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28 September 2026

Comment bien s’informer sur l’histoire de la Nouvelle-France sur Internet, ou : Comment arrêter de consommer d̶e̶ ̶l̶a̶ ̶c̶o̶c̶h̶o̶n̶n̶e̶r̶i̶e n’importe quoi sur les réseaux sociaux


Ahhhh, l’Internet. Lieu de rassemblement des grands esprits, terrain de bonne entente et de médiation pour s’informer de sujets complexes et nuancés, et temple informatique de la connaissance qui ouvre la voie vers l’érudition de l’individu, peu importe sa position sur le globe ou sa situation sociale. Du moins, voilà ce qui était promis à l’aube du web au début des années 1990…

En réalité, depuis l’apparition des réseaux sociaux, l’internet s’est rapidement « emmerdifié » (terme dorénavant accepté en anglais depuis la publication de l’excellent livre Enshittification: Why Everything Suddenly Got Worse and What to Do About It par Cory Doctorow). En effet, la propagation d’information via « les Zinternets » n’est plus le domaine de quelques futés qui devaient nécessairement connaître les rudiments du HTML ou de la programmation, et non plus est-elle (plus important encore) le domaine d’institutions dotées d’éditeurs pour valider la qualité du contenu des sites web.

Au lieu, depuis l’apparition des Facebook, Twitter (je refuse toujours de l’appeler X), et YouTube de ce monde, il ne suffit plus que de posséder un téléphone intelligent et zéro aptitude informatique pour participer au plus grand babillard public de l’histoire de l’humanité. Le problème? La démocratisation du médium n’a pas été accompagnée par une augmentation proportionnelle de la qualité du message, bien au contraire.

Citons Umberto Eco qui, en 2015, s’exprimait ainsi aux journalistes (traduction de l’Italien à l’aide de Google) : « Les réseaux sociaux donnent la parole à des légions d’imbéciles qui, autrefois, ne s’exprimaient qu’au bistrot du coin après un verre de vin, sans nuire à la communauté. On les faisait rapidement taire, alors qu’aujourd’hui, ils jouissent du même droit à la parole qu’un prix Nobel. C’est l’invasion des imbéciles. »

Pour ma part, sans nécessairement utiliser le vocabulaire du célèbre intellectuel italien (après tout, on n’attire pas les mouches avec du vinaigre), je ne peux que confirmer que l’internet est devenu l’apanage des gens dont les propos ne survivraient pas à l’évaluation d’un éditeur professionnel. Grâce au web, ces mêmes gens ont libre cours pour écrire n’importe quoi, n’importe comment, sans être aucunement tenue à respecter une rigueur intellectuelle quelconque outre l’idée du « si je le dis, c’est que c’est vrai ». Injectez à ce mélange déjà douteux les hallucinations de l’IA, et vous vous trouvez donc dans une véritable jungle de désinformation. Comment donc retrouver un minimum de qualité dans notre cyberespace moderne où pullulent les « Fake News »?

D’abord et avant tout, oublions l’idée de faire taire les auteurs de médiocrités. De toute manière, la censure n’a jamais été efficace et mène toujours à l’effet opposé. (D’ailleurs, cela fonctionne dans les deux sens politiques : moi-même, j’admets avoir acheté des livres bannis aux États-Unis tout simplement parce que je refuse d’accepter la réapparition de l’Index sous une forme ou une autre.) Non : le meilleur moyen de combattre de mauvaises idées est de s’armer de bonnes et de meilleures idées. Mais cela, c’est le travail d’auteurs affiliés au milieu historique professionnel. Plus important encore, pour vous chers lecteurs et lectrices, il vous importe de vous prémunir contre les faussetés en développant un esprit critique. Ce qui suit est donc un très (très) bref cours d’autodéfense intellectuel pour tout amateur ou amatrice d’histoire qui veut s’assurer de lire que de l’information de qualité sur l’histoire de la Nouvelle-France sur Internet.

Les ABC de la pensée critique de lecture


A, pour auteur :

D’abord et avant tout, qui est l’auteur de ce que vous lisez? Se cache-t-il ou elle derrière un pseudonyme? A beau mentir qui refuse de s’identifier…

Même si l’auteur s’identifie, que sont ses qualifications? Cette personne écrit-elle simplement comme passe-temps? On peut être amateur d’histoire, cela ne garantit pas que cette passion est accompagnée de rigueur… Il est plus facile alors de faire confiance à quelqu’un qui a une formation dans un domaine associé, comme l’histoire, l’archéologie, l’ethnologie, ou un autre domaine d’études pertinent.

Cette personne est-elle associée à une institution de renom? Et je souligne bel et bien de renom : il existe de nombreux musées amateurs et de pseudo-institutions privées qui ne bénéficient d’aucune surveillance professionnelle... Un auteur affilié avec un musée ou un centre de recherche renommé est donc doté d’une belle carte d’affaires signifiant que cette personne a déjà été embauchée pour son sérieux et son professionnalisme.

Si vous sentez que je suis injuste en insistant énormément sur les formations professionnelles, je vous assure que, même si un auteur n’est pas un professionnel, il est tout à fait possible que celui-ci soit tout de même reconnu et recommandé justement par les professionnels. Le regretté René Chartrand est un excellent exemple d’un chercheur qui n’a jamais obtenu de diplôme universitaire, mais dont le travail rigoureux est toujours loué par les historiens professionnels. Il faut juste creuser un peu pour s’informer sur la réputation de l’auteur.

S’il n’y a pas d’auteur et qu’on indique que l’information fut générée par l’IA, mieux vaut considérer l’entièreté du texte comme étant suspecte. Ne soyez pas leurrés par l’illusion de compétence : l’IA n’est pas omnipotente. C’est une machine à plagier et elle reprend souvent des faussetés qui sont statistiquement plus répandues que les faits vérifiés. Pour ma part, je vous assure n’avoir jamais trouvé de texte généré par IA m’ayant satisfait sur un sujet avec lequel je suis à l’aise.

B, pour la base de diffusion (l’identité de la plateforme, bref) :

Le médium est le message : est-ce un billet Facebook? Un tweet? Un reel? Un vidéo YouTube? Les réseaux sociaux sont des terreaux fertiles de billets souvent composés rapidement sans grande réflexion (et, encore une fois, de plus en plus créés par l’IA). Si un billet en particulier vous intéresse et capte votre attention, cherchez à valider et approfondir son sujet en consultant des articles scientifiques ou des livres qui en parlent. D’ailleurs, comme francophones, nous sommes choyés : nous avons moins tendance que les anglophones à isoler la recherche professionnelle derrière des murs payants sur le web. Érudit est un excellent exemple de plateforme à articles scientifiques disponibles à tous.

Néanmoins, même si vous achetez un livre au lieu de vous fier à l’Internet, cela ne veut pas nécessairement dire que la qualité est au rendez-vous… Posez-vous donc ces questions :

  • La maison d’édition de l’ouvrage se spécialise-t-elle en histoire?
  • La maison d’édition a-t-elle reçu des prix de reconnaissance pour ses livres publiés?
  • L’information risque-t-elle d’être périmée? Après tout, les livres usagés achetés en magasin ou consultés sur internet peuvent avoir été publiés il y a très longtemps; aussi intéressants soient-ils, leurs sujets ont sans doute fait l’objet de nouvelles études depuis. (L’exemple classique et pérenne qui revient toujours : Montcalm, le supposé incompétent qui a causé la perte de la Nouvelle-France. Au lieu de ses vieilles biographies datant du siècle dernier, lisez à son sujet de plus récentes biographies, comme celle par Dave Noël, qui exploitent de nouvelles sources et en font une bonne lecture critique et posée.)

Pas certain si un livre vaut votre attention? Sachez qu’il existe très probablement des comptes-rendus professionnels à son sujet. Une bonne place pour en trouver est, encore une fois, la plateforme Érudit : à partir de sa recherche avancée, vous pouvez filtrer les résultats en isolant les comptes rendus seulement. (Voici l’exemple d’un recensement que j’ai moi-même écrit.)

C, pour censure supposée :

Le billet Facebook ou le vidéo YouTube que vous consultez contient-il un titre accrocheur du genre « Ce que les historiens vous cachent! » ou encore « Il faudrait ignorer ce que les experts disent! Ils ne savent pas de quoi ils parlent! » Eh bien, méfiez-vous des clichés attaquant les gens au lieu des idées (particulièrement si l’auteur ne se gêne pas d’inclure des interjections de la sorte : « Les historiens sont pleins de m@rde…! Laissez-moi au lieu vous raconter la véritable vérité sacro-sainte! »).

En effet, on croise souvent sur les réseaux sociaux des accusations de censure politique contre les historiens professionnels et autres experts, les accusant souvent par la même occasion d’être de gros riches qui écrivent n’importe quoi pour se remplir les poches ou pour nous enfoncer le politically correct dans nos gorges (« Gang de Wokes! »).

Je vous assure, la très grande majorité des historiens n’ont pas de programme secret outre un honnête intérêt pour leur sujet, et ils ne sont certainement pas riches. À preuve : mon premier livre se vend à 24,95$. Sur ce montant, je ne touche que 2,50$ par copie. En tout, la première impression du livre représentait environ 700 copies seulement. Faites le calcul! Sans oublier que le montant de mon chèque annuel dépend des ventes; pire, si mon profit annuel ne dépasse pas 50$ (comme l’an passé!), je ne reçois même pas mon chèque pour l’année! Je dois attendre que le montant atteigne le seuil minimum. Par la même occasion, je rappelle que nos articles scientifiques publiés nous rapportent un beau gros 0$ malgré les mois de travail qui y ont été consacrés. Bienvenus dans le monde de l’autoflagellation académique! Beaucoup d’effort, peu de retours financiers. C’est pourquoi, croyez-le ou non, que la majorité des historiens publiés ont des boulots alimentaires.

Mais justement, pourquoi se fier aux historiens et autres professionnels au lieu de monsieur ou madame tout le monde qui choisit d’écrire sur les réseaux sociaux? Eh bien, c’est parce que, contrairement à une certaine idée véhiculée par les langues médisantes anti-intellectuelles, nos recherches ne sont pas de vulgaires sermons du haut d’une tour d’ivoire. Nos recherches passent par une révision rigoureuse par les pairs. Rigoureuse, oui, et parfois douloureuse : je vous assure que se faire refuser la publication d’un article fait mal, très mal à l’égo. (Tiens, justement, j’ai présentement sous la main un de mes plus récents articles qui vient d’être rejeté à deux reprises, car il n’était pas à la hauteur des critères des journaux scientifiques chez qui je l’ai soumis.) Toutefois, c’est le prix à payer pour la qualité : nos travaux sont relus par d’autres professionnels, non pour assurer une uniformité de pensée, mais pour contrôler la qualité du travail. Y a-t-il des sources que l’auteur a manquées? L’auteur a-t-il été suffisamment objectif? Y a-t-il des erreurs accidentelles? Etc. C’est un processus qui peut parfois prendre des mois, même des années à passer à travers. Est-ce un processus parfait? Certainement pas. Néanmoins, cette rigueur permet tout de même de minimiser l’empreinte des mauvaises idées. Nous sommes donc bien loin des publications sur les réseaux sociaux sans relecture, correction, ni évaluation qui pullulent et polluent l’Internet.

En somme, les historiens professionnels ne sont pas des curés imbus de « la » vérité (V majuscule) du haut de leur chaire : au contraire, ils creusent, fouillent, cherchent, résonnent, et dégagent la meilleure compréhension possible du passé, selon les moyens disponibles au moment de la rédaction. D’ailleurs, si vous voulez goûter à l’expérience d’être historien, je vous recommande chaleureusement la lecture du plus récent livre de Martin Pâquet, Sur la pratique de l’histoire [Montréal, Boréal, 2026. 207 p.]

D, pour la documentation, ou la démonstration des sources :

Parlant de rigueur historique, la personne que vous lisez accompagne-t-elle son texte de références? Les références démontrent que ce qui est raconté n’est pas inventé de toutes pièces. Elles illustrent qu’un travail de recherche a été fait. Néanmoins, même avec des sources à l’appui, sont-elles nombreuses (sur plusieurs pages) et en est-ce des bonnes? Cherchez donc les livres aux bibliographies garnies et démontrant une variété de types de documents (sources d’archives, livres, articles scientifiques, etc.).

E, pour les émotions véhiculées : vise-t-on réellement à informer, ou plutôt à choquer?

La viralité sur l’Internet carbure sur l’émotion, et surtout l’émotion négative. Remarquez d’ailleurs que les vidéos choquantes se font partager beaucoup plus fréquemment que les capsules plus joyeuses. Le même phénomène se cache derrière la plupart des informations glanées sur les réseaux sociaux au sujet de la Nouvelle-France. Le plus souvent, on cherche à propager une émotion plutôt qu’un fait. Certainement, je ne cherche pas à dire qu’on ne peut pas ressentir des émotions en s’informant sur le passé — c’est bien normal, après tout! Je suis le premier à admettre que je peux m’émouvoir par moments pendant mes propres recherches.

Néanmoins, le contenu de l’internet est souvent présenté expressément pour choquer, tout simplement, sans nécessairement informer, le tout dans le but de s’attirer des cliques. Même si on parle de sujets sensibles, comme la déportation des Acadiens ou les plaines d’Abraham, ce type de sujet risque d’être récupéré dans un contenu sensationnaliste. Ces genres de billets et de vidéos représentent, métaphoriquement, des calories vides : on s’émoie, on se choque, mais à la fin, sommes-nous plus informés sur le sujet? Au contraire, ce genre de contenu pose plutôt un risque de s’embourber dans des raccourcis téléologiques, des sur-simplifications, des omissions et combiens d’autres difformations historiques. La triste réalité est qu’un contenu rédigé d’abord pour stimuler une émotion va par la même occasion souvent négliger la qualité du contenu, plaçant les émotions devant les faits. Posez-vous donc ce genre de question en lisant ou consommant ce type de contenu sur les réseaux sociaux : est-on plus préoccupé à me faire sentir une émotion plutôt que de m’informer d’un fait?

Ceci est particulièrement vrai face aux contenus à saveur nationalistes, par exemple, peu importe si vous êtes souverainiste ou non. D’ailleurs, si un contenu reprend votre position politique, religieuse ou philosophique, soyez doublement méfiant : avant de croire une certitude, il est toujours bon d’en douter d’abord. Votre position en sortira que plus honnête encore. Pour reprendre l’exemple, il faut se souvenir qu’un contenu à saveur nationaliste est politique d’abord et avant tout, et la politique ne fait pas toujours bon ménage avec les faits et le contexte historique. Avant de gober du contenu prétendant, par exemple, que la Nouvelle-France était le « plus-meilleur-pays-du-monde » tout simplement « parce que », demandez-vous si ce genre de contenu est un tout petit peu caricatural… En règle générale, la sur-simplification d’une époque ou d’un événement est un signe avant-coureur d’une mauvaise maîtrise du sujet. La fétichisation de la Nouvelle-France comme un paradis perdu est tout aussi loufoque que de prétendre que notre passé colonial n’était qu’un enfer où tout n’était que vices et sévices.

Conclusion

En somme, ne consommez pas passivement. Ne gobez pas tout et rien sans discrimination. Surtout, soyez avertis et actifs dans votre quête de connaissances sur notre passé ou sur tout autre sujet.

Au fait, vous vous intéressez à la Nouvelle-France, mais ne savez pas trop où commencer? Sachez que la meilleure synthèse est :

  • Havard, Gilles, et Cécile Vidal. Histoire de l’Amérique française. Paris, Flammarion, 2014. 869 p.

N’oubliez pas mon autre site web, Nouvelle-France électronique, qui compile les sites web portant sur l’histoire du Régime français en Amérique.

Et surtout, n’oubliez pas que l’interprétation du passé n’est pas statique! L’avenir nous réserve encore de nombreuses surprises sur le passé. En avant!

12 March 2026

Plaidoyer contre l’utilisation de l’IA dans la recherche et la rédaction

(Cette image ne fut pas créée avec l'aide d'IA. -JG)

 « I don’t participate in my own murder. » Je ne participe pas à mon propre meurtre. Paroles glanées sur BlueSky, leur autrice anonyme décriait l’obsession de vouloir nous obliger à adopter l’intelligence artificielle dans notre quotidien professionnel. Je ne peux être qu’en accord avec cette dame. Dès les débuts de l’apparition de l’IA (quelque part entre les premiers mèmes de Will Smith mangeant un spaghetti et l’omniprésence de Copilote dans le moindre logiciel de Microsoft), je sentais déjà un profond malaise vis-à-vis cette technologie qui aujourd’hui menace de nombreuses professions. J’aimerais éclaircir ici mes réserves face à son intrusion dans nos vies.

Je vous fais fi des nombreux arguments déjà énumérés par des gens plus érudits que moi. Ceux-ci comprennent en premier lieu le fait indéniable que l’industrie de l’IA repose sur un socle fondé sur le vol intellectuel pour entraîner la machine. S’ajoutent à cela les entraves à la vie privée, et le montant extraordinaire de pollution, d’usurpation de réserves d’eau fraîche et de gaspillage énergétique taxant l’environnement déjà fragilisé par nos activités économiques. Et enfin, point sur lequel je m’arrime, plusieurs ont décrié le danger existentiel que pose l’IA en étant un accélérant aux Fake news.

Ce que je ressens aujourd’hui, nous l’avons pourtant vu venir. Mon profond malaise existentiel se fonde sur l’effacement de la ligne entre réalité et artifice. Ne nous faisons pas d’illusions : nous sommes rendus au-delà de l’ère de la post-vérité, nous entrons maintenant d’un pied ferme dans l’ère de la post-réalité, où le virtuel s’immisce dans le réel, oblitérant progressivement toute démarcation entre les deux. Je vous fais grâce des nombreux exemples d’abus de l’IA à des fins politiques, racistes et sexistes. Elles font déjà les manchettes. L’angoisse que je veux soulever ici est d’abord et avant tout celle vécue dans la salle de classe.

Il devient de plus en plus évident que nous ne formons plus des élèves; nous évaluons leurs prompts, tant et si bien que même si je pousse mes étudiants à me promettre de ne pas se servir d’IA dans leurs travaux, tous deviennent suspects. En effet, comment voulez-vous que je fasse confiance à mes étudiants? Au-delà du fond de leurs travaux, même la forme pose problème lorsque la qualité des textes devient louche… Dois-je conclure que mes étudiants gardent tous leur promesse de me rendre que leur travail brut, pondu sans l’aide d’IA, tout en ayant soudainement fait fit des tendances d’écritures que j’ai observées pendant mes années d’expérience d’enseignement avant l’apparition de ChatGPT? Même si un texte s’appuie sur une intervention minime de cette technologie, comment faire la part entre son auteur et la machine qui lui a craché des phrases sur son écran?

Dans tous les cas, ces textes artificiels ne sont pas le produit d’un génie humain, mais d’un brassage des probabilités que tel mot suive tel mot. Donc, comment juger la qualité d’un texte, même à contribution minime de l’IA, si je ne peux pas déterminer ce qui provient de l’auteur et ce qui provient d’une agglomération statistique (et très possiblement plagiaire) du hachoir informatique des connaissances humaines? Encore une fois, tout est dorénavant suspect dans les épreuves remises par mes étudiants, même de la part de ceux et celles qui n’auront pas du tout touché à l’IA — comment puis-je différencier le texte bien écrit d’une étudiante douée d’un texte artificiel pondu à la demande d’un étudiant médiocre? Je dois constamment résister l’impulsion de vouloir simplement tout rejeter, jusqu’à preuve du contraire qui pourra m’assurer que l’étudiant que j’évalue sait effectivement écrire et faire de la recherche.

Une précision s’impose : je souligne que je ne suis pas contre le progrès. Je rappelle aussi que le nom « IA » est un terme fourre-tout. Ainsi, je peux certainement apprécier des plateformes d’IA comme Transkribus pour accomplir des tâches chronophages comme la transcription automatisée de milliers de documents. Je ne critique donc pas l’utilisation de l’informatique pour accomplir des tâches ennuyeuses de compilation ou de transcription de masse (comme l’OCRisation ou, encore une fois, Transkribus). Ma hargne vise plutôt les systèmes autonomes et génératifs comme les ChatGPT de ce monde. Je rappelle encore une fois que l’IA générative, par sa nature même, fonctionne par le plagiat et l’usurpation de tâches intellectuelles d’humains, le résultat étant en sus souvent criblé d’hallucinations numériques.

Pour tous ceux qui pourraient m’accuser d’exagérer et de reprendre les vieux arguments critiquant l’invention de la calculatrice, je souligne que la comparaison est aussi ridicule que celle entre un vulgaire pétard et une bombe nucléaire. D’ailleurs, les « Brogrammeur » ou Tech bros de ce monde ont déjà avoués qu’ils veulent nous faire gaver leurs IA afin de paver la voie vers un monde huxleyen... Voilà déjà une raison existentielle pour résister, de tuer cette dystopie dans l’œuf.

De surcroît, j’ajoute une raison très pratico-pratique pour faire acte de refus : au-delà des implications philosophiques, politiques, économiques, éthiques, environnementales, légales, et quoi d’autre encore à l’échelle de la planète, la simple vérité est que même au niveau personnel, l’utilisation de l’IA demeure criblée de problèmes. Par exemple, si une image vaut mille mots, une image IA vaut mille maux: allant du plagiat à l’anachronisme, aux représentations étranges ou instrumentalisées, ces images sont problématiques. Imaginez : Noël dernier, même le « p’tit Jésus » n’était pas à l’abri de se retrouver avec pas deux, mais trois pieds dans le dépliant de la messe de minuit de la paroisse de Québec! Comme quoi, même l’Église catholique n’est pas au-dessus de la tentation de la paresse, pourtant l’un de ses sept péchés capitaux... Blague à part, cet exemple illustre que nous avons plus de facilité à reconnaître les défauts de l’IA dans l’iconographie qu’elle produit, alors qu’elle commet tout autant d’erreurs dans les textes qu’elle recrache aux usagers.

Plus important encore, la principale faille de vouloir minimiser l’impact de l’IA est qu’elle prétend que cette dernière est un outil d’écriture au service de l’étudiant. En réalité, c’est l’inverse : c’est plutôt l’étudiant qui est l’outil de l’IA — et un outil, cela n’a pas d’agentivité. En effet, l’étudiant n’est pas en train de transposer ses idées sur un support; il se soumet à l’IA, l’aidant à peaufiner le texte recraché pour le rendre plus « humain », et de facto, aider la machine à s’entraîner et à s’améliorer pour passer complètement outre de l’étudiant à l’avenir (oui, les Microsoft et Google de vos appareils espionnent vos moindres frappes du clavier). Il est d’autant plus important de se rappeler aussi que l’IA est une sorte de renversement du parcours de l’hypothèse à la conclusion : logiquement, on rejoint une conclusion après avoir cogité et recherché afin de comprendre. Mais avec l’IA, on demande la conclusion avant même de comprendre, et souvent, sans même chercher à comprendre.

Ce ne sont donc pas les talents de l’étudiant qui se trouvent sur la page. L’étudiant est marginal dans la production du résultat invoqué par incantations « pomptiques ». Comble de l’ironie, la maladresse et le manque d’expérience de l’étudiant deviennent encore plus évidents à la lumière de ses ajustements au texte : combien de profs sont restés surpris à soudainement lire une phrase totalement bancale et boiteuse au milieu d’un texte autrement grammaticalement immaculé? L’inexpérience de l’étudiant est donc trahie par ses rares contributions honnêtes dans un texte autrement généré par la machine. À la fin, ce processus (ou manque de processus) n’encourage pas l’étudiant à exercer sa plume pour s’améliorer, mais à mieux cacher ses interventions, à s’effacer devant la machine, en somme, à abdiquer sa capacité de réfléchir et de s’épanouir, capacité passant forcément par l’effort et la pratique. Je rejette donc du revers de la main la prémisse que les professeurs doivent dorénavant aider les étudiants à bien se servir de l’IA dans la rédaction de leurs travaux tout simplement parce que « l’IA est ici pour rester »…

J’ai longtemps cherché les paroles pour exprimer cette méfiance que je ressens au fond de moi-même contre l’IA. Je les ai enfin trouvées, formulées à merveille par la politologue et essayiste Asma Mhalla (pour les temps qui courent, je recommande fortement d’accorder priorité à son livre et de le placer sur le dessus de votre pile de lecture) : 

« La métamorphose technologique redéfinit les verbes structurants de nos régimes de subjectivité. Penser, par exemple, relevait d’un processus actif : douter, formuler, bifurquer. Aujourd’hui, c’est cliquer. L’IA prend en charge l’effort intellectuel : elle trie, hiérarchise, recommande, visibilise certains récits, invisibilise d’autres savoirs. Le sujet pensant est atrophié. Il n’élabore plus, il consomme des contenus prêts à l’usage. » [Asma Mhalla, Cyberpunk : le nouveau système totalitaire, Paris, Seuil, 2025, p. 154.]

À la lumière de cette dure vérité, la question que nous devons nous poser est la suivante : qu’est-ce que l’éducation universitaire et à quoi sert-elle? Dans un monde moderne, pressé, impulsif et superficiel comme le nôtre, où les corporations et les politiciens se font compétition pour nos moindres moments d’attention, il n’a jamais été aussi important de prendre le temps de ralentir, de ralentir et d’apprendre à réfléchir au lieu de simplement réagir. À l’image du « slow food » pour contrer la médiocrité du « fast-food », nous devons améliorer notre nutrition intellectuelle à l’aide de la « slow thinking », c’est-à-dire cultiver le processus délibéré de prendre le temps de réfléchir pour contrer les mauvaises idées. L’université se doit d’être l’endroit où développer ces aptitudes. La réflexion, après tout, n’est pas une activité naturelle, innée : c’est un talent qui requiert de l’entraînement, de l’effort et de la volonté. Pour ces raisons, je dis à mes étudiants que je me fiche de leurs résultats : je veux voir et sentir le processus derrière leur travail.

De surcroît, je crois très sincèrement que nous avons tort de penser que l’utilisation de l’IA nous épargne du temps, bien au contraire. En effet, tant qu’à passer notre temps à contre-vérifier ce que l’IA nous a recraché, autant effectuer le travail soi-même. D’ailleurs, est-ce vraiment épargner du temps si le temps supposément « épargné » fut retiré d’un apprentissage important ou d’une période de réflexion nécessaire? Encore une fois, ce n’est pas tant le résultat de la recherche qui compte, mais la méthode et le processus, et ceux-ci prennent du temps. Un chercheur porte bien son nom : il cherche. C’est le temps consacré à mener ses recherches qui est le médium de son excellence. C’est cet effort qui permet de tomber sur des sources inconnues et insoupçonnées; de facto, ces découvertes font brasser les idées et donnent naissance à de nouvelles avenues de réflexion; en suivant ces différents filons pour déterminer leur potentiel, on écarte les faiblesses de notre thèse et on accumule des bases solides. En somme, on fait ce que la machine ne sait pas faire : innover. Et l’innovation ne passe pas toujours par des raccourcis.

À défaut de pouvoir convaincre les étudiants de s’éloigner de l’IA, il faudra trouver moyen de les encadrer. Comment, je ne le sais pas encore; je caricature à peine en proposant un retour aux machines à écrire pour les éloigner de l’ordinateur… Autrement, nos étudiants devront se poser sincèrement la question : comment convaincrons-t-ils leurs futurs employeurs que leur baccalauréat, obtenu entièrement à l’aide d’IA, fera d’eux des candidats supérieurs par opposition à ceux tout frais sortis du secondaire, sachant « pitonner » tout aussi bien, sinon mieux qu’eux sur ChatGPT?

Alors que certains collègues s’avouent vaincus et abandonnent l’idée de confier à leurs étudiants des travaux de réflexion et de rédaction pour faire place à des examens et d’autres exercices misant sur l’apprentissage par cœur (et souvent oraux), j’y vois une sérieuse dérive : pour paraphraser Montaigne, le but du séjour universitaire des étudiants n’est pas de se retrouver avec une tête bien pleine, mais une tête bien faite. Nous devons trouver moyen de réconcilier les étudiants avec le monde physique des bibliothèques, des archives, du réseautage, de la recherche, de la méthode, de l’effort.

Enfin, loin de moi l’idée de dénoncer mes collègues qui, personnellement, adoptent l’IA de plein gré, y voyant au minimum un moyen de combattre le syndrome de la page blanche en y « puisant inspiration ». Toutefois, pour ma part, je refuse même de faire cela : je tiens à garder jalousement la fierté de ce que je produis. Et voilà peut-être mon dernier argument dans mon plaidoyer à mes étudiants : avez-vous si peu confiance en vos propres compétences et aptitudes que vous vous avouez immédiatement vaincu sans avoir essayé de vous améliorer? Je vous assure, dans le monde professionnel des sciences humaines, rien n’égale la fierté de tenir une publication entre ses mains, sachant que tu en es le créateur et qu’on l’aura trouvé assez important pour se mériter la dignité d’être imprimée et diffusée dans le monde. Voulez-vous vraiment concéder cette fierté à une machine?

En somme, l’IA générative ne contribue pas à l’éducation. Elle crée un simulacre d’éducation, un mirage d’impression d’avoir produit des connaissances et d’en avoir accumulé. Au risque du cliché, j’emprunte cette citation tirée du roman Dune de Frank Herbert : « Les hommes ont autrefois confié la pensée aux machines dans l’espoir de se libérer ainsi. Mais cela permit seulement à d’autres hommes de les réduire en esclavage, avec l’aide des machines. »  Chers étudiants, je vous lance un cri du cœur : n’abdiquez pas votre humanité à une machine, et votre capacité de penser à des psychopathes huxleyens. Vous êtes plus que la somme d’algorithmes et la proie de la cupidité des technofascistes de ce monde. Visez l’enrichissement de votre esprit plutôt que l’enrichissement des poches de brogrammeurs.

 

N.B. Si vous tenez à le savoir, ce texte m’aura pris 546 minutes à écrire et éditer.

03 October 2019

Colonial Horror Movies

Well before film, colonial horror was a
great setting in literature.

It’s that time of year again! The leaves are changing, the air is crisper, and my headphones are blaring the soundtrack to It’s the Great Pumpkin, Charlie Brown! Yes indeed, Halloween will soon be with us. Meaning that I have a lot of catching up to do watching spooky movies. There is, however, a genre of movies I feel is criminally underrated and not seen enough in theatres: colonial horror. It's barely surprising so few films belong to this genre: when thinking about period horror movies, Victorian Gothic horror is what comes to most people's minds (for example, who can forget Guillermo del Toro's haunting Crimson Peak?). Heck, we owe most of our classic movie monsters to Gothic horror: Dracula, Frankenstein's monster, etc. Yet, colonial horror can be just as captivating. There's just something that ads to the creepy atmosphere when a movie is set in the colonial period. After all, wasn’t H.P. Lovecraft himself one to constantly hark back to colonial days in his stories? (Speaking of literature, may I digress a moment and also suggest Graeme Davis’s anthology Colonial Horrors?)

After perusing my personal collection as well as the Internet Movie Database, here are all the colonial horror movies I could identify, in no particular order and with the exception of a handful of extra Salem and Sleepy Hollow movies. From the corny to the truly scary, I'm hoping this list is exhaustive. And of course, as is to be expected, historical accuracy is rarely a priority in these movies. Now, if you know of any titles I've missed, please let me know! That said, please note I might have expanded this list by a tiny bit to include a few movies I just couldn’t bear not to share.


Movies I've Watched:


Le Poil de la Bête (A Hair Raising Tale) (2010)


 

It's 1665 and criminal Joseph Côté, escaping from prison, stumbles on the corpse of a dead Jesuit. Disguising himself in the priest's clothing, he befriends a handful of settlers in some rural parish. Unbeknownst to him, werewolves are prowling about and his new friends look up to him for protection, believing him to be the famous werewolf-killer priest.

This movie is by far one of my favourite guilty pleasures: it isn't high art, some of the costumes look rented on a budget, the effects are sometimes laughably bad, and the origins of the werewolves are... questionable. Yet all the actors clearly know what movie they're in and they're obviously having a ball. And oh boy, if you're into terrible puns, this is the movie for you, doggone it! Considering the rarity  of movies set in New France (and quality--who can forget the mindbogglingly terrible Nouvelle-France?), this movie is a fun period monster movie that doesn't take itself seriously at all but delivers at being perfectly entertaining in the "so bad, it's good" department.

(IMDb link here).

Interview with the Vampire (1994)

This film is so well known, do I even need to explain the story at this point? Louis is a Creole plantation owner who has lost his lust for life after the death of his wife and child. One night, he is accosted by the vampire Lestat who offers him the choice to begin a new life as a vampire himself.

One if not the most well-known vampire movie, Interview is the piece that started the craze of making films from the blood-sucker's point of view. However, the first half of the movie always captivates me in how well it represents colonial Louisiana. Moody, dramatic, and beautifully shot, if you haven't seen this film yet, well, you suck (pun intended). 

(IMDb link here).

Sleepy Hollow(s) (1949, 2009 & 2013-2017)

Not strictly colonial per say, the story is nonetheless set in the early years of the United States and so it does carry over colonial vibes. And who doesn't like the story of Washington Irving's Headless Horseman? The two most well known cinematic versions of his book are the 1949 Disney animated feature and Tim Burton's 1999 total reimagining. 

The Disney animation is fairly faithful to the original tale of a schoolmaster frightened out of the town of Sleepy Hollow by his rival who, competing for the love of the daughter of a wealthy local, pranked him into believing the stories of a headless horseman. This adaptation gets bonus points for the narration by Bing Crosby. Also, be warned, if you're looking for the DVD, the feature is technically called The Adventures of Ichabod and Mr. Toad and features another animated short which, let's be honest, we all skip to get to the good stuff.

Burton's movie is a crazy blood-spattered ode to old Hammer films. That is, the story barely resembles the source material and revels in fun, over the top horror. In this version, Ichabod Crane is not a school teacher but rather a detective come to town to solve a series of murders. Little does he suspect that the supernatural is afoot...

Finally, the 2013 TV series has even less to do with the original tale, where Ichabod is an agent of the American Revolution who must travel to modern-day Sleepy Hollow to stop the Headless Horseman who happens to be... one of the four horsemen of the Apocalypse! Say what you will about the changes, but seing the Headless Horseman wield a machine gun in the pilot episode was pretty badass. Beyond the overarching narrative of the race to stop the end of the world, the series often follows a monster-of-the-week format that should please anyone who is into supernatural creature-features. I've only seen the first season so far, and so far so good.

(IMDb link here, here and here.)

The Witch (2015)

In my entire list, this is my favourite movie. To quote my previous review of this film, "Directed by Robert Eggers, The VVitch takes place in the early 17th century in the vicinity of an unnamed English colony (Jamestown? Plymouth? Take your pick). The story centers on a puritan family that decides to leave their town to strike out on their own in the wilderness. Headed by patriarch William, they settle in, believing they are following God’s will. Soon, however, something seems amiss... the cumulating crop failures, hunting accidents, and strange goings-on lead them to believe they are cursed by God... or is it something more sinister? Indeed, as each family member starts believing a witch is the cause of their woes, accusations run amok..."

For anyone interested in reading my in-depth, spoiler-free review, you can find it here. For our purposes in this list, suffice to quote this passage: "What makes this movie a true gem however is the care invested in establishing the historical setting. I can never hope to do a better historical commentary on this movie than Alexandra Montgomery’s review, Discovering Witches, over at the Junto. But, I will repeat what is being said all over the media: the main strength of this film is the director’s obsession with historical accuracy. The viewer’s anxiety and dread, as well as the efficacy of the witch as a terrifying antagonist, all depend on this fact and its resulting atmosphere oozing with superstition, fear, loneliness, and the unknown."

(IMDb link here)

The Crucible (1996)

Based on the 1953 play by Arthur Miller, the movie is a highly fictionalized account of the Salem witch trials of 1692. The movie is less an exploration of the history of the event rather than an exploration of how paranoia can disintegrate communal ties.

Originally written as an allegory for McCarthyism, the movie still stands as proof that horror doesn't always require the supernatural... 

(IMDb link here)

Le pacte des loups (Brotherhood of the Wolf) (2001)

I love hating this movie just as much as I hate loving it. This film is a full-fledged tricorne-wearing fantastical romp in crazy land:
  • Kung-fu wielding Iroquois? Check.
  • Matrix-style slo-mo action? Check.
  • A scantily-clad sexy Monica Bellucci? Check.
  • An awesome soundtrack by Joseph LoDuca? Check.
  • A crazy cool monster created by Jim Henson's creature shop? Double check.
The movie is (very) loosely based on the so-called Beast of Gévaudan's reign of terror between 1764-1767. The story follows Grégoire de Fronsac, the King's naturalist, recently back from New France. He is travelling with his Indigenous friend, Mani, to the French province of Gévaudan in hopes of solving the case of the mysterious savage killings of local peasants. The local authorities blame the deaths on a monstrous beast, meanwhile Fronsac, ever a man of the Enlightenment, is far from sharing their opinion...

I include this title in this list because of the loose (mostly factually incorrect) references to colonial history brought about by the two main characters. Speaking of which, the movie has no pretenses to accuracy whatsoever and 18th century stereotypes abound (so Historians be warned, please check your brains at the door). Nonetheless, the movie remains a fascinating mish-mash of so-bad-it's-good fun with honest, good film-making nonetheless sprinkled about. Think of it as an artsy, high-concept B-movie.

(IMDb link here)

Dark Shadows (2012)

Of course only Tim Burton could pull off having another movie on this list. For having spurned the love of witch Angélique Bouchard, Barnabas Collins is turned into a vampire and then buried alive. Centuries later, he is accidentally released in 1972 to discover his descendants are struggling with the family canning company. Despite being a vampire, Barnabas helps his dysfunctional family regain its former glory all the while running into a former foe...

Tenuously included in this list because the introduction is set in colonial Maine. Also, an extra point for Angélique Bouchard being, I presume, French-Canadian (a nice wink to neighbouring New France). More of a comedy and homage to the original TV series, the movie does suffer a lackluster second half that doesn't live up to the better crafted first half of the movie.

I give this movie 3 Johnny Depps out of 5.

(IMDb link here)

Hocus Pocus (1993)

In 1690s Salem, the Sanderson sisters are executed for using witchcraft to steal the youth from the village children. Three hundred years later, on Halloween night, Max Dennison unwittingly brings back the sisters from beyond the grave after lighting a magical candle. It's now up to Max, his little sister Dani, love-interest Allison, and talking black cat Thackary Binx to stop the Sanderson's sisters from putting a spell on the local children once more. 

This movie is my second guilty pleasure in this list. Yes, I know, I know, it's not "horror", per say, unless you count how obsessed this movie is with virginity. Infamously popular nowadays, it seems cliché to highlight just how much this movie is a delight. However, if you haven't seen this picture yet, let me share this anecdote: A few years ago, we were a few friends (historians, archaeologists, and history enthusiasts) gathered to watch the movie out of nostalgia. Obviously no one expected any historical accuracy from a Disney movie. Yet imagine our surprise when in the one scene where people would be expected to be wearing silly colonial costumes at a Halloween party, our jaws dropped to the floor over how perfect they were. Turns out, for the scene where Max and Dani meet up with Allison, the costumes were apparently recycled from 1988's Dangerous Liaisons. Shout out to Marie-Hélaine over at Mlle Canadienne for the trivia!

Bonus: Doug Jones delights in one of his earlier roles as zombie Billy Butcherson.

Double bonus: As soon as I see a leaf turn colour in late August, the soundtrack is my work jam.

(IMDb link here)

Pirates of the Caribbean: The Curse of the Black Pearl (2003)


Do I even bother explaining the plot? Pirates are hunting for treasure. In a twist, they're returning the treasure where they found it. Second twist: they're undead. Nuff said. 

Why the heck am I including this blockbuster in this list? Well, come on: Undead. Freaking. Pirates. Even though the franchise has overstayed its welcome long ago, we must still admire how unlikely it is that a movie like this was ever made in the first place. By the way, if you have 20 minutes to spare, swing over to Lindsay Ellis' channel and check out her amazing exploration of this very question. We also tend to forget how this movie was an amazing blend of swashbuckling action and spooky ghost story. To this day, I still get chills from Geoffrey Rush's telling of his captain's plight.

I give this movie 5 Johnny Depps out of 5.

(IMDb link here)

Ravenous (1999)

Second Lieutenant John Boyd is sent to winter in a remote outpost of the American army at the foot of the Sierra Nevada mountains. A veteran of the Mexican-American War, Boyd is struggling with... something... inside him. Barely arrived among the handful of other military rejects, he must join a rescue party to save what is left of a group of settlers possibly cannibalizing each other. Little does Boyd know he'll soon have more than his inner demons to fight with...

I'm sneaking this movie into the "colonial horror" genre because though technically taking place in the 19th century, the story's setting is when the United States were colonizing the west. I'm also using the shoe-horn argument that I can't think of any movie taking place during the Mexican-American War (1846-1848), a period that also deserves a bit more love. And, final argument, this movie has a special place in my heart and I try to promote it anytime I can. The first time I've ever watched this movie, my girlfriend bluntly said during the credits: "What the hell was that, and why did I love it?". Indeed, the movie defies classification: Is it horror or is it comedy? Is it action or is it drama? Is it a weird allegory where cannibalism stands in for Manifest Destiny? Who knows. This movie tightropes over so many genres that it doesn't fit anywhere and yet fits everywhere. Though it flopped at the box office, it's gained a cult following, even being recently released on Blu-ray. People who love this movie love it a lot. This must be gratifying for the crew considering the hell they went through filming this movie in Slovakia, the Czech Republic, and Mexico. Production was so troubled by studio meddling that director Antonia Bird was technically the third director hired on this movie! Yet, despite the hang-ups during filming and bad reception, we end up with a terrific, strange little gem of a movie. I didn't want to spoil much of the plot, suffice to say it is also infused with the legend of the Windigo, a figure of Algonquian oral culture. Cinema has since dragged the Windigo too far from its original roots in the fear of cannibalism and has turned it into a generic movie monster. [Edit: coincidentally, a few days after writing this review, I stumbled on this amazing breakdown of the Windigo legend.] Asides that, Guy Pierce is terrific as the cowardly Boyd, and Robert Carlyle is mesmerizing as Colqhoun. On a final note, the soundtrack by Michael Nyman and Damon Albarn is like nothing you've ever heard. Give this one a good watch, and hopefully you'll be hungry for more...



(IMDb link here)

Prey (2022)


Northern great plains, September 1719. A young Comanche woman and mean French fur traders squares off against Hollywood's favourite crab-faced alien big game hunter. I've recently reviewed this colonial-era monster movie here.
Easily the best addition to the Predator franchise since the original.

(IMDB link here)

Movies I Haven't Seen Yet

Lost Colony: The Legend of Roanoke/Wraiths of Roanoke (2007)

Quoting IMDB: "In the 1580's English colonists arrive in what was to become North Carolina and find supernatural terror."

You know your movie is top notch quality when you can't even settle on a title *sarcasm*. I'm dying to see how bad this movie is (no pun intended). But based on the trailer, it doesn't bode well... Here's to hoping it's in the so-bad-it's-good category.

(IMDb link here)


Ginger Snaps Back: The Beginning (2004)

The Fitzgerald sisters arrive at a remote trading post run by the Hudson's Bay, besieged by werewolves.

This is the second movie on this list to feature werewolves. A sequel to the original 2000 Ginger Snaps, the movie inexplicably has the same main characters but in a colonial setting. Can't wait to get my claws on this one and see how bad/good it is.

(IMDb link here)


Eyes of fire (1983)


Quoting IMDb once more: "A preacher is accused of adultery, and he and his followers are chased out of town. They become stranded in an isolated forest, which is haunted by the spirits of long dead Native Americans."

Can't say I've ever heard of this movie. But watching the trailer, it looks hilariously bad. And I would be remiss if I didn't point out that this movie seems to inject steroids into the Indian burial ground trope common in the 1980s.

UPDATE: I watched it and wrote a review! Read it here.

Bonus

Just like after a hefty meal, perhaps you need a little something sweet after all these movies. I present to you 1985's Garfield's Halloween Adventure, where Garfield faces off against ghost pirates. Folks, my love for Halloween movies would not exist without this gem from my childhood. To this day, I'm convinced I don't simply have a nostalgic sweet spot for this special but that's it's honestly the next best cartoon Halloween special after It's the Great Pumpkin, Charlie Brown! The music is great, the jokes actually hit the mark, and dare I say, those pirates actually are creepier than many horror movies today, thanks in large part to C. Lindsay Workman's vocal performance as the Old Man. Truth be told, the only movie this short reminds me of is John Carpenter's The Fog, both sharing a maritime ghost story vibe. On that note, Happy Halloween to you all!


17 April 2018

Siège de Québec à l'émission "Points de repères"

 On sent une certaine inspiration d'Assassin's Creed…

Il y a quelques semaines, l’émission Points de repères diffusait un épisode sur le siège de Québec. Un ami français m’a généreusement prêté une copie à écouter (puisque je ne n’ai pas trouvé manière de l’écouter ici au Canada). M’ayant demandé mon opinion, j’ai décidé de lui répondre directement sur mon blogue afin de la partager avec mon lectorat aussi.

 Comme d'habitude, les pauvres Amérindiens semblent
tous souffrir d'une courbature de la colonne vertébrale…
Arthrite précoce? Ou le poids des stéréotypes?

J’admets que j’ai adoré le traitement très stylisé du sujet. Au lieu de s’embourber dans les détails des costumes et de l’environnement, les réalisateurs utilisent des animations rappelant d’une part un spectacle d’ombres chinoises et de l’autre, Assassin’s Creed. Si l’idée d’épurer et distiller les événements pour s’en tenir aux faits saillants me plaît au niveau de bonne vulgarisation, n’empêche que quelques maladresses se glissent. Voici, très brièvement, mes quelques critiques :

·         En intro, on présente la question de la campagne de Québec ainsi : « Un petit grain de sable va décider du sort de la Nouvelle-France… » Un petit grain de sable? C'est vraiment faire exprès d'ignorer les milliers de soldats impliqués dans cette guerre et les immenses efforts militaires, économiques et politiques des deux belligérants!
·         La trame schizophrénique porte à confusion… On introduit Jacques Cartier pour ensuite parler de George Washington et ensuite le siège de Québec, avant de recommencer le tout avec les Vikings… vous suivez? Ça aurait été plus intéressant de s’en tenir à une mise en situation plus brève pour passer plus de temps à contextualiser la guerre de Sept Ans. Sur ses 26 minutes, le documentaire gaspille énormément de temps sur les débuts de la colonie alors que son but est de parler de sa fin.
·         « L'hiver dure 5 mois. Les températures peuvent descendre en dessous de -40 degrés. » Pas faux. Toutefois, je m'amuse à imaginer la face horrifiée de tous ces Français à l'écoute qui s'imaginent mal « survivre » un tel climat!
·         Encore une fois, on évoque le fameux mythe du Canadien, « pas tout à fait Français ». En réalité, le Canadien est tout aussi Français que ne l’est le Breton, le Normand, le Parisien. D’ailleurs, au seuil de la Conquête, jamais n’a-t-il été aussi semblable que ses confrères métropolitains.
·         Point boni : avoir mentionné la variété de cultures amérindiennes.
·         Point retiré : généralisation de la société égalitaire chez les Amérindiens. Il y a tout de même des nuances et des exceptions importantes entre nations.
·         Le terme « coureur des bois » n'est plus aussi important au 18e siècle qu'il ne l'était au 17e. Le documentaire se confond avec les Voyageurs. D'ailleurs, ils ne « courent » pas littéralement les bois comme illustrés ici. On fait plutôt référence à leur statut d’homme libres. Je simplifie énormément, mais j’en profite pour insérer une bonne « plogue » et vous inviter à lire Histoire des coureurs de bois de Gilles Havard à ce sujet.
·         Le drapeau britannique est schizophrénique : tantôt c'est le bon drapeau pour 1759, tantôt c'est le drapeau d’aujourd’hui.
·         On tombe encore une fois dans le piège de traiter de la petite guerre comme étant une invention purement nord-américaine. En réalité, elle est utilisée en Europe (même Montcalm s'en est servi pendant la guerre de la Succession d'Autriche (1740-1748)!). De plus, en l'attribuant seulement aux Canadiens, le documentaire néglige de mentionner les nombreuses compagnies de Rangers au service de l'Armée ennemie. Pensez Robert Rogers!
·         Point boni : mention de l'importance de la marine dans ce conflit.
·         Encore une fois, Montcalm n'a pas à se faire donner de leçons sur la petite guerre : il comprend c'est quoi et possède de l'expérience!
·         Les miliciens ne sont pas aussi redoutables que le suppose le documentaire : ils sont surtout une masse importante de main d'œuvre plutôt que de réels combattants.
·         Je ne suis pas spécialiste de la Marine, mais je serais curieux de demander à un spécialiste son avis sur le segment à ce sujet.
·         *Sniff* Une larme pour Saunders, négligé au profit de Wolfe raclant toute la gloire de la remontée du Saint-Laurent.
·         Oh ho, grossière présupposition… le documentaire déclare que si Montcalm s'en était tenu à la petite guerre, la Nouvelle-France aurait survécu. Décevante conclusion, puisque de 1) Montcalm a bien su défendre la colonie avec les moyens à sa disposition. 2) Le rouleau compresseur démographique des Colonies anglaises et de l'armée britannique aurait pris le dessus éventuellement. Sans aller plus en détails, on pourrait même dire que n'était-ce de l'adoption des tactiques et de l'expérience européenne à Carillon et à Québec, la colonie aurait été prise beaucoup plus tôt. Bref, l’utilisation de la « guerre à l’européenne » n’était pas imposée à cause d’une préférence subjective, mais par nécessité.
·         Minute… les Canadiens doivent dorénavant parler anglais et devenir protestants? Quelqu'un a oublié de le mentionner à Amherst lorsqu’il approuve les articles de capitulation de Montréal alors…
·         Le documentaire répète, en conclusion, le mythe comme quoi la guerre de Sept Ans est le premier conflit « mondial ». Pourtant, pour citer l'historien Jeremy Black,  : « cette affirmation ne prend pas en compte la portée de la lutte entre la Hollande et l’Espagne, au début du xvie siècle, qui s’était étendue de l’Europe à l’Amérique du Sud, de l’Afrique de l’Ouest à l’océan Indien ». (Jeremy Black, « La guerre de Sept Ans, un conflit mondial » dans Bertrand Fonck et Laurent Veyssière, dir. La fin de la Nouvelle-France, Paris, Armand Colin et Ministère de la Défense, 2013, p. 27.)

Bref, Points de repères fait une bonne tentative d’expliquer la campagne de Québec, mais s’embourbe un peu dans une historiographie traditionnelle et dépassée par les nouvelles études récentes.