Of course, our weeklong experience was an adventure in cross-cultural exchanges: not only were we mingling past and present, but languages as well. After all, most of these American reenactors do not speak French. Nonetheless, they knew how to share their passion for a common history. I was there the whole week helping with these exchanges, acting as a go-between, an interpreter. What a coincidence, really, considering the character I was embodying was a voyageur who would have done the same between French merchants and their Native clients.

Well, at least my costume gets better
every year... (Photo: Jos Gagné)
The occasion was particularly important this year since French Ontario had also sent a delegation to highlight the 400th anniversary of French presence in the province. One might say the Great Lakes were put on a pedestal this year!
An exchange between Michigan and Québec City is not unheard of: there is already an exchange program between Laval University and Western Michigan University’s archaeology departments (underused, alas). But these two years have probably had the biggest impact on breaking the barrier between both regions. We created public awareness of the American fascination for French colonial life (more than English Canada has ever cared to show). Not only did we promote Fort St. Joseph, but we also gave out flyers and information regarding Fort Michilimackinac and the Illinois Country as well. Who knows how many people will visit the American Midwest thanks to our suggestions?

Inversely, we kept tabs on where visitors were coming from. In a nutshell: everywhere. All Canadian provinces except Newfoundland had visited our setup; many American states came to say hi to their compatriots, and travelers from as far as Australia enjoyed talking to us as well. I also feel confident in saying we had many more visitors than last year.

Dunno if Joe is pouting because of the rain or because
the festival is almost over (Photo: Jos Gagné)
If fort St. Joseph is being represented in Québec, it’s because three years ago, I had contacted M. Stéphan Parent, head director of the Festival. I had proposed doing a shindig with the Upper Country with either Ontario or Michigan (I’m originally from the Great Lakes; I felt I had to wave the flag, so to speak!). Well, sure enough, the idea sparked interest. This is where my involvement ends: the real credit comes back to M. Parent and his team who not only came up with the idea of bringing reenactors to Québec, but also kindly asked me last year to give a talk on the region. We were already impressed with last year’s experience, so you can imagine how delighted we were to be invited a second year in a row! Here’s to hoping a third invitation is in the works!

Rob having a bit too much fun...
(Photo: Stacy Chriswell)
All in all, it was a week well spent. I like to think the presence of our group was especially important in regards to historical accuracy. Americans are rabid sticklers when it comes to reenacting (I don’t know if they invented this hobby, but they sure as heck perfected it). Authenticity is always strived for. And in a festival that is understandably subject to popular interpretation of history (as we say in French, la mémoire n’égale pas l’histoire), costumes can sometimes seem closer to fantasy renaissance fairs than anything remotely resembling French colonial life. Then again, I’ll admit sheepishly that a friend of mine had poked holes in my belief that I was accurately dressed. Most of my props were somewhat closer to the 19th century than the 18th. Proof once again that I might be a historian, but I’m no cultural material specialist... But, as the point I was getting to, our Michigan gang was a refreshing glimpse of accuracy and public awareness of it. This said, despite a few observations of the group regarding what I’ve just described, I did have them realize that every year the festival gets historically better as more and more people share in the challenge of trying to be true to the past.

Beaver love. (Photo: Jos Gagné)
As a historian, I can’t help adding my observation that though I don’t usually practice it outside of the Fêtes de la Nouvelle-France, reenacting is by far one of the best teaching tools available. Joe, our French Marine, regularly uses his uniform to teach kids back in Indiana and Michigan about the French colonial past. I find that walking around in period garb inviting people to touch my beaver pelt is an instant icebreaker to discussions about the fur trade and its history. Kids in particular are especially curious with their innumerable questions. Their bright-eyed queries have stumped me more than once: these are great occasions for the historian to track down answers to simple but obvious questions he might never have otherwise thought of in the first place.

The sharing experience was reciprocal. These reenactors all participate regularly at the Fort St. Joseph open house. During this event, they recreate colonial life as visitors come to Niles, Michigan, to visit the ongoing archaeological digs. Coming to Québec, as one of my friends put it, gave them a new perspective on how important this history is to modern Québec and French Canada. We are not talking about a distant, inconsequential past. This is a past that has created our present, the culture of a/many people, and the pride of a nation. If the field of history must pride itself in rigorous scientific study, it must not forget its impact on the public memory and psyche. These two years of exchanges were opportunities to share what New France means to each other across the border, and how we will commemorate this common history together.

That said, our encampment has been the occasion to develop new friendships as well. Whether last year with Philippe, a historian with plenty of public history experience from colonial Williamsburg, or this year with Marie-Hélaine, a local reenactor (who was big help, by the way, in translating!) or our dear Monique who would come around, obsessed with our sashes (thank you by the way for the blue one you made for me!), we had plenty of occasions to exchange knowledge, contacts, and laughter.

Once again, here’s to hoping the Fêtes de la Nouvelle-France will invite us once more next year!
One last goodbye... Photo: Stacy Chriswell

02 August 2014

Fêtes de la Nouvelle-France 2014


Juste un petit rappel à mon lectorat à Québec que vous pourrez venir me voir aux Fêtes de la Nouvelle-France devant la Maison Chevalier. Je vais participer aux côtés de la délégation du fort Saint-Joseph (Niles, Michigan). Et n’oubliez pas non plus que l’Ontario français sera à l’honneur cette année! Au plaisir de vous y voir! (Et Charlevoix, j’espère que tu viendras faire un tour par Québec pour l’occasion : je veux vraiment savoir qui se cache derrière ton blogue fantastique!).
Pour plus d’informations, visitez : http://www.nouvellefrance.qc.ca/
et au sujet du 400e de l’Ontario français : http://ontario400.ca/fnf/

07 April 2013

Nouvelle pièce de la guerre de Sept Ans : Une commémoration manquée?

L’année 2013 marque le 250e anniversaire de la fin de la guerre de Sept Ans. Ce conflit est sans aucun doute l’événement le plus marquant de notre histoire : après tout, sa conclusion ampute à la France ses plus larges possessions en Amérique du Nord. La Nouvelle-France n’est plus. Les frontières du continent sont radicalement redessinées et réparties le long des nouvelles possessions britanniques et espagnoles. Mais le conflit persiste : les nouvelles tensions soulevées par la nouvelle répartition des pouvoirs coloniaux mèneront entre autres à la transformation de la société canadienne. C’est la genèse d’une nouvelle culture palpablement distincte de la France et de l’Angleterre. Aujourd’hui, alors que le gouvernement Harper dépense (gaspille?) des millions de dollars sur la commémoration de la guerre de 1812, il est désolant de voir que la guerre Sept Ans passe presque entièrement sous silence.
Pourtant, nos voisins du sud se donnent à cœur joie de commémorer cette guerre (connue chez eux comme la « French & Indian War »). Partout aux États-Unis, les lieux historiques liés à ce conflit ont hébergé des reconstitutions historiques (« Reenacting » chez les Anglophones) et des conférences publiques pour rappeler l’importance de cette « guerre qui créa l’Amérique ». C’est d’ailleurs le titre donné à l’excellent documentaire de la chaîne PBS, The War That Made America. Pendant plusieurs semaines, l’auditoire de la télévision publique américaine a eu la chance de se renouer avec la mémoire de cette guerre trop souvent éclipsée par celle de leur révolution.
Aucun engouement de la sorte au Canada. Bien sûr, les historiens ont fait leur part de publier de nouvelles recherches et d’animer des conférences, mais le public n’était pas au rendez-vous. Au Québec, la plaie laissée par le souvenir de la Conquête saigne toujours, et au Canada anglais, l’ignorance crasse de l’histoire canadienne-française relègue le tout aux oubliettes.
Tâchons aussi d’oublier la commémoration malhabile de la Commission des champs de bataille nationaux. Par un vrai manque de tact, les organisateurs ont raté l’occasion parfaite de faire mieux connaître et comprendre l’importance de ce conflit auprès du public à l’aide d’une reconstitution massive du siège de Québec sur les plaines d’Abraham. Leur première erreur a été de n’avoir pas expliqué au public ce qu’est le phénomène de reconstitution historique. Le passe-temps de « reenacting » est plus populaire chez les Américains qu’ici : il n’est pas étonnant donc que la population locale ait mal perçu l’intention derrière l’activité. Celle-ci, qui devait faire appel à un nombre sans précédent de « reenactors » québécois et américains, a fini par être interprétée (majoritairement par les souverainistes) comme une gifle contre l’honneur du Québec. Au lieu de comprendre que les reconstituteurs historiques animent de telles activités par amour de l’histoire, certains ont même proféré des menaces de violence, comparant à tord le contexte de la reconstitution proposée à celui de recréer la Shoah pour les juifs. L’atmosphère était d’ailleurs plus tendue du fait que les organisateurs donnaient à l’activité un air de célébration au lieu de commémoration (les critiques s’étaient surtout accrochés aux publicités illustrant un Montcalm et un Wolfe souriants, se donnant la main). Le tout, on se rappel, s’est soldé par une annulation de la reconstitution et de la création au lieu du Moulin à parole.
Bref, le souvenir de la guerre de Sept Ans n’a pas fait le même objet de pompe que la guerre de 1812, pourtant quasi insignifiante dans notre histoire. Ceci nous mène au vif de notre sujet d’aujourd’hui : comme nous l’avions espéré, la Monnaie royale canadienne vient enfin de produire une pièce commémorant la guerre de Sept Ans. Le résultat, toutefois, laisse à désirer. Voici la description du design :
Œuvre de l’artiste canadien Tony Bianco, le motif représente l’ensemble des peuples qui ont pris part à la guerre de Sept Ans et qui y ont été exposés. Les soldats britanniques et français, les peuples des Premières Nations et les colons y sont représentés, de même qu’un enfant qui symbolise l’espoir en l’avenir. Les personnes sont tournées vers l’est, au-delà de l’océan Atlantique, en direction de l’ancien monde. La carte à l’arrière-plan montre la région où le conflit a eu lieu en Amérique du Nord, et les bannières et les décorations au haut et au bas de la pièce reprennent les styles typographiques en vigueur dans les cartes et les documents officiels des XVIIe et XVIIIe siècles.
Initialement, avant de porter mon jugement final sur la pièce, j’avais consulté quelques collègues et amis pour connaître leur avis. L’unanimité de leurs opinions reflétait le mien. Je résume en paraphrasant une amie : le design nous laisse froids.
Bien que nous ne doutions pas de l’effort de l’artiste d’avoir voulu être le plus inclusif et neutre possible, cette représentation demeure toutefois qu’une « vision d’artiste ». L’angoisse et le tumulte de la Conquête y sont effacés pour faire place à une scène bénigne, dépourvue de la complexité réelle de la situation.
Notons d’abord les détails qui nous sautent aux yeux : reconnaissant immédiatement le soldat britannique, le soldat français et l’Amérindien, on se demande qui sont les deux autres personnages. L’explication officielle ne fait que nous confondre d’autant plus : on les décrit comme un colon et « un enfant qui symbolise l’espoir en l’avenir ». De quel colon s’agit-il? Selon ses habits, il nous paraît être britannique… où se trouve donc le colon de la Nouvelle-France, nouvellement annexé à la couronne britannique? Et que dire de l’enfant, symbole « d’espoir »? Difficile de parler d’espoir alors que les Habitants de la colonie canadienne doivent choisir entre rester en Amérique sous l’égide d’une langue et d’une religion étrangère, ou de quitter pour une France tout aussi étrangère par sa culture métropole… Sans oublier les Acadiens qui continuent d’être déportés à mesure que les Britanniques les trouvent. On ne peut non plus prétendre que la pièce commémore la paix, car l’Amérindien qui y figure peut tout autant symboliser la guerre de Pontiac qui va rager pendant trois autres années. Et quelqu’un peut-il bien m’expliquer pourquoi le soldat français semble porter un demi-sourire?
« La carte à l’arrière-plan montre la région où le conflit a eu lieu en Amérique du Nord » : pourtant, on n’y voit que l’Acadie, et à peine l’entrée du Saint-Laurent. Nulle part ne voit-on la vallée de l’Ohio ni le corridor du lac Champlain et de la rivière Richelieu où a eu lieu la majeure partie de la campagne militaire. Nous pouvons même critiquer des détails normalement anodins, car on précise « les bannières et les décorations au haut et au bas de la pièce reprennent les styles typographiques en vigueur dans les cartes et les documents officiels ». En réalité, les décorations ont plus un semblant de celles du XIXe siècle et ne ressemblent aucunement aux cartouches et ornements des cartes de la guerre de Sept Ans.
À l’inverse, il faut toutefois se demander : qu’aurait-t-on pu faire de mieux? Encore une fois, je précise que la tâche de l’artiste en question n’était pas facile. Comment évoquer une guerre dont la question de commémoration est si délicate? Il ne faut pas chercher à vexer qui que ce soit, ni glorifier personne en particulier. En cherchant à rendre tout le monde heureux, on peut finir par ne pas satisfaire qui que ce soit. Peut-être que la clef de l’énigme est la simplicité? Je reproduis ici le logo conçu par l’État de la Pennsylvanie dans le cadre de ses propres commémorations : sobre, mais excitant, simple, mais évocateur, il est neutre, mais permet à chacun d’y tirer sa propre interprétation personnelle. Peut-être la Monnaie royale canadienne aurait pu s’en inspirer?
Ma conclusion finale : Bien que je sois un collectionneur de pièces de monnaie, je vais m’abstenir d’acheter celle-ci, étant franchement déçu. Cette commémoration est, comme disent les Anglais, « too little, too late ». 

Sources et suggestions de lecture :
  • Dollar en argent épreuve numismatique édition limitée - 250e anniversaire de la fin de la guerre de Sept Ans. Monnaie royale canadienne. Lien.
  • The Fine Art of Tony Bianco. http://tonybiancoart.com/
  • French & Indian War Commemoration: 250 Years. (État de la Pennsylvanie). http://www.warforempire.org/
  • « La reconstitution est annulée »Radio-Canada. Le mardi 17 février 2009. Lien.


18 March 2013

Rassemblement de la milice au fort Saint-Joseph

Voici un court documentaire (27 minutes) au sujet de la reconstitution historique annuelle au fort Saint-Joseph au Michigan. Peut-être y reconnaîtrez-vous quelqu'un? ;)



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