30 March 2013

Alligator = Poisson [...]

Montage: Joseph Gagné

Sans blague : cette semaine, on apprend que l'Église catholique vient d'ajouter l'alligator à sa liste d'animaux qu'elle considère comme étant des poissons. 
Pour comprendre (à peine…), il faut se rappeler qu’en Nouvelle-France, les catholiques observent 145 jours de jeûne. C'est-à-dire qu’ils ne peuvent manger qu’un repas à midi et doivent s’abstenir de consommer de la viande. En plus du carême (les 40 jours qui précèdent Pâques) et d’autres fêtes religieuses, chaque vendredi fait l’objet de cette observation. Toutefois, l’habitant a la permission de manger du poisson. Ceci explique d’ailleurs l’importance de la pêche commerciale en Nouvelle-France.
Cependant, la restriction sur la consommation de viande n’incommode pas tout le monde : alors que certains en font fi tout simplement (bien que des punitions existent), d’autres trouvent des prétextes plutôt amusantes pour détourner l’interdit. Depuis le Moyen âge, certains affirment que le castor ne serait pas une viande interdite vu son origine aquatique. En effet, Monseigneur Laval confie la question identitaire de ce rongeur aux théologiens de Sorbonne. Leur conclusion? Le castor est classé comme poisson selon la « logique » que l’animal passe la grande partie de sa vie dans l’eau et que sa queue est recouverte d’écailles! C’est une classification qui fera sans doute pâlir un futur Carl von Linné…
De plus, le castor n’est pas le dernier animal à être ainsi classé : le rat musqué sera particulièrement apprécié dans le Pays des Illinois. Toujours aujourd’hui, on peut en retrouver en vente dans certains restaurants de l’état des Illinois (il s’agit de s’habituer au goût, selon les dires…).
La Nouvelle-France n’est pas la seule colonie à tricher de la sorte : le capybara, le plus gros rongeur au monde, devient lui aussi un « poisson » au profit des catholiques sud-américains.
Alors que le concile Vatican II (1962-1965) abolit la plupart des prescriptions de jeûne dans la théologie catholique, il est curieux de constater qu’elle ne rectifie pas ses connaissances taxonomiques… Revenant donc à nos alligators— euh… moutons, nous avons été surpris d’apprendre qu’en 2010 le restaurateur Jay Nix de La Nouvelle-Orléans avait écrit à son archidiocèse pour savoir si l’alligator était également inclus dans la famille des poissons. La réponse de l’archevêque Gregory M. Aymond? « Yes, the alligator's considered in the fish family, and I agree with you — God has created a magnificent creature that is important to the state of Louisiana, and it is considered seafood »
Pour vous mettre l'eau à la bouche, voici quelques photos et un vidéo de mon voyage l'an dernier en Louisiane! (Ah, et j'oubliais : l'alligator, c'est délicieux! De préférence dans un sandwich Po-boy!)


Sources et lectures suggérées:
  • ANTOLINI, Tina. « Forget Fish Fridays: In Louisiana, Gator Is On The Lenten Menu ». NPR, 25 mars 2013. Lien.
  • AUDET, Bernard. Se nourrir au quotidien en Nouvelle-France, Québec, GID, 2001. pp. 262-272.
  • MARCHAND, Philippe. Ghost Empire: How the French Almost Conquered North America. McClelland & Stewart, 2006. 464 p. 
  • TANNENBAUM, Kiri. « Catholic Archbishop Declares Alligator Seafood for Lent », Delish, 27 mars 2013. Lien.
Vidéo boni : Manger du rat musqué!

18 March 2013

Rassemblement de la milice au fort Saint-Joseph

Voici un court documentaire (27 minutes) au sujet de la reconstitution historique annuelle au fort Saint-Joseph au Michigan. Peut-être y reconnaîtrez-vous quelqu'un? ;)



Informations supplémentaires :

17 March 2013

Intime avec des castors

Comment ne pas partager ce vidéo? La personne qui filme est si enthousiaste! De toute manière, c'est important de souligner l'importance du castor dans l'histoire de la Nouvelle-France!

10 March 2013

L'homme qui a vu l'ours!

Un autre extrait des mémoires de notre cher Bonin, alors qu'il vient de quitter Michilimackinac et se retrouve sur la rivière des Outaouais : 
Au moment de notre arrivée [le 12 septembre 1753] nous aperçûmes un ours traversant la rivière à la nage et venant de notre côté, à la distance d’une bonne portée de fusil, je courus moi quatrième dans l’intention de lui disputer non seulement le passage, mais de le tuer. A peine eut-il posé ses pieds à terre que nous lui tirâmes trois coups de fusil, il secoua la tête en avançant toujours, je me jetai au devant et assez prêt pour lui enfoncer dans le flanc droit mon couteau de chasse que je fus forcé d’abandonner aussitôt par le mouvement que fit cet animal qui se jeta de suite sur moi et me mit sous ses deux pieds de devant; mes compagnons me voyant dans cette position, n’osant plus tirer sur l’ours se contentèrent de crier pour l’épouvanter. Je fus retourné deux fois de droite et de gauche par l’animal, je contrefis le mort à tout hasard, me resouvenant d’avoir entendu dire que c’était la seule manière d’éviter la colère de l’ours; pendant ce temps-là mes compagnons qui n’avaient pu par leurs cris lui faire peur, prirent le parti de tirer plusieurs coups de fusil en l’air, alors l’animal me quitta, après m’avoir tenu sous lui pendant un demi quart d’heure qui me parut bien long, il s’en fut gravement sur le bord du bois où il se retourna en se posant sur son derrière et nous regarda audacieusement, malgré plusieurs coups de fusils qui lui furent tirés. On vint à moi, aussitôt qu’il m’eut quitté, .je me levai et fit comme les autres qui étaient venus sur la nouvelle que j’étais terrassé et nous fûmes tous à la poursuite de l’ours, qui se sauva dans le bois avec plusieurs coups de fusils et mon couteau de chasse au côté, nous le poursuivîmes, à la trace de son sang, l’espace d’une demie lieue où il s’arrêta et reçut encore quelques coups de fusils qui le firent tomber sur le côté, nous nous avançâmes aussitôt sur lui, en achevant de le tuer et je lui repris mon couteau de chasse qui n’était entré que dans sa panse, il fut ensuite éventré et coupé par morceaux dont chacun s’empara pour les emporter au campement afin d’être mangé en société.
Source : CASGRAIN, H.R. (éditeur). Voyage au Canada dans le nord de l'Amérique septentrionale fait depuis l'an 1751 à 1761 par J.C.B., Québec, Imprimerie Léger Rousseau, 1887. pp. 91-92

Note: Pour les intéressés, le livre entier est disponible gratuitement sur Archive.org suivant ce lien.

07 March 2013

Les castors du roi


Cette curieuse toile de Kent Monkman s’intitule « Les Castors du roi ». Elle a été peinte en 2011 et a été donnée au Musée des beaux-arts de Montréal en honneur de son 150e anniversaire. Un communiqué du musée explique la genèse du tableau :
Dépensier jusqu’à l’extravagance, Louis XV était aussi un grand amateur de chasse qui avait commandé pour Versailles des tableaux illustrant des scènes cynégétiques dans les pays les plus lointains, destinés à une galerie sur ce thème. Cependant, aucun ne dépeignait une chasse en Amérique du Nord. D’où l’idée de Kent Monkman de réaliser cette œuvre absente des collections royales, en s’inspirant des artistes rocaille tels que Nicolas Lancret ou François Boucher.
L’artiste a également pastiché diverses images d'époque que l'on peut reconnaître (par exemple, la hutte de castor inspirée de cette gravure). Toutefois, le scénario imaginé par Monkman choque : évoquant les sensibilités modernes vis-à-vis des droits des animaux, l’artiste s’éloigne des représentations romantiques de la traite des fourrures avec leurs coureurs des bois et leurs voyageurs (pensons aux oeuvres de Frances Anne Hopkins). Il se focalise au lieu sur le castor, le vrai sujet principal (et souvent négligé) de la traite des fourrures en Amérique. Notons aussi que Monkman s’éloigne ici de l’image du « bon sauvage » en harmonie avec la faune, illustrant ici au lieu des Amérindiens tout aussi avides de participer à cette traite (ou massacre?).
Que l’on aime cette représentation ou pas, l’important est que ce tableau nous porte à réfléchir d’une nouvelle façon (quoique très dramatique) sur notre rapport avec ce gros rongeur et son rôle important dans notre histoire nationale.


Liens suggérés: