20 September 2016

Le mariage n'est pas pour tout le monde...

Anecdote de 1759 tirée de CASGRAIN, H.R. (éditeur). Voyage au Canada dans le nord de l'Amérique septentrionale fait depuis l'an 1751 à 1761 par J.C.B., Québec, Imprimerie Léger Rousseau, 1887. pp. 171-172 :
Au milieu des plaisirs de l’hiver dont j’étais occupé et qui sont ainsi que je l’ai déjà dit les bals et les courses en carioles ou traîneaux sur la neige et la glace, il me fut proposé un mariage avec une demoiselle d’une famille honnête assez bien alliée mais peu fortunée; je fus même sollicité par ses proches parents, je refusai ne me sentant point d’inclination et d’ailleurs en me persuadant que cette proposition n’avait lieu qu’à cause de la petite fortune que je possédais, cependant à force d’être tourmenté je finis par donner mon consentement, je fis par conséquence la folie de louer provisoirement une maison toute entière; je fis plus, j’y mis pour dix mille francs de mobilier et y logeai ensuite la mère et la fille, car cette mère était veuve, je n’avais rien dit à mes amis de mon projet; mais ils ne tardèrent pas d’en être instruits et d’employer plusieurs moyens pour me faire rompre ma promesse, il me fut fait des remontrances de la part de mes supérieurs; alors je me déterminai, après deux mois de résistance, à rompre ma promesse qui à la vérité n’était que verbale; mais il s’agissait de retirer mon mobilier qui se trouvait sous la garde de la mère et de la fille par ma maladresse qui ne m’était pas facile, parce que j’étais instruit qu’on était convenu dans la famille de s’y opposer en regardant mon mobilier comme une indemnité de mon dédit. Cependant, il me fallut user de ruse et je parvins à l’enlever en vertu d’un ordre supérieur et à l’aide de mes amis, et désirant montrer de la générosité dans mon procédé je laissai quelques meubles dans la maison, je fus ensuite payer le loyer et donner congé; je me trouvai avoir dépensé dans cet hiver y compris mon mobilier la somme de quinze mille francs. 

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