14 September 2019

1755: British Optimism vs Reality


This weekend marks the 260th anniversary of the battle of the Plains of Abraham in 1759. Of course, this battle was not technically the fall of Québec, which was actually formally surrendered a few days later on the 18th of September. And neither was it the fall of Canada: this formality would have to wait after more battles and skirmishes throughout the following year, leading up to the capitulation of Montreal on the 8th of September, 1760. In hindsight, the fall of New France seems inevitable to us today. After all, for such a vast colony, the French presence in North America was only assured by about 80 000 colonists. The neighbouring thirteen British colonies were home to a million American subjects. Yet, at the start of the war, things weren’t so clear-cut: The French were better organized politically and fared better with circumstantial luck. Up until 1758, the French had actually managed to hold their own quite well, in fact (relatively speaking...). Throughout the war, victory or defeat were never as clear cut as some imagined they would be. As exquisitely recapped in David Preston’s book Braddock’s Defeat: The Battle of the Monongahela and the Road to Revolution (Oxford University Press, 2015), the British sent their first contingent of troops to North America hoping to squash the French claims to North American lands. Optimism was flying high, some even going as far as wanting to celebrate victory prematurely with fireworks (to which, cooler heads like Ben Franklin’s cautioned that waiting for results might be more appropriate…). Yet, nowhere was this blind optimism demonstrated as heartily as in this wonderful 1755 engraving I recently found, British Resentment or the French fairly Coopt at Louisbourg. Created by John June and Louis Philippe Boitard, this image was a premature celebration of British victories which would not come to be that year, quite the opposite in fact (with the exception of Fort Beauséjour). Braddock’s army was defeated by the French and their indigenous allies, and most of their goals would be met only after a hard-fought campaign stretching over many years. And so today, to commemorate the battle of Québec, I would like to take a closer look at this image engraved years earlier, its creators not imagining New France would put up such a valiant resistance.

For more information on British art during the Seven Years' War, see Fordham, Douglas. British art and the Seven Years’ War: allegiance and autonomy. Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 2010. 334 p.

1. Britannia attending to the complains of her injur’d 
Americans receives them into her protection.
2. Neptune & Mars unite in their defence.

3. The British Lion keeping his dominions under his paw safe from invaders.
4. The British Arms eclipsing those of France
5. A British Sailor pointing to the eclipse, & leering at a French Politician
trapt by his own schemes.
7. A French Political Schemer beholds the operation with grief and Confusion.
6. An English Saylor encouraged by a Soldier, Squeezes the Gallic Cock
by the Throat & makes him disgorge the French usurpations in America.
8. The English Rose erect, the French Lilly drooping.
11. Cromwells device.
9.A Gang of brave Saylors exulting at the Starving French coopt up.
10. The French overset at the fall of Niagara.
12. A monument due to real Merit.

03 September 2019

L’évolution de notre relation avec le territoire depuis le Régime français


(Note : le 25 février 2014, j’ai publié un billet semblable en anglais. Ici je pousse ma réflexion, bien que j’invite le lecteur à lire cette première mouture ici : http://curieusenouvellefrance.blogspot.com/2014/02/trains-history-and-writing.html)

L'historien doit savoir
s'improviser géographe.
Fort Niagara, 2018.
Photo: Rénald Lessard
L’automne arrive à grands pas et je me sens un peu comme une bête en cage. C’est la course folle pour finir l’écriture de ma thèse avant décembre si possible, le temps et le manque d’argent obligent. Ces deux facteurs m’empêchent également de voyager (outre l’exception d’Ottawa en octobre pour assister au congrès annuel de l’IHAF). Ça fait mal : j’ai développé l’habitude depuis le début de mes études supérieures de faire le tour des colloques scientifiques au Québec, en Ontario et aux États-Unis. Chaque déplacement est une occasion rêvée de voir du pays, surtout s’il s’agit d’un nouveau coin pour moi. Il est d’ailleurs important pour tout historien de savoir s’improviser géographe de terrain pour mieux comprendre la réalité des distances physiques, de la topographie et de leur effet sur la pensée des gens de la période étudiée. Si l’historien militaire John Keegan n’était pas un historien colonial, il reconnaissait néanmoins l’importance de se familiariser avec la géographie physique de l’Amérique :
John Keegan
Over the years the drama of the American landscape has ceased to be simply a spectacle. It has awoken in me a powerful and continuing curiosity in what it means for what I do. I am a military historian. Rivers, mountains, forest, swamp and plain, desert and plough, valley and plateau: these are the primary raw materials with which the military historian works. In constructing a narrative, in charting the movements of armies, the facts of geography stand first. What sense is there in setting out to describe the campaigns of Napoleon, which wander across the face of Europe from Portugal to Poland, from Naples to the Netherlands, unless one understands, and causes the reader to understand also, how the Alps and the Pyrenees, the Rhine and the Vistula, bore upon the campaign plans he made? […].

-John Keegan, Fields of Battle: The Wars for North America, New York, Alfred A. Knopf, 1996, p. 1.
Des réflexions semblables trottent dans ma tête lorsque je voyage. Par exemple, je songe souvent à cette question : comment mesure-t-on la distance au fil des années? Ou plutôt, comment la perçoit-on? En effet, l’impression de la distance varie grandement d’une personne à l’autre : de nos jours, un citadin de Québec trouve qu’un voyage de trois heures pour se rendre à Montréal est d’un ennui exacerbant. Pourtant, un Franco-Ontarien comme moi, originaire d’un village dans le Nouvel-Ontario, n’hésitera pas à faire le même trajet, de plus revenant le même jour! Après tout, les villages du nord de l’Ontario sont souvent séparés par de nombreuses heures de route avec rien de plus entre eux que des étendues de conifères. Les deux voyageurs perçoivent donc une distance mentale différente par rapport à la même étendue franchie.

La présence humaine a évolué depuis
le Régime français.
Il en va de même selon les époques : la distance mentale est subjective et sa perception évolue avec le temps. Aujourd’hui, la perception du temps et de la distance n’a plus rien à voir avec celle du xviiie siècle. L’avènement du train, de l’automobile, de l’avion et, ultimement, de l’astronef a fracassé toute notion préexistante de la relation entre l’homme et sa géographie. Dès 1969, les missions Apollo prennent en moyenne trois jours pour se rendre à la lune, mais se rendre en canot de Montréal à Michilimackinac prenait 40 jours! Nous n’avons plus la même relation avec la distance que nos ancêtres. Même le paquebot, aujourd’hui considéré lent, est plus rapide que les bateaux à voile d’antan. De plus, après deux siècles et demi de croissance démographique depuis la fin du Régime français, d’innombrables villes sont apparues sur la carte nord-américaine, toutes resautées les unes aux autres par d’innombrables routes, chemins de fer et aéroports. Même si la distance physique demeure la même, plus le déplacement est facile, plus la distance perçue, elle, change, s’éloignant ou se rapprochant selon les circonstances. Ceci affecte donc l’importance des liens entre divers lieux d’habitation au fil des années. Ainsi, grâce aux aéroports, les gens d’affaires d’une ville comme Toronto peuvent avoir plus d’affinités avec Londres qu’avec, disons, un village dans le nord de l’Ontario, pourtant plus proche. Pour reprendre l’exemple de Michilimackinac, bien que sous le Régime français ce poste était à plus d’un mois de voyage en canot de Montréal, l’absence de postes importants entre les deux les rendait voisins, relativement parlant, comme deux îles situées dans un océan de forêt. Aujourd’hui, Michilimackinac s’est effacé de la conscience des Montréalais, leur monde s’étant rapetissé pour inclure les nouvelles villes dans leur voisinage immédiat ou bien des destinations internationales comme Paris, facilement joignables par avion. Qui aujourd’hui se doute des liens intimes qui liaient la métropole québécoise de 1,75 million de citadins à ce village du Michigan, aujourd’hui habité par 795 âmes tout au plus, sur lequel dépendait pourtant l'économie montréalaise?

Le fort Détroit n'est plus
qu'un stationnement sous
le siège de General Motors.
Pour étudier la géographie de la Nouvelle-France, il faut donc nécessairement faire abstraction de notre géographie actuelle, de nos impressions qui y sont rattachées et avoir une bonne imagination pour reconstituer et repenser le passé. Après tout, 250 ans de développement humain ont irrévocablement changé le monde physique du Régime français. Par exemple, la plupart des forts français ont cédé au « progrès », comme l’emplacement du fort Détroit qui n’est plus qu’un stationnement pour le siège de General Motors. Certes, certains postes français comme Carillon ou Michilimackinac survivent aujourd’hui, largement reconstruits et devenus des curiosités touristiques. Beaucoup d’autres quant à eux ont été abandonnés et absorbés par la nature. Mais le plus grand changement lequel il faut tenir compte pour comprendre le développement de la Nouvelle-France est notre relation aux lacs et rivières. Aujourd’hui, l’hydrographie échappe à notre conscience populaire. Avec l’amélioration des réseaux terrestres, qu’il s’agisse de chemins de terre ou chemins de fer, nous avons oublié notre relation intime avec les lacs et rivières du continent, à quelques exceptions près. Par exemple, même si la vue du fleuve Saint-Laurent à partir de la terrasse Dufferin à Québec continue d’évoquer des émotions vives, qui parmi nous peut réellement affirmer l’avoir remonté ou descendu? Par voiture ou par autobus, par train ou par avion, le voyageur d’aujourd’hui n’aura jamais l’impulsion première de naviguer pour se déplacer dans la province, encore moins le pays. L’effacement du rôle de l’eau s’est généralisé en Amérique du Nord : sauf pour le plaisir ou le commerce, on ne navigue plus les rivières, nous les traversons. En empruntant le pont, la rivière ne devient plus qu’une curiosité dans la conscience du voyageur, rapidement oubliée. Certes, un fleuve imposant comme le Saint-Laurent ou le Mississippi réussit toujours à impressionner et s’attirer le respect par sa largeur, mais que dire d’une mince rivière comme la Saint-Joseph? Combien de milliers de conducteurs franchissent ses méandres au Michigan et en Indiana, la remarquant à peine, sans se douter qu’à l’époque, il s’agissait d’une des routes les plus importantes reliant le Canada à la Louisiane? Même la place mentale accordée à la toponymie a changé. Le Saint-Laurent, la Saint-Joseph, le Mississippi, Ontario, Érié, Huron, Michigan, Supérieur… autant de rivières, de lacs et de ruisseaux qui servaient de chemins à l’époque de la Nouvelle-France, maintenant remplacés dans notre lexique routier par des voies aux noms sans mérite lyrique comme la 20, la 40, la 401… Même phénomène pour les routes de terres, où Braddock’s Road devient la U.S.-40, la Sauk Trail devient la U.S.-12 et la Great Carrying Place devient la 90 entre Schenectady et Utica… Dans plusieurs instances, le pragmatisme cartographique a remplacé la mémoire populaire de ces voies.

Mais à y penser, étudier le rapport entre les Habitants du Régime français et la géographie nous en enseigne autant sur la nôtre… Il y a vraiment de quoi dire sur notre relation avec le territoire et les moyens choisis pour voyager. Nos déplacements reflètent une société de plus en plus mondialisée, obsédée avec l’empressement et l’efficacité. Nous vivons peut-être dans un village global, mais l’efficacité du voyage a réduit notre intimité avec le pays. J’ose dire, nous ne voyageons pas pendant nos vacances, on se transpose pour aboutir quelque part, sans connaître le pays au-delà des stations-service ou des aéroports rencontrés en chemin. Au contraire, à cause du temps nécessaire pour se déplacer, les voyageurs à l’époque coloniale apprenaient à découvrir le pays entre leur lieu d’origine et leur destination (en passant, je vous suggère cette courte lecture amusante, un des plus beaux exemples de journal de voyage qui me vient à l’esprit : « Madame Knight’s Journal. A Woman Travels to New York, 1704 », dans Howard H. Peckham (éd.), Narratives of Colonial America. 1704-1765, Chicago, R. R. Donnelley & Sons Company, 1971, p. 5-49.). Moi-même, je cherche autant que possible de faire la même expérience si j’ai le temps. Par exemple, malgré les inconvénients, j’adore prendre le train. Mes lecteurs réguliers savent que je suis un grand romantique qui adore regarder le paysage défiler devant ma fenêtre, en pleine réflexion sur le territoire et son occupation. Contrairement à l’autoroute, la plupart des chemins de fer traversent en plein centre des villes et villages en chemin. En guise de conclusion à ce petit billet où je réfléchissais tout haut, je vous invite donc lors de vos prochaines vacances à faire de même et d’emprunter un moyen de transport autre que l’automobile ou l’avion, ou simplement d’emprunter des routes scéniques et historiques plutôt que l’autoroute, question de renouer avec l’espace entre votre point de départ et votre destination.

Voyageurs, par Frances Anne Hopkins, 1869

28 August 2019

Québec néglige son patrimoine

Église Saint-Coeur-de-Marie, quelques jours avant
le début de sa démolition en 2019.

« Ah non, pas un autre crisse de musée. » Voilà les paroles prononcées par un promoteur immobilier alors que nous étions un groupe rassemblé pour discuter l’avenir des Nouvelles-Casernes de Québec. Décidément, mon idée de les transformer en musée de la Nouvelle-France froissait. Pire, je constate que l’histoire et le patrimoine sont devenus gênants pour la ville de Québec en général. Le 21 août 2019, le Globe and Mail publiait un article reconfirmant à nouveau qu’il y a une « vague de destruction » qui s’abat présentement sur le patrimoine architectural de Québec. Je partage le même avis.

La facade du Patro St-Vincent-de-Paul,
détruite en 2010.
Cela fait maintenant onze ans que j’habite à Québec; j’y suis déménagé de l’Ontario justement pour ce que je croyais être à l’époque son amour de l’histoire. Québec est unique non seulement dans la province, mais au monde : rappelons-nous qu’il est classé parmi les sites patrimoniaux de l’UNESCO. Pourtant, depuis la célébration de son 400e anniversaire, j’ai vu ses efforts de conservation s’effriter. On troque l’histoire pour une modernité forcée (le maire Labeaume n’avait-il pas déclaré, après tout, qu’il voulait que Québec devienne le nouveau Montréal?). Les victimes ont été nombreuses et continuent de cumuler. Parmi les exemples les mieux connus se trouvent la façade du Patro St-Vincent-de-Paul détruite en 2010 et cette année, l’église Saint-Cœur-de-Marie, un des plus beaux exemples d’architecture néo-byzantine, quelques mois à peine avant son centenaire. Je rappelle également qu’à Jamestown, lieu de fondation de ce qui deviendra les États-Unis, il n’y a pas un, pas deux, pas trois, mais quatre musées dédiés à ce site historique, alors qu’ici à Québec, nous venons de fermer le Musée de la Place-Royale, qui commémorait le site de la fondation de l’Amérique française. Parlant d’institutions, il semble qu’il faut régulièrement se battre pour avoir accès à nos collections, qu’il s’agisse d’empêcher la fermeture de centres d’archives ou bien le déménagement de nos artefacts dans la région de la capitale fédérale. Enfin, alors que certaines villes comme Schenectady, New York, tentent de renouer avec leur passé architectural en construisant de nouveaux édifices publics qui s’intègrent bien avec la tradition architecturale locale, Québec a une obsession en ce moment avec des projets immobiliers qui s’agencent mal avec le patrimoine du Vieux-Québec (taisons le nom d’un certain bâtiment en vitre dont la construction achève bientôt à la Place d’Youville…).

Le Musée de la Place-Royale, vidée, silencieuse...
Alors que Québec se targue d’être l’Accent d’Amérique, slogan qui « exprime ce qui fait notre singularité, historique et contemporaine, et vise à projeter une image attrayante de la ville. », il faudrait peut-être qu’elle se rappelle ce qui la rend unique et attrayante en premier lieu. Les gens viennent à Québec pour son patrimoine, son histoire, son train de vie. Et pourtant, comme le rappelle l’article du Globe and Mail cette semaine, la ville commence à être victime de son propre succès économique. Il est à se demander si la modernisation de la ville se fait aux dépens de son âme patrimoniale? Je peux déjà témoigner que les fluctuations d’accès au patrimoine archivistique et muséal ont déjà découragé dans le passé plusieurs collègues américains de visiter la ville. Même pour le tourisme en général, c’est donc bien beau d’accueillir des navires de croisière, mais n’oublions pas qu’il faut maintenir leur raison de visiter la ville. C’est ce qu’il y a de sournois avec l’effritement du patrimoine : ça se fait petit à petit et par le temps qu’on le remarque, il est souvent trop tard pour inverser la tendance. Bref, si les promoteurs immobiliers ne se soucient pas de protéger et même de valoriser notre patrimoine, qui le fera? J’encourage donc à mes lecteurs de contacter leur député municipal, provincial et fédéral pour les encourager à non seulement augmenter la protection de notre patrimoine, mais d’encourager sa mise en valeur active.

Et qui sait, peut-être un jour aurais-je enfin mon Musée de la Nouvelle-France…?

20 August 2019

Guerre de Sept Ans: Nouvelles perspectives de recherche



Photo: Rendez-vous d'histoire de Québec 2019

Dans le cadre des Rendez-vous d’histoire de Québec, j’ai eu le plaisir de partager la scène avec mon directeur de thèse, Alain Laberge, ainsi que mes collègues et amis Michel Thévenin, Dave Noël, Louis Lalancette et Louise Lainesse, présidente de la séance. L’événement intitulé « Quand mémoire et histoire s’entrechoquent: la guerre de la Conquête et la recherche scientifique au Québec » eut lieu à la chapelle des Jésuites/du Musée de l’Amérique francophone à Québec.

Comme le titre le suggère, la table ronde portait sur la pertinence et la pérennité de la recherche sur la Conquête et son effet sur la mémoire populaire. J’aimerais reprendre ici mes réflexions partagées sur scène.

D’abord, un petit retour sur l’historiographie s’impose—c’est-à-dire, comment les historiens au fil des années ont-ils étudié et traité cette guerre? Au Canada français, La guerre de la Conquête de Guy Fégault est publié en 1955 et donne son nom au conflit. Il s’agit encore aujourd’hui de la seule synthèse d’importance écrite par un Québécois. Dans le monde anglophone, le livre Montcalm and Wolfe de Francis Parkman était depuis 1884 la seule synthèse sur cette guerre et son déroulement sur l’ensemble de l’Amérique du Nord. Il a fallu attendre la publication en 2000 du livre Crucible of War de Fred Anderson avant d’avoir une nouvelle synthèse incontournable. Il faut retenir toutefois que depuis Frégault, il semblait (au Canada français tout le moins) qu’il n’y avait plus rien à tirer de l’étude de la guerre de Sept Ans en Amérique. Et pourtant en 2009, le 250e anniversaire de cette guerre a bel et bien démontré le contraire : des historiens tant du Québec, du Canada anglais, de la France, de l’Angleterre et des États-Unis ont organisé de nombreux colloques qui ont produit de nouvelles anthologies d’études importantes. Chacune de ces publications a démontré qu’il y avait de nombreux angles morts dans la recherche sur la Conquête. De plus, ce ne sont pas que les nouveaux sujets qui méritent l’attention des chercheurs, mais il y a également lieu de revisiter chaque événement de cette guerre pour les réévaluer comme le démontre très bien le livre Braddock’s Defeat de David Preston, par exemple. Pendant longtemps, la stagnation de l’étude de la Conquête a pu être liée en grande partie au stigmate lié à « l’histoire bataille », c’est-à-dire le stéréotype d’une histoire purement événementielle qui ne s’intéresse qu’au nombre de participants d’une guerre, les victoires et le nombre de tués. Pourtant, cette nouvelle recrudescence d’intérêt démontre que l’étude de la Conquête dépasse ce cadre restreint et cynique : ce conflit devient un nouveau prisme par lequel voir entre autres une nouvelle histoire sociale du 18e siècle en temps de crise, une histoire économique mondiale, un retour sur la place de la Nouvelle-France dans la conscience internationale, une réévaluation de l’agency des Autochtones comme acteurs à part entière, etc.

Comme l’avait soulevé Alain Laberge, ces nouvelles études avaient été menées par des historiens non-spécialistes de cette guerre. Depuis, ces mêmes historiens se sont mis à diriger une nouvelle génération de jeunes chercheurs (moi inclus!) qui se servent de ce conflit comme tremplin intellectuel et qui en deviennent les nouveaux spécialistes. Comme quoi, il y a encore tellement à déterrer, réévaluer et revisiter par rapport à la guerre de Sept Ans qu'il y a aujourd'hui lieu d'avoir des professionnels dédiés à part entière à ce conflit seul.

De mon côté pour la table ronde, je portais mon regard sur les « oubliés » de cette historiographie. Je rappelais, par exemple, que les études sur l’impact de cette guerre sur la vie des civils peuvent se compter sur les doigts d’une main… je songe entre autres à Louise Lainesse qui a étudié les « presque veuves » de la Conquête, à Gaston Deschênes qui a étudié les ravages britanniques contre la Côte-du-Sud en 1759, à Sophie Imbeault et Jacques Mathieu qui ont porté un regard sur les civils à Québec en 1759 avec leur Guerre des Canadiens, et enfin, à Dave Noël et sa maîtrise sur les civils. Pourtant, il y a beaucoup plus d’histoires à découvrir au sujet des civils pendant cette guerre. Entre autres, je m’intéresse à la présence des femmes dans les camps de l’armée. Ou bien des réfugiés qui vont se rendre jusqu’en Louisiane pour fuir le front de guerre… Justement, parlant de la Louisiane, l’historiographie a grandement négligé cette dernière. Sur le coup, le seul ouvrage qui me vient à l’esprit à ce sujet est l’ouvrage de Marc Villiers du Terrage, Les dernières années de la Louisiane française, publié en 1904… Même si la colonie n’a pas vécu de front de guerre important comme au nord, elle a tout de même été active pendant ce temps. Par exemple, il serait temps d’écrire une étude sur les efforts de ravitaillement par la Louisiane en secours au Canada.

Sans oublier que l’histoire des Autochtones est un terreau fertile : comme Fred Anderson l’a très bien démontré, le dénouement de cette guerre a été grandement influencé par la participation des alliés autochtones. Pourtant, les études sont inégales. Autant on peut compter sur des études au sujet des Cinq-Nations iroquoises et de leur participation, autant il manque d’études sur la participation des Autochtones de l’Ouest…

Enfin, il ne faut pas oublier que notre table ronde s’est également penchée sur la question de la périodisation et l’ampleur du conflit. Par exemple, qu’on parle de la Conquête, de la guerre de Sept Ans, de la French & Indian War, etc., chaque nom a son bagage géographique et chronologique avec ses forces et ses faiblesses. D’abord et avant tout, comme l’a soulevé Louis Lalancette, faut-il limiter l’étude de la guerre de Sept Ans entre 1754 et 1763 seulement? Déjà, j’ajouterais, le terme « de 7 ans » ne représente pas bien le conflit en Amérique où la guerre éclate sous couvert avant même l’Europe… Mais, pour reprendre les propos de Lalancette qui sont également appuyés par de nombreux historiens, il ne faut pas oublier que la guerre de Succession d’Autriche peut être perçue comme la première moitié de cette guerre—après tout, la pause entre les deux est considérée plus comme une suspension entre des belligérants essoufflés plutôt qu’une paix réelle… Tout comme les dix-huitiémistes se servent du terme « le long 18e siècle » pour mieux décrire les grandes tendances des Lumières qui débordent sur le siècle précédent et suivant, doit-on trouver un terme plus large qui insérerait la guerre de Sept Ans parmi d’autres conflits semblables? Louise Dechêne parlait d’une guerre de 16 ans… moi-même, je préfère m’éloigner des titres à chiffres, trop contraignants, pour utiliser un terme moins chronologique et plus descriptif. Pourquoi pas la longue guerre d’hégémonie américaine? Sans chercher à régler le nom et la chronologie ici même, j’espère que ce nom, lancé impulsivement, illustre le type de terme parapluie nécessaire pour évoquer la reprise de guerres impériales et coloniales des années 1740 (après une longue période de paix honnête) qui se termine avec la reconfiguration totale des frontières nord-américaines suivant la Révolution américaine. Et bien sûr, il sera à se demander si cette proposition sera assez inclusive : j’entends déjà les spécialistes de l’histoire de l’Amérique latine m’accuser de myopie et d’oublier les guerres entre le Mexique et les États-Unis…

Bref, il ne s’agit ici que d’une très (et trop) brève réflexion sur l’avenir des études sur la guerre de Sept Ans. Je me contenterai de dire : nous avons bien du pain sur la planche!

NB Pour une discussion plus approfondie des noms donnés à ce conflit, je vous invite à lire mon collègue Michel Thévenin qui vient de publier un billet à ce sujet: https://micheltheveninhistorien.blogspot.com/2019/08/la-guerre-de-sept-ans-une-guerre-aux.html 

Photo: Rendez-vous d'histoire de Québec 2019


16 August 2019

New Canadian Heritage Minute: The Acadian Deportation

A new Heritage Minute has been produced commemorating the Acadian Deportation. This was a long time coming.

I recall when the Heritage Minutes first came out in the 1990s, some people thought they were a bit too saccharine and that they dismissed a lot of harsher moments in Canadian history. True, some where darker in tone (who can forget the Halifax Explosion or the fact we are now collectively terrified of the smell of burnt toast?), but some obvious topics were oddly missing-- including the Deportation. Luckily, the new collection of Heritage Minutes is now tackling some of these issues. You may remember in 2016 when they produced a moving clip on the Canadian residential schools. This month, it is the turn of the Acadian Deportation.

Here is a quick recap of some of the facts: The Acadians were the original French settlers of the Maritimes when in 1713, part of the territory came to be under British rule. During the Seven Years' War, the Acadians refused to pledge loyalty to the English Crown. Neutrality was their preferred stance, fearing they would be forced to take up arms against their own in the rest of New France. In retaliation against this refusal of submission, the British began removing the Acadians from their homeland in 1755, replacing them with their own settlers. The hunt for Acadians would continue for the next decade. Estimates vary, but it is generally agreed upon that 12 to 15000 individuals were displaced. Though many of the deported went to France, the British goal was to assimilate them into their own colonies. Following the Treaty of Paris in 1763, an article permitted expatriated Acadians to leave wherever they had been placed. Louisiana would end up being a major destination. There would be two big immigration waves of Acadians leaving towards this southern colony: the first would be between 1765 and 1769 where about 800 Acadiens left the British colonies. The second wave happened in 1785, undertaken by 1600 of the exiled in France, representing ¾ of those who had fled to that country to begin with. All in all, about 3000 Acadians arrived in Louisiana after the Seven Years’ War.

Though a one minute clip doesn't do justice to the pain, suffering and death endured by so many, it is nonetheless a welcome reminder of the fact. Here's to hoping the Heritage minutes will also consider finally making one on the Conquest of New France as well.

05 August 2019

Fêtes de la Nouvelle-France 2019


Ceux qui me connaissent savent que je suis fidèle au rendez-vous avec les Fêtes de la Nouvelle-France (FNF) année après année. Cette fois-ci, nous avons eu droit à des festivités ayant lieu à l’intérieur de la porte Saint-Louis à Québec, la traditionnelle Place Royale faisant présentement l’objet de rénovations, idem pour le parc de l’artillerie et la redoute Dauphine (qui a toujours été, selon moi, le plus bel endroit où accueillir le festival). L’entourage manquait le charme de l’architecture du Régime français, mais l’enthousiasme y était tout de même. Nous avons eu droit à un festival plus intime, mais tout aussi agréable. J’ai également eu le plaisir de partager la scène au Musée de la civilisation avec mon ami et collègue Michel Thévenin où nous présentions une conférence sur le divertissement chez les militaires. Je vous partage quelques-unes de mes plus belles photos. À l’an prochain!

Ah! Musique!

Un soldat du régiment de Carignan-Salières nouvellement débarqué!

Un p'tit rhum alors que je fais la promotion de mon blogue.

Les géants, toujours à la rencontre!

Un festival pour petits et grands

La noblesse ne passe pas inaperçue!

Amuseurs publics et divertissement en masse!

Vive les troupes coloniales!

Louis XIV qui vient inspecter sa colonie...

Mlle. Canadienne elle-même (Marie-Hélaine Fallu) nous parlant de mode
capillaire masculine avec Michel Thévenin

Faut se confesser après avoir fait la fête...

Montcalm recrute jeune ces jours-ci!

La pluie n'arrête pas le bonheur!

Même plus de 20 ans après les Médiévales de Québec,
on retrouve quelques rescapés!

Un honneur de partager la scène avec mon ami et collègue
Michel Thévenin!

À l'an prochain tout le monde!


Quand le jeu vidéo enseigne l'histoire : Parcours d'un historien sur la plateforme Twitch.tv


J'ai récemment eu le très grand plaisir d'assister à la conférence de mon ami et collègue François Lafond au sujet de l'utilisation du Web 2.0 pour vulgariser et enseigner l'histoire à un public international. Vous pouvez écouter sa conférence ci-dessous et je vous invite également à prendre connaissance de sa chaîne à cette adresse: https://www.twitch.tv/hell_frank. Vous pouvez d'ailleurs le suivre sur Twitter à https://twitter.com/TheHellFrank. J'aimerais noter, pour ces collègues qui suivent mon blogue, que François nous démontre le type d'innovation que nous devons poursuivre dans notre domaine si nous voulons rester pertinents et présents dans notre monde numérique.

Watch CONFÉRENCE | Quand le jeu vidéo enseigne l'histoire | #NoSFX #FêtesDeLaNouvelleFrance #Qc #LesChatsBarbus from Hell_Frank on www.twitch.tv