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17 February 2020

Sur le fameux message intercepté au siège du fort William Henry


[Ce billet contient des extraits tirés et modifiés de ma thèse de doctorat présentement en préparation.]
Le siège le plus célèbre de la guerre de Sept Ans en Amérique est sans doute celui du fort William Henry. Si elle n’est pas la plus importante (en comparaison au siège de Québec, par exemple), sa notoriété s’est tout de même développée grâce au roman Le dernier des Mohicans de James Fenimore Cooper et ses nombreuses adaptations au grand écran. En examinant récemment les événements entourant ce siège dans le contexte du renseignement militaire, je suis tombé sur un détail qui m’a surpris.

Rappelons d’abord les faits : nous sommes au mois d’août 1757 et le général Montcalm mène l’offensive contre le fort William Henry sur le lac George (que les Français avaient baptisé le lac Saint-Sacrement). Afin de s’informer sur l’état présent des Britanniques, les alentours du fort fourmillent de partis français et autochtones à la chasse aux prisonniers. Thomas Auguste le Roy de Grandmaison, un théoricien militaire du xviiie siècle, nous donne une idée sur comment peut ressembler ces opérations : « Ils forment leurs embuscades dans des chemins serrés, dans les bois, près d’un mauvais passage, sur les bords d’une rivière navigable, pour arrêter les bateaux chargés d’effets & de munition pour l’Armée ennemie, & même les barques publiques, où il y a souvent des Officiers & des équipages[1]. » En effet, les troupes de la colonie « se cachent en attendant que quelqu’un passe, ils n’attaquent souvent qu’un homme seul ou une femme qui travaille, quelque soldat ou autre personne[2] ». La principale cible de ces partis est la route reliant le fort William Henry (que les Français appellent George) au fort Edward (surnommé Lydius par les Français). Non seulement rapporte-t-on de nombreux prisonniers du « chemin de Lydius », mais on y fait une des plus belles interceptions d’information de la guerre. Le coup en question est dirigé par Kanectagon, un guide iroquois décrit comme étant un « fameux chasseur[3] ». Le 4 août 1757, celui-ci intercepte et tue le messager transportant une lettre entre le général Webb au fort Edward et le lieutenant-colonel Monro au fort William Henry. La lettre, découverte dans la doublure de la veste du messager, a un effet immédiat sur l’ardeur des efforts des Français, maintenant au courant que le commandant du fort assiégé ne peut pas espérer avoir un secours immédiat. « Cette lettre tombée aussi heureusement entre nos mains a déterminé le Mis de Montcalm à pousser encore plus la construction des batteries[4]. » La lecture de cette lettre auprès de Monro « engag[ea] les Anglais à se rendre plus tôt[5] ». L’événement est si remarquable que même la gazette le Mercure de France prend la peine de le noter[6].

Il existe plusieurs chroniqueurs de l’histoire, la plupart ne faisant que répéter les faits élémentaires sans avoir été des témoins directs. Il est intéressant toutefois de noter que le message avait été dissimulé dans la doublure de la veste du messager. (En passant, je note avec tristesse que je n’ai toujours pas pu retracer le nom du messager en question. Aucune source ne semble le nommer, et même Ian Steele dans son excellent livre sur le siège de William Henry ne semble pas l’avoir retracé). En général, un havresac ou un étui en cuir suffit amplement pour porter des lettres. Mais comment protège-t-on un message sensible? Les idées ne manquent pas pour les dissimuler. Par exemple, parmi les nombreux exemples de cornes dites à poudre du xviiie, il existe au moins un modèle dont la fonction était l’entreposage de messages plutôt que de charge. En effet, par sa nature étanche, une petite corne avec un bouchon peut aisément servir à protéger le message d’un courrier[7]. Mais dans le cas du fameux message de Webb à Monro, un témoignage en particulier vient apporter un détail supplémentaire.

Il s’agit de la chronique du jésuite Pierre-Joseph-Antoine Roubaud, missionnaire chez les Abénaquis d’Odanak. Accompagnant les guerriers sur le front de guerre, il nous lègue un des témoignages les plus vifs des événements. Mais ce qui a retenu mon attention est cet extrait en particulier (mes italiques) :
Nos éclaireurs rencontrèrent dans les bois trois courriers partis du fort Lydis [sic]; ils tuèrent le premier, prirent le second, et le troisième se sauva par sa légèreté à la course. On se saisit d’une lettre insérée dans une balle creusée, si bien cachée sur le corps du défunt, qu’elle auroit échappé aux recherches de tout autre qu’à celles d’un militaire qui se connaît à ces sortes de ruses de guerre. La lettre étoit signée du commandant du fort Lydis, et adressée à celui di fort George.[8]
Une balle creusée? Ce détail me semblait particulièrement étrange. Tous les témoins de l’affaire s’entendent que le message était caché dans la doublure du manteau. Mais Roubaud semble être le seul à mentionner cette « précaution » de plus. Je ne veux pas me démontrer trop sceptique, mais il est vrai que Roubaud, après la guerre, va quitter son ordre et se tailler une carrière à inventer des histoires et à forger des documents en tentant de cimenter sa place auprès des Britanniques comme informateur. Il démontre donc le don d'une imagination fertile au besoin et à l’exagération. Quel poids accorder à ce détail, alors?

Pell, Fort Ticonderoga, p. 111.
Eh bien! paraîtrait-il que l’usage de munitions pour transmettre des messages n’est pas une chose nouvelle au xviiie siècle. Pendant la Révolution américaine, une balle en argent a été utilisée pour transmettre un message entre Henry Clinton et le général Burgoyne. La capsule d’argent, ou « silver bullet » comme elle est connue dans l’historiographie de la Révolution américaine, se trouverait présentement dans les collections du fort Ticonderoga dans l’état de New York[9].

Une autre source qui appuie une pratique semblable est Mémoires d’artillerie de Saint-Rémy, la bible des artilleurs de l’époque. (Je remercie Cathrine Davis pour la référence.) On y lit : 
Ce que l’on appelle boulets messagers, sont des boulets creux dont l’on se servoit autrefois pour porter des nouvelles dans une Place de guerre, & l’on ne mettoit qu’une faible charge de poudre pour les faire tomber où l’on vouloit, & ces sortes de boulets estoient d’ordinairement couverts de plomb, & la plupart estoient de plomb sans mélange de fer.[10]

En somme, même après sept ans de recherches que je termine bientôt avec la complétion prochaine de ma thèse, les moyens pour assurer la transmission de renseignements au xviiie siècle n’ont pas fini de m’épater!




[1] Grandmaison, La petite guerre..., p. 307.
[2] Aleyrac, Aventures militaires…, p. 33.
[3] Bougainville, Écrits sur le Canada, p. 220.
[4] Bougainville, Écrits sur le Canada, p. 226.
[5] Bougainville, Écrits sur le Canada, p. 228-229.
[6] Le Mercure de France, novembre 1757, p. 192. Une interception semblable a lieu à Chouaguen l’année précédente. Montcalm, Le journal du Marquis de Montcalm, p. 92.
[7] du Mont, American Engraved Powder Horns..., p. 34.
[8] Le Gobien et al., Lettres édifiantes..., p. 205.
[9] Pell, Fort Ticonderoga, p. 111.
[10] Saint Remy, Mémoires d’artillerie, p 81

Sources:

  • Aleyrac, Jean-Baptiste d’ (Édité par l’abbé Charles Coste). Aventures militaires au xviiie siècle d’après les Mémoires de Jean-Baptiste d’Aleyrac. Paris, Editions Berger-Levrault, 1935. 134 p.
  • Bougainville, Louis-Antoine de. Écrits sur le Canada. Québec, Septentrion, 2003. 425 p.
  • du Mont, John S. American Engraved Powder Horns: The Golden Age. 1755/1783. Canaan, New Hampshire, Phoenix Publishing, 1978. 107 p.
  • Grandmaison, Thomas Auguste le Roy de. La petite guerre, ou traité du service des troupes légères en campagne. 1756. 417 p.
  • Le Mercure de France
  • Le Gobien, Charles et al. Lettres édifiantes et curieuses écrites par des missionnaires de la Compagnie de Jésus. Montréal, Boréal, 2006. 251 p. Coll. « Boréal compact ».
  • Montcalm, Louis-Joseph de (Édité par Robert Léger). Le journal du Marquis de Montcalm. Montréal, Éditions Michel Brûlé, 2007. 512 p.
  • Pell, H.P. Fort Ticonderoga. A Short History. Ticonderoga, New York, Fort Ticonderoga Museum, 1975. 118 p.
  • Saint Remy, Surirey de. Mémoires d’artillerie. Permière partie. Estat où se trouve aujourd’huy l’Artillerie de France. Paris, Jean Anisson, 1697. 548 p.
  • Steele, Ian K. Betrayals: Fort William Henry & the “Massacre”. New York, Oxford University Press, 1993. 250 p.
  • Vachon, Auguste. « Roubaud, Pierre-Joseph-Antoine », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 4, Université Laval/University of Toronto, 2003– , consulté le 16 févr. 2020, http://www.biographi.ca/fr/bio/roubaud_pierre_joseph_antoine_4F.htmlhttp://www.biographi.ca/fr/bio/roubaud_pierre_joseph_antoine_4F.html.




29 October 2019

Morts insolites en Nouvelle-France


Vanité en perruque. Anonyme. Terre cuite.
Galerie d'art Colnaghi, Londres.
Source: Wall Street International Magazine

Lorsque j’étais jeune garçon, j’ai développé un penchant pour l’insolite, surtout en ce qui concerne notre relation avec la mort. Cette fascination pour le macabre a été particulièrement influencée par Edgar Allan Poe, Vincent Price et combien d’autres encore... Si le sujet de la mort semble glauque pour plusieurs, je trouve au contraire qu’il est tout naturel d’en être captivé. Après tout, comme écrivait Molières, « On ne meurt qu’une fois, et c’est pour si longtemps »… Pour ceux et celles qui ont une semblable curiosité, je vous recommande l’intrigante anthologie Morts tragiques et violentes au Canada. 17e et 18e siècles par Léonard Bouchard (Québec, Publications audiovisuelles, 1982, deux tomes). Je vous partage quelques-unes de mes morts insolites préférées tirées de cet ouvrage.

D’abord, on oublie trop souvent que même après près d’un siècle de colonisation, la Nouvelle-France au début du 18e siècle demeure tout de même assez sauvage. C’est une leçon apprise aux dépens de François La Valtrie et de Louise Le Siège alors que leur fils François-Ignace, âgé de huit ans, et Jean-Baptiste, six ans, se font « égorger » dans leur sommeil par un ours à Saint-Sulpice dans la nuit du 6 au 7 novembre 1706 (p. 336). 

La forêt elle-même devient dangereuse, surtout pendant la saison des incendies : c’est le cas d’Angélique Bouteiller, âgée de 38 ans et mère de 11 enfants, qui périt dans un feu de forêt en juillet 1754 (p. 70). Il est intéressant à noter qu’au mois d’avril dernier, le blogue Journal of the American Revolution publiait l’article Killer Trees of the Revolution de Joseph Lee Boyle. Comme le titre du billet l’indique, il s’agit d’une compilation d’anecdotes portant sur les gens tués par des arbres pendant la Révolution américaine. En Nouvelle-France, les arbres sont tout aussi « agressifs », si l’on veut… Bouchard ne recense pas moins de 17 victimes! Pour ne nommer que quelques exemples, retenons entre autres Jacques Bluteau qui a « la tête écrasée par la chute d’un arbre sec » (p. 55; sans date), ou bien Louis Côté qui se fait tuer par une branche morte qui lui tombe sur la tête à Détroit en 1762 (p. 119). De plus, les accidents liés aux arbres ne sont pas tous dus au hasard : c’est le cas de Charles Goguet lorsque l’arbre qu’il coupait lui est tombé sur la tête en 1754 (p. 231). D’autre fois, ce n’est pas l’arbre lui-même qui est en cause, mais plutôt le résultat de la coupe : En novembre 1711 à Charlesbourg, Pierre Lereau se fait « écraser sous son voyage de bois » (p. 363).

Lorsqu’on pose un piège, il y a deux règles simples à suivre : d’abord, ne pas tomber dans le sien, et ensuite, ne pas tomber dans celui d’un autre. Qu’importe à qui appartenait le piège à ours dont il est question ici, il en demeure que Pierre Joncas a eu le malheur de s’y faire prendre le 22 août 1704 (p. 273).

Lorsque les esprits s’échauffent, mieux vaut s’éloigner, surtout si son adversaire est porteur d’une épée… voilà un conseil qui aurait servi à plusieurs sous le Régime français! Retenons seulement que cet exemple puisque le sujet a déjà été touché par Aegidius Fauteux : Henri Bégard et le sergent Dubé s’affrontent en duel en 1698. Alors que Dubé réussira à s’échapper de la loi, Bégard, malchanceux, goûte la lame de son rival. La mort ne l’empêche pas d’être puni, toutefois : les autorités s’assurent « …que sa mémoire demeure condamnée, éteinte et supprimée à perpétuité, que tous ses biens soient confisqués et remis au roi, que son cadavre, après avoir été attaché par l’exécuteur des hautes œuvres au derrière d’une traîne, sur une clôture en fer, la tête en bas et la face contre terre, soit jeté aux ordures » (p. 38).

La foudre est l’un des instruments les plus spectaculaires de la Grande Faucheuse : Bouchard recense plus d’une douzaine de morts foudroyés. Ne retenons que deux exemples. Le 19 juin 1728, précisément à 18h, le cultivateur Antoine Bilodeau se fait foudroyer dans sa maison à Berthier-en-Bas (p. 50). Parfois les éclairs font d’une pierre deux coups, tel qu’il arrive à Louis Bourassa et son fils Jean, tués sur le chemin du retour entre Québec et Saint-Nicolas de Lévis en juin 1751 (p. 66).

Ces deux prochains cas dépassent le Régime français de quelques années, mais méritent tout de même une mention pour ce que je considère être mourir de manière la plus canadienne possible... Le 19 avril 1771 à Bécancour, Joseph Ducharme, 3 ans, meurt ébouillanté lorsqu’une chaudière de sirop d’érable en préparation renverse sur lui accidentellement (p. 171). Moins horrifique, mais tout aussi tragique, Jean-Baptiste Pleau meurt aux Écureuils, écrasé par sa traîne tandis qu’il tirait de l’eau d’érable (p. 465).

Parlant de liquides, gare aux puits! En juin 1755, un enfant de 3 ans, François Rognon, se noie dans un puits à Saint-Antoine de Tilly (p. 495). Les enfants ne sont pas les seuls à se noyer de la sorte : en juillet 1690, Louis Manié, 30 ans, connait une mort semblable à Québec (p. 385).

Bref, ce qui précède n’est qu’un échantillon des nombreuses façons de mourir en Nouvelle-France. Accidents, violences, maladies… autant de moyens de rejoindre l’au-delà de manière macabre et tragique.

Source: Gallica

23 February 2017

Philatélie: un timbre russe

La série Bas-de-Cuir immortalisée par la poste russe

Mes lecteurs savent que je suis philatéliste à temps perdu. Je collectionne principalement des timbres en lien avec ces trois sujets: dinosaures et animaux disparus, le folklore et enfin, la Nouvelle-France. Avec les récentes manchettes de scandale entourant la Maison blanche de Trump et l'ampleur de ses liens avec la Russie, je vais m'amuser un peu en vous dévoilant ma pièce de collection préférée portant sur la Nouvelle-France émise par… la Russie!

Pas capable...
J'aimerais introduire ce timbre en vous confiant un secret. Bien que j'adore le film Le Dernier des Mohicans de Michael Mann,  je n'ai jamais pu finir la lecture du roman original de James Fenimore Cooper. Pas capable. D'une lourdeur insupportable, ce roman se lit comme la Bible… Même Mark Twain l'aura sévèrement critiqué. Néanmoins, ce roman est rapidement devenu l'œuvre la plus célèbre de l'auteur et a été adapté dans divers médias, soit à la télé, au cinéma et même en bandes dessinées. En effet, lorsque je parle de la guerre de Sept Ans à quelqu'un qui ne connaît pas son histoire, je n'ai qu'à évoquer Le Dernier des Mohicans pour qu'on ait une image instantanée de la période. Il va sans dire que le roman est devenu au fil des siècles l'un des plus importants et des plus populaires de la littérature américaine.

Mais on pourrait facilement s'étonner de découvrir que le roman a ses amateurs… en Russie! En effet,  les romans de Fenimore Cooper ont été très bien reçus, même pendant l'ère soviétique! Et encore aujourd'hui, Fenimore, le nom par lequel il est connu là-bas, continue de se faire traduire à ce jour.

L'engouement pour l'exotique et l'aventure peuvent certainement expliquer d'une part la fascination pour les livres de Fenimore Cooper, mais il y a aussi le fait que ses romans ont pendant longtemps fait partie des quelques livres étrangers qui n'étaient pas censurés. La culmination de cet passion fut la reconnaissance nationale de la série Bas-de-Cuir (Leatherstocking) par la poste russe en 1989. On ne peut s'empêcher de remarquer qu'il s'agit également de la même année où tombe le mur de Berlin.  

Le Dernier des Mohicans
Alors que ci-haut j'évoquais l'aspect "exotique" des écrits de Fenimore Cooper, cette série de timbres évoque une image assez comique contrastant la réalité américaine du XVIIIe siècle. D'une part, on y trouve un Huron-Wendat portant une coiffe de guerre appartenant plutôt aux  Indiens des Plaines. Et que dire du jaguar qui fait figure de cougar? Enfin, pour ne nommer qu'une autre critique, il va de soi que la plupart des habits sont anachroniques.

N'empêche, ce curieux mélange d'art soviétique et de littérature américaine me fait sourire à chaque fois que je croise ce timbre dans ma collection, et j'espère qu'elle vous fera sourire aussi.

Sources:


James Fenimore Cooper lui-même est
immortalisé par la poste américaine en 1940.
Un timbre semblable est émis en Russie en 1989.

13 October 2016

Sorcières en Nouvelle-France

J'ai eu le plaisir de lire un article au sujet d'une très bonne amie et collègue de l'Acadie, Stéphanie Pettigrew. Je vous invite à connaître son sujet de recherche en le lisant à votre tour à cette adresse: Une chercheuse bouscule les idées reçues sur la sorcellerie en Nouvelle-France.



28 September 2016

Un espion pendu

Voici une anecdote tirée de J.C.B. au sujet d'un espion qui est capturé juste avant la reddition de Montréal en 1760. Je dois double vérifier auprès d'autres sources dans l'optique de ma thèse de doctorat (surtout que J.C.B. n'était pas un témoin direct). Fascinant malgré tout!

Je cite ici une anecdote arrivée avant la prise de Montréal. Il y avait cinq jours que le général Murray était avec sa flotte monté de Québec et en présence où à la vue de Montréal; il attendait avec impatience l’armée du général Amherst lorsqu’il prit le parti de lui envoyer un espion qui était un Canadien, homme d’assez mauvaise figure et qui plus est contrefait, ce qui est contre l’ordinaire des habitants du pays généralement bien faits. Cet homme se présenta seul dans un petit canot au camp des Français établi à une demi· lieue de la ville; il s’arrêta à une tente, demanda à manger, fit plusieurs questions et entre autres s’informa de combien d’hommes l’armée française pouvait être composée; son air libre et ses questions donnèrent du soupçon aux soldats auxquels il s’adressa et comme ils ne le satisfirent pas, il passa à une autre tente où il ne fut pas plus satisfait, enfin il alla à une troisième où il fit les mêmes questions. Un soldat qui l’avait suivi par soupçon lui ayant entendu faire les mêmes demandes en avertit aussitôt son sergent qui interrogea cet homme qu’il ne trouva pas régulier dans ses réponses; alors il le fit garder à vue sans qu’il s’en douta et fut de suite en avertir le général Bourlamarque qui fit venir cet homme devant lui l’interrogea et le soupçonnant être un espion, il le fit fouiller et déshabiller; comme on ne trouva rien dans ses habits, on lui ôta sa chaussure et l’on trouva dans le pied de ses bas deux petites lettres ployées du chaussons et sans cachets; le général en prit lecture, c’était des invitations au général .Amherst pour qu’il se pressa d’avancer pour faire par terre le blocus de la ville, qu’on attendait après lui pour commencer le siège à tel jour et heure indiqués. Sur la vue de ces lettres le général Bourlamarque acquit la conviction de l’espionnage et donna l’ordre de pendre cet homme, ce qui fut exécuté sur le champ.

CASGRAIN, H.R. (éditeur). Voyage au Canada dans le nord de l'Amérique septentrionale fait depuis l'an 1751 à 1761 par J.C.B., Québec, Imprimerie Léger Rousseau, 1887. pp. 192-193.

17 May 2016

Tirer chevelure

Guerriers Iroquois par L.F. Labrousse dans
Labroque 1796  Encyclopédie des voyages

Je me suis enfin remis à lire les mémoires de Charles Bonin. Je vous reproduis ici sa description du "scalpage" ("tirer chevelure") pendant la guerre de Sept Ans : 
L’usage général lorsqu’un parti a fait un ou plusieurs prisonniers s’il ne peut les amener, il les tue à coups de casse-tête (petite hache dont il a été parlé plus haut) qui se frappe sur la tête. Le sauvage qui en a porté deux ou trois coups, prend aussitôt son couteau dont il fait une incision autour des cheveux, depuis le haut du front jusqu’à la marque du cou; mettant ensuite un pied sur l’épaule de la victime dont il a tourné le ventre contre terre, il lui tire à deux mains la chevelure de derrière en avant, ainsi qu’il a déjà été dit plus haut en parlant de la danse de la découverte. Cette opération qui est très prompte n’est pas plus tôt achevée que le sauvage l’attache à sa ceinture et continue sa route, cependant on n’emploie ce moyen que quand le prisonnier ne peut pas suivre celui qui l’a pris, ou que le sauvage est poursuivi et que dans ce dernier cas il veut rapporter des marques de sa bravoure, et alors, après avoir promptement levé la chevelure, il fait le cri de mort […] et se sauve à toutes jambes. Le cri de mort est un avertissement de bravoure que les sauvages ne manquent pas de pratiquer, après avoir levé la chevelure, les anglais nomment cela scarpeler. 
Lorsque la chevelure est levée et que celui qui a fait cette action ne craint pas qu’on le poursuive, il s’arrête, gratte la peau pour la nettoyer du sang et des fibres qui y sont attachés ; il la fait ensuite sècher un peu au soleil, après avoir fait un petit cerceau de bois vert autour duquel il étend la peau comme un tambour de basque et la peint en rouge les cheveux en dehors sont peignés. La chevelure arrangée, on l’attache au bout d’un long bâton qui est porté comme en triomphe sur une épaule, jusqu’au village, ou le lieu qu’il veut la déposer, mais à l’approche de chaque lieu qu’il passe il fait avant d’y arriver autant de cris qu’il a de chevelures pour annoncer son arrivée et sa marque de bravoure. On attache quelquefois jusqu’à quinze chevelures sur le même bâton et lorsqu’il y en a beaucoup, on garnit plusieurs bâtons. 
Les Français et les Anglais avaient pour maxime de payer ces chevelures, jusqu’à concurrence de trente francs valeur en marchandises, il s’agissait alors d’encourager les sauvages à en faire le plus qu’ils pourraient sur l’ennemi et pour avoir la certitude du nombre des vaincus; ce moyen de précaution a fait naître, soit naturellement ou par insinuation, la ruse chez les sauvages, qui pour augmenter la rétribution qu’ils tiraient des chevelures s’avisèrent d’en faire de peau de cheval qu’ils préparaient de la même manière que la chevelure de l’homme. Cette supercherie reconnue donna lieu d’y regarder de plus près, avant de parvenir au paiement, de sorte que les Français et les Anglais ont fini par ne plus payer que très peu de chose par forme de présents. Il est honteux pour l’humanité d’employer des moyens aussi barbares, il est pourtant vrai de dire que cette invention appartient seule aux sauvages qui en faisaient usage entre eux avant de connaître les nations policée. C’est donc de la barbarie que provient cet horrible usage pratiqué chez les sauvages seuls, car il ne paraît pas avoir existé chez aucune autre nation, même celles qui comme eux n’ont reçu aucun principe de civilisation.
Scalp, 1750-1850. British Museum. Source ici.


Lectures suggérées :
  • J.C.B. (Édité par l’abbé H.R. Casgrain). Voyage au Canada dans le nord de l'Amérique septentrionale fait depuis l'an 1751 à 1761 par J.C.B. Québec, Imprimerie Léger Rousseau, 1887. 255 p.
  • Lozier, Jean-François. « Lever des chevelures en Nouvelle-France : la politique française du paiement des scalps ». Revue d’histoire de l’Amérique française, Vol. 56, nᵒ 4 (2003). pp. 513–542.

21 February 2016

Review: The VVitch


Last October, my girlfriend and I decided to adopt a second cat. Searching on the internet, we stumbled on a litter of kittens in need of a good home. Among the furry faces on our screen, we immediately fell in love with the tiny bewildered mug of the only black kitten. Upon contacting the current owner of the cats, we were surprised to find out he was available for 25% cheaper than the others. Asking why, we were told that black cats don’t sell as well because of... superstition. Yes, indeed, in our modern society, people still believe that black cats are bad luck. Clearly, old habits die hard. Ironically, if black cats have such a reputation thanks to their centuries-old implied connection to witches, witches, on the other hand, do not necessarily actively haunt our fears and anxieties to such a scale anymore. It would be remiss, however, to believe that tales of witches are the stuff of the past, or as they are more popularly remembered, from the Salem trials. (By the way, if New France was spared the outright witch panic that gripped Salem, the fear of such hags was not altogether unheard of. And let’s not forget a direct link between Québec and Salem: William Phips' attempt to capture the French colony had, after all, shortly preceded his appointment as the governor of Massachusetts... during which his wife would be accused of witchcraft.) As author Owen Davies’ book America Bewitched demonstrates, witches and witchcraft have always been present in one form or another throughout American history. Furthermore, how can we forget the laughable controversy surrounding U.S. politician Christine O’Donnell who, in 2010, felt compelled to reassure her potential electors that she was not a witch? But for your average movie-goer, witches take a backseat, way back that is, to the current parade of cinema monsters: zombies, vampires and werewolves. True, witches have made quite a few appearances in Hollywood’s line of horror films, but ask anyone what is the first witchcraft movie or TV show that springs to mind and chances are he or she will mention the benign TV series Charmed or the Blair Witch Project with its disappointing ending devoid of any real payoff. So, in my opinion at least, it is quite a challenge to create a movie about a witch which (see what I did there?) really evokes how scary witches are supposed to be.

Move over Sabrina, this is the witch we’ve been waiting for.

The VVitch is reminiscent of Renaissance woodcuts
such as this one by Hans Baldung. 
Directed by Robert Eggers, The VVitch takes place in the early 17th century in the vicinity of an unnamed English colony (Jamestown? Plymouth? Take your pick). The story centers on a puritan family that decides to leave their town to strike out on their own in the wilderness. Headed by patriarch William, they settle in, believing they are following God’s will. Soon, however, something seems amiss... the cumulating crop failures, hunting accidents, and strange goings-on lead them to believe they are cursed by God... or is it something more sinister? Indeed, as each family member starts believing a witch is the cause of their woes, accusations run amok...

Beyond this simple story line, the movie is much more complex. Though never explicitly said, the story can be at once a metaphor for despair and the obsessive quest for reason behind cumulated failure and how family can tear apart in such a situation. Only this time, the scapegoat is, quite literally, real. Other reviewers have touched upon different themes as well, such as “the perils of heavily religious upbringing”. But what is probably the most important theme is the dichotomy between the extremes of total constraint and submission versus complete mental liberation at the cusp of womanhood (as illustrated per the actions of Thomasin, the teenaged main character who just can’t seem to get a break from her parents and obnoxious younger siblings).

What makes this movie a true gem however is the care invested in establishing the historical setting. I can never hope to do a better historical commentary on this movie than Alexandra Montgomery’s review, Discovering Witches, over at the Junto. But, I will repeat what is being said all over the media: the main strength of this film is the director’s obsession with historical accuracy. The viewer’s anxiety and dread, as well as the efficacy of the witch as a terrifying antagonist, all depend on this fact and its resulting atmosphere oozing with superstition, fear, loneliness, and the unknown.

For your average horror fan, this movie is surprisingly devoid of gore. However, the movie makes apt use of creepiness (you will never look at rabbits the same way again...). Using the woods near Mattawa, Ontario, as a stand-in for New England’s primeval forests, a sense of isolation really sets in, giving way to sordid and terrifying evocations of the mind. As I have just mentioned, this skillful interpretation was not so much imagined by director Eggers so much as resurrected from period sources and artwork. As he is quoted saying regarding his obsession with realism:
“So much has been made of the authenticity of this, and of course that’s important to me, but authenticity for the sake of authenticity doesn’t really matter [...]. To understand why the witch archetype was important and interesting and powerful—and how was I going to make that scary and alive again—we had to go back in time to the early modern period when the witch was a reality. And the only way I was going to do that, I decided, was by having it be insanely accurate.”
The witch in this case is truly terrifying. Far behind us are the portrayals of the sexy witch (The Craft) or the goofy witch (Hocus Pocus)—this is the witch that was hunted by inquisitors and haunted the nightmares of Goya. The old crone, the hag, the witch, call her what you will, she is not the stuff of fairytales but of true horror. Yet, what makes her so frightening is not the handful of glimpses we get, but rather her heavy, invisible presence. Eggers weaves his story and visuals in such a way that you are constantly wondering who—or what—is being manipulated by the witch, instilling the same sense of paranoia that must have been sensed by peasants at the very worst of the witch hunts. He has not only effectively distilled the essence of the witch panic of Europe and Salem, but did so on a personal scale and gave the viewer a front row seat.

All in all, this movie will put a spell on you.

PS for those who have seen the movie: #babybutter

PPS Update: Check out Casey Schmitt's take on the movie as well:  https://earlyamericanists.com/2016/02/22/how-we-love-to-hate-puritan-new-england/


30 October 2015

Suivi: Cage de la Corriveau en exposition!

Vous voulez voir la cage de la Corriveau en personne? Vous voulez assister aux conférences en lien avec le sujet? Suivez ce lien pour avoir plus d'information : Musée de la civilisation.

Photo: Joseph Gagné, 2013

27 October 2015

Confirmé: C'est LA cage de La Corriveau!

Il n'y a presque plus de doute. Le gibet trouvé au musée Peabody-Essex à Salem, au Massachusetts, serait correctement attribué à Marie-Josephte Corriveau. C'est ce que vient de publier Le Devoir. C'est une nouvelle qui me rend heureux, puisque j'ai été le premier à contacter le musée américain pour savoir si la cage y était toujours (pour l'histoire entière de La Corriveau et de la redécouverte de sa cage, lire La Corriveau. De l'histoire à la Légende). 
Nous n'avons pas encore tous les détails, mais on peut s'attendre à quelques activités et annonces de presse sur le sujet au début de novembre. C'est un rendez-vous!



30 July 2015

Le Griffon retrouvé? Un suivi et une conclusion!

Après mes derniers billets (ici et ici) sur une épave qui serait celle du Griffon, nous avons enfin notre réponse! Il suffit d'écouter le reportage ci-dessous, diffusé le 10 juin dernier (site original ici).

(Si le vidéo ne fonctionne plus, la réponse est : non. Ce n'est pas le Griffon.)

27 December 2014

Le Griffon retrouvé... encore?


Quelle coïncidence: alors que je suis au Michigan pour les Fêtes, on annonce avoir retrouvé le Griffon, le navire de Cavalier de La Salle. Le hic: ce n'est pas la première fois qu'on le "retrouve". Si vous voulez mon opinion, il s'agit d'un canular, ou tout au plus, d'explorateurs plutôt naïfs. 
Lien ici: 

12 September 2014

Boston Pooper Treasure

I'm a sucker for two things: good archaeology, and good public interpretation of said archaeology. This video has both. This isn't New France-related per say, but it can still apply. I've already followed one or two conference talks on privies and they were some of the most fascinating presentations I've ever attended. Sit back, relax, and enjoy! (no pun intended)

25 March 2014

La Corriveau rôde toujours!


La Corriveau : de l'histoire à la légende
Par Catherine Ferland et Dave Corriveau

Éditions du Septentrion

2014

392 p.

Disponible ici.
Un certain jeudi après-midi, je prenais un café avec l’historienne Catherine Ferland, une de mes plus proches amies. Selon ce qu’elle m’a rappelé plus tard, je lui aurai parlé de mon intérêt pour la légende de La Corriveau et du fait que c’était le genre de sujet qui méritait une nouvelle recherche, quitte à devoir moi-même écrire un livre. Malheureusement, en tant qu’étudiant à la maîtrise à l’époque, je n’avais évidemment aucun temps à consacrer à ce projet. N’empêche, nous avons continué de discuter au sujet de l’historiographie et de la légende entourant ce personnage qui, on se le rappelle, avait été encagée en punition du meurtre de son mari en 1763. Et, toujours selon Catherine, c’est notre discussion qui lui a planté l’idée de prendre le relais et d’écrire ce livre d’elle-même, accompagnée de son partenaire, Dave, un Corriveau lui aussi...

Les auteurs avec la présumée cage de la Corriveau
Photo : Joseph Gagné, 2013
Je suis franchement heureux que ça soit eux qui ont se sont donné le devoir de dépoussiérer et de compléter l’histoire de Marie-Josephte Corriveau, dite la Corriveau. Parler de cette dernière prend des auteurs particulièrement habiles : après tout, on peut se perdre dans les méandres de cette histoire avec ses nombreux personnages et les nombreux témoignages conflictuels. Même les historiens les plus aguerris doivent procéder à plusieurs relectures minutieuses d’études précédentes pour bien comprendre le déroulement du procès de Marie-Josephte. Pourtant, avec finesse et élégance, Catherine Ferland et Dave Corriveau ont très bien su relever le défi. Ils dressent justement un portrait clair et précis des événements en évitant le piège de mélanger leurs lecteurs. Ce n’était pas une tâche facile. Je le répète, les faits et les témoignages de l’incident sont compliqués et tordus.

S’aventurant entre une étude historique, ethnologique et anthropologique, les deux auteurs ont pourtant triomphé en produisant ce qui sera probablement à jamais connue comme l’étude définitive sur la Corriveau, son histoire et son influence sur l’imaginaire canadienne-française. Avec sa lecture agréable et naturelle, le livre comprend d’ailleurs une plaisante collection iconographique qui vient complémenter le texte.
Bien que les auteurs et l’éditeur aient cherché à faire paraître ce livre avant la fin de 2013 afin de souligner le 250e anniversaire du destin tragique de Marie-Josephte, la qualité de cet ouvrage compense amplement pour sa sortie « tardive ». Bien qu’à saveur plus scientifique, ce livre saura captiver tant le public savant que général.

Le livre est divisé en deux parties. La première reprend les faits derrière la vraie histoire de la célèbre « meurtrière ». Tout en reprenant l’historiographie scientifique développée depuis la découverte des documents du procès dans les années 1940 (voir ce lien pour les lire), Ferland et Corriveau ont déterré de nouveaux détails importants de cette histoire.

La seconde partie du livre se penche sur la « construction de la légende de la Corriveau ainsi qu’à son singulier retentissement dans la mémoire collective et au niveau patrimonial. » (p. 23) Partant des premiers écrits inspirés par la découverte de la cage vers 1851 jusqu’aux plus récentes incarnations médiatiques de la légende de la Corriveau, Ferland et Corriveau font un ample tour de table qui nous permet de comprendre comment chaque génération à su s’approprier cette légende à sa façon. Évoluant du simple conte à faire peur pour devenir entre autres un symbole féministe et une incarnation d’un peuple en mal de liberté, jamais Marie-Josephte n’aurait cru que son destin serait ainsi revendiqué et imputé à autant de causes…

Notons qu’une telle étude scientifique, qui fait l’analyse rigoureuse de l’histoire de la Corriveau sous tous ses angles objectifs, risquerait de dérober au lecteur une part de l’aura de mystère et de macabre traditionnellement imputée à cette légende… Et pourtant non, d’autant plus que les deux compositions incluses en annexe par les auteurs ne font que réaffirmer que nous avons toujours raison de frissonner à la penser de cette cage accrochée du haut de son support, grinçant dans le vent… ou est-ce plutôt le son d’une lamentation fantôme d’une victime de son temps, nous appelant de l’au-delà?...


15 February 2014

Shedding Light on a New France Monster

Is  a mysterious creature lurking in Lake Champlain?
(Photo: Joseph Gagné 2011)
Ever since I was a kid, I’ve always had a particular fascination for lake monsters. Even though nowadays I highly doubt their existence, their social and folkloric impact still peaks my curiosity. After all, who doesn’t like the idea of a legendary creature lurking just underneath the surface of your favourite fishing hole? If you ask me, lake monsters hold sway in man’s imagination as the embodiment of the mystery in life, as well as the thrill of potential discovery...

The infamous Mansi photograph
Probably the second most famous lake monster in the world after the Loch Ness Monster is Champ, or Champy, from Lake Champlain. Even though Champ has undergone numerous transformations in the public’s psyche throughout the years, from a giant eel-like creature to an actual “sea serpent”, his current iteration has been cemented as looking like a modern-day plesiosaur thanks to the infamous Mansi photograph.

So why am I bringing up Champ in a blog about New France?

Well, it turns out that those who wish to legitimize the existence of a monster in Lake Champlain have been, for years, quoting the writings of Samuel de Champlain. According to them, Champlain was the first European to ever set eyes on the said creature. Some newspapers in the past have been known to claim this as well; this was the case of the Ticonderoga Sentinel who wrote in 1929 that the lake’s namesake had seen a twelve-foot long creature “with a hide so tough that a poniard [poignard/dagger] was broken in attempt to spear him”. But the most famous version of Champlain’s encounter with the beastie has been spread by Marjorie Porter’s 1970 article, "The Champlain Monster", published in Vermont Life. According to Porter, Champlain had witnessed a “serpent-like creature about twenty-feet long, as thick through [sic] as a barrel and with a head shaped like a horse”.

But did Champlain really write anything about such a creature?

Any scholar of Samuel de Champlain’s writings will giggle a bit and then promptly say, “No.” Sadly, the media just reproduced portions of Porter’s writing without critical analysis. Those who did sound the sceptical alarm were simply muffled by the excitement.

To which I would direct the reader to Robert E. Bartholomew’s excellent book The Untold Story of Champ.A Social History of American’s Loch Ness Monster. As the title suggests, Bartholomew sheds light not on the actual creature’s identity itself, but on the public fascination with the Champ throughout the centuries. From the monster’s first media appearance through to the infamous Mansi photograph story, the reader will enjoy a tread through the history behind the “sightings”. And sure enough, the first “true” account of Champ is not found in the XVIth century, but in 1808.

As Bartholomew points out, a quick read through Champlain’s works (easily available online in French or English, and recently reedited in French by Éric Thierry) reveals that the scariest thing Champlain ever describes in the lake is a longnose gar. Sadly, the explorer does not mention anything near the monster he had purportedly described.

Still, as skeptical as I am of the existence of Champ, I still enjoy the wonderful scenery of the lake and its mountains when I’m visiting French forts in the area. And I keep a particularly sharp watch on the surface of the water, just in case...


31 October 2013

Joyeuse Halloween!



Joyeuse Halloween à tous ceux et celles qui lisent mon blogue! J'aimerais m'excuser: je voulais vraiment vous écrire un blogue sur les histoires de fantômes de la Nouvelle-France, mais je suis vraiment dans le jus: j'ai deux travaux à remettre pour mes séminaires doctoraux, un atelier de paléographie à préparer, des articles à écrire pour ci et pour ça, bref... J'espère me faire pardonner en vous donnant quand-même l'image que j'ai "photoshoppé" pour l'occasion à partir du dessin original de Dirk Gringhuis, parut originalement dans son livre Were-Wolves and Will-O-The-Wisps: French Tales of Mackinac Retold (Mackinac Island, Michigan, Mackinac State Historic Parks, 1974. 105 p.). 
Entretemps, je vous partage le lien à l'émission de radio à Catherine Ferland du samedi dernier où j'ai eu l'occasion à nouveau de parler de lycanthropie dans un cadre colonial : http://cferland.wordpress.com/tu-parles-dune-histoire/emission-du-26-octobre-2013-halloween/
Ne mangez pas trop de friandises!

19 August 2013

Pilori vs Carcan

Photo: Cathrine Davis 2012

Je fouillais parmi mes vieilles photos des Fêtes de la Nouvelle-France des années passées, lorsque je suis tombé sur celle ci-dessus. Cela m’a fait rappeler que la plupart des gens se trompent entre le carcan et le pilori. Voici deux définitions que j’ai préparées pour un projet personnel (préparées entre autres grâce au Dictionnaire de l'Académie françoise, Quatrième édition, 1762.) :

Pilori
Instrument de punition utilisé pour exposer un criminel à l’humiliation publique. Habituellement composé de planches horizontales avec trois trous qu’on fixe de sorte à immobiliser les mains et la tête du condamné. Souvent confondu avec le Carcan. [Comme l'auteur ci-haut!]

Carcan
Instrument de punition composé d’un anneau de fer, qu’on fixe autour du cou, attaché à un poteau par une chaîne. La mise au carcan peut être accompagnée du port d’un écriteau où est inscrit la nature du délit. La personne châtiée est ainsi exposée à l’humiliation habituellement dans un endroit publique, comme le marché. Souvent confondu avec le Pilori. [Comme ci-dessous]

Carcan. Source: Gallica


03 April 2013

La Corriveau ressuscitera sous peu!

Deux très bons amis, Catherine Ferland et Dave Corriveau, préparent un nouveau livre sur La Corriveau.  Voici un avant-goût!

30 March 2013

Alligator = Poisson [...]

Montage: Joseph Gagné

Sans blague : cette semaine, on apprend que l'Église catholique vient d'ajouter l'alligator à sa liste d'animaux qu'elle considère comme étant des poissons. 
Pour comprendre (à peine…), il faut se rappeler qu’en Nouvelle-France, les catholiques observent 145 jours de jeûne. C'est-à-dire qu’ils ne peuvent manger qu’un repas à midi et doivent s’abstenir de consommer de la viande. En plus du carême (les 40 jours qui précèdent Pâques) et d’autres fêtes religieuses, chaque vendredi fait l’objet de cette observation. Toutefois, l’habitant a la permission de manger du poisson. Ceci explique d’ailleurs l’importance de la pêche commerciale en Nouvelle-France.
Cependant, la restriction sur la consommation de viande n’incommode pas tout le monde : alors que certains en font fi tout simplement (bien que des punitions existent), d’autres trouvent des prétextes plutôt amusantes pour détourner l’interdit. Depuis le Moyen âge, certains affirment que le castor ne serait pas une viande interdite vu son origine aquatique. En effet, Monseigneur Laval confie la question identitaire de ce rongeur aux théologiens de Sorbonne. Leur conclusion? Le castor est classé comme poisson selon la « logique » que l’animal passe la grande partie de sa vie dans l’eau et que sa queue est recouverte d’écailles! C’est une classification qui fera sans doute pâlir un futur Carl von Linné…
De plus, le castor n’est pas le dernier animal à être ainsi classé : le rat musqué sera particulièrement apprécié dans le Pays des Illinois. Toujours aujourd’hui, on peut en retrouver en vente dans certains restaurants de l’état des Illinois (il s’agit de s’habituer au goût, selon les dires…).
La Nouvelle-France n’est pas la seule colonie à tricher de la sorte : le capybara, le plus gros rongeur au monde, devient lui aussi un « poisson » au profit des catholiques sud-américains.
Alors que le concile Vatican II (1962-1965) abolit la plupart des prescriptions de jeûne dans la théologie catholique, il est curieux de constater qu’elle ne rectifie pas ses connaissances taxonomiques… Revenant donc à nos alligators— euh… moutons, nous avons été surpris d’apprendre qu’en 2010 le restaurateur Jay Nix de La Nouvelle-Orléans avait écrit à son archidiocèse pour savoir si l’alligator était également inclus dans la famille des poissons. La réponse de l’archevêque Gregory M. Aymond? « Yes, the alligator's considered in the fish family, and I agree with you — God has created a magnificent creature that is important to the state of Louisiana, and it is considered seafood »
Pour vous mettre l'eau à la bouche, voici quelques photos et un vidéo de mon voyage l'an dernier en Louisiane! (Ah, et j'oubliais : l'alligator, c'est délicieux! De préférence dans un sandwich Po-boy!)


Sources et lectures suggérées:
  • ANTOLINI, Tina. « Forget Fish Fridays: In Louisiana, Gator Is On The Lenten Menu ». NPR, 25 mars 2013. Lien.
  • AUDET, Bernard. Se nourrir au quotidien en Nouvelle-France, Québec, GID, 2001. pp. 262-272.
  • MARCHAND, Philippe. Ghost Empire: How the French Almost Conquered North America. McClelland & Stewart, 2006. 464 p. 
  • TANNENBAUM, Kiri. « Catholic Archbishop Declares Alligator Seafood for Lent », Delish, 27 mars 2013. Lien.
Vidéo boni : Manger du rat musqué!