03 December 2018

Le retour de l'art colonial au Musée national des beaux-arts du Québec


Dimanche dernier, j’ai eu le plaisir de visiter le pavillon Gérard-Morisset, nouvellement rénové, du Musée national des beaux-arts du Québec. Franchement, chapeau à l’équipe muséale!

Ouvert depuis moins d’un mois, le pavillon intègre des murs de verre pour augmenter la superficie disponible pour exposer ses œuvres, tout en donnant l’agréable illusion d’un espace ouvert. On se souviendra que certaines des anciennes salles exposaient leurs œuvres à la manière d’un vieux salon d’art : bien que l’effet de voir des toiles tapissant le mur jusqu’au plafond était impressionnant, il était difficile d’apprécier d’un coup d’œil rapproché les toiles plus hautes. Le changement est donc bienvenu.

Ce pavillon est mon préféré dans le musée entier puisqu’il s’agit de celui où l’on trouve l’art du Régime français et l’art dédié à sa mémoire. Petite recommandation toutefois : avant de visiter, assurez-vous d’abord de vous munir d’un téléphone intelligent avec accès à internet pour télécharger un guide sur place (j'imagine qu'il s'agit du même que celui-ci : http://mediaguide.mnbaq.org/).

Justement, il est bien de s'informer sur les toiles à sujets coloniaux. Je parle de ces toiles où les premiers explorateurs sont glorifiés par les artistes du 19e et 20e siècle, telle la représentation de Jacques Cartier par Marc-Aurèle de Foy Suzor-Côté. Aussi magnifiques soient-elles, elles se fondent sur les idées dépassées de leurs temps (et pour l’exemple de la toile de Suzor-Côté, malgré son temps). Par exemple, les Autochtones sont souvent dépeints de manière… qui laisse à désirer. Le visiteur se trouve le plus souvent soit devant l’image du « bon sauvage » ou bien de l’Autochtone « primitif ». Le MNBAQ invite donc le visiteur à s'informer du contexte artistique et historique de ces œuvres. Il existe un petit écriteau à ce sujet offrant un lien internet à suivre sur son téléphone intelligent. Sans lui, ce n’est pas évident de trouver ces informations sur le site web du musée. Voici donc quelques liens d’intérêts à visionner avant ou pendant votre visite :

N’empêche que ces toiles et ces statues valent la peine d’être vues. Qu'on admire leur taille ou la technique de leurs artistes, elles sont à couper le souffle.

Néanmoins, malgré le nombre d’œuvres impressionnantes, mes préférés demeurent les humbles ex-voto. Il s’agit ici d’œuvres créées pour remercier un ou une sainte pour une faveur obtenue ou d’un secours rendu. Il s’agit le plus souvent de redevances religieuses offertes après un naufrage ou une maladie. Ce que j’adore de ces images est qu’ironiquement, malgré leur contexte religieux, il s’agit souvent des meilleures représentations de la vie de tous les jours en Nouvelle-France. On y trouve par exemple des détails fascinants des habits d’époque. Bref, à ne pas manquer!

Et avant de vous laisser, un petit rappel que l'accès aux musées au Québec est gratuit le premier dimanche du mois aux citoyens locaux. Profitez-en le mois prochain!

Ex-voto de Pierre Le Moyne d'Iberville.
Anonyme.
Vers 1696.


Ex-voto des trois naufragés de Lévis.
Anonyme.
1754.






Ex-voto de madame Riverin.
Anonyme.
1703.


Au sujet de la coiffe étrange de cette dame, lire ce billet fascinant!




01 December 2018

Un gros bonjour à ma gang de l’Ontario français!


Ceux qui me connaissent savent que je suis un chercheur, candidat au doctorat à l’Université Laval à Québec. Alors que le temps presse et que je dois terminer ma thèse, j’ai pourtant passé trois jours la fin de semaine dernière à me sentir comme une bête en cage. La situation en Ontario vis-à-vis les Francophones me grugeait en dedans. Et avec raison : je suis un Franco-Ontarien « exilé » au Québec pour poursuivre mes études à cause que le monde universitaire en Ontario français ne m’offrait pas les ressources pour poursuivre mon sujet d’étude dans ma langue maternelle dans ma province natale.

J’ai donc passé trois jours à griffonner, composer et réécrire mes frustrations. Finalement, au bout de ces trois jours épuisants, j’ai partagé mon texte à un collègue et franco-ontarien co-exilé, lui au Québec pour son éducation. Moi, je ne voyait là qu’un exercice pour décharger ma frustration en privé. À ma grande surprise, mon ami m’a fortement conseillé de partager le texte en ligne. Ainsi est né mon billet intitulé « A Snarky Explanation of What’s Going on With Doug Ford vs Franco-Ontarians », publié dimanche dernier.

Je tiens donc à remercier ma communauté franco-ontarienne : d’ici quelques heures, ça fera une semaine depuis la publication de mon texte. Et ce soir, il ne reste plus que 50 partages dans les réseaux sociaux avant d’atteindre 20 000 (oui oui, 20 000!) visiteurs passés par mon blogue pour lire ce billet!

Je vous en remercie parce que je me sentais isolé à Québec, me sentant incapable de faire ma part (mon budget ne m’a pas permis de participer aux manifestations en Ontario). Heureusement, demain, le dimanche 2 décembre, nous aurons toutefois une manifestation à Québec et j’y serai certainement. Mais encore une fois, la popularité de mon billet fait que je suis heureux d’avoir contribué directement à notre bataille pour nos droits. Merci à vous tous et toutes qui m’avez permis de faire ma part!

Nous vaincrons. 400 ans de présence francophone en Ontario, et nous y sommes pour rester.


29 November 2018

"Throwback Thursday": L'aventure en Amérique française

J'ai toujours le projet de produire des capsules vidéos un jour comme l'historien Laurent Turcot, n'empêche j'avais complètement oublié cette capsule que j'ai patentée en 2015. Il s'agit d'extraits de mes voyages à partir de Québec jusqu'au fort Saint-Joseph (Niles, Michigan) et à Michilimackinac (Mackinaw City, Michigan). Bon visionnement!

26 November 2018

Missouri Life: Sainte-Geneviève


PBS has a show called Missouri Life. Earlier this year they aired an episode on Ste. Genevieve, aka Sainte-Geneviève. Have a listen! Just click on this link, scroll down, and click on the show title as shown above. Happy watching!

25 November 2018

A Snarky Explanation of What’s Going on With Doug Ford vs Franco-Ontarians



If you’ve been following recent news from Ontario, you might be aware that there’s a spat going on right now between Trump of the North Premier Doug Ford and the French-speaking citizens of his province. If not, you should be. This is a big deal. Keeping in mind that Franco-Ontarians are usually pretty much only talked about nationally during referendum season in Québec, and to boot, that this time they’re making international news in France and the U.S., this is a really, really big deal. 

Wait… what’s the deal?

On November 15th, now dubbed Jeudi noir or “Dark Thursday” by Franco-Ontarians, the oxymoronic Progressive Conservative Party of Ontario abolished both the Office of the French Language Services Commissioner and funding for the new Franco-Ontarian University that was set to open in 2020.

Wait… I thought all French-Canadians lived in Québec?

No. In fact, Ontario has the largest French-Speaking population outside of Québec in North America (and by the way, just a reminder that yes, even in the U.S. there are native French-Speakers). We represent between 600 000 to a million individuals, depending on how you prefer to fudge the numbers (and yes, I'm aware the census puts that number a little lower to what other studies have estimated. I'll let the statisticians duel it out.). Point is, there are as many as seven regions in Ontario than can be classified as Francophone. So technically, even if Ontario is not officially a bilingual province like New Brunswick, there exists the French Language Service Act which, in a nutshell, “confers upon members of the public the right to receive services in French from the provincial government, notably in the designated areas.” To this end, the French Language Services Commissioner would receive and investigate complaints from Franco-Ontarians struggling to have access to French services. The Ford government’s actions then are at best a condescending dismissal of our needs as a community, and at worse a racist jab punching downwards.

(By the way, if you think you don’t know any Franco-Ontarians, ask around. Chances are you just never noticed: turns out a strong side-effect of living in Ontario is losing any trace of an accent in English. We walk among you. We look like you. Look in the mirror… you might be one of us! Muahaha… But seriously though, ask around. And when you finally meet a Franco-Ontarian, have him or her explain to you why grated cheese on poutine is a sin.)

Wait… But aren’t Franco-Ontarians immigrants? What about Italian/Etc. rights?

Here’s a bit of personal backstory. In Ontario, as I would be walking on the sidewalk, minding my own business speaking French to a friend, I’ve often had people yell at me “Go back to France!” or “Go back to Kway-Bec!” (By the way, it’s KAY-bec, not KWAY-Bec). One of the most asinine comments I’ve ever heard was “If the French [yep, in Ontario, we’re simply known as “The French”. Hon hon hon, baguette…] hate it so much here, why did they move here to begin with?” Glad you asked, Skippy, I’m about to illuminate you in a bit.

Louis XV checking out all his Franco-Ontarians
Now, if I’m bringing up these personal anecdotes, it’s to illustrate a broader point: Ontario does a very bad job at reminding people about pre-Confederation History. Or any history having to do with French Ontario, for that matter. Prepare to have you mind blown… Franco-Ontarians have been in Ontario for the past four hundred years. You know how old that is? Older than Canada. Older than the U.S. Older than the invention of the pendulum clock—you know, to tell time. Point is, Franco-Ontarians had been interacting with Indigenous peoples for a century and a half before New France became a British colony in 1763. And we’re not talking here of some stranded Voyageurs. We’re talking actual settlements, the most important at that date being in the Detroit/Windsor area. Meaning that even though the fur trade, agriculture, mines and lumber attracted countless Francophones from Québec to Ontario throughout the following centuries, the point to retain here is that French presence within the province is older than the province itself as it stands with its current borders. Franco-Ontarians are a founding population with rights that were granted to them from the get-go.

And finally, let's not forget that the Franco-Ontarian community is not exclusive: our French culture welcomes with open arms Francophone immigrants and Francophiles alike into the folds of the pure laine population ("Pure wool" is our cutesy name for Francophones descendant of the original French colonists). More autonomy on the political and educational scene helps us build up and manage our social networks and tools to maintain the fabric of our community and promote this inclusiveness. 

All in all, our goal as a distinct society is exactly that: to remain distinct and not fade into the melting-pot, culturally enriching both ourselves and contributing to Ontario's multicultural landscape.

Wait… why bother with a French university? Doesn’t Ontario already have great universities, nay, bilingual universities?

Yes, Ontario has terrific universities. But to understand the importance of French postsecondary education, you must first remember the history of French education in general in Ontario.

Let’s be honest: it’s hard living in French in Ontario. With a community that barely represents 4.4% of Ontario’s population, it’s quite a feat really that Franco-Ontarians manage to not drown in a sea of Anglophones. The key to maintaining that social cohesion? Education.

Schools are one the main social environment where young Francophones get to use and apply their mother tongue. And before the thought even crosses your mind, no, French education is not inferior to an English one. In fact, many of the best public schools in Ontario are French. And not to brag, but by the time students following French classes in English schools are learning to read the equivalent of See Spot Run, Franco-Ontarians on the other hand are reading and analysing Shakespeare in their own English classes. As we say, Le français ça s’enseigne, l’anglais ça s’attrape (more or less : You learn French, but you catch English like a cold). So don't think French schools prevent kids from learning Her Majesty's proper English. (Fun fact: the Queen speaks French too.)

Back in 1912 French education was banned in Ontario through Regulation 17. (If you want to see a Franco-Ontarian hiss like a vampire at the sight of garlic, just mention that name…. Règlement 17—HISSSSSSSS!). Though fully repealed in 1944, the damage was done to generations to come. In fact, though French elementary schools were reinstated, French high schools were only permitted to exist as of 1968. And even then… we had to wait until 1998 for the Ontario government to guarantee construction of these schools where the population of Franco-Ontarians justified it. That, ladies and gentlemen, is how I, your humble servant, became the first of my family born in Ontario to officially have a 100% French education. And it’s no exaggeration to state that my little French high school in my little hometown is probably what saved my first language. But that’s a story for another day… Instead, let’s go back to postsecondary education.

As I’ve illustrated above, French education is important in maintaining the social cohesion of the Franco-Ontarian community. A French-language university in Ontario would help the community come full circle with its social aspirations. And this isn’t a spur of the moment wish from the Franco-Ontarian community: we’ve been actively working at convincing the government to let us have our own university for the past four decades at least!

Bilingual universities are important, yes. However the problem is the fact that French programs are not controlled by the French community. French programs always end up taking the back seat to English ones. From my own meandering experience, these universities tend to aim for a minimum quota of French courses instead of full programs. For example, many technical fields will offer French classes for the first and sometimes second year of the program, but students are expected to simply roll over and switch to English courses the remainder of their studies. Even when excellent fully-French programs do exist, they are nonetheless fragile. For example, since I graduated from Laurentian University in 2008, all but one of the history professors retired. Since then, I know of only three new professors that have been hired to replace them. That's a full decade of history students not having the benefit of having as many professors as I had when I was doing my undergrad! 

The tug of war between Francophone students and the administration over the extent and form of French programs is a constant struggle. And sadly, most often, these programs do not reflect the realities of Francophone academic needs. Yet again using a personal example, after I had completed my undergrad at Laurentian University, I chose to follow my postgraduate studies in Quebec partly for the reputation of Université Laval but mostly because there were no specialists of my period of study available in either bilingual university back home… This is a reality that plagues many Francophones: sooner or later they have to face the choice of either switching to an anglophone university or to expatriate themselves to Quebec to maintain a French education. That also means Ontario is losing $$$ that students could have spent back home instead. And here's to hoping these students chose to return to begin with!

Mind you the debate still rages whether a whole French University is really necessary or should the government simply legally impose bilingual universities to offer more French content and professors all the while augmenting their funding to this purpose. But no matter where you stand on these issues, the reality is that the Doug Ford government just took a stand against the postsecondary education of Francophones

And just to illustrate a bit further the need for a French University, let’s check out the 2016 census of some provinces with both a French-speaking population and French universities:
  • New Brunswick has 231 110 native French speakers and has the Université de Moncton.
  • Nova Scotia has 29 465 native French speakers and has Université Sainte-Anne.
  • Manitoba has 40 525 native French speakers and has Université de Saint-Boniface.
  • Québec has an equivalent inverse ratio of French to English speakers as Ontario, and yet their Anglophone community gets… three English universities!

And yet, in Ontario, with 490 720 native French speakers, we get… two bilingual universities that, as we've seen above, offer a halfhearted service to our community. What. The. Heck. If we want to be childish and petty about it, we could oversimplify and say that according to the Nova Scotia ratio, Ontario should have sixteen and a half Université de Sainte-Anne by now. Seriously, why does New Brunswick get a shiny toy but the second largest French-speaking community in North America gets the consolation prize of being kicked in the nuts by Doug Ford?

Wait… why should I care?

Probably for the same reasons 999 675 non-native-French-speakers in Ontario chose to learn the language. (And by the way, holy crap, this is the first time I’ve paid attention to that statistic… it’s amazing to know there are basically twice as many people who willfully chose to learn French in Ontario than people actually born and raised into the language. To whoever you all are, I salute you with a patriotic tear to my eye: Merci!).

But then again, maybe you, yes you reading this, don’t speak French. Again, why should you care? Well, first off, a society is judged by how it treats its minorities. Number two, caring for Francophones (and Francophiles!) in Ontario actually helps the economy. French is one of the major international languages. There are nearly 30 French-speaking countries in the world. French is needed to maintain and strengthen Canadian relations to these societies.

And culturally speaking, let’s not forget that any Franco-Ontarian achievement is by extension an Ontarian achievement. Bet you didn’t know that we supply world-class entertainers, actors, singers, writers, political commentators, among others? Franco-Ontarians aren’t all just sitting at home yacking in French and scarfing poutine you know, we also have aspirations and dreams and want to share them with the world. (And seriously, how can you not love Damien Robitaille?)

Wait… so what can I do?

If you want to be a little more proactive, contacting your local MPP and MP and telling them that you’re against Doug Ford’s cuts against our community, that would be great help, and we thank you for it. Also, keep an eye out in your community if there are any protests coming up (as I’m writing this, there should be a bunch on December 1st).

And from there, don’t worry, I’m not asking you to enroll yourself in a course to learn French (then again, if you do, good on you! Rock on.) But I do hope if everything you’ve read above is news to you, I invite you to help us by simply being more aware of us. Sure the language barrier makes it hard, but simply knowing we exist and politely correcting a friend next time you hear them wonder what the fuss is about will go a long way.

Oh, and please listen to more Damien Robitaille. Your ears will thank you.



21 November 2018

Nouveau blogue : Tranchées & Tricornes

Michel Thévenin, historien.
Bonne nouvelle pour vous, chers férus d’histoire! Mon collègue et ami, Michel Thévenin, vient de commencer son propre blogue. Dix-huitièmiste et spécialiste de la guerre de siège, Michel est doctorant à l’Université Laval. Mes lecteurs le reconnaîtront sans doute, puisque je l’ai nommé à quelques reprises dans le passé sur mon blogue. Je vous invite à le lire et à vous abonner à son blogue. Vous n’avez qu’à cliquer sur l’image ci-dessous. Bonnes découvertes!


18 November 2018

Twitter 2018

Avec décembre qui s'approche, c'est une nouvelle année qui s'achève. Encore une fois, j'aime passer à travers mes Tweets personnels préférés et par la même encourager mes lecteurs de me suivre sur Twitter. Au plaisir de vous croiser sur les réseaux sociaux et dans la vraie vie!



















17 November 2018

La Nouvelle-Orléans : cette autre Nouvelle-France

2018 marque le 300e anniversaire de La Nouvelle-Orléans!
Photo: Cathrine Davis 2018

Cet article devait paraître dans les pages du Devoir. Un imprévu familial m’a obligé de le mettre de côté. Je remercie le journal de m’avoir permis de le récupérer et de le partager ici. J'aimerais du même souffle remercier le Centre de la francophonie des Amériques qui m'a permis cet automne de voyager en Louisiane afin d'y donner quelques communications et de retourner visiter La Nouvelle-Orléans pour son 300e anniversaire.

La Nouvelle-Orléans est célébrée entre autres pour
sa musique. Photo: Joseph Gagné 2012
L’an passé, Montréal fêtait son 375e anniversaire. Cette année, c’est au tour à La Nouvelle-Orléans de célébrer ses 300 ans! Si son âge vénérable vaut déjà la peine d’être souligné, c’est également sa culture qu’on célèbre en grand. La mention seule de son nom évoque d’innombrables images, même chez ceux qui n’y ont jamais mis les pieds : qui ne connaît pas entre autres son défilé du Mardi gras, son architecture coloniale espagnole, son tramway qui a inspiré Tennessee Williams, ses alligators, ses mets cajuns et ses beignets… Sans oublier que l’imagination des férus du macabre et de l’inédit va quant à elle penser au célèbre cimetière Saint-Louis, la prêtresse vaudou Marie Laveau, la sadique Delphine Lalaurie, ou encore aux vampires d’Anne Rice… Parlant de films, depuis l’ouragan Katrina le cinéma américain a repris de plus belle son amour pour La Nouvelle-Orléans. L’importance du « Big Easy » ne se limite pas à sa culture, toutefois, mais également son économie : en 2016, elle se classait quatrième port d’importance aux États-Unis. La Nouvelle-Orléans doit d’ailleurs son existence à cette vocation première de ville portuaire, débutée il y a de ça trois siècles lorsqu’elle est fondée par… des Montréalais!

La Louisiane, colonie française.
Photo: Joseph Gagné 2018

La guerre de la Ligue d'Augsbourg freine le
développement de la colonie 
L’aventure française en Louisiane se fait d’abord devancer par les Espagnols un siècle et demi plus tôt. En effet, le premier Européen à rejoindre formellement les méandres du fleuve Mississippi est Hernando de Soto en 1541. Les incursions françaises sur le fleuve, quant à elles, doivent attendre Louis Jolliet et le père Marquette qui découvrent la source du Mississippi par le nord en 1674. S’ensuit Cavelier de La Salle qui, entre 1679 et 1682, devient le premier Européen à explorer le Mississippi sur presque toute sa longueur. Malheureusement pour lui, son dernier voyage—mené par l’océan cette fois-ci dans le but de retrouver l’entrée du fleuve—se solde par un échec ainsi que son assassinat. Si plusieurs individus anonymes continuent de courir les bois de la Louisiane en quête de fourrures, l’intérêt de la couronne française pour le territoire est détourné par la guerre de la Ligue d’Augsbourg. La France abandonne donc toute tentative d’explorer ses prétentions louisianaises pendant presque dix ans, soit entre 1688 et 1697.

Pierre Le Moyne d’Iberville
1661–1706
Toile de Rudolph Bohunek, c1933. Louisiana State Museum

Jean-Baptiste Le Moyne, Sieur de Bienville
Fondateur de La Nouvelle-Orléans
1680–1767
Toile de Rudolph Bohunek, 1910. Louisiana State Museum

Le retour de la paix ne sera pas le seul facteur à influencer la Couronne française à s’intéresser à nouveau à la Louisiane : l’Angleterre la louche aussi. Il faut donc consolider les réclamations françaises et occuper le territoire. Le ministre Jérôme Phélypeaux de Pontchartrain confie la mission à nul autre que Pierre Le Moyne d’Iberville, célébré pour ses déprédations contre les Anglais sur les côtes de Terre-Neuve et le long de la Baie d’Hudson. Il est accompagné entre autres de son cadet (19 ans de différence!) Jean-Baptiste Le Moyne de Bienville. Sitôt arrivés dans la baie de La Mobile le 31 janvier 1699, Bienville se fait confier la mission de reconnaître les côtes et les rivières de la région environnante. La Nouvelle-Orléans, bien entendu, n’apparaît pas de manière spontanée : les Français vont d’abord tâter le terrain, fondant divers forts dont Biloxi et La Mobile d’où poursuivre leurs explorations du territoire. Fidèle à la tradition familiale, Bienville va même intercepter des Anglais près d’où il fondera La Nouvelle-Orléans 19 ans plus tard. Ses explorations et ses exploits lui valent d’ailleurs le poste de commandant à l’âge de 21 ans.

Bayous, chaleur et alligators menacent le projet de Law.
Photo: Joseph Gagné 2018
Les débuts de la Louisiane n’augurent en rien une réussite, toutefois : la période entre 1701 et 1713 est marquée par les guerres européennes qui menacent la stabilité de la colonie naissante. Sans oublier le fiasco de la Compagnie du Mississippi de John Law : celle-ci stimule une frénésie de spéculation foncière s’appuyant sur l’image—fausse—d’une Louisiane paradisiaque. Les réelles conditions difficiles d’exploitation et la perte de confiance des actions de la compagnie conduisent celle-ci vers une faillite comparable au « krach boursier » de 1929. Au-delà ses bayous et sa chaleur, sept ouragans frappent la Louisiane entre 1717 et 1750! Enfin, les gouverneurs successifs de la colonie devront négocier, traiter, guerroyer et se réconcilier avec les nombreuses nations autochtones environnantes—Chaouachas, Ouachas, Houmas, Natchez, Atakapa, Tunia, Yazoo, Chocataws, Chicksaws, etc.

Sauvages Tchaktas matachez en Guerriers qui portent des chevelures
Alexandre de Batz c1730.
Original: Peabody Museum, Harvard University


Une nouvelle capitale nommé en honneur de
Philippe d’Orléans, 1674–1723.
Toile de Jean-Baptiste Santerre, 1717
Si l’aventure louisianaise fait plus ou moins bon train malgré tout, la fondation de La Nouvelle-Orléans, quant à elle, remonte au mois de février 1718 après que Bienville remarque « une place très-propre pour y bastir une habitation, sur le bord du Mississipy, à trente lieues depuis l’embouchure du fleuve ». Une centaine d’hommes s’occupe à construire le nouvel établissement. Baptisé en honneur du régent, Philippe d’Orléans, le poste se trouve sur des terres plus fertiles et faciles à cultiver que celles le long du golfe. En 1722, La Nouvelle-Orléans devient officiellement la capitale de la colonie lorsque la Compagnie des Indes, successeur de la Compagnie du Mississippi, y place son quartier général.

Comment peupler cette nouvelle colonie? À l’aide d’une propagande massive encourageant quelque 6 000 civiles à migrer. Contrairement à ce qui a été publicisé, ce n’est pas le paradis : Marcel Giraud, le grand historien de la Louisiane, estime que 60% d’entre eux meurent pendant le trajet ou peu après leur arrivée. À cette population naissante s’ajoutent environ mille soldats, ainsi que des centaines d’indésirables, hommes et femmes, kidnappés des rues de la métropole. Ces derniers sont si nombreux à se faire enlever que Paris doit émettre une loi en 1720 pour stopper les activités des « bandouliers du Mississippi »!

Les nouveaux migrants vont exploiter divers produits, dont l’indigo, le tabac et la canne à sucre. Contrairement au Canada, la traite des fourrures ne représente à cette période que 10 à 15% des exportations. Le développement de la colonie dépend malheureusement de la main d’œuvre d’esclaves africains : de 1719 à 1743, pas moins de 5 700 esclaves sont importés dans la colonie.

Peupler La Nouvelle-Orléans: Créoles, esclaves, autochtones, prostituées...

La Conquête sonne le glas du Régime français tant pour le Canada que pour la Louisiane. Il faut se rappeler que la guerre de Sept Ans (autre nom donné à ce conflit) éclata dans les colonies deux ans avant l’Europe, soit en 1754. À la source de cette hostilité se trouve la vallée de l’Ohio—représentant aujourd’hui l’état de l’Ohio et une partie de la Pennsylvanie, la Virginie de l’Ouest et l’Indiana—où coulent plusieurs rivières qui raccourcissent le lien entre le Canada et la Louisiane, mais lorgné par les colons britanniques. Si le front de guerre fini par se concentrer sur la Vallée du Saint-Laurent, la Louisiane—ayant jusqu’ici évité une invasion britannique—souffre néanmoins de l’absence de ravitaillement à cause des déprédations sur la marine française et sera finalement amputée à la France par les négociations de paix.

Pourquoi? Rappelons que l’Espagne rejoint la guerre contre les Anglais tardivement en 1762. Toutefois, les forces britanniques se démontrent plus puissantes que prévu : l’Espagne perd La Havane en août après deux mois de siège, ainsi que la Floride, au profit des Britanniques. La perte de ces deux dernières a un effet dévastateur sur l’avenir de la Louisiane. Lors des négociations de paix, la France négocie à la fois pour elle-même et l’Espagne. L’Angleterre accepte de restituer La Havane en échange du territoire à l’est du fleuve Mississippi. Toutefois, la prise de la Floride est vu comme la consolidation de l’emprise britannique sur la côte est de l’Amérique. L’Angleterre refusera donc de la rendre à l’Espagne. La France, pour faire passer la pilule, offre secrètement à l’Espagne le territoire à l’ouest du Mississippi, incluant La Nouvelle-Orléans, en compensation. Le tout sera confirmé par le traité de Paris en février 1763. Mais l’aventure française en Louisiane ne se termine pas là… D’ailleurs, suivant le traité, deux vagues d’immigrants acadiens arrivent en Louisiane, la première entre 1765-1769 comprenant environ 800 Acadiens qui étaient exilés chez les colonies britanniques et la deuxième, en 1785, composée de 1 600 individus arrivant de la France, soit les trois quarts de la population acadienne qui s’y trouvait. En tout, c’est environ 3 000 Acadiens qui fondent des communautés en Louisiane et deviennent les ancêtres des Cajuns d’aujourd’hui. Sans oublier que la Louisiane redeviendra française pendant trois brèves années avant 1803—mais ça, c’est une histoire pour une prochaine fois!




La toponymie locale témoigne de son passé français.
Photo: Joseph Gagné 2018

Il ne s’agit ici que d’un bref retour sur l’histoire de La Nouvelle-Orléans et de la Louisiane sous le Régime français. Mais on peut bien se demander : que reste-t-il aujourd’hui de ce régime? Autant l’architecture britannique finit par dominer la ville de Québec, autant l’architecture espagnole le fait à La Nouvelle-Orléans. En effet, l’incendie de 1788 rase la ville presque entière. Aujourd’hui, seuls quelques exemples de constructions françaises survivent. Outre le monastère des Ursulines—le seul bâtiment datant du Régime français—se trouvent la maison Madame John’s Legacy et la Lafitte Blacksmith Shop, construits à la manière créole à la fin du xviiie siècle. Néanmoins, l’esprit français continue de percer même après 300 ans : la toponymie locale témoigne des gouverneurs français et des noms originaux de certaines rues. La culture française, le plus célèbre exemple étant le Mardi gras, est toujours célébrée. Si la langue française reprend un nouveau souffle de vie après 1804 avec l’arrivée d’immigrants d’Haïti (l’ancien Saint-Domingue), en 2000 le français était parlé par 4,6% de la population de la Louisiane.


Bienville immortalisé.
Photo: Joseph Gagné 2018

Si elle fait aujourd’hui partie des États-Unis, La Nouvelle-Orléans incarne en réalité plutôt la limite nordique des Caraïbes (en effet, sous le Régime français, elle entretenait des liens plus étroits avec La Havane qu’avec le Québec—rappelons que d’Iberville est inhumé à Cuba!). En déambulant le long de ses rues, le visiteur ressent son histoire liée à quatre régimes successifs (autochtone, français, espagnol, et américain). La ville est une enclave culturelle et historique unique qui, paradoxalement, appartient aux États-Unis tout en y étant à part. Aujourd’hui célébré pour son architecture, sa musique et sa gastronomie, rien à l’époque pourtant ne prédisait que ce petit poste du Mississippi allait devenir un boulon économique et culturelle d’Amérique.

Comme on dit à La Nouvelle-Orléans, « Laissez les bons temps rouler! »


Nouveau Look!


Curieuse Nouvelle-France fait peau neuve! Après sept ans d’existence, j’ai décidé que mon blogue méritait un rajeunissement pour mieux refléter l’évolution de mes talents de graphiste amateur. Cette cure pressait justement alors que j’aurai bientôt le bonheur de vous introduire le blogue de mon collègue Michel Thévenin pour qui j’ai créé le logo… À vrai dire, je digérais mal l’idée qu’il ait un plus beau logo que le mien, surtout lorsque c’est moi qui l’ai conçu!

En même temps, j’espère que ce nouveau look rendra la lecture plus agréable grâce à l’agencement plus sobre. Et vous, qu'en pensez-vous? Faites moi part de vos commentaires!

Au plaisir de vous partager ma recherche et mes activités pour de nombreuses autres années à venir!
-Jos


Le vieux look.

13 November 2018

Finding Cajun

Bonjour cher lectorat, 
Je reviens tout juste de la magnifique Louisiane. Je vous partagerai bientôt un billet sur mes récentes aventures dans le pays du jambalaya et des alligators. Entre temps, je vous invite à découvrir le nouveau documentaire Finding Cajun de mon ami et collègue Nathan Rabalais. Le documentaire se penche sur la montée de l’identité « cajun » de la Louisiane et son impact culturel. Suivez les liens ci-dessous après le vidéo pour vous informer comment soutenir ce projet et où visionner le documentaire près de chez-vous.
À bientôt!


La bande annonce officielle du film documentaire, Finding Cajun, qui sortira en 2018. Un regard critique sur l'identité culturelle en Louisiane. Un film de Nathan et David Rabalais. 



The official trailer of the upcoming documentary film, Finding Cajun. A critical look at culture identity in South Louisiana. Film by Nathan and David Rabalais.

Help support this film here: https://www.gofundme.com/findingcajun 



11 October 2018

La guerre de siège avec Michel Thévenin

Michel Thévenin, ami et collègue, vient de passer en entrevue à l'émission 3 600 secondes d'histoire sur les ondes de CHYZ FM, la radio universitaire de l'Université Laval.

Cliquez sur l'image ci-dessous pour écouter le fichier mp3.


Un bombardement. Image tiré de Théorie nouvelle sur le Mécanisme de l'Artillerie. Paris, 1741.

02 October 2018

Rappel: Symposium sur les pays d'en Haut et des Illinois

En fin de semaine je présente:

Cliquez sur l'affiche pour voir le fichier PDF:


24 September 2018

L'automne et Place Royale

Pas de gros billet aujourd'hui, pas d'annonces ni même de nouvelles. Tout simplement un petit mot pour partager ma joie d'être à Québec et de pouvoir travailler à la Place Royale, l'endroit-même où le Québec et une grand partie du Canada français (je ne vous oublis pas, chers Acadiens!) trouvent leurs débuts. 

Bien qu'il me reste encore beaucoup de travaille avant d'achever ma thèse de doctorat d'ici avril prochain, je suis en pleine saison de demandes de bourses pour un post-doc potentiel, tout en postulant pour des emplois possibles. C'est à la fois avec bonheur et avec mélancolie que je jette mon regard sur le pavé de Place Royale, son buste de Louis XIV et ses bâtiments patrimoniaux. Cette année marque le dixième anniversaire de mon déménagement dans la Belle Province, ayant laissé derrière moi l'Ontario français. C'est avec un pincement au cœur que j'admets à moi-même que mon aventure dans la Vieille capitale achève probablement. Jusqu'à date, la majorité des opportunités qui se présentent à moi sont à l'extérieur du Québec. Rien n'est encore coulé dans le béton, mais déménager à nouveau est tout de même une très grande possibilité qui se concrétise peu à peu. Tout ce qu'il faut c'est qu'une de mes postulations se fasse accepter... 

Arrivé à Québec pour son 400e anniversaire, j'ai eu le plaisir de côtoyer des gens fantastiques, de vivre des aventures extraordinaires et de poursuivre une carrière intellectuellement enrichissante comme chercheur à la maîtrise et ensuite au doctorat.

Je suis peut-être en train de mettre les bœufs avant la charrette en confessant mon regret de devoir quitter Québec sans même savoir si je quitte en effet, mais ce petit moment tranquille, au chaud avec un café, voyant les touristes se promener dans ce vent d'automne frisquet, dans un des endroits les plus historiques du continent, me fait réfléchir que je vais m'ennuyer de mon petit trésor de l'Amérique française.

28 August 2018

Colloque: Présence française dans les zones limitrophes de la Nouvelle-France

(English follows) (Cliquez sur l'image pour vous inscrire/Click on image to sign-up)

L’Université de Windsor et le Collège Boréal de Windsor organisent conjointement un symposium sur l’histoire de la présence française dans la région des Grands Lacs et dans la vallée du fleuve Mississippi aux XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles. Intitulé « Présence française dans les zones limitrophes de la Nouvelle-France: Pays d’en Haut et Pays des Illinois », ce colloque se tiendra au Collège Boréal de Windsor (7515 Forest Glade Dr., Windsor, Ontario) les 6 et 7 octobre 2018. L’événement, sans frais d’admission et ouvert au public, réunira plusieurs chercheurs de la France, du Canada et des États-Unis.

The University of Windsor and Collège Boréal Windsor are organizing a symposium on the French presence in the Great Lakes region and the Mississippi River valley during the 17th, 18th, and 19th centuries. The conference will take place at Collège Boréal Windsor (7515 Forest Glade Dr., Windsor, Ontario) on October 6 and 7, 2018. It will gather renown scholars from France, Canada, and the United States. This event will be open to the public at no charge. NOTE: Most of the presentations, including the keynote presentation, will be in French.

Nos partenaires/Our partners:

Detroit River Border Region Digital History Project

Department of History, University of Windsor

Collège Boréal

Ambassade de France au Canada

Chaire de recherche du Canada de niveau 1 sur les migrations, les transferts et les communautés francophones, Université de Saint-Boniface

French-Canadian Heritage Society of Michigan

Alliance Française de Grosse Pointe

Town of LaSalle

Museum Windsor