01 December 2016

Grands personnages, petits moments...

Diorama « Le Chevalier de Lévis brûle ses drapeaux, 8 septembre 1760 »
Musée du Royal 22e Régiment, Citadelle de Québec.
Source: Wikipedia

Un de mes plus grands plaisirs lorsque je fais de la recherche dans les sources premières est de tomber sur des petits brins d’humanités.

Je m’explique.

Je travaille souvent avec la correspondance de personnages éminents de l’histoire canadienne-française. La société a élevé ces gens sur un piédestal de respect, de grandeur et franchement, de mythe. Prenons le chevalier de Lévis, par exemple. Le second de Montcalm, on le connaît comme celui qui a mené les Français à la victoire lors de la bataille de Sainte-Foy en 1760. La même année, il a refusé aux Britanniques la satisfaction de leur donner les honneurs de la guerre, optant plutôt de brûler les étendards français et cassant son épée. Ce sont là les ingrédients d’un culte de personnage historique : stoïque, borné, noble, Lévis est l’image même du héros de guerre.

Mais l’historien se méfie de partager ce même regard obnubilé de la mémoire populaire. Certes, Lévis et ses semblables ont porté des gestes dignes d’admiration, mais il ne faut pas oublier que ces héros de notre histoire nationale étaient des gens en chair et en os, non des demi-dieux dignes d’un panthéon romain.


Pourtant, rentrer dans l’intimité du vécu journalier de Lévis et ses frères d’armes peuvent parfois créer un paradoxe intéressant. D’une part, l’historien/ne déboulonne le mythe et le culte du personnage, mais de l’autre, il ou elle peut tout autant doubler d’admiration en découvrant des petits moments qui rendent ces mêmes personnages plus humains, plus rejoignables.

Je vous partage deux moments du genre au sujet de Lévis.

Le premier, une de mes anecdotes les plus amusantes à son sujet, lui arrive lorsqu’il mène une mission de reconnaissance sur une montagne du lac Champlain pour vérifier d’où est-ce que les Britanniques espionnaient le fort Carillon. Quelques jours plus tard, il dicte ce mot à l’intendant Bigot :
« Je ne vous écris pas de ma main, parce que, hier, j'ai été sur la montagne de l'autre côté de la rivière, vis-à-vis de notre camp, à l'endroit où sont venus les découvreurs ennemis; j'ai fait une chute je me suis foulé le poignet et j'ai été fort heureux de ne m'être pas cassé le col. » (Lévis à Bigot. Le 4 août 1756, dans H. R. Casgrain (dir.), Lettres du chevalier de Lévis concernant la guerre du Canada (1756-1760), Montréal, C. O. Beauchemin & Fils, 1889, p. 66.)
Quel délice mesquin que d’imaginer le pauvre Lévis, héros de nos livres d’histoire, piquer une méchante débarque, comme on dirait en bon canayen, l’ego meurtri plus que d’autre chose…

Nous avons aussi une petite fenêtre sur la façon qu’il percevait ses sous-officiers, du moins en ce qui concerne sa proche amitié avec un officier des troupes de la Marine, grâce à ces deux extraits :
« J'ai encore une autre grâce à vous demander qui est de vouloir bien accorder votre protection à M. de Fontbrune, capitaine réformé au régiment de la Marine. Il m'a suivi dans ce pays par amitié et par attachement; il m'est très utile; je lui ai bien des obligations. M. de Montcalm et moi demandons avec beaucoup d'instances à M. le marquis de Paulmy qu'il soit fait cette année chevalier de Saint-Louis; il mérite cette grâce par ses services. Je vous supplie d'avoir la bonté de lui en parler je serois bien satisfait si votre recommandation la lui procuroit. » (Lévis à Mme. de Mirepoix. À Montréal, le 24 septembre 1757, dans Casgrain (dir.), Lettres du chevalier de Lévis…, pp. 169-170.)
Malheureusement, cette grâce ne sera jamais accordée, comme l’explique Lévis :
« J'avois eu l'honneur de vous demander une augmentation d'appointements pour le sieur de Fontbrune, dans mes dernières lettres. Il est mort de maladie le mois dernier c'est une perte pour le service du Roi. Il étoit passé avec moi en Canada; je le regrette infiniment; il m'étoit attaché et je l'avois engagé de venir en Amérique. » (Lévis à Paulmy. Le 8 octobre 1757, dans Casgrain (dir.), Lettres du chevalier de Lévis…, p. 173.)
Comme quoi, même si ces braves héros de notre passé ont vécu entouré par la mort sur le champ de guerre, ils n’étaient pas moins soumis au deuil de la perte de proches.

Donc en rires ou en larmes, il est souvent possible de trouver matière à se rapprocher humainement de ces héros de la mémoire populaire, sans nécessairement faire abstraction de la rigueur historique.



13 October 2016

Sorcières en Nouvelle-France

J'ai eu le plaisir de lire un article au sujet d'une très bonne amie et collègue de l'Acadie, Stéphanie Pettigrew. Je vous invite à connaître son sujet de recherche en le lisant à votre tour à cette adresse: Une chercheuse bouscule les idées reçues sur la sorcellerie en Nouvelle-France.



05 October 2016

Source découverte en retard!

Les historiens ne sont pas omniscients, malheureusement. Il nous arrive de publier un ouvrage et de tomber sur une superbe source que nous avions raté. Voici une telle source que j'aurais vraiment voulu citer dans mon livre, Inconquis. Pour mes lecteurs qui ont lu le livre ou qui sont simplement curieux, je vous offre ici une superbe description du parcours de Louis Liénard de Beaujeu vers le village Sauks où il a passé l'hiver 1760-1761. L'extrait se trouve dans le livre de Jonathan Carver, Travels through the interior parts of North America, in the years 1766, 1767, and 1768, publié à Londres par C. Dilly et etc. en 1781, pp. 41-48:

28 September 2016

Un espion pendu

Voici une anecdote tirée de J.C.B. au sujet d'un espion qui est capturé juste avant la reddition de Montréal en 1760. Je dois double vérifier auprès d'autres sources dans l'optique de ma thèse de doctorat (surtout que J.C.B. n'était pas un témoin direct). Fascinant malgré tout!

Je cite ici une anecdote arrivée avant la prise de Montréal. Il y avait cinq jours que le général Murray était avec sa flotte monté de Québec et en présence où à la vue de Montréal; il attendait avec impatience l’armée du général Amherst lorsqu’il prit le parti de lui envoyer un espion qui était un Canadien, homme d’assez mauvaise figure et qui plus est contrefait, ce qui est contre l’ordinaire des habitants du pays généralement bien faits. Cet homme se présenta seul dans un petit canot au camp des Français établi à une demi· lieue de la ville; il s’arrêta à une tente, demanda à manger, fit plusieurs questions et entre autres s’informa de combien d’hommes l’armée française pouvait être composée; son air libre et ses questions donnèrent du soupçon aux soldats auxquels il s’adressa et comme ils ne le satisfirent pas, il passa à une autre tente où il ne fut pas plus satisfait, enfin il alla à une troisième où il fit les mêmes questions. Un soldat qui l’avait suivi par soupçon lui ayant entendu faire les mêmes demandes en avertit aussitôt son sergent qui interrogea cet homme qu’il ne trouva pas régulier dans ses réponses; alors il le fit garder à vue sans qu’il s’en douta et fut de suite en avertir le général Bourlamarque qui fit venir cet homme devant lui l’interrogea et le soupçonnant être un espion, il le fit fouiller et déshabiller; comme on ne trouva rien dans ses habits, on lui ôta sa chaussure et l’on trouva dans le pied de ses bas deux petites lettres ployées du chaussons et sans cachets; le général en prit lecture, c’était des invitations au général .Amherst pour qu’il se pressa d’avancer pour faire par terre le blocus de la ville, qu’on attendait après lui pour commencer le siège à tel jour et heure indiqués. Sur la vue de ces lettres le général Bourlamarque acquit la conviction de l’espionnage et donna l’ordre de pendre cet homme, ce qui fut exécuté sur le champ.

CASGRAIN, H.R. (éditeur). Voyage au Canada dans le nord de l'Amérique septentrionale fait depuis l'an 1751 à 1761 par J.C.B., Québec, Imprimerie Léger Rousseau, 1887. pp. 192-193.

27 September 2016

Trois nouvelles lectures

Cet automne, je m'achète trois nouveaux livres et je vous encourage à faire pareillement. D'abord, le nouveau livre de Peter MacLeod, Backs to the Wall. Il s'agit de la suite en quelque sorte de son Northern Armageddon traduit en français sous le titre La vérité sur la bataille des plaines d'Abraham. Cette fois-ci, l'auteur aborde en détail la bataille de Sainte-Foy. Ensuite, Gilles Havard vient de publier son oeuvre Histoire des coureurs de bois. Enfin, pour dessert si l'on veut, Jacques Terpant nous offre en octobre le deuxième tome des aventures de Capitaine Perdu. Mes lecteurs assidus se rappelleront que j'ai déjà écrit un compte rendu au sujet du premier tome. Bref, une rentrée littéraire à ne pas rater! Et vous, quelles nouveautés nous recommandez-vous?

Cliquez sur les couvertures ci-dessous pour plus information sur les titres mentionnés.

     



21 September 2016

Un moment de tendresse

En fouillant ma banque d'images historiques, je me suis arrêté quelques secondes pour admirer cette toile de Joseph Vernet datant de 1749. Je n'ai pu m'empêcher de partager mon détail préféré, celui d'un couple qui se retrouve après le long voyage maritime de l'homme.



20 September 2016

Le mariage n'est pas pour tout le monde...

Anecdote de 1759 tirée de CASGRAIN, H.R. (éditeur). Voyage au Canada dans le nord de l'Amérique septentrionale fait depuis l'an 1751 à 1761 par J.C.B., Québec, Imprimerie Léger Rousseau, 1887. pp. 171-172 :
Au milieu des plaisirs de l’hiver dont j’étais occupé et qui sont ainsi que je l’ai déjà dit les bals et les courses en carioles ou traîneaux sur la neige et la glace, il me fut proposé un mariage avec une demoiselle d’une famille honnête assez bien alliée mais peu fortunée; je fus même sollicité par ses proches parents, je refusai ne me sentant point d’inclination et d’ailleurs en me persuadant que cette proposition n’avait lieu qu’à cause de la petite fortune que je possédais, cependant à force d’être tourmenté je finis par donner mon consentement, je fis par conséquence la folie de louer provisoirement une maison toute entière; je fis plus, j’y mis pour dix mille francs de mobilier et y logeai ensuite la mère et la fille, car cette mère était veuve, je n’avais rien dit à mes amis de mon projet; mais ils ne tardèrent pas d’en être instruits et d’employer plusieurs moyens pour me faire rompre ma promesse, il me fut fait des remontrances de la part de mes supérieurs; alors je me déterminai, après deux mois de résistance, à rompre ma promesse qui à la vérité n’était que verbale; mais il s’agissait de retirer mon mobilier qui se trouvait sous la garde de la mère et de la fille par ma maladresse qui ne m’était pas facile, parce que j’étais instruit qu’on était convenu dans la famille de s’y opposer en regardant mon mobilier comme une indemnité de mon dédit. Cependant, il me fallut user de ruse et je parvins à l’enlever en vertu d’un ordre supérieur et à l’aide de mes amis, et désirant montrer de la générosité dans mon procédé je laissai quelques meubles dans la maison, je fus ensuite payer le loyer et donner congé; je me trouvai avoir dépensé dans cet hiver y compris mon mobilier la somme de quinze mille francs. 

18 September 2016

The Revenant That Won't Go Away...

This is now the third time I bring up the movie, The Revenant. Our friends at ActiveHistory.ca have come up with four fascinating blog posts regarding the movie. I thought my readership might enjoy reading them, following the movie's controversial take on the fur trade and Hugh Glass' life:

13 September 2016

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08 September 2016

Timbre: Dame blanche de la Chute Montmorency


Pour une troisième fois, Poste Canada émet une série de timbres sous le thème du Canada hanté.  Après Louis de Buade, comte de Frontenac, et La Corriveau, c'est au tour de la Dame blanche de représenter la Nouvelle-France surnaturelle! 

J'ai hâte d'aller acheter la série pour compléter ma collection! 

N.B. Et sans commentaire de ma part sur l'habit de la dame en question... je laisse ça au domaine de mon amie Mlle. Canadienne pour un billet potentiel! SUIVI: Elle l'a commentée! Lire ici.

N.B. 2: Néanmoins, je remarque qu'être blonde, elle me ferait penser à Alice Munro dans Le Dernier des Mohicans (1992)...



05 September 2016

Artillerie, Rangers et la grande route



Question de terminer l'été sur une bonne note et de nous gâter un peu avant le début du nouveau semestre, moi-même et deux amis avons pris la route pour les États-Unis. Notre destination: le fort Carillon, ou Ticonderoga, pour y voir une exposition sur l'artillerie du XVIIIe siècle. Nous avions une excellente raison d'y aller à part l'intérêt intrinsèque du sujet: l'an dernier, en préparant l'exposition, le fort Ticonderoga avait embauché ma copine, Cathrine, pour y mener de la recherche sur les affûts d'artillerie.

Il était donc bien temps de voir le fruit de ses efforts avant la fin de l'exposition en octobre!

C’était le gros départ le lundi 29 août à bord de notre voiture louée. Au déplaisir de Michel, le troisième mousquetaire de cette aventure, je n'ai pas pu faire jouer la trame du film Le dernier des Mohicans puisque l'automobile n'était compatible qu'avec le iPhone et non mon Android…

Quel paysage magnifique!

Qu'importe: à défaut d'une piste sonore envoûtante, on se laissait autant emporter par la beauté du paysage. Bien qu'il s’agisse de ma quatrième visite dans le nord de l'état de New York, je suis toujours impressionné par les Appalaches et ses énormes conifères.
 
Thomas Barber, mort le 18 décembre 1827
 à l'âge de 76 ans

Premier arrêt: le cimetière de Ticonderoga où on admirait les pierres tombales de colons américains. Tâche difficile puisque plusieurs des pierres, et non que les plus anciennes, étaient érodées par le temps et les éléments. Il est intéressant à noter que plusieurs des premiers colons américains arrivés dans cette région étaient des vétérans de la guerre de Sept Ans, installés ici sans savoir que les terres appartenaient d'abord aux seigneurs canadiens. (À ce sujet, voir mon article  « Entre revendication et résignation : Les seigneuries du lac Champlain et la frontière new-yorkaise, 1763-1783 » dans Benoît Grenier et Michel Morissette, dir. Nouveaux regards en histoire seigneuriale au Québec. Québec, Septentrion, 2016. pp. 61-91.)


Charles Keck, 1924: "To commemorate the successive struggles
in and about Ticonderoga by the Indian - French - Englishand American nations"

Pour les deux prochains soirs, nous logions au Circle Court Motel. Il s'agissait d'un des endroits les moins chers où rester à Ticonderoga. La plupart des autres hôtels chargeaient des prix au-dessus de 200$ par nuit. (À noter que ces prix baissent souvent de moitié l'automne arrivé). Au milieu du rond-point en face du motel se dresse une superbe statue dédiée « À commémorer les luttes successives à et autour de Ticonderoga par les nations indienne, française, anglaise et américaine. »

Une démonstration de tir.

Le lendemain, ce fut le plaisir de retrouver ce cher fort Carillon, où Montcalm y gagna sa plus brillante victoire en Amérique. Cette année, toutefois, l'organisation du fort soulignait l'an 1777 et la Révolution américaine. Il est à noter que le fort alterne chaque année entre une année de la guerre de Sept Ans et une année de la guerre d'Indépendance américaine, question de bien représenter les deux périodes et en offrant une nouvelle expérience aux visiteurs qui reviennent.


Cathrine, immensément fière de voir sa recherche mise en valeur
dans l'exposition.


L'exposition sur l'artillerie ne nous a certainement pas laissé sur notre faim! Intitulée « The Last Argument of Kings: The Art and Science of 18th-century Artillery », le montage exhibait les plus belles pièces d'artillerie des collections du fort. D'ailleurs, il fut intéressant de découvrir qu'en ce moment, le fort contient plus de canons qu'à n'importe époque précédente grâce aux nombreuses acquisitions au fil des années.

Mais quelle histoire!

Plusieurs des pièces avaient toute une histoire qui leur était rattachée, en particulier un mortier fendu (voir la légende dans l'image). Outre les divers modèles de canon présentés, on y retrouvait des reproductions d'iconographie tirées de divers mémoires d'artillerie, dont de Saint-Remy. Bref, la visite fut très agréable et instructive.

Le fort Carillont (Ticonderoga) vu du mont Defiance.

Et comment ne pas terminer notre passage à Ticonderoga sans gravir le Mont Défiance juste en face du fort? (Dis-je en l'ayant raté lors de mes trois dernières visites au fort…) Et quelle vue spectaculaire! Il faut vraiment se demander toutefois ce que Michel Chartier de Lotbinière pensait lorsqu'il choisit l'endroit pour construire le fort Carillon en 1755… Comme l'Histoire le démontrerait, le mont Défiance (appelé le Pain-de-Sucre par les Français) et sa position élevée en faisait l'endroit parfait d'où viser son artillerie sur le fort…

Rogers' Rock sur le lac George.

Une reconstruction fidèle. Promis...

Oh boy...

Un repos bien mérité sur une plage du lac George (anciennement le lac Saint-Sacrement) terminait la soirée. Sur l'autre berge, juché sous un superbe coucher de soleil, se tenait Rogers' Rock. Selon la légende, le célèbre Robert Rogers, mis en déroute par un parti composé de Français, de Canadiens et d'Amérindiens, dû s'échapper en glissant le long de ce promontoire. Fait réel? Une autre exagération comme il en existe tellement dans la biographie de Rogers? Mystère.

Outre la baignade, Cathrine et Michel s'amusaient à construire leur propre château de sable, ou plutôt, leur  fort de sable.

Un des nombreux dioramas du musée de Rogers' Island. 

Robert Rogers en chair et en... en... bref...

Pour notre dernière journée dans la région, immédiatement au lever nous nous sommes dirigés vers le village de Fort Edward pour y explorer un peu avant de visiter le village de Lake George. Nous sommes tombés accidentellement sur un superbe petit musée dédié à Rogers' Island. Ce petit gem que nous ne connaissions pas porte à la fois sur l'histoire de Rogers' Island (le lieu où les Rogers' Rangers étaient entraînés), le fort Edward et l'histoire de Jane McCrae. Artefacts, dioramas et maquettes étaient au rendez-vous. En tout, un beau petit musée qui vaut bien la peine d'y entrer.

Fort Geoge, lac George.

William Johson et King Hendrick.
Photo: Cathrine Davis

Statue d'Isaac Jogues.
Photo: Cathrine Davis

Avant que la journée progresse trop, nous sommes allés visiter le parc du fort George, près du fort William Henry dans le village de Lake George. Malgré mes nombreuses visites, j'ai eu la surprise de découvrir la superbe statue dédiée au père Isaac Jogues, celui qui rebaptisa le lac Andiatarocte du nom de Saint-Sacrement (et plus tard rebaptisé à nouveau par William Johnson sous le nom de Lake George).

La reproduction d'une barque britannique (mais au design français?)
au lac Champlain.
Photo: Cathrine Davis

Photo: Cathrine Davis

Enfin, sur le chemin du retour, nous avons fait un petit détour pour visiter le Lake Champlain Maritime Museum au Vermont, à 20 ou 30 minutes de route du pont Champlain. Si le musée négligeait le Régime français au profit de la Révolution américaine, on y trouvait néanmoins la reproduction d'une barque coulée en 1758. Mon plus grand chagrin fut qu'on manquait de temps pour vraiment profiter du musée.

Après une superbe sortie de trois jours, il fallait bien qu'on revienne en plein orage une fois ayant passé la frontière du Québec. N'empêche, ce fut une fois encore une excursion agréable sur les traces de la Nouvelle-France dans le nord de l'état de New York. 


Disons qu'on s'est éclaté...

02 September 2016

Réouverture des archives du Musée de l'Amérique francophone

Excellente nouvelle! Je reproduis ci-dessous la lettre reçue ce matin de la part de l'Institut d'histoire de l'Amérique française:


Montréal, 2 septembre 2016

COMMUNIQUÉ

Musée de l’Amérique francophone : Réouverture de la salle de consultation des archives dès le 4 octobre 2016

C'est avec plaisir que l’Institut d’histoire de l’Amérique française apprend que les Musées de la civilisation rendront de nouveau accessible aux chercheurs la salle de consultation des archives du Musée de l'Amérique francophone, et ce à compter du 4 octobre 2016. De plus, l’horaire d’ouverture sera désormais étendu à trois jours par semaine, comparativement à une seule journée avant sa fermeture. 

Cette réouverture est rendue possible grâce à la générosité du Séminaire de Québec, qui a fait un don important à la Fondation des Musées de la civilisation. L’entente en vigueur est effective jusqu’en 2018. 

L’Institut d’histoire de l’Amérique française accueille favorablement cette réouverture, qui avait été demandée par la communauté historienne dès l’annonce de sa fermeture au début de l’été 2016. À ce moment, ce sont près de 730 personnes et 23 institutions, parmi lesquelles la Société historique du Canada, l’Association des archivistes du Québec ainsi que l’Association canadienne des archivistes, la Fédération Histoire Québec, la Société des Dix ainsi que plusieurs autres sociétés et organisations qui se sont mobilisées en faveur de sa réouverture. 

Nous tenons à cet égard à saluer l’investissement de la communauté historienne dans ce dossier, dont les efforts ont porté fruit. Nous saluons également le Supérieur général du Séminaire de Québec, M. le chanoine Jacques Roberge, dont l’implication et le dévouement à l’égard de la préservation du patrimoine est manifeste. 

Néanmoins, l’Institut d’histoire de l’Amérique française, à l’image de la communauté historienne qu’il représente, demeure préoccupé par le rôle que joue l’État dans la préservation du patrimoine et de la recherche historique. L’investissement privé du Séminaire de Québec, s’il est bienvenu dans les circonstances, ne constitue pas une solution à long terme pour assurer la préservation du patrimoine et la vitalité de la recherche historique. Or, il nous apparaît impératif que le caractère public des Musées de la civilisation se reflète dans son financement. Il en va de la mission de l’État et de sa responsabilité à l’endroit du bien commun, de sa conservation et de sa mise en valeur. 

Pour cette raison, l’Institut d’histoire de l’Amérique française entend rester aux faits des développements dans ce dossier et continuer à exercer son rôle de veille.

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Renseignements : Jean-François Cantin, coordonnateur IHAF

Téléphone : 514-343-6111 #41334 - Courriel : ihaf@ihaf.qc.ca

21 August 2016

Aidez la Louisiane

En 2012, j'ai eu la chance de passer un mois en Louisiane pour y mener de la recherche dans les archives d'état. Mon expérience fut mémorable: les gens y étaient d'une générosité extraordinaire et habités d'une joie de vivre incomparable. Pour ce merveilleux accueil, je suis infiniment redevable.

Avec les récentes nouvelles des innombrables inondations qui ont fait au moins 13 morts, je me sens poussé de faire un appel à l'aide à mon lectorat. Je vous invite à faire un don, aussi minime soit-il, à une des oeuvres caritatives mentionnées sur cette liste: Here's How to Help Louisiana Flood Victims.

Rappelez-vous: il s'agit ici d’inondations pires que celles laissées par l'ouragan Katrina. Aidons la Louisiane.


20 August 2016

Mlle Canadienne

Hé ho, cher lectorat! 

J'aimerais attirer votre attention à un tout nouveau blogue, celui de mon amie Marie-Hélaine: Mlle Canadienne. Si l'histoire du vêtement ou la reconstitution historique vous intéresse, c'est un blogue à ne pas manquer!

Mlle Canadienne
Photo: Joseph Gagné 2016.

19 August 2016

New Graphic Novel on the Way!

Just a quick shout out to Julian Peters and his recent work on the siege of Québec: https://julianpeterscomics.com/2016/08/16/the-bombardment-of-quebec/

I'm really looking forward to reading his book once it will be completed! Make sure you check out his blog and his terrific work!



09 August 2016

Fêtes de la Nouvelle-France 2016

Un Voyageur en compagnie d'une Habitante.
Comme est mon habitude à chaque année, ce fut un très grand plaisir de participer aux Fêtes de la Nouvelle-France à Québec. Cette année, toutefois, je n'ai pas été très actif tant dans la participation aux activités que l'animation de conférences -j'avais la joie d'être accompagné par mon père en visite pour sa première édition de l'événement. Vous me pardonnerez donc de ne pas avoir donné une présentation ni d'avoir organisé une activité.

N'empêche que j'ai été présent presque tout le long des festivités. Cette année, j'arborais avec fierté ma nouvelle tuque modelée à partir d'un artefact trouvé lors des fouilles archéologiques de l'épave du Machault. Tricotée par mon amie Louise, j'étais étonné de découvrir que la laine pure absorbait quand même assez bien ma sueur et donc me gardait plus frais que mon foulard de soie habituel...

Ma copine, Cathrine, a passé l'année à confectionner son costume d'Habitante. Avec quelques pièces empruntées de son amie Marie-Hélène (voir son blogue!), le tout était réussi! 

J'aimerais profiter de ce billet pour mentionner que j'ai adoré l'emplacement temporaire des Fêtes de la Nouvelle-France pour cette année. Le site de la redoute Dauphine s'apprête très bien à l'événement: contrairement à Place Royale, l'endroit offre beaucoup plus d'espace ce qui évite la sensation d'être un festival des sardines entassées. Divisé en plusieurs niveaux, l'endroit est visuellement plus intéressant avec une belle vue d'ensemble. Les reconstituteurs historiques présents ont été unanimes: le parc offre la possibilité d'installer des campements divers, presque impossible en basse-ville. Sans oublier que l'importance historique du site lui donne un cachet irremplaçable! Bref, avec plus d'espace, plus d'ombrage et plus de variété de petits recoins, ce site est l'idéal pour les Fêtes de la Nouvelle-France à l'avenir. Il est à se demander toutefois où se tiendront-elles l'an prochain alors qu'on annonce de la construction à Place Royale et le parc de l'Artillerie où se trouve la redoute Dauphine... les plaines d'Abraham, peut-être? 

Enfin, au-delà du plaisir que j'ai eu à rencontrer plein d'amis, anciens autant que nouveaux, j'aimerais souligner ce charmant couple, lecteurs assidus de mon blogue, qui a insisté de venir me dire bonjour! 

À eux, ainsi qu'à tous ceux et celles que j'ai eu le plaisir de rencontrer cette année, un gros bonjour aussi!

À l'an prochain!

12 July 2016

Epic Rap Battles of History

If you've been living under a rock these past years, you might not have heard of Epic Rap Battles of History. Recently, they came out with a Seven Years' War reference that almost made me spit my drink on my computer screen. Worth a watch!
 

26 June 2016

Nouveau livre: Lives of Fort de Chartres

Titre: Lives of Fort de Chartres: Commandants, Soldiers and Civilians in French Illinois, 1720-1770
Auteur: David MacDonald
Éditeur: Southern Illinois University Press
Année: 2016
Pages: 262

Pour mes lecteurs et lectrices qui sont intéressés par l'histoire de la Nouvelle-France dans la région du Midwest américain, je leur suggère ce livre. J'ai eu le plaisir de le recenser l'hiver dernier avant sa publication. Il s'agit d'esquisses biographiques de divers personnages ayant vécus au fort de Chartres, aujourd'hui près de Prairie du Rocher, en Illinois. 

La description du livre tiré du site web de l'éditeur: 
Fort de Chartres, built in 1719-1720 in the heart of what would become the American Midwest, embodied French colonial power for half a century. Lives of Fort de Chartres, by David MacDonald, details the French colonial experience in Illinois from 1720 to 1770 through vivid depictions of the places, people, and events around the fort and its neighboring villages.
In the first section, MacDonald explores the fascinating history of French Illinois and the role of Fort de Chartres in this history, focusing on native peoples, settlers, slaves, soldiers, villages, trade routes, military administration, and the decline of French rule in Illinois. The second section profiles the fort’s twelve distinctive and often colorful commandants, who also served as administrative heads of French Illinois. These men’s strong personalities served them well when dealing simultaneously with troops, civilians, and Indians and their multifaceted cultures. In the third section, MacDonald presents ten thought-provoking biographies of people whose lives intersected with Fort de Chartres in various ways, from a Kaskaskia Indian woman known as “the Mother of French Illinois” to an ill-fated chicken thief and a European aristocrat. Subjects treated in the book include French–Native American relations, the fur trade, early Illinois agriculture, and tensions among different religious orders. Together, the biographies and historical narrative in the volume illuminate the challenges that shaped the French colonies in America.
The site of Fort de Chartres, recognized as a National Historic Landmark in 1966, still exists today as a testament to the ways in which French, British, Spanish, and American histories have intertwined. Both informative and entertaining, Lives of Fort de Chartres contributes to a more complete understanding of the French colonial experience in the Midwest and portrays a vital and vigorous community well worth our appreciation. 
Le livre est disponible en ligne chez l'éditeur

Castillo de San Marcos

Ce n'est pas un fort français, mais les démonstrations dans ce vidéo sont tout de même très bien!

14 June 2016

Stupeur et inquiétude : fermeture d’un centre d’archives important

Source: MCQ
Récemment, nous apprenions que les « Musées de la civilisation de Québec (MCQ) ont procédé, le 1er avril, au démantèlement complet de leur service de la recherche et s’apprêtent, le 23 juin prochain, à fermer la salle de consultation de leurs archives »1. Cette nouvelle a ébranlé non seulement le monde de la production scientifique francophone, mais a aussi semé le désarroi chez nos collègues anglophones2.

En guise de réponse, Stéphan La Roche, le Directeur général des MCQ, a produit cette lettre. En somme, une question budgétaire est évoquée pour expliquer l’inexplicable. M. La Roche tente par la suite de nous rassurer, sans réussir pour autant, en tentant d’abord de justifier ces mesures et ensuite de nous démontrer en quoi le service de recherche sera meilleur par son virement numérique…

À quoi bon se targuer d’être une collection reconnue par l’UNESCO lorsqu’il n’est pas permis à son contenu d’être mis en valeur par les chercheurs?

Si mes collègues se sont déjà prononcés dans leur pétition à cet effet, j’aimerais ici évacuer ma profonde inquiétude. Je suis en pleine session de recherche qui doit être terminée pour 2017 alors que j’entamerai la période de rédaction de ma thèse doctorale. Pour mes lecteurs qui ne sont pas au courant, je travaille présentement sur le renseignement pendant la guerre de Sept Ans (1756-1763). Parmi les centres d’archives que je dois consulter, les collections du Centre de référence de l’Amérique française des MCQ sont parmi les plus précieux. À lui seul, le fonds Viger-Verreau contient de nombreux journaux et correspondances militaires nécessaires pour l'achèvement de ma thèse. Sans ces collections, elle sera non seulement appauvrie par l’absence de ces riches sources, mais perdra aussi de son originalité. Pour ne nommer que quelques fonds que je comptais consulter cet été :
  • Beauharnois, Charles. Correspondance. 1741-1747.
  • Boucher de La Perrière, François-Clément. Documents militaires, correspondance avec Varin, Vaudreuil et Bizon. 1694-1808.
  • De Muy, Pierre-Charles. Documents militaires et financiers, correspondance de Hocquart, de D’Auteuil, et de Bigot. 1727-1799.
  • Dubreuil, François LaCorne. Correspondance de famille. 1760-1801.
  • Le Gardeur de Saint-Pierre, Jacques. Correspondance avec Beauharnois. 1731-1754.
  • Margane de Lavaltrie, Pierre. Correspondance avec Vaudreuil et Périnault. 1741-1794.
  • Marin De La Malgue, Pierre-Paul. Correspondance de Duquesne et de Joncaire. 1753-1755.
  • Pécaudy de Contrecœur, Pierre. Correspondance, documents relatifs à sa famille. 1720-1767.

Bref, comment puis-je espérer avoir accès à ces documents qui me sont d’une importance primordiale alors qu’on ferme les portes de ce trésor national et qu’on demeure évasif sur le retour de leur consultation?

Je profite également de ce billet pour dénoncer le changement d’horaire qui a eu lieu l'hiver dernier au Musée de l’Amérique francophone, institution des MCQ. Pour mes lecteurs qui ne le savent pas encore, la direction a cru bon de limiter aux fins de semaine seulement les heures d'ouverture d’hiver de l’institution, et pour les archives, un jour par semaine seulement. Ceci a eu un impact considérable pour la ville de Québec. Chaque année, j’accueille chez moi des collègues de l’Ontario et des États-Unis en visite pour consulter les archives des MCQ. Les sujets qu’ils étudient sont nombreux : la guerre, la mode, les maladies, la religion, la sorcellerie sous le Régime français, le Pays des Illinois, le Pays d’en Haut, la Louisiane et j’en passe. Je peux confirmer que certains collègues se sont vus forcés d’annuler leurs plans de visiter Québec pendant l’hiver, leur seule période disponible pour voyager, en constatant ces heures d’ouvertures limitées. Que dire donc de ces collègues qui n’auront plus du tout accès, été comme hiver, à leurs sources primaires? On peut facilement deviner l’impact que ces heures d’ouverture limitées auront sur l’économie locale par l’étouffement du tourisme historique et des séjours de recherche. Après tout, le tourisme à Québec se fonde sur l’histoire et le patrimoine de la ville. Si on ne protège pas ce patrimoine et qu’on ne le met pas en valeur, on se met à dos non seulement nos visiteurs potentiels mais aussi la reconnaissance de l’UNESCO.

Compte tenu du peu de temps qu’il me reste pour compléter ma recherche doctorale dans la prochaine année, je prie Monsieur le Directeur et le conseil d'administration des MCQ de réviser leur décision rapidement, car celle-ci a eu un impact concret sur la recherche de professionnels d’ici et d’ailleurs. Du même souffle, j’invite mes lecteurs à écrire non seulement aux MCQ pour appuyer la réouverture des archives, mais également à leurs députés pour s’assurer d’un financement adéquat de cette précieuse institution.

Joseph Gagné
Historien et doctorant à l’Université Laval

Notes et sources :
  1. Hébert, Karine, Martin Pâquet et Sophie Imbeault. « Les Musées de la civilisation : une institution publique ou un entrepôt numérique? » Argument 2016 - Exclusivités web 2016, (juin 2016). En ligne : http://www.revueargument.ca/article/2016-06-07/672-les-musees-de-la-civilisation-une-institution-publique-ou-un-entrepot-numerique.html
  2. Peace, Thomas. « Shuttering Archives: A UNESCO Recognized Collection to Close its Doors to the Public ». ActiveHistory.ca, (6 juin 2016). En ligne : http://activehistory.ca/2016/06/closing-of-the-french-america-reference-centre/

La Roche, Stéphan. « Archives et recherche aux Musées de la civilisation : des inquiétudes du milieu ». Musée de la Civilisation (7 juin 2016). En ligne : http://blogues.mcq.org/blog/2016/06/07/archives-et-recherche-aux-musees-de-la-civilisation-des-inquietudes-du-milieu/

17 May 2016

Tirer chevelure

Guerriers Iroquois par L.F. Labrousse dans
Labroque 1796  Encyclopédie des voyages

Je me suis enfin remis à lire les mémoires de Charles Bonin. Je vous reproduis ici sa description du "scalpage" ("tirer chevelure") pendant la guerre de Sept Ans : 
L’usage général lorsqu’un parti a fait un ou plusieurs prisonniers s’il ne peut les amener, il les tue à coups de casse-tête (petite hache dont il a été parlé plus haut) qui se frappe sur la tête. Le sauvage qui en a porté deux ou trois coups, prend aussitôt son couteau dont il fait une incision autour des cheveux, depuis le haut du front jusqu’à la marque du cou; mettant ensuite un pied sur l’épaule de la victime dont il a tourné le ventre contre terre, il lui tire à deux mains la chevelure de derrière en avant, ainsi qu’il a déjà été dit plus haut en parlant de la danse de la découverte. Cette opération qui est très prompte n’est pas plus tôt achevée que le sauvage l’attache à sa ceinture et continue sa route, cependant on n’emploie ce moyen que quand le prisonnier ne peut pas suivre celui qui l’a pris, ou que le sauvage est poursuivi et que dans ce dernier cas il veut rapporter des marques de sa bravoure, et alors, après avoir promptement levé la chevelure, il fait le cri de mort […] et se sauve à toutes jambes. Le cri de mort est un avertissement de bravoure que les sauvages ne manquent pas de pratiquer, après avoir levé la chevelure, les anglais nomment cela scarpeler. 
Lorsque la chevelure est levée et que celui qui a fait cette action ne craint pas qu’on le poursuive, il s’arrête, gratte la peau pour la nettoyer du sang et des fibres qui y sont attachés ; il la fait ensuite sècher un peu au soleil, après avoir fait un petit cerceau de bois vert autour duquel il étend la peau comme un tambour de basque et la peint en rouge les cheveux en dehors sont peignés. La chevelure arrangée, on l’attache au bout d’un long bâton qui est porté comme en triomphe sur une épaule, jusqu’au village, ou le lieu qu’il veut la déposer, mais à l’approche de chaque lieu qu’il passe il fait avant d’y arriver autant de cris qu’il a de chevelures pour annoncer son arrivée et sa marque de bravoure. On attache quelquefois jusqu’à quinze chevelures sur le même bâton et lorsqu’il y en a beaucoup, on garnit plusieurs bâtons. 
Les Français et les Anglais avaient pour maxime de payer ces chevelures, jusqu’à concurrence de trente francs valeur en marchandises, il s’agissait alors d’encourager les sauvages à en faire le plus qu’ils pourraient sur l’ennemi et pour avoir la certitude du nombre des vaincus; ce moyen de précaution a fait naître, soit naturellement ou par insinuation, la ruse chez les sauvages, qui pour augmenter la rétribution qu’ils tiraient des chevelures s’avisèrent d’en faire de peau de cheval qu’ils préparaient de la même manière que la chevelure de l’homme. Cette supercherie reconnue donna lieu d’y regarder de plus près, avant de parvenir au paiement, de sorte que les Français et les Anglais ont fini par ne plus payer que très peu de chose par forme de présents. Il est honteux pour l’humanité d’employer des moyens aussi barbares, il est pourtant vrai de dire que cette invention appartient seule aux sauvages qui en faisaient usage entre eux avant de connaître les nations policée. C’est donc de la barbarie que provient cet horrible usage pratiqué chez les sauvages seuls, car il ne paraît pas avoir existé chez aucune autre nation, même celles qui comme eux n’ont reçu aucun principe de civilisation.
Scalp, 1750-1850. British Museum. Source ici.


Lectures suggérées :
  • J.C.B. (Édité par l’abbé H.R. Casgrain). Voyage au Canada dans le nord de l'Amérique septentrionale fait depuis l'an 1751 à 1761 par J.C.B. Québec, Imprimerie Léger Rousseau, 1887. 255 p.
  • Lozier, Jean-François. « Lever des chevelures en Nouvelle-France : la politique française du paiement des scalps ». Revue d’histoire de l’Amérique française, Vol. 56, nᵒ 4 (2003). pp. 513–542.

10 April 2016

Le "massacre" de La Belle-Famille

Je suis en train de lire un article sur les prisonniers de la prise de Niagara. Peu de gens savent que cette bataille, du nom de Bataille de La Belle-Famille, a été l'une sinon la plus meurtrière de la guerre de Sept Ans. Pour comparer, je me suis amusé à créer un tableau rapide comparatif avec la bataille des plaines d'Abraham. Ces chiffres ne sont pas absolus, mais donnent une bonne approximation des pourcentages comparés. On parle toujours du fameux massacre de William Henry, mais ça m'étonne que même les contemporains de cette guerre n'ont jamais parlé de massacre dans ce cas-ci... 

Sources: 


18 March 2016

Invitation : lancement d'Inconquis le 5 avril!

Si vous habitez la ville de Québec ou planifiez être dans le coin au début d'avril, venez donc dire bonjour! Cliquez sur l'image ci-haut pour connaître les détails du lancement de ma première monographie, Inconquis. Il y a également une page Facebook pour vous tenir au courant de l'événement : https://www.facebook.com/events/992366344179302/

Au plaisir de vous y voir nombreux!

26 February 2016

Inconquis: Page facebook

Pour les intéressés, j'ai fondé une page Facebook pour faire la promo d'Inconquis, mon dernier livre. Allez la visiter pour les éphémérides au sujet du livre, et autres nouvelles! https://www.facebook.com/Inconquis-1751586421736953/

24 February 2016

Lettre ouverte à la première ministre Kathleen Wynne

Le 22 février 2016, vous avez offert aux Francophones de l’Ontario des excuses au nom du gouvernement provincial pour le Règlement 17, paroles qui auraient dû être prononcées depuis longtemps par vos prédécesseurs. Je vous en félicite : mieux vaut tard que jamais, comme on dit. Mais des excuses, ça passe toujours mieux avec des fleurs, ou, dans ce cas-ci, une nouvelle université francophone. Doter les Franco-Ontariens de leur propre institution ferait office de réparation pour le tort causé par cette période de notre histoire.

Mon cheminement personnel en est toujours affecté : j’appartiens à la première génération de mon village à aller au secondaire en français. J’ai ensuite poursuivi mes études à l’Université Laurentienne en histoire, souhaitant me spécialiser dans l’histoire de l’Ontario sous le régime français (c’est-à-dire avant 1763). Toutefois, j’ai été obligé de m’exiler au Québec, loin des miens, pour poursuivre ma formation aux cycles supérieurs. Le doctorat en histoire n’est pas offert à l’Université Laurentienne, et il n’existe aucun spécialiste du Régime français à Ottawa. Aller au Québec m’a donc permis de me doter des outils de recherche et de côtoyer les spécialistes absents en Ontario. Enfin, à l’Université Laval, j’ai eu le plaisir de découvrir un milieu universitaire francophone, inexistant chez moi : dans les universités « bilingues », la vie francophone prend fin dès qu’on sort des classes. 

Mon cas n’est pas unique : plusieurs Franco-Ontariens se sont tournés vers l’extérieur pour pouvoir poursuivre leurs études en français. Les universités dites « bilingues » de l’Ontario ont donc échoué leur mandat. Entre elles, plusieurs programmes languissent à cause des postes laissés vacants après la retraite de plusieurs profs. De nombreux programmes ne sont offerts que partiellement en français et d’autres ne mènent pas au-delà du baccalauréat. Aujourd’hui, je ne pourrais plus avoir la même qualité de formation que j’ai reçue à la Laurentienne : son département d’histoire n’est plus que l’ombre de lui-même.

La situation s’empire. La communauté francophone de l’université a toujours eu les bâtons dans les roues, qu’il s’agisse d’organiser les horaires de classe, offrir une variété de cours et de programmes, obtenir un service dans sa langue, avoir accès au campus pour des évènements de grande envergure (comme la Nuit sur l’étang), et j’en passe. Dois-je également rappeler que les francophones sont minoritaires ou même absents des conseils des gouverneurs? Du corps professoral, seuls 5% des profs qui enseignent en français sont Franco-Ontariens. Bref, il nous faut notre université bien à nous.

Le 10 février 2015 avait lieu une conférence de presse à Queen’s Park pour demander votre engagement dans la création d’une nouvelle université francophone. Un an plus tard, le 18 février 2016, une manifestation étudiante a été tenue pour renouveler cette demande. J’appuie cette initiative.

Rappelons-nous que le Canada est un pays bilingue, ce qui signifie que nous avons le droit de vivre notre langue. Il est inacceptable que l’Ontario français n’ait pas sa propre université, alors que le Nouveau-Brunswick, avec une population francophone inférieure à la nôtre, a droit à une université de langue française. Sans oublier que les anglophones du Québec, une population de taille comparable aux Franco-Ontariens, ont droit à plusieurs institutions. Non seulement cela, mais alors que les Franco-Ontariens ont droit à 2% du financement aux universités, les Anglo-Québécois ont droit à 29%! Nous avons donc un retard institutionnel important sur les anglophones du Québec et les francophones de l’Acadie. Il est temps d’y remédier.

Le sommet de février 2015 a démontré que la société franco-ontarienne est au rendez-vous avec son avenir. Si nous voulons assurer la pérennité, l’épanouissement, et le rapatriement de la population franco-ontarienne, il faut se doter des outils sociaux nécessaires. Cela inclut notre propre université, soit une institution dirigée par des francophones pour des francophones. Une telle institution indépendante pourrait nous dégager de l’ombre de l’anglais sur le français dans les institutions bilingues, devenant un phare culturel et un bastion contre l’assimilation. Il s’agirait d’une arène des idées où on peut enfin avoir une main mise sur notre avenir collectif et individuel sans devoir toujours en demander la permission à la majorité en contrôle du volant de la machine universitaire. 

Je souligne d’ailleurs que la semaine dernière dans le Devoir, on y lisait : « Jeudi à Queen’s Park, la première ministre a encore mis en doute, en français, la nécessité d’une université physique. « Est-ce que c’est nécessaire d’avoir un édifice ? Je ne sais pas », a-t-elle dit [...]. » 

La réponse est oui

Pourquoi doit-on avoir notre propre campus? Nous avons besoin d’un carrefour, un lieu de rencontre et d’épanouissement. Cette nouvelle institution bien à nous s’agira d’un point d’ancrage pour l’unité franco-ontarienne, une base solide et tangible où mener à bien nos projets sociaux et culturels. Au-delà du pragmatisme, le symbolisme d’une institution physique ne doit pas être sous-estimé. Depuis l’abrogation du Règlement 17, il s’agira de notre plus grand accomplissement en tant que communauté et un baume important pour les relations franco-anglophones de la province.

Au plaisir de bientôt soumettre ma candidature comme prof d’histoire dans cette nouvelle université franco-ontarienne.

-Joseph Gagné
Originaire de Chapleau et doctorant en histoire, Université Laval